Régression (psychanalyse)

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En psychanalyse, la régression est le passage d'un état psychique plus avancé à un stade plus archaïque.

Modèles[modifier | modifier le code]

La régression se propose selon trois modèles :

  • la régression topique, quant aux systèmes psychiques ;
  • la régression supposant une évolution dans le temps ;
  • la régression au sens d'une perte de l'élaboration, du travail psychique.

Ces trois modèles de la régression se rejoignent, en ce qu'un système psychique implique une période de maturation et une figuration psychique plus ou moins riche. Le processus originaire, certes postérieur à la théorie freudienne, en donne un parfait exemple, puisqu'il s'agit du premier fonctionnement psychique, qu'il implique un seul système qui n'est même pas l'inconscient, et dans lequel la seule figuration possible est le très pauvre pictogramme.

Afin de préciser un peu plus ces modèles, il est possible de se servir d'un modèle de base de la régression que fut la névrose obsessionnelle.

Régression formelle[modifier | modifier le code]

La régression formelle doit être présentée la première puisqu'elle est la plus commune, et peut servir de modèle pour d'autres psychologies que la psychanalyse. Il s'agit d'une régression au sens commun, d'un passage au moins élaboré.

Cette régression passe donc d'un travail psychique riche à un travail plus pauvre. Les associations, par exemple, perdent en qualité. Les modes de figuration habituels sont remplacés par des modes de figuration plus primitifs.

Ce point suppose donc des outils pour le travail psychique, des créations qui peuvent être précisées ; l'affect par exemple est élaboré à partir de données quantitatives d'énergie pulsionnelle ; les représentations de mots ne sont que secondairement liées aux images sensorielles telles que les bruits. La sublimation, satisfaction de la pulsion qui ne passe pas par son but, mais s'en détourne au profit d'une activité créatrice, artistique ou intellectuelle, semble bien dans l'idée freudienne la forme la plus aboutie de travail psychique.

Dans la névrose obsessionnelle, il y a régression du mode de satisfaction de la pulsion, qui prend pour sa réalisation le chemin de la toute-puissance.

Régression temporelle[modifier | modifier le code]

La régression temporelle implique un retour à un état psychique qui a été connu, dans le passé. Si cette idée ne pose pas de difficulté particulière, il faut attirer l'attention sur la diversité qu'elle peut revêtir.

En effet, la psyché a connu, dans le passé, un fonctionnement qui ne sera jamais complètement abandonné, mais qui s'exprime sous de nombreux aspects : par exemple les identifications, la relation d'objet et par excellence les stades psychosexuels.

  • La régression temporelle dans les identification est retour d'une identification à un objet antérieur, qui avait dans le passé servi de modèle. Si le Moi s'édifie par identifications successives, cette régression implique donc directement un appauvrissement du Moi, qui renonce à une partie de son édification. Dans la névrose obsessionnelle, on peut décrire une régression quant à l'identité sexuelle, depuis l'identité hétérosexuelle à l'identité homosexuelle.
  • La régression dans la relation d'objet implique une évolution dans le temps du rapport à l'autre. Ce rapport est dans un premier temps partiel, il est relation au sein plus qu'à la mère, et ne peut assumer l'ambivalence, c'est-à-dire le mélange d'intérêt et de dégoût pour un même objet pulsionnel. Un modèle serait donc l'évolution de relations partielles, dans lesquelles tout mauvais est attribué au dehors, à la relation à un objet transitionnel, ni interne ni externe mais demeurant à la limite, jusqu'à une utilisation de l'objet lui reconnaissant une vie propre. La névrose obsessionnelle maintient quant à la relation d'objet la possibilité d'une ambivalence, puisque le père y est tant haï que adoré.

Régression topique[modifier | modifier le code]

Le point de vue topique de la métapsychologie désigne simplement la description de l'esprit comme mettant en jeu différentes places, qu'il s'agisse de systèmes - fonctionnant selon différents principes - ou d'instances, ces dernières représentant la personne.

Le rêve accomplit une régression topique : il se présente au rêveur comme des images sensorielles, des percepts (bien que Freud n'emploie pas le mot), ce qui caractérise une régression du système conscient au système inconscient, lieu de l'hallucination. Toute tension sera remplacée par l'hallucination de sa satisfaction : Freud caractérise par exemple certains rêves de commodité, dans lesquels le rêveur perçoit qu'il se soulage pour échapper à l'envie d'uriner, ou plutôt pour échapper à la nécessité de se réveiller.

Dans la névrose obsessionnelle, il n'y a pas annihilation même temporaire du conscient, mais l'inconscient, le ça, le surmoi, se voient gouverner la vie affective du névrosé : on peut donc décrire une telle régression topique.

Cette régression du système conscient au système inconscient se comprend plus clairement à la lumière des processus primaire et processus secondaire, lois qui caractérisent ces systèmes. Dans le système secondaire, la pulsion est liée, elle peut s'accumuler et la tension augmente, bien que le but reste la décharge. Il s'agit de faire avec le réel pour chercher à y satisfaire es désirs. Le processus secondaire, de plus, lie les représentations de chose, les images sensorielles ou percepts, aux représentations de mot. Tandis que le processus primaire se dénote par la satisfaction hallucinatoire, dans l'immédiat, de la pulsion, qui évacue la réalité extérieure au profit de la décharge et du maintien d'un niveau tolérable d'excitation.

Mais le rêve n'accomplit pas nécessairement de régression au sens de la seconde topique, qui envisage les différentes instances du ça, du moi et du surmoi. Les rêves peuvent tout à fait satisfaire des désirs surmoiques inconscients.
Cette dernière remarque pourrait cependant perdre de son intérêt dans le cadre du modèle métapsychologique de Melanie Klein, qui postule la formation précoce d'un surmoi particulièrement hostile. Dans ce modèle, la régression topique peut aussi se comprendre en termes d'instances.

La régression topique n'a pas lieu que dans le rêve ; elle se trouve par exemple dans la schizophrénie, bien qu'elle y soit moins globale. Au sens strict, l'activité même de remémoration implique régression (du système conscient au système préconscient).

Contre-modèle : dans l'hystérie[modifier | modifier le code]

Dans l'hystérie il y a régression quant aux objets sexuels. Le complexe d'Œdipe est avant tout un très fort investissement des parents, dont l'aspect sexuel demeure en conséquence caché. Mais l'hystérie ne présente pas de régression au sens de retour à un stade libidinal antérieur, et ce bien que l'oralité y soit généralement fortement investie.

Mécanisme de défense[modifier | modifier le code]

La régression se pose comme une pièce importante de la métapsychologie, qui décrit l'âme selon des temps plus ou moins avancé : l'esprit est qualifié au vu de ses constructions successives. Tout état peut faire retour dans le psychisme : le principe de plaisir peut contraindre le sujet à revenir à un mode de satisfaction plus accessible. Comme le notent Laplanche et Pontalis, c'est cette même idée d'une résurgence du passé que soulève la compulsion de répétition. On pourrait beaucoup plus largement noter l'importance de la répétition en psychanalyse. Les premières études freudiennes sur l'hystérie notaient déjà un traumatisme, réinscrivant infatigablement le passé dans l'actuel.

Une régression peut être décrite comme défense devant une difficulté à se décharger des tensions psychiques au vu d'un fonctionnement plus élaboré, mais également comme défense devant une régression plus importante. Ce statut paradoxal est par exemple utilisé dans la compréhension de la névrose obsessionnelle, dont la gravité peut certes varier grandement, mais qui pourrait s'entendre comme défense devant le stade génital ainsi que comme défense devant la psychose.

Discussion du modèle[modifier | modifier le code]

La régression dans le temps, le retour à un stade antérieur, n'est donc que l'une des formes que détaille Sigmund Freud. Le Vocabulaire de la psychanalyse de Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis emploie à ce sujet une précaution étymologique : régression peut signifier retour en arrière dans un sens spatial ou même logique.
Mais le modèle psychanalytique du développement implique pourtant une évolution de la forme que prend le travail psychique, et cela à tous les niveaux, et qui concerne donc le point topique comme le point formel. Freud note lui-même que les trois formes de régression se rejoignent.

Le modèle psychanalytique de la régression implique donc l'idée d'un développement, du plus simple au plus complet. Ce modèle se nuance de l'idée que jamais un point antérieur n'est complètement abandonné, mais il contient néanmoins la notion d'évolution dans l'ontogénèse qui sera, parfois, et plus ou moins, délaissée.

Freud note que le terme de régression est plutôt descriptif. Il est surtout dépendant de la notion voisine de fixation : la viscosité de la libido décrit la difficulté de se décoller d'un mode de satisfaction, auquel le sujet peut demeurer attaché.

Références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]