Friedrich Hölderlin

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Friedrich Hölderlin
Poète et penseur allemand

Description de cette image, également commentée ci-après
Friedrich Hölderlin par FK Hiemer, 1792.
Naissance
Lauffen am Neckar, en Bade-Wurtemberg
Décès (à 73 ans)
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture allemande
Mouvement Romantisme
Genres

Œuvres principales

  • Hypérion
  • La Mort d'Empédocle
  • Hymnes
  • Remarques sur Œdipe et Antigone
alt=Signature de Friedrich Hölderlin Poète et penseur allemand

Friedrich Hölderlin [ˈfʁiː.dʁɪç ˈhœl.dɐ.lɪn] (1770-1843) est un poète et philosophe de la période classico-romantique en Allemagne, qui s'enracine dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et se poursuit au XIXe siècle « romantique ».

Il est une figure majeure de cette époque de la littérature allemande qu'une certaine tradition culturelle fait rayonner autour du nom et de la figure emblématique de Goethe, époque littéraire dite de la Goethezeit [note 1].

Le début du XXe siècle va commencer de reconnaître l'importance de Hölderlin assez mal compris de son temps.

Sommaire

Situation de Hölderlin dans l'histoire littéraire et philosophique[modifier | modifier le code]

La première acmé de la littérature allemande, correspondant à son « classicisme », un siècle après l' « époque classique » en France[1], précédée d’un « pré-classicisme » avec Gotthold Ephraim Lessing, comprend un courant qui va du Sturm und Drang aux deux grands classiques allemands Goethe et Schiller pour engendrer les « Modernes » du romantisme allemand tels Tieck, ou Novalis. Jean Chassard et Gonthier Weil mettent à part Hölderlin pour le lyrisme, Kleist pour le théâtre, et Jean Paul pour le roman [2].

Le Stift: Grand Séminaire protestant de Tübingen, vers 1840, Lithographie.

Par ailleurs, l’énorme élaboration philosophique allemande d’alors, marquée par le protestantisme culturel, est partie prenante de cette époque. Pour Hölderlin, le grand nom est Emmanuel Kant, qu'il qualifie en ces termes : « Kant est le Moïse de notre nation »[3], suivi de près par Johann Gottlieb Fichte, que Hölderlin (qui a été son auditeur à Iéna en 1794-1795) qualifie de « titan ». Hölderlin fait partie du courant de l’idéalisme allemand que représentent Hölderlin – HegelSchelling, tous les trois étudiants en théologie au Tübinger Stift, le Grand Séminaire protestant de Tübingen.

Vie et œuvre de Hölderlin[modifier | modifier le code]

La vie et l'œuvre de Hölderlin sont difficilement dissociables.

Formation[modifier | modifier le code]

La maison des parents de Hölderlin à Lauffen am Neckar.

Né le à Lauffen, en Bade-Wurtemberg, Hölderlin perd à l'âge de deux ans son père, administrateur de biens conventuels, qui meurt à 36 ans. En 1774, sa mère, Johanna Christina Hölderlin, alors âgée de 26 ans, se remarie avec le conseiller Gock, bourgmestre de Nürtingen, qui décédera en 1779. Cette situation de l'enfant Hölderlin exposé à la mort accidentelle de son « second père » répétant celle de son « vrai père » a suscité après coup au XXe siècle l'intérêt de la psychanalyse[4]. En fait, l'enfance de Hölderlin, qui, à la suite des veuvages de sa mère, baigne dans un milieu familial essentiellement maternel et féminin, plonge dans une succession de vies et de morts : la plupart de ses petites sœurs, ainsi qu'un anonymus meurent en bas âge, ce qui est courant à la fin du XVIIIe siècle. Seuls restent en vie sa deuxième sœur et chère « Rike », Heinrike Hölderlin, née en 1772, et un demi-frère, Karl Gock, né en 1776.

Friedrich Hölderlin par IG Nast, 1788.

Poussé par sa mère, qui souhaiterait le voir devenir pasteur comme son propre père, Hölderlin entre en 1784 au petit séminaire de Denkendorf, où il apprend le grec ancien, le latin et l'hébreu. Il va lire Klopstock, et la poésie idéaliste de Schiller. Vers l'âge de quatorze ans, il écrit ses premiers poèmes (comme Mon propos), ainsi que ses premières lettres retenues[5]. Hölderlin trouve l'aide d'un père spirituel, comme il l'écrira dans une lettre à Nathanaël Köstlin, en la personne du diacre de Nürtingen : « Je vous prie très humblement, très cher Monsieur le Diacre, d'être mon guide, mon père, mon ami »[6].

Deux ans plus tard, Hölderlin poursuit ses études au séminaire de Maulbronn, où il se lie avec son condisciple Immanuel Nast, qu'il appelle son Cher frère dans les lettres qu'il lui adresse, et connaît son premier amour avec Louise Nast, la cousine de ce dernier. De 1788 à 1793, il est étudiant en théologie au Grand Séminaire protestant ou Tübinger Stift de Tübingen, en même temps que Hegel et le précoce Schelling (lequel Schelling est d'ailleurs un lointain cousin de Hölderlin par la branche maternelle). La Révolution française remplit d'enthousiasme[7] ces jeunes Stiftler qui vont planter un arbre de la liberté sur les rives du Neckar. Dès ses années du Tübinger Stift, Hölderlin rencontre aussi Isaac von Sinclair (de).

« La Grèce de Hölderlin » (1793 à 1806)[modifier | modifier le code]

La « Grèce de Hölderlin » est une autre Grèce que celles respectivement « classiques » de Goethe et de Schiller. Elle signifie autant « l'étranger » chez Hölderlin qu'un retour au « natal » (ou « à la patrie ») : on y retrouve une sorte de Grèce souabe « poétiquement habitée »[8] des « dieux » de Hölderlin dans le mythe poétique « grec » de « la Nature ».

Le temps d’Hypérion (1797-1799) et de La Mort d'Empédocle (1797-1800)[modifier | modifier le code]

Susette Gontard, la « Diotima » de Hölderlin.

En 1793 Hölderlin est présenté à Friedrich Schiller, avec lequel il entame une correspondance suivie et qui publie certains de ses poèmes. La même année il travaille comme précepteur à Waltershausen chez l'amie de Schiller, Charlotte von Kalb, où il connaît quelques déboires dans son travail d'éducateur à cause de la masturbation de son élève Fritz. Un tournant décisif dans sa vie est l'obtention d'un autre poste de précepteur dans une maison appartenant à un riche banquier de Francfort, Jakob Gontard. Hölderlin rencontre en Susette Gontard, qu'il appelle « Diotima » dans ses poèmes et dans son roman Hypérion, le grand amour de sa vie.

Friedrich Hölderlin, Hyperion.

Le bonheur de cette relation ne dure pas : le mari la découvre, et elle est incompatible avec l'époque. Pourtant, ils continuent à correspondre et à se rencontrer secrètement. Ils se voient pour la dernière fois en 1800. Les lettres de Suzette adressées au poète renseignent assez précisément sur ce qu'a pu être cet amour.

Hölderlin quitte Francfort en septembre 1798. Survient alors une période d'intense créativité, avec les grandes élégies et le second volume de Hyperion. Il écrit également des textes philosophiques et une tragédie, Der Tod des Empedokles (La Mort d'Empédocle), restée inachevée en dépit de trois versions différentes dérivant du plan originel, dit « de Francfort ».

Le temps des grands poèmes (1800-1807)[modifier | modifier le code]

Manuscrit de Friedrich Hölderlin Der Archipelagus (« L'Archipel »), page 1, de Homburg, 1800

Parmi les grands poèmes de Hölderlin, on peut citer Brod und Wein (Pain et Vin, 1800), élégie rapprochant Jésus et Dionysos, Der Archipelagus (1800-1801), où l'on voit à l’œuvre le « retour » à la Grèce antique que Hölderlin fait effectuer poétiquement à l'Allemagne de son temps, très située cependant dans sa Souabe natale, Heidelberg ; Der Rhein (1803, publication en 1808), des odes sur la ville et le fleuve, et le patriotique Germanien. Dans la conclusion de son hymne Patmos (1803, publication en 1808), le poète dit qu'il appartient à la « poésie allemande » de « respecter la lettre immuable » et « interpréter avec soin tout ce qui demeure » (traduction de Geneviève Bianquis).

Hölderlin, Hälfte des Lebens (« Moitié de la vie »), édition de 1805.

Peu avant son départ pour la France, Hölderlin déclare : « Maintenant je peux rejoindre une nouvelle vérité, une meilleure vision en grande partie de nous-mêmes et de ce qui nous entoure, en pensant que j'ai peur de ces choses qui peuvent éventuellement s'associer à moi comme pour l'ancien Tantale, qui a reçu des dieux plus qu'il ne pouvait en digérer. » Après avoir tenu un bref emploi de précepteur à Bordeaux[9], Hölderlin retourne en 1802 en Allemagne. Ce voyage du « retour », effectué probablement à pied, à travers la France post-révolutionnaire, renferme sa part de mystère et d'inconnu. L'histoire littéraire tend en tous les cas à dater l'éclosion de la « folie » du poète du « retour de Bordeaux ». Hölderlin a appris la mort de Susette Gontard[10] et revient à Nürtingen. Son état de santé se dégrade de plus en plus. Il sera interné de force dans la clinique du docteur Johann Heinrich Ferdinand Autenrieth (de) à Tübingen en 1806.

Les grands Hymnes de Hölderlin sont écrits entre 1800 et 1803, et des fragments de la grande poésie hymnique sont écrits jusqu'en 1806 environ (la datation devient difficile à ce moment-là). À partir de 1800, Hölderlin traduit Pindare et Sophocle. Les Remarques sur Œdipe et Antigone sont des textes très denses sur la tragédie et la traduction occidentale du mythe tragique dans le monde moderne.

Dernières années (1807-1843)[modifier | modifier le code]

La tour de Hölderlin à Tübingen aujourd'hui.

Les trente-six dernières années de la vie d'Hölderlin se déroulent dans l'ombre de la folie, chez le menuisier Ernst Zimmer à Tübingen. Il meurt le . Hölderlin rédige encore (de 1807 à 1843) des poèmes portant principalement sur le cycle naturel des saisons, en les affectant de dates fantaisistes (1748, 1936). C'est seulement à la fin de sa vie, à partir de 1841, qu'il signera du pseudonyme Scardanelli [11].

C.T. Schwab fait paraître après la mort du poète la première édition de son œuvre (1846).

En bleu adorable[modifier | modifier le code]

Dessin, 1866 env.: vue de la maison des Zimmer chez qui Hölderlin fut pensionnaire.

In lieblicher Bläue..., traduit par André du Bouchet « En bleu adorable... », est un texte que Hölderlin aurait écrit dans sa période de « folie », après 1806. Philippe Jaccottet précise en note dans le volume Œuvres de La Pléiade que ce poème est extrait du roman de Wilhelm Waiblinger (de), Phaéton, « où il est attribué à un poète fou de qui Hölderlin est le modèle ». Friedrich Beissner refuse de considérer ce texte « comme un poème authentique de Hölderlin ». Jaccottet relève que Heidegger l'appelle « un grand poème, inouï » et que le philosophe en « tire certains éléments de son essai: Hölderlin et l'essence de la poésie ». Le passage célèbre d' En bleu adorable, auquel réfèrerait plus particulièrement Heidegger, est: « Telle est la mesure de l'homme. / Riche en mérites, mais poétiquement toujours, / Sur terre habite l'homme »[12].

La place de Hölderlin dans le contexte allemand de son temps[modifier | modifier le code]

D'abord assez mal entendu de son temps, et bien que son influence ait été déterminante en particulier au moment de la formation de l'idéalisme allemand, Hölderlin ne sera vraiment reconnu qu'après-coup dans l'histoire littéraire et philosophique, notamment grâce au travail éditorial des éditions complètes de son œuvre au vingtième siècle.

Entre le classicisme et le romantisme[modifier | modifier le code]

Hölderlin n'est pas directement affilié aux deux principaux mouvements littéraires de son époque, le classicisme de Weimar ou le romantisme, mais sa pensée reflète des éléments communs à ces deux grands courants. Dans son utilisation classique des vers, de la forme et de la syntaxe, Hölderlin peut d'abord être considéré comme le successeur de Friedrich Klopstock (1724-1803), qui tente de développer pour la langue allemande une perfection classique, la plaçant à l'égalité du grec et du latin. Hölderlin partage l'amour des classiques pour la edle Einfalt und stille Grösse (la noble simplicité et la magnificence du calme), formulé par Johann Winckelmann (1717-1768), en y ajoutant son sens mythique de la nature au travers d'un syncrétisme réalisé à partir d'éléments traduits du Panthéon grec et du christianisme. Comme William Blake et W.B.Yeats, il explore la cosmologie et l'histoire pour trouver un sens en ce monde incertain.

Le germaniste Roger Ayrault fait passer la ligne de démarcation entre le classicisme de Weimar et le romantisme par le renoncement à la nostalgie de la Grèce des « modernes » romantiques : « La disponibilité des Romantiques en face des problèmes de l'époque eût été impossible s'ils ne s'étaient affranchis de la présence obsédante de l'antiquité »[13]. Dès lors, étant donné l'importance de la Grèce dans la poésie et la pensée de Hölderlin, et le caractère singulier du mythe créé que représente cette « Grèce de Hölderlin », il peut paraître problématique de classer Hölderlin parmi les Romantiques.

Hölderlin et l'idéalisme allemand[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Idéalisme allemand.

Grand lecteur de Kant[14] et auditeur de Fichte, Hölderlin joue aussi un rôle important dans le développement de la philosophie postkantienne, et participe à la formation de l'idéalisme allemand : il est le coauteur du « plus ancien programme systématique de l´idéalisme allemand »[15] (texte à la paternité controversée coécrit autour de 1795 par Hölderlin, Schelling, Hegel).

La confrontation avec l'enseignement de Fichte[modifier | modifier le code]

Hölderlin fut l'auditeur direct de Fichte à Iéna en 1794-1795.

Silhouette de Hölderlin, 1797.

À la mi-août 1794, Charlotte von Kalb, chez qui Hölderlin était précepteur, a reçu à Waltershausen « les premiers feuillets de la Grundlage que Fichte vient d'éditer pour ses étudiants d'Iéna. Hölderlin en entreprend aussitôt la lecture. » En se fondant sur une remarque de Dieter Heinrich, Jean-François Courtine souligne que le départ précipité fin mai 1795 de Iéna, où Hölderlin s'était rendu début novembre 1794 avec son élève Fritz von Kalb, « est tout sauf un adieu à la philosophie, une “fuite” loin de la spéculation ». Hölderlin, qui vit alors durant son séjour de sept ou huit mois à Iéna « comme écrivain indépendant », est« introduit notamment dans le cercle de Schiller ». Il « rencontre Fichte à plusieurs reprises et surtout il suit son enseignement: les cours de Fichte, d'octobre 1794 à mars 1795, portaient sur la doctrine de la science (Über das Eigentümliche der Wissenschaftslehre) et en particulier sur ce qui correspond à la troisième partie de la Grundlage (Über praktische Philosophie) »[16].

1795: Jugement et Être, critique de Fichte[modifier | modifier le code]

D'après Jean-François Courtine, le fragment philosophique de Hölderlin Urteil und Sein[17],[note 2] « peut être considéré comme le point culminant du débat engagé par Hölderlin avec l'idéalisme allemand fichtéen »[18].

Jacques Rivelaygue montre au chapitre « La genèse du système hégélien » de ses Leçons de métaphysique allemande combien « la place de Hölderlin dans la vie intellectuelle de son temps » est à relever : Hölderlin représente, écrit-il, « un moment de l'idéalisme allemand »[19]. En fait, « dès le départ », explique Rivelaygue, « Hölderlin critique le principe même de l'idéalisme allemand qui veut, en identifiant l'être de l'étant à la subjectivité, en faire le fondement »[20]. Il commente longuement ce texte où Hölderlin exprime sa position critique vis-à-vis de la première philosophie de Fichte[21]. Selon lui, « Schelling et Hegel vont réagir à l'objection » de Hölderlin « en essayant de trouver des solutions dans le cadre de l'idéalisme absolu »: Hegel est « moins attentif aux objections de Hölderlin que ne l'est Schelling »[22].

Réception de Hölderlin au XXe siècle en pays germanophones[modifier | modifier le code]

Écrivains de langue allemande[modifier | modifier le code]

Importance de la 1e édition des œuvres complètes de Hölderlin par Norbert von Hellingrath

Nietzsche se montra vivement intéressé par Hölderlin[23], mais cela fut sans prolongement, jusqu'aux décadences du monde d'après guerre en Allemagne, jusqu’à ce que le poète reçoive une plus grande attention, en partie due à l'enthousiasme de Norbert von Hellingrath.

Philippe Jaccottet rapporte que Rilke prend connaissance de la grande poésie de Hölderlin en 1914, par l'édition de Norbert von Hellingrath à ses débuts[24]. C'est pour Rilke la période où il écrit les Élégies de Duino (1912-1922).

La forme du « fragment » dans le lyrisme hymnique de Hölderlin a aussi influencé profondément la poésie de Stefan George, Georg Heym, Georg Trakl, Paul Celan, Ingeborg Bachmann et d'autres jeunes auteurs.

1923: la vaterländische Umkehr de Hölderlin selon W. Michel[modifier | modifier le code]

En Allemagne, le modèle interprétatif du « tournant patriotique » (vaterländische Umkehr) est formulé pour la première fois en 1923 par Wilhelm Michel dans son ouvrage Le tournant occidental de Hölderlin[25].

Déformation de l'image de Hölderlin sous le régime national-socialiste[modifier | modifier le code]

Selon Isabelle Kalinowski, la formulation de Wilhelm Michel d'un « tournant patriotique » fournit, dans l'entre-deux guerres, l'argument d'une « lecture nationaliste (au demeurant combattue par certains philologues) de celui dont on voulut faire le “poète de la patrie allemande” et qui connut à ce titre une véritable apothéose sous le régime national-socialiste »[25].

Le germaniste français Jean-Pierre Lefebvre relève qu'au moment du centenaire de la mort de Hölderlin, peu après Stalingrad, eurent lieu « des célébrations “appropriatrices” dont l'écho trouble encore la lecture » des œuvres du poète[26]. Tübingen fut alors « déjudéisé », tandis que « dans les musettes des soldats de la Wehrmacht en train de mettre l'Europe à feu et à sang », fut glissée « une petite anthologie spéciale des poèmes de Hölderlin, dite Feldauswahl »[26].

L'interprétation heideggérienne[modifier | modifier le code]

Les textes de Heidegger sur Hölderlin sont principalement rassemblés dans Approche de Hölderlin (titre en français), en allemand: Erläuterungen zu Hölderlins Dichtung (1936-1968): d'après l'édition allemande la plus récente, les Erläuterungen (« Éclaircissements ») sont en effet à compléter avec les trois grandes conférences sur Hölderlin des semestres d'hiver 1934/35 et 1941/42 et du semestre d'été 1942 [27]. Le texte intitulé « Pourquoi des poètes ? » — citation de Hölderlin dans l'élégie Pain et vin (7e strophe) — se trouve dans les Chemins qui ne mènent nulle part (titre français pour Holzwege, littéralement: « Chemins de bois »).

À partir de 1936, c'est « dans le contexte des lectures prophétiques » de sa poésie « sous l'angle du “destin” du “peuple de la poésie et de la pensée” inaugurées par les disciples de Stefan George » que Heidegger commente Hölderlin[28]. Ainsi va-t-il dédier sa première conférence sur Hölderlin à Norbert von Hellingrath: il y insiste sur ce qu'il interprète « comme une rupture de Hölderlin avec Hegel et une sortie hors de la “métaphysique” », tout en congédiant par ailleurs « le paradigme révolutionnaire (et français) » qu'on trouve après 1801 dans la poésie de Hölderlin et qui fera l'objet de débats dans l'après-guerre[28].

L'interprétation heideggerienne de la poésie de Hölderlin a été critiquée dans son ensemble par Adorno[29] et l'École de Francfort.

Réception de Hölderlin en France au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Années 1920-1930: poète, allemand, fou, romantique[modifier | modifier le code]

C'est d'abord dans les milieux littéraires que Hölderlin commença d'être traduit en France au milieu des années 1920, alors qu'il était identifié comme un « poète fou »[30]. En 1930, Pierre-Jean Jouve et Pierre Klossowski traduisent les Poèmes de la folie de Hölderlin[30]. La réception littéraire française de Hölderlin eut d'abord lieu dans des revues (La N.R.F., Commerce, Mesures, Cahiers du Sud)[30].

Les poètes surréalistes sont fascinés par « une série de figures emblématiques d'envers de la rationalité: le fou, le primitif, l'enfant, le mystique »[30]. « Hölderlin en France » se trouve dès lors rattaché à « l'entité française du “romantisme allemand” » qu'aura popularisée Albert Béguin en 1937 dans L'âme romantique et le rêve[30]. Isabelle Kalinowski explique comment, parmi d'autres « poètes et penseurs » venant s'opposer de manière paradigmatique au positivisme universitaire français de la IIIe République et « sous la bannière d'une aspiration “métaphysique” », Hölderlin va désormais cumuler « plusieurs prédicats, poète, allemand, et fou ». Ces prédicats vont assurer son prestige alors que la majeure partie de son œuvre reste encore largement ignorée[30].

Seconde Guerre mondiale et Occupation[modifier | modifier le code]

Durant la Seconde Guerre mondiale et sous l'Occupation, la réception française de Hölderlin est un exemple « particulièrement saillant » du décalage entre ce que peut représenter un auteur dans son pays d'origine et la fonction qui « lui échoit dans ses réceptions étrangères »[30]. Isabelle Kalinowski observe comment certains écrivains engagés dans la Résistance ou dans la « Résistance littéraire » (revues de la zone libre et revues plus ou moins clandestines) choisissent Hölderlin, élevé au même moment « au rang de poète officiel de la germanité par le régime national-socialiste », pour « figure d'élection »[30]: ainsi, dit-elle, René Char va-t-il recopier dans un cahier encore inédit des extraits de Hölderlin « avant de prendre les armes », tandis que Pierre Emmanuel (proche d'Aragon) publie Le poète fou en 1944 et salue les traductions du poète suisse Gustave Roud de Poèmes de Hölderlin en 1942[30].

L'après-guerre: réception heideggérienne française de Hölderlin[modifier | modifier le code]

Chez les intellectuels français, la réception après coup de Hölderlin au XXe siècle passe surtout par Heidegger: le livre de Beda Allemann, Hölderlin et Heidegger. Recherche de la relation entre poésie et pensée, paru en 1954 à Zurich et Fribourg i. B., paraît en 1959 aux P.U.F. dans la traduction de François Fédier.

Tandis que les philosophes allemands l'étudient de manière classique « comme un contemporain de Hegel et un acteur de l'idéalisme allemand », c'est surtout à partir des années 1960 qu'Hölderlin commence d'être lu en France comme philosophe, et ce, « presque exclusivement dans le prolongement direct, sinon la vulgarisation » des commentaires de Heidegger[31]. Selon Isabelle Kalinowski, cette différence de réception de Hölderlin comme philosophe entre l'Allemagne et la France tiendrait à la réticence de la philosophie universitaire française vis à vis de la « littérature » ressentie dans ses toutes ses formes « comme une menace pour la scientificité de la discipline »[31]. Dans l'après-guerre, avec « le rôle de plus en plus massif » joué par la réception de Heidegger (Jean Wahl, à la fois poète et philosophe en Sorbonne est l'un des premiers à introduire la pensée de Heidegger en France), les lectures heideggériennes de Hölderlin « induisent une multitude d'exégèses (et parfois des traductions ») par des philosophes français, dans le sillage de Jean Beaufret[31].

1936 et début des années 1960: deux thèses françaises marquantes[modifier | modifier le code]

En 1936, la thèse « jacobine » de Pierre Bertaux, germaniste et homme politique, met l'accent sur l'aspect « révolutionnaire » de Hölderlin dans le contexte historique de l'époque où les intellectuels allemands sont confrontés à la Révolution française. Un quart de siècle plus tard, la thèse de médecine du psychanalyste Jean Laplanche sur Hölderlin et la question du père, publiée en 1961, qui sera saluée par Michel Foucault, s'inscrit déjà dans le contexte des années 1960 en France.

  • La thèse « jacobine » de Pierre Bertaux

Dans sa thèse, intitulée Hölderlin. Essai de biographie intérieure [32], le germaniste français Pierre Bertaux considère que Hölderlin n'était pas « fou » au sens médical psychiatrique du vingtième siècle.

Page 91 du « Cahier de Homburg » (Homburger Folioheft) de Hölderlin: dans La Nymphe, avant-projet de Mnemosyne (plusieurs ébauches se superposent), se trouve le vers: Ein Zeichen sind wir, deutungslos (« Un signe nous sommes, sans signification »), connu en France pour son interprétation psychanalytique par Jean Laplanche dans Hölderlin et la question du père (1961)

Il analyse surtout le rapport de Hölderlin à la Révolution française de 1789 et considère que l'orientation politique de Hölderlin était jacobine, engagement intellectuel « révolutionnaire » pratiquement impossible à faire reconnaître en plein absolutisme des princes allemands à la fin du XVIIIe siècle. Tous les intellectuels allemands, en premier lieu les deux grands « classiques » Goethe et Schiller, Schiller surtout, observent avec le plus grand intérêt les événements en France révolutionnaire de l'époque[33].

La lutte ultérieure de Pierre Bertaux pour défendre et mûrir cette thèse[34] n'a pas été sans provoquer en Allemagne des réactions critiques chez certains psychiatres concernant le diagnostic établi de la maladie mentale de Hölderlin.

  • La thèse de médecine, « lacanienne », de Jean Laplanche

Avec Hölderlin et la question du père (1961) de Jean Laplanche, le genre de la « sacro-sainte psycho-biographie »[35] commence à être mis en cause par la psychanalyse en plein essor en France au seuil des années 1960. Le livre de Jean Laplanche, salué par Michel Foucault[36], rencontre un certain succès auprès des intellectuels français. Laplanche énonçait son projet concernant Hölderlin de la façon suivante :

« Comprendre dans un seul mouvement son œuvre et son évolution vers et dans la folie, ce mouvement fût-il scandé comme une dialectique et multilinéaire comme un contrepoint »

— Jean Laplanche, Hölderlin et la question du père, p. 13. Cité par Roger Laporte[37]

Laplanche applique au « cas » de Hölderlin la «théorie des psychoses» de Lacan, celle d'une structure de la psychose par Forclusion du Nom-du-père, mais non sans quelques réserves. Dans une conclusion « ouverte », Laplanche fait « (r)ouvrir » à son Hölderlin « la question du père » en même temps que « la question de la schizophrénie comme problème universel »[38].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Publications du vivant de Hölderlin[modifier | modifier le code]

Friedrich Hölderlin, Gedichte (« Poèmes »), édition de 1847
  • 1791: (de) Erste Gedichte (trad.: « Premiers poèmes »), dans le Musenalmanach de Gotthold Friedrich Stäudlin pour l'année 1792.
  • 1797-1799: (de) Hyperion oder Der Eremit in Griechenland (trad.:« Hypérion ou l'ermite de Grèce »).
  • 1804: (de) Trauerspiele des Sophokles, Sophokles-Übertragung (trad.: « Tragédies de Sophocle », « Traduction de Sophocle »).
  • 1826: (de) Gedichte de Friedrich Hölderlin, éditées par Ludwig Uhland et Gustav Schwab.

Éditions des œuvres complètes de Hölderlin[modifier | modifier le code]

  • (de)Friedrich Hölderlin’s sämmtliche Werke, édition de Christoph Theodor Schwab, 2 volumes, Stuttgart et Tübingen, 1846 (Première édition complète).

L'édition des œuvres complètes de Hölderlin par Norbert von Hellingrath (de) va beaucoup contribuer à la découverte et à la reconnaissance de l'œuvre importante de Hölderlin au début du XXe siècle.

  • (de) Sämtliche Werke (Historisch-kritische Ausgabe): édition historico-critique commencée par Norbert von Hellingrath, poursuivie par Friedrich Seebass et Ludwig von Pigenot, Berlin 1923 et 1943.
  • (de) Große Stuttgarter Ausgabe: « Grande édition de Stuttgart », dite « Édition de Stuttgart » (Stuttgarter Ausgabe) de Friedrich Beissner (de), 8 volumes, Stuttgart, 1943-1985.
  • (de) Sämtliche Werke( Historisch-kritische Ausgabe): édition historico-critique de D. E. Sattler (de), dite « Édition de Francfort » (Frankfurter Ausgabe), 20 volumes et 3 suppléments, Stroemfeld Verlag, Frankfurt am Main, 1975-2008. Cette édition non universitaire travaille sur les manuscrits de Hölderlin (méthode éditoriale s'appuyant sur la génétique des textes).
  • (de) Sämtliche Werke und Briefe, édition de Michael Knaupp, 3 volumes, Münich, 1992–1993.
  • (de) Sämtliche Werke und Briefe in drei Bänden, édition de Jochen Schmidt (de), Frankfurt a. M. 1992–1994.

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

Hölderlin vers 1824, par JG Schreiner. Publié par Eduard Mörike dans le journal Freya.

Éditions d'œuvres complètes[modifier | modifier le code]

  • Hölderlin, Poèmes / Gedichte, traduction de Geneviève Bianquis, Paris, Aubier, 1943.
  • Hölderlin, Correspondance complète, traduction de Denise Naville, Paris, Gallimard, 1948 (Traduction d'après l'édition des Hölderlins sämtliche Werke, Berlin 1943[39])
  • Hölderlin, Œuvres, Éd. de Philippe Jaccottet, traduction de Ph. Jaccottet, D. Naville, Gustave Roud, R. Rovini, François Fédier, Michel Deguy, André du Bouchet, Notes par P. Jaccottet, Bibliothèque de la Pléiade, 1967. Philippe Jaccottet se réfère à l'édition de Stuttgart et à l'édition Hellingrath (pour le plan chronologique)[40].
  • Hölderlin, Œuvre poétique complète, trad. de François Garrigue, bilingue, Éd. de la Différence, 2005.
  • Hölderlin, Fragments de poétique et autres textes, Éd. bilingue de Jean-François Courtine, Présentation, traduction et notes de J.-F. Courtine, Paris, Imprimerie nationale Éditions, 2006, (ISBN 2-7427-5991-3), comprenant notamment:
    • « [Être, Jugement] » (1795), p. 153-157.
    • « Lettres à Böhlendorff », 4 décembre 1801 et 2 décembre 1802, p. 365-372.
    • « Remarques sur Œdipe et sur Antigone » (1804), p. 383-440.

Éditions partielles[modifier | modifier le code]

Traductions anciennes[modifier | modifier le code]
  • La Mort d'Empédocle, traduction et introduction d'André Babelon, Paris, Gallimard, 1929[41].
  • Hypérion ou l'Ermite en Grèce, traduction de Joseph Delage, 2 vol., Paris et Neuchâtel, Victor Attinger, collection « Romantiques allemands », no 2, 1930.
  • Poèmes de la Folie de Hölderlin, traduction de Pierre Jean Jouve avec la collaboration de Pierre Klossowski, Fourcade, 1930, rééd. Gallimard, 1963
  • Poèmes, Version française de Gustave Roud, Lausanne, Mermod, 1942.
  • Hölderlin le Poète – Étude critique suivi d'un choix de poèmes, par Maxime Alexandre, Marseille, Robert Laffont, 1942.
  • Poèmes de Hœlderlin, traduction de Gustave Roud[42], dans les Cahiers du Sud, Le Romantisme allemand, N° spécial publié sous la direction de G. Camille, E. Jaloux, P. d'Exideuil, Ch. Du Bos, J. Cassou, M. Brion, A. Béguin et J. Ballard, mai-juin 1937. Traductions d'Armel Guerne et Gustave Roud, dans Le Romantisme allemand (2e édition), Textes et études publiés sous la direction d'Albert Béguin, Les Cahiers du Sud, 1949.
  • Hymnes et autres poèmes (1796-1804), Trad. d'Armel Guerne, Mercure de France, 1950 ; GF Flammarion, 1983.
Traductions plus récentes[modifier | modifier le code]
  • Hypérion ou l'Ermite de Grèce, trad. de Ph. Jaccottet, Mercure de France, Paris, 1965 ; réédition : Gallimard, coll. « Poésie », Paris, 1973
  • L'Antigone, de Sophocle, [texte de la trad. et adaptation en allemand d'Hölderlin, trad. en français] par Philippe Lacoue-Labarthe, suivi de [l'étude], La Césure du speculatif, par Philippe Lacoue-Labarthe, coll. Première livraison. Paris : C. Bourgois, 1978. (ISBN 2-267-00122-5)
  • Poèmes fluviaux, anthologie bilingue traduite de l'allemand, annotée et présentée par Nicolas Waquet, Éditions Laurence Teper, Paris, 2004, (ISBN 2-9520442-5-2).
  • Les chants de la terre natale, édition bilingue, choix, présentation et traduction de Ludwig Lehnen, coll. « Orphée », Éditions de la Différence, 2014.
  • Hymnes, traduits et présentés par Raoul de Varax,coll. L'Ombellie, Éditions des Vanneaux, 2014.
  • Élégies - Chants nocturnes, présentés et traduits par Raoul de Varax, Éditions de l'Atelier du Grand Tétras, 2016.
  • Odes, présentées et traduites par Raoul de Varax, Éditions de l'Atelier du Grand Tétras, 2017
  • Poèmes à la Fenêtre / Poems at the Window, poèmes contemplatifs des dernières années de la vie de Hölderlin, traductions rimées et métrées française et anglaise par Claude Neuman, édition trilingue allemand-français-anglais, Editions www.ressouvenances.fr , 2017
  • Odes éoliennes / Aeolic Odes, traductions métrées française et anglaise par Claude Neuman, édition trilingue allemand-français-anglais, Editions www.ressouvenances.fr , 2019

Archives et Bibliographie Internationale de Hölderlin (IHB)[modifier | modifier le code]

En Allemagne, paraît en 1985 la première édition de la Bibliographie Internationale de Hölderlin (Internationale Hölderlin-BibliographieIHB[43] ): le premier tome établi par Maria Kohler couvre la période 1804-1983; d'autres tomes vont s'ensuivre, élaborés par Werner Paul Sohnle et Marianne Schütz aux Archives de Hölderlin (Hölderlin-Archiv[44]), jusque dans les années 1990[45]. L' I.H.B s'est informatisée et a été mise en ligne[46] le 1er janvier 2001.

Hommages et adaptations[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Les poèmes de Hölderlin ont inspiré de nombreux compositeurs, à commencer par Brahms avec son Hyperions Schicksalslied (Le Chant du destin d'Hypérion). Parmi ces compositeurs, on peut noter Richard Strauss (Drei Hymnen von Friedrich Hölderlin, opus 71), Max Reger (An die Hoffnung : « À l'Espérance »), Paul Hindemith, Benjamin Britten, Hans Werner Henze, György Kurtág, György Ligeti, Luigi Nono, Wolfgang Rihm, Hans Pfitzner, Hanns Eisler, Peter Cornelius, Richard Wetz (Hyperion), Josef Matthias Hauer, Stefan Wolpe, Viktor Ullmann (qui composa sa musique dans le camp de concentration de Terezin), ainsi que Georg Friedrich Haas (avec Hyperion), sans oublier Heinz Holliger qui composa un monumental Scardanelli Zyclus.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Au théâtre Friedrich Hölderlin, sa vie et son œuvre, ont fait l'objet d'un culte, notamment par le metteur en scène allemand Klaus Michael Grüber, qui s'est attaché à traduire une esthétique théâtrale, conçue comme une alternance poétique autonome au texte et au parcours du poète souabe, tout en servant de traduction et de miroir. En réalisant Winterreise dans le stade olympique de Berlin, où eurent lieu les Jeux olympiques d'été de 1936 sous le régime nazi, Grüber mène, à travers la langue d'Hölderlin, une réflexion sur la destruction, l'errance, le crime, mais aussi la volonté de rédemption. Le comédien Michael König se trouve au centre de cette mise en scène historique. Il signera par la suite d'autres spectacles, tels qu'Hypérion présenté au Festival d'automne à Paris (1991), avec le grand comédien de langue allemande Bruno Ganz, qui a, quelques années plus tôt, incarné Empédocle, là aussi à l'Olympia-Stadion de Berlin, en 1976, dans une production du Théâtre de la Schaubühne.

Ödipus der Tyrann de Friedrich Hölderlin d'après Sophocle (traduction de Philippe Lacoue-Labarthe chez Christian Bourgois), dans la mise en scène de Romeo Castellucci, spectacle créé le à la Schaubühne Berlin, a été donné en coréalisation avec le Théâtre de la Ville-Paris dans le cadre du Festival d'Automne à Paris du 20 au 24 novembre 2015. Le personnage d'Œdipe était interprété par l'actrice Ursina Lardi, tandis qu'Angela Winkler tenait le rôle du Chœur en tant que mère supérieure d'une communauté de nonnes. Dans ce spectacle, Castellucci cherche à « faire coïncider les images d'Œdipe et de Jésus » selon un esprit « “asymétrique” et “féminin” »[47].

Cinéma[modifier | modifier le code]

En 1997, la réalisatrice allemande Nina Grosse (de) réalise un film, relativement romancé, Feuerreiter (Le cavalier du feu) traitant de la vie et de l'œuvre de Friedrich Hölderlin (interprété par Martin Feifel), notamment sous l'optique de sa relation avec Suzette Gontard (interprétée par Marianne Denicourt) et son ami Isaac von Sinclair (interprété par Ulrich Matthes). Le comédien Ulrich Mühe, grand acteur de l'ex-RDA, qui devint très populaire après la réunification, joue dans ce film l'un des rôles-clef, celui de Jacob Gontard, époux de Susette.

Citations[modifier | modifier le code]

« Les plus grands poètes lyriques, comme Hölderlin ou Keats, sont des hommes en qui le pouvoir mythique de perception se brise encore vers son intensité extrême et son pouvoir d'objection... » (Ernst Cassirer dans Language and Myth, 1946).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sainte-Beuve traduira la Goethezeit par le « siècle de Goethe ».
  2. Dans la note 32 de sa « Présentation » générale des Fragments de poétique de Hölderlin, Jean-François Courtine précise que Urteil und Sein, texte « assez fascinant » apparu en 1930 à l'occasion d'une vente aux enchères, fut publié pour la première fois en 1961 dans la Stuttgarter Ausgabe par Friedrich Beissner.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. l’essai de Heinz Schlaffer, La Brève Histoire de la littérature allemande 2002, tr. fr. 2004.
  2. Jean Chassard / Gonthier Weil, Histoire de la littérature de langue allemande, Paris, Hachette, 1981, p. 120-130.
  3. Lettre à Karl Gock, 1er janvier 1799, in : Sämtliche Werke, éditions F. Beißner, Stuttgart 1954, vol. 6.
  4. Cf. Jean Laplanche, Hölderlin et la Question du Père (1961).
  5. Notice Biographique, chapitre Années d'études, page XXIII-XXIV des Œuvres d'Hölderlin dans l'édition de la Pléiade, 1967.
  6. Page 15 des Œuvres d'Hölderlin dans l'édition de la Pléiade, 1967.
  7. À l'appui de ce qui justifierait cet enthousiasme largement influencé, comme on peut le penser, par le courant Sturm und Drang où arrive la pièce de Schiller Les Brigands, Hölderlin aurait fondé en 1788, une Ligue des poètes, avec deux de ses amis, Magenau et Neuffer. Et avec Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) et Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling, il aurait écrit un texte intitulé Du communisme des esprits, important du point-de-vue historique puisqu'il s'agit d'une des toutes premières occurrences du terme de communisme.
  8. Cf. le texte attribué à Hölderlin « En bleu adorable », dans Hölderlin, Œuvres, p. 939 (Tr. A. du Bouchet): « mais poétiquement toujours, / Sur terre habite l'homme ».
  9. Friedrich Hölderlin enseigna en tant que précepteur aux enfants du consul de la république de Hambourg Daniel Christophe Meyer au Château de Fongravey (construit par Victor Louis), sur la commune de Blanquefort située au Nord de Bordeaux.
  10. D'après la thèse du germaniste français Pierre Bertaux, Hölderlin aurait appris la mort de Susette Gontard alors qu'il était encore à Bordeaux.
  11. Source : la chronologie établie par Michael Knaupp (de)
  12. Hölderlin, Oeuvres (Philippe Jaccottet, dir.), La Pléiade, Gallimard, 1967, p. 939-941, note de P. Jaccottet, p. 1229.
  13. Roger Ayrault, La genèse du romantisme allemand — Situation spirituelle de l'Allemagne dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, Tome I, Paris, Aubier / Éditions Montaigne, 1961, p. 56
  14. Hölderlin, lettre du (n° 80 <81>, La Pléiade, éd. Gallimard, p. 308): « Ma seule lecture pour l'instant, c'est Kant. Cet esprit merveilleux se révèle à moi de mieux en mieux. », et lettre à Hegel du (n° 84 <85>, La Pléiade, p. 316): « Mes occupations sont maintenant assez concentrées. Kant et les Grecs sont à peu près ma seule lecture. J'essaie surtout de me familiariser avec la partie esthétique de la philosophie critique. », dans Hölderlin, Fragments de poétique, éd. bilingue de Jean-François Courtine, « Présentation » (par J.-F. Courtine), Paris, Imprimerie nationale éditions, 2006, p. 13-14.
  15. Texte du « Projet (Le plus ancien programme systématique de l'idéalisme allemand) » dans Hölderlin, Œuvres (dir. P.Jaccottet), Gallimard, La Pléiade, p. 1156-1158. Philippe Jaccottet écrit en note p. 1156: « Il s'agit d'un texte sans doute rédigé par Schelling sous l'influence directe de Hölderlin, à la suite de leurs rencontres de 1795, et copié de la main de Hegel au cours de l'été 1796 ».
  16. Dans : « Présentation » par J.F. Courtine de Hölderlin, Fragments de poétique, Paris, Imprimerie nationale, 2006, p.  14-15; J.-F. Courtine se réfère (note 10) à la traduction française par Alexis Philonenko, dans Fichte, Œuvres choisies de philosophie première, Paris, Vrin, 1964.
  17. Hölderlin, « Être et Jugement », dans Œuvres, Pléiade, nrf/Gallimard, p. 282-283; Hölderlin, « Jugement et Être », dans Fragments de poétique, édition bilingue de Jean-François Courtine Paris, Imprimerie nationale, 2006, p. 153-157.
  18. Jean-François Courtine, « Présentation », dans Hölderlin, Fragments de poétique, Paris, Imprimerie nationale, 2006, p. 26-34, note 32, p. 66.
  19. Jacques Rivelaygue, Leçons de métaphysique allemande, tome I, « De Leibniz à Hegel », Paris, Grasset & Fasquelle, 1990, biblio Le Livre de Poche essais No 4341, p. 200-201.
  20. Jacques Rivelaygue, Leçons de métaphysique allemande, tome I, p.  205.
  21. Jacques Rivelaygue, Leçons de métaphysique allemande, tome I, p.  208-209.
  22. J. Rivelaygue, Leçons de métaphysique allemande, tome I, p.  216.
  23. Cf. Friedrich Nietzsche, IIIe Considération inactuelle (« Schopenhauer éducateur »), éd. Gallimard, « Folio essais », 1990, p. 30-34.
  24. P. Jaccottet, Rilke par lui-même, Seuil, p. 117-118.
  25. a et b Isabelle Kalinowski, « Hölderlin (Friedrich) », dans Dictionnaire du monde germanique sous la direction d'Elisabeth Décultot,Michel Espagne, Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007, p. 513.
  26. a et b Jean-Pierre Lefebvre, « Hölderlin Friedrich (1770-1843), dans Encyclopedia Universalis, [lire en ligne].
  27. Martin Heidegger, Erläuterungen zu Hölderlins Dichtung, (éd. Friedrich-Wilhelm von Herrmann), 7e tirage, Klostermann, 2012 (ISBN 978-3-465-04140-5)
  28. a et b Isabelle Kalinowski, « Hölderlin (Friedrich) », 1 — Vie et oeuvre, dans Dictionnaire du monde germanique, 2007,p. 513-514.
  29. Theodor W. Adorno, « Parataxe » dans: Hölderlin, hymnes, élégies et autres poèmes, Introduction par Philippe Lacoue-Labarthe, Paris, GF Flammarion, 1983.
  30. a b c d e f g h et i Isabelle Kalinowski, « Hölderlin (Friedrich) », 2. Hölderlin en France, dans Dictionnaire du monde germanique, 2007,p. 514.
  31. a b et c Isabelle Kalinowski, « Hölderlin (Friedrich) », 2. Hölderlin en France, dans Dictionnaire du monde germanique, 2007, p. 515.
  32. Pierre Bertaux, Hölderlin, Essai de biographie intérieure, Paris, Hachette, 1936.
  33. Voir aussi Lucien Calvié, Le Renard et les raisins. La Révolution française et les intellectuels allemands. 1789-1845, Paris, Études et Documentation Internationales(ÉDI), 1989.
  34. Pierre Bertaux, Hölderlin ou le temps d'un poète, Paris, Gallimard, 1983.
  35. Élisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France. 2, Paris, Fayard, 1994, p. 396.
  36. Michel Foucault, « Le « non » du père », in Critique, mars 1962, 178, p. 195-209.
  37. Roger Laporte, « Hölderlin ou le combat poétique » dans Quinze variations sur un thème biographique, Paris, Flammarion, 1975, coll. « Textes » p. 85.
  38. Jean Laplanche, Hölderlin et la question du père, p. 133.
  39. D'après l'éditeur, Gallimard, [lire en ligne]
  40. P. Jaccottet, « Avertissement », dans: Hölderlin, Œuvres, p. XIX
  41. L'achevé d'imprimer : 14 décembre 1929
  42. Voir aussi : Lettres sur le Romantisme allemand, correspondance d'Albert Béguin et Gustave Roud, Édition Les Études de Lettres, Lausanne, 1974. Introduction de Pierre Grotzer, notes et choix de textes de Françoise Fornerod. À partir de 1936, nombreuses discussions sur Hölderlin et sa traduction. En particulier Albert Béguin propose des améliorations aux traductions de Gustave Roud pour les poèmes parus en revues, en vue de leur publication en volume (qui aura lieu chez Mermod en 1942)
  43. Site consulté le : [1]/
  44. Site consulté le : [2]/
  45. Voir le compte-rendu bibliographique d'Alain Montandon. Internationale Holderlin-Bibliographie, 1995-1996. In : Romantisme, 1999, no 104. « Penser avec l'histoire », p. 127.
  46. Site consulté le : [3].
  47. Portrait Romeo Castellucci, Festival d'automne à Paris, -9 janvier 2016, 44e édition, p. 12: « Romeo Castellucci, Ödipus der Tyrann de Friedrich Hölderlin, d'après Sophocle », Théâtre de la Ville, vendredi 20 au mardi 24 novembre 20h30, dimanche 22 novembre 15h. Durée 1h45. Spectacle en allemand surtitré en français.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

(par ordre alphabétique)

  • Theodor W. Adorno, « Parataxe » dans: Hölderlin, hymnes, élégies et autres poèmes, Introduction par Philippe Lacoue-Labarthe, Paris, GF Flammarion, 1983.
  • Beda Allemann, Hölderlin et Heidegger : Recherche de la relation entre poésie et pensée, préface de François Fédier, traduction de François Fédier, PUF, Épiméthée, Paris, 1959 (2e édition revue et corrigée 1987).
  • André Alter, Hölderlin. Le Chemin de lumière, Paris, Champ Vallon, 1992.
  • Harald Bergmann, Hölderlin Edition, Buch- und DVD-Edition aller vier Hölderlin-Filme Bergmanns (Lyrische Suite/Das untergehende Vaterland, Hölderlin Comics, Scardanelli, Passion Hölderlin), Berlin 2012, (ISBN 978-3-9815488-4-6).
  • Pierre Bertaux, Hölderlin ou le temps d’un poète, Paris, Gallimard, 1983.
  • Michel Butor, L'aède en exil (adaptation), illustrations par Bernard Dufour, Fata Morgana, 2000.
  • Lucien Calvié,
    • Le Renard et les raisins. La Révolution française et les intellectuels allemands. 1789-1845, Paris, Études et Documentation Internationales(ÉDI),1989, (ISBN 2-85139-094-5).
    • Entrée « Révolution française dans la philosophie allemande », dans Dictionnaire du monde germanique, dir. Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007 (ISBN 978 2 227 47652 3), p.  965-966.
  • Maxence Caron, Être et identité, Paris, Le Cerf, 2006.
  • Jean Chassard / Gonthier Weil, Histoire de la littérature de langue allemande, Paris, Hachette, 1981, (ISBN 2 01-005613-2).
  • Jean-François Courtine (dir.), Hölderlin, Cahiers de l'Herne, no 57, Paris, L'Herne, 1989, 358 p. (ISBN 9782851970640).
  • Martin Heidegger, Approche de Hölderlin [Erläuterungen zu Hölderlins Dichtung], Trad. de l'allemand par Henry Corbin, Michel Deguy, François Fédier et Jean Launay, Nouvelle édition augmentée, Collection Classiques de la Philosophie, Paris, Gallimard, 1974.
  • Gilles Jallet, Hölderlin, Paris, Seghers, 1985, coll. « Poètes d'aujourd'hui ».
  • Isabelle Kalinowski,
    • Une histoire de la réception de Hölderlin en France, thèse de doctorat, Université Paris XII, 1999.
    • « Hölderlin (Friedrich) », dans Dictionnaire du monde germanique sous la direction d'Élisabeth Décultot, Michel Espagne, Jacques Le Rider, Paris, Bayard, 2007, (ISBN 978 2 227 47652 3), p. 512-515.
  • Jean Laplanche, Hölderlin et la question du père, Paris, PUF, 1961; rééd., Paris, PUF, 1984, coll. « Quadrige ».
  • Roger Laporte,
    • « Hölderlin ou le combat poétique » dans Quinze variations sur un thème biographique, Paris, Flammarion (essais / textes), 1975.
    • Hölderlin une douleur éperdue, Seyssel (Ain), Éditions Comp'Act, 1986.
  • Jean-Pierre Lefebvre,
    • (éd. par), Hölderlin, journal de Bordeaux, William Blake and co. edit, 1990.
    • « Hölderlin Friedrich (1770-1843) », dans Encyclopedia Universalis, site consulté le 17 novembre 2019 [lire en ligne].
  • (en) Geert Lernout, The Poet as Thinker: Hölderlin in France, Columbia, 1994, (ISBN 1879751984).
  • Jean-François Mattéi, Heidegger et Hölderlin. Le Quadriparti, Paris, PUF, 2001, coll. « Épiméthée ».
  • Jacques Rivelaygue, Leçons de métaphysique allemande, tome I, « De Leibniz à Hegel », Paris, Grasset & Fasquelle, 1990, biblio Le Livre de Poche essais No 4341.
  • Jacques Taminiaux, La nostalgie de la Grèce à l’aube de l’idéalisme allemand. Kant et les Grecs dans l’itinéraire de Schiller, de Hölderlin et de Hegel, La Haye, Nijhoff, .
  • Aude Therstappen, Friedrich Hölderlin. Présences du poète, Paris, Somogy, 2010.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et liens externes[modifier | modifier le code]

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