La Psychanalyse du feu

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La Psychanalyse du feu est un essai philosophique de Gaston Bachelard (1884-1962), inspiré par la psychanalyse (surtout jungienne). Sa rédaction a été terminée le , et il a été publié pour la première fois en 1938. Pour Gaston Bachelard, l'homme « imagine d'abord et voit ensuite ». Les rêves et les mythes sont classés d'après les quatre éléments : air, eau, feu, terre. Ici, c’est l’élément « feu » qui prend une place prépondérante.

Composition de l’ouvrage[modifier | modifier le code]

Le livre comporte sept chapitres :

  • Avant propos
  • I-Feu et respect. Le complexe de Prométhée.
  • II-Feu et reverie. Le complexe d’Empédocle
  • III-Psychanalyse et préhistoire. Le complexe de Novalis.
  • IV-Le feu sexualisé
  • V-La chimie du feu : histoire d’un faux problème.
  • VI-L’alcool : l'eau qui flambe. Le punch : le complexe d’Hoffmann. Les combustions spontanées.
  • VII-Le feu idéalisé : feu et pureté.
  • Conclusion.

Résumé par chapitres[modifier | modifier le code]

Avant-propos[modifier | modifier le code]

Bachelard propose tout d’abord une réflexion sur l’objectivité scientifique. La méthode consiste à « arracher l’esprit au narcissisme que donne l’évidence première ». Il faut s’affranchir des convictions non discutées pour parvenir peu à peu à saisir les choses dans leur vérité fondamentale.

Chapitre Ier. Feu et respect. Le complexe de Prométhée.[modifier | modifier le code]

Bachelard s’attache dans ce chapitre à décrire l’élément feu. Le feu est à la fois mouvement et principe contradictoire. « Tout ce qui change vite s’explique par le feu », affirme-t-il. Il représente à la fois le bien et le mal : il brille au paradis, il brûle en enfer.

Il veut tenter de faire une psychanalyse de la pensée objective : trouver les causes inconscientes à la base même de la connaissance scientifique et empirique. Il nous explique que ce qu’on connaît d’abord du feu, c’est qu’on ne doit pas le toucher. Il donne ensuite une définition du complexe de Prométhée : « toutes les tendances qui nous poussent à savoir autant que nos pères, plus que nos pères, autant que nos maîtres, plus que nos maîtres ». Selon Bachelard, "Le complexe de Prométhée est le complexe d’Œdipe de la vie intellectuelle".

Chapitre II. Le complexe d’Empédocle[modifier | modifier le code]

Qui est Empédocle? Philosophe grec, ingénieur et médecin, la légende raconte qu’il se jeta dans les flammes de l’Etna.

Bachelard propose alors une réflexion sur le psychisme de l’incendiaire, celui qui allume un feu, l’homme fasciné par le feu, symbole de destruction. « Le feu couve dans une âme plus sûrement que sous la cendre. L’incendiaire est le plus dissimulé des criminels. » Il enchaîne ensuite sur une brève analyse des rêves du feu dont l’interprétation sexuelle est la plus sûre. Il poursuit son cheminement sur les rêveries devant le feu : « Le feu réchauffe et réconforte, il invite l’âme au repos. ». Il est le symbole du changement et du renouvellement.

Le philosophe aime montrer l’aspect contradictoire d’un même élément, il pense que c’est ce qui fait l’originalité d’une telle pensée, d’un tel discours.

Chapitre III. Le complexe de Novalis[modifier | modifier le code]

Le rêve précède l’expérience, il est plus fort qu’elle. « On ne peut étudier que ce qu’on a d’abord rêvé. » Il existe un lien entre le feu et la sexualité : « il faut reconnaître que le frottement est une expérience fort sexualisée. L’amour est la première hypothèse pour la reproduction objective du feu ». Prométhée est un amant vigoureux. On pense à l’expérience objective du frottement de deux morceaux de bois, à l’expérience subjective du frottement qui enflamme un corps aimé. Le frottement est aussi cause de l’électricité.

Le feu renvoie au rêve de la fécondité. Les cendres des feux de joie fécondent et les bêtes et les champs, car elles fécondent les femmes. C’est l’expérience du feu de l’amour qui est à la base de l’induction objective. Le feu renvoie aux désirs comblés.

Le complexe de Novalis synthétise alors l’impulsion vers le feu provoqué par le frottement, le besoin d’une chaleur partagée. Il est caractérisé par une conscience de la chaleur intime. Novalis écrivait d’ailleurs : « Vois en mon conte mon antipathie pour les jeux de lumière et d’ombre et le désir de l’Ether chaud et pénétrant. ». Novalis a rêvé la chaude intimité terrestre.

Chapitre IV. Le feu sexualisé[modifier | modifier le code]

Bachelard veut dénoncer la fausse évidence qui prétend relier la vie et le feu. Perdre le feu, le feu séminal, voilà le grand sacrifice. Seul ce sacrifice peut engendrer la vie. Dans La Formation de l’esprit scientifique, l’auteur a tenté de montrer que toute l’alchimie était traversée par une immense rêverie sexuelle, une rêverie de richesse et de rajeunissement, par une rêverie de puissance. L’alchimie est uniquement une science d’hommes, de célibataires, d’initiés retranchés de la communion humaine au profit d’une société masculine. Sa doctrine du feu est donc polarisée sur des désirs inassouvis. Ce feu intime et mâle est naturellement le feu le plus puissant. C’est lui qui peut ouvrir les corps, les prendre, les posséder. Elle se fait, comme le disent certains alchimistes, par la Verge du Feu. Pensons au récit de mariage de la Terre et du Feu dans les ouvrages d’alchimie.

Il conclut sur le fait que tout change par le feu et que le premier phénomène qui vaille l’attention de l’homme, c’est le « pyromène ».

Chapitre V. La chimie du feu : histoire d’un faux problème[modifier | modifier le code]

Le philosophe tout au long de ce chapitre un peu hermétique critique les préjugés animistes et substantialistes, mais les reprend et tente de les expliquer. Le feu s’offre pour la réflexion scientifique sur la lumière, les phénomènes électriques. La chaleur de certaines substances végétales fait partie aussi des croyances ancrées dans certains esprits. Dans l’Antiquité, les branches de laurier étaient dédiées au soleil et on s’en servait pour couronner tous les conquérants de la terre. D’après certains, le laurier guérit les ulcères de la tête et efface les taches du visage.

Le feu a rapport avec la digestion et avec le désir de penser à une puissance de destruction. On se sert de l’acide et on en abuse. Il s’agit de détruire le feu de la vie par un surfeu, de se consumer sans flamme ni cendre.

Chapitre VI. Le complexe d’Hoffmann[modifier | modifier le code]

« L’eau de vie, c’est l’eau de feu. C’est une eau qui brûle la langue et s’enflamme à la moindre étincelle ». L’un des traits de l’œuvre d’Hoffmann, c’est l’importance des phénomènes du feu. On y parle de punch, simple accompagnement d’un soir de fête. La folie et l’ivresse, la raison et la jouissance sont présentées dans leurs interférences. Toute une partie de la littérature fantasmagorique repose sur la poétique excitation de l’alcool. Edgar Poe comme Hoffmann ont été aidés dans leur génie par l’alcool. Cependant les deux sont différents. L’alcool d’Hoffmann, c’est celui qui flambe tandis que l’alcool d’Edgar Poe, c’est celui qui donne l’oubli et la mort. Le génie d’E.Poe est associé aux eaux dormantes, aux eaux troubles, à l’étang où se reflète la maison Usher. L’eau prend le dessus chez lui sur le feu.

L’alcool brûle, consume. Le philosophe cite plusieurs exemples relatés dans les ouvrages du XVIIIe siècle où on retrouve un ivrogne en cendres, consumé par la boisson. C’est dans l’inconscient collectif qu’on trouve l’idée qu’un corps vivant peut être consumé de l’intérieur par le "feu" de l’alcool.

Chapitre VII. Le feu idéalisé : feu et pureté[modifier | modifier le code]

Le feu est à la fois le symbole du diable, des flammes de l’enfer et un symbole purificateur. Il purifie tout car il supprime les odeurs nauséabondes. En agriculture, il détruit les herbes inutiles et enrichit la terre.

Quand le feu se dématérialise, il devient esprit. Pour Rilke, être aimé c’est se consumer dans la flamme, c’est échapper au doute, c’est vivre dans l’évidence du cœur.

Conclusion[modifier | modifier le code]

La rêverie sur le feu a permis de mettre en évidence toute l’ambiguïté de cet élément : avoir conscience de brûler, c’est se refroidir, sentir une intensité, c’est la diminuer. Tous les complexes liés au feu sont douloureux : prendre le feu ou se donner au feu, suivre le complexe de Prométhée ou d’Empédocle. Seule la rêverie créatrice peut détruire ces douloureuses ambiguïtés, car l’imagination est la force même de la production psychique, d’une liberté féconde et positive.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]