Ilarie Voronca

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Ilarie Voronca
Description de l'image Ilarie Voronca by Robert Delaunay.jpg.
Nom de naissance Eduard Marcus
Naissance
Brăila, Roumanie
Décès (à 42 ans)
Paris, France
Activité principale
Auteur
Genres

Ilarie Voronca, de son vrai nom Eduard Marcus (, Brăila, Roumanie, Paris), est un poète et écrivain français d'origine roumaine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts littéraires[modifier | modifier le code]

Jeune étudiant roumain, né dans une famille juive, passionné de littérature, Ilarie Voronca rencontra Eugen Lovinescu et publia ses premiers écrits en 1922 au sein du mouvement Sburătorul ; il s'agissait alors de poèmes d'inspiration symboliste, influencés par les œuvres de George Bacovia et de Camil Baltazar. Les textes de cette période, au ton plutôt sombre et pathétique, tranchent avec le reste de son œuvre. Dès 1923, à l'âge de 20 ans, Voronca se distingua en publiant à Bucarest son premier recueil de poèmes, intitulé Restristi et illustré par Victor Brauner[1].

Un avant-gardiste[modifier | modifier le code]

En 1924, Voronca devint l’une des figures clés de l’avant-garde artistique roumaine en créant, avec Victor Brauner, la revue 75 HP (ro)[2]. C'est dans cette revue[3], remarquable par ses audaces typographiques et graphiques, qu'apparaît la Pictopoésie[4], définie par Voronca comme une « superposition de surfaces géométriques, différenciées selon les couleurs et les reliefs, où les mots inscrits soutiennent par leur rythme le sens de la composition plastique »[5]. Devenu une figure phare du constructivisme roumain, Voronca collabora aux principales revues de Bucarest : Contimporanul (ro), Punct (ro), Integral (ro) et Unu (ro).

Influencé initialement par Dada, Voronca travailla à la combinaison des diverses avant-gardes, se faisant le théoricien de l’Intégralisme :

« Le vrai mot personne ne l’a dit encore : cubisme, futurisme, constructivisme ont débouché sur le même point hardi : la SYNTHESE. »

— Ilarie Voronca, Punct, nº 6/7, janvier 1925.

Voronca publia douze volumes en Roumanie, dont Colomba (1927), Ulise (1928), Peter Schlemihl (1932) ou Patmos (1933). Cependant, comme l'écrit le poète et essayiste français Christophe Dauphin, « l’apparente euphorie qui émanait de la création comme de la personnalité de Voronca cachait bien mal l’angoisse qui le rongeait souterrainement »[6].

Départ pour Paris[modifier | modifier le code]

En 1933, Voronca et son épouse Colomba s'installèrent à Paris, pour fuir les « ténèbres balkaniques », à l’instar de ses amis Tristan Tzara, Benjamin Fondane, Claude Sernet ou Jacques Hérold. En France, le couple fut confronté aux dures réalités de la vie d’émigré, ce dont rendit compte le recueil Permis de séjour (1935) :

« J’avais faim. Un brouillard montait vers la cité. »

— Ilarie Voronca, "Etranger non admis", Permis de séjour, 1935.

Pour vivre, Voronca travailla dans des compagnies d’assurances. À la fin des années 1930, ses œuvres étaient appréciées par une large majorité du milieu littéraire français[7]. Son nom figurait au sommaire des principales revues de poésie, dont Les Cahiers du Sud. L’année 1936 fut marquée par la parution de La Poésie commune. Une étape déterminante, comme l'explique Christophe Dauphin : « Il n’est plus le chantre individuel, son moi s’épanouit dans toutes les voix : Je veux me mêler à cette foule. Je partage sa vie. Voronca devient le poète anonyme, de la foule et toujours le visionnaire de l’invisible »[8]. Lorsque, le 16 juin 1938, Colomba et Ilarie Voronca obtinrent la nationalité française, le poète comptait à son actif pas moins de onze recueils publiés en France.

La guerre[modifier | modifier le code]

Parallèlement à son œuvre poétique, et en cinq ans seulement, Voronca publia, durant la tragique période de l'Occupation, l’essentiel de son œuvre en prose, dont Lord Duveen (1941), L’Interview (1944), Henrika (1945) ou Souvenirs de la planète Terre (1945).

Avec la guerre était venu le temps de l’assassinat collectif :

« Le vent marche comme un aveugle
Il cherche des épis de blé
Et ne trouve que baïonnettes. »

— Ilarie Voronca, Poèmes inédits, 1964.

Élève officier de réserve, Ilarie Voronca fut démobilisé en 1940. Il se réfugia à Marseille, puis à proximité de Rodez, où il adhéra à la Résistance pour combattre le nazisme. À la mi-octobre 1944, il regagna Paris, qui avait été libéré des nazis. Le désespoir prit définitivement le pas sur la joie : Ilarie Voronca se donna la mort au soir du 4 avril 1946[9].

Ilarie Voronca, l'auteur de La Joie est pour l’homme, fut enterré au cimetière parisien de Pantin. En 2010, sa tombe, menacée de disparition, fut sauvée et refaite grâce à l’action du Collectif Ilarie Voronca[10], rassemblant des personnalités françaises et roumaines[6].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Restristi, illustrées de dix dessins hors texte de Victor Brauner, Bucarest, Rahova Arte Grafice, 1923.
  • 75 HP, revue d’avant-garde réalisée par Ilarie Voronca et Victor Brauner, Bucarest, 1924. Réédition Jean-Michel Place, 1993.
  • Colomba, illustrations de Sonia et Robert Delaunay, Imprimerie Union, 1927.
  • Ulise, illustration de Marc Chagall, Imprimerie Union, 1928.
  • Plante si animale, illustrations de Constantin Brancusi, Imprimerie Union, 1929.
  • Bratara noptilor, illustration de Victor Brauner, Bucarest, Unu, 1929.
  • Zodiac, illustration de M.H. Maxy, Bucarest, Unu, 1930.
  • Invitatie la bal, poèmes 1924-1925, Bucarest, Editura Unu, 1931.
  • Incantații, illustrations de Milita Petrascu, Bucarest, Editura Cultura nationala, 1931.
  • Peter Schlemihl, illustrations de Victor Brauner, Grégoire Michonze et Jules Perahim, Bucarest, Tipografia Bucovina, 1932.
  • Patmos, si alte sase poeme, Bucarest, Vremea, 1933.
  • Ulysse dans la cité, traduit du roumain par Roger Vailland, préface de Georges Ribemont-Dessaignes, illustration de Marc Chagall, éditions du Sagittaire, 1933. Réédition Le Temps des Cerises, 1999.
  • Poèmes parmi les hommes, illustration d’Edmond Vandercammen, Cahier du Journal des poètes, 1934.
  • Patmos, collection des Cahiers Libres, Denoël et Steele, 1934. Réédition Le Pont de l’Epée, 1977. Avant propos de Tristan Tzara, Guy Chambelland, Yves Martin, Alain Simon, illustration de Victor Brauner. Édition de tête, 40 exemplaires ornés d’une gravure de Jacques Hérold.
  • Permis de séjour, Corréa, 1935.
  • La Poésie commune, G.L.M, 1936. Réédition éditions Plasma, 1979. Illustrations de Georges Ribemont-Dessaignes.
  • La Joie est pour l’homme suivi de Trois poèmes à la gloire du sommeil, Les Cahiers du Sud, 1936.
  • Pater noster suivi d’Ebauches d’un poème, Corrêa, 1937.
  • Amitiés des choses, Sagesse, 1937. Rééditions les Cahiers de Jalons no 3, 1979.
  • L’Apprenti fantôme et Cinq poèmes de septembre, Presses du Hibou, 1938. Réédition (sans les Cinq poèmes de septembre), L’Arbre, 1992.
  • Le Marchand de Quatre saisons, Cahiers du Journal des poètes, 1938.
  • Beauté de ce monde, Le Sagittaire, 1940.
  • Les Témoins, Méridien, 1942.
  • Oisiveté, Les Feuillets de Sagesse, 1943.
  • Contre-solitude, Bordas, 1946. Réédition, Plein Chant, 2006.
  • Les Chants du Mort, éditions Charlot, 1947. Réédition L’Arbre, 2003.
  • Dîner chez Jeanne Coppel, illustration de Jeanne Coppel, imprimerie PAB, 1952.
  • Poèmes choisis, introduction de Tristan Tzara, illustration de Marc Chagall, Seghers, 1956. Réédition Seghers, 1967, avec des textes inédits.
  • Poèmes inédits, Les Cahiers du Sud no 361, 1961.
  • Poeme, traduits en roumain par Sașa Pană, Préface d’Eugen Simion, Bucarest, Editura Pentru Literatura universală, 1961.
  • Poèmes inédits, éditions Subervie, 1961.
  • Poèmes inédits, illustration d’Abidine, éditions Guy Chambelland, 1964.
  • Poème pour glorifier le pied, illustrations de Madeleine Follain Thinès, La Goutte d’Or, 1971.
  • Poeme alese, anthologie en langue roumaine établie et préfacée par Sasa Pana, illustration de Robert Delaunay, deux volumes, Bucarest, Editura Minerva, 1972.
  • Zodiac : poesii, édition établie et présentée par Ion Pop. Cette édition rerprend : Restristi, Colomba, Ulise, Plante si animale, Bratara noptila et Zodiac, Bucarest, Editura Minerva, 1992.
  • Incantatii : poesii, édition établie par Ion Pop. Cette édition rassemble Invitatie la bal, Incantatii, Petre Schlemihl, Patmos, Din periodice et Patrusprezece sonete, Bucarest, Minerva, 1993.
  • La Chambre, L’Arbre, 2000. Poème publié dans Beauté de ce monde (1940) et repris dans Onze récits (1968).
  • Mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde, L’Arbre, 2000. Ce recueil reprend neuf poèmes de Beauté de ce monde.

Prose[modifier | modifier le code]

  • A doua lumină, essai, Bucarest, Unu, 1930. Réédition Minerva, Bucarest, 1996.
  • Act de prezență, essais, Bucarest, Cartea cu semne, 1932. Réédition comprenant A doua lumină, Bucarest, Cluj, Dacia, 1972.
  • Lord Duveen ou L’invisible à la portée de tous, récit, Éditions de l’Ilot, 1941. Réédition éditions Eliane Vernay, 1977. Illustration de Marc Chagall.
  • La Confession d’une âme fausse, Méridien, 1942.
  • La Clé des réalités, Méridien, 1944.
  • L’Interview, illustration de Halicka, éditions Jean Vigneau, 1944.
  • Henrika, roman, illustration de F. Delanglade, l’Entreprise de presse, 1945.
  • Souvenir de la planète Terre, roman, éditions Nagel, 1945.
  • Onze récits, avant propos d’Eugène Ionesco, Rougerie, 1968. Ce volume reprend six poèmes de Beauté de ce monde, un inédit et quatre récits publiés dans des revues.
  • Mic manual de fericire perfectă, édition bilingue établie par Sașa Pană, Bucarest, Cartea Românească, 1973.
  • Interviul. Unsprezece povestiri, préface d’Ion Pop, Bucarest, Cartea Românească, 1989.
  • Quarante ou cinquante personnes, L’Arbre, 1991.
  • Le Riche mendiant, A l’impatiente, 1991. Prose issue des Onze récits.
  • Arbres 1942, suivi de Un peu d’ordre, L’Arbre, 2000.
  • Interviul, Cartea Românească, Bucarest, 1989. Traduit en roumain par Ion Pop.
  • Perméables, illustrations de Marie Bauthias, Trident neuf, 2003. Réédition d’un récit publié dans la revue Viatiques en 1943, puis dans La Clé des réalités (1944).

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christophe Dauphin, Ilarie Voronca, le poète intégral, essai suivi d’un large choix de textes et de poèmes, éditions Rafael de Surtis/Editinter, 2011.
  • Christophe Dauphin, Les Riverains du feu, une anthologie émotiviste de la poésie francophone contemporaine, Le Nouvel Athanor, 2009.
  • Ecaterina Grün, La Route chez Tristan Tzara, Benjamin Fondane et Ilarie Voronca, éditions Rafael de Surtis, 2005.
  • Ion Pop, La Réhabilitation du rêve, une anthologie de l’Avant-garde roumaine, EST-Samuel Tastet Editeur & Maurice Nadeau, 2006.
  • Ilarie Voronca, Numéro spécial, Plein Chant no 77, 2004.
  • Christophe Dauphin, 1903-2003 Ilarie Voronca, le centenaire de l’ombre, Les Hommes sans épaules no 16, troisième série, 2004.
  • Christophe Dauphin, Ilarie Voronca parmi nous, Les Hommes sans épaules no 9/10, deuxième série, 1993.
  • Ilarie Voronca, numéro spécial, présentation de Jean-Paul Mestas, Cahiers de Jalons no 3, 1979.
  • Ilarie Voronca, documents et choix de poèmes, Le Pont de l’Epée no 27-28, 1965.
  • Denys-Paul Bouloc, Ilarie Voronca, éditions Subervie, 1961.
  • Tristan Tzara, Ilarie Voronca, Les Lettres françaises, 1949.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christophe Dauphin, Ilarie Voronca, le poète intégral, 2011.
  2. (ro) Andreia Roman, Literatura Româna - Littérature roumaine. Tome III : L'Entre-deux-guerres, Paris, Non Lieu, (ISBN 978-2-35270-122-4), p. 127.
  3. http://www.jeanmichelplace.com/fr/livres/detail.cfm?ProduitID=768
  4. Petre Raileanu, Gherasim Luca, Paris, Oxus Éditions, coll. « Les Roumains de Paris », , p. 35
  5. http://www.alliancefrancaise.org.hk/paroles_archives/numeros/196/05.html
  6. a et b Christophe Dauphin, Ilarie Voronca, le poète intégral, 2011.
  7. Tristan Tzara, Ilarie Voronca, Les Lettres françaises, 1949
  8. Christophe Dauphin, 1903-2003 Ilarie Voronca, le centenaire de l’ombre, Les Hommes sans épaules no 16, 2004)
  9. http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/voronca/voronca.html
  10. http://www.dechargelarevue.com/id/index.php?commentaires=300