Sainte-Cène

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Culte de Sainte-Cène en l’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune de Strasbourg le Vendredi saint.

La Sainte-Cène désigne le rite chrétien au cours duquel on prend un morceau de pain (souvent sans levain) et on boit une gorgée de vin à une coupe (parfois dans un gobelet individuel), en souvenir du dernier repas de Jésus-Christ. Ce rite est pratiqué chez les protestants et les chrétiens évangéliques. Pour désigner le même rite, les catholiques préfèrent le terme d'eucharistie. Bien que l'origine en soit commune, les interprétations théologiques diffèrent entre les principales dénominations chrétiennes.

Origine[modifier | modifier le code]

Lors de la fête de la Pâque juive, Jésus expliqua la signification de la Cène tandis qu'il partageait son dernier repas avec les douze apôtres (Mt 26:17–28 ; Lc 22:1–20) [1]. On trouve les récits de l’institution de la Cène dans les Évangiles synoptiques (Mathieu 26.26-29, Marc 14.22-26 et Luc 22.14-20). Ils sont complétés et même commentés par l’apôtre Paul en 1 Cor 11. 23-34. C’est dans le récit de Luc et celui de Paul qu’on trouve le commandement explicite de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi. » Il semble que le texte des Actes des Apôtres 2. 42-47 montre que la Cène était déjà célébrée dans l’Église primitive.

L’observation de la sainte Cène en tant qu’ordonnance de l’Église a été instituée par Christ lorsqu’il a pris le repas de la Pâque avec ses disciples la nuit précédant sa mort. Bien sûr, la Pâque était observée pour commémorer la délivrance des enfants d’Israël de l’esclavage en Égypte. La mort de Jésus n’avait pas pour seul but d’accomplir et de remplacer la pâque, elle allait aussi remplacer les rites de l’Ancien Testament. l’apôtre Paul dit en 1 Corinthiens 5:7 :

« Faites disparaître le vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain, car Christ, notre Pâque, a été immolé. »

Interprétations[modifier | modifier le code]

Au cours de l’histoire de la chrétienté, cinq conceptions fondamentales sont apparues[1], [2].

Catholicisme[modifier | modifier le code]

Conception sacramentaliste[modifier | modifier le code]

Interprétant littéralement les paroles de Christ « ceci est mon corps, ceci est mon sang », les catholiques enseignent que le pain et le vin sont transformés, bien que leur apparence ne change pas, et qu’ils deviennent véritablement le corps et le sang de Christ lorsque « le prêtre prononce la formule de consécration des éléments ». C’est ce qu’on appelle la présence réelle due au miracle de la transsubstantiation.

Dans le protestantisme[modifier | modifier le code]

Nécessaire portatif pour célébrer la sainte Cène.
Musée historique de Strasbourg.

Conception de Luther[modifier | modifier le code]

Luther voit la Cène comme si le Christ était présent pendant la Cène mais les éléments ne sont pas transformés littéralement en son corps et son sang[3]. On dit que le Christ est « dans, avec et sous les éléments ». C’est ce qu’on appelle la consubstantiation. Ainsi les participants prennent part en quelque sorte au vrai corps et au vrai sang du Christ.

Conception de Zwingli[modifier | modifier le code]

On associe Zwingli, le Réformateur protestant, à la conception de la Cène en tant que commémoration. Zwingli rejetait toute idée de présence réelle de Christ et affirmait que la Cène était d’abord un acte commémoratif. Christ était, cependant, présent spirituellement auprès de ceux qui prenaient part à la Cène et en quelque sorte il « reconnaissait une œuvre de Dieu dans la Cène ».

Conception de Calvin[modifier | modifier le code]

La conception calviniste rejette la présence corporelle du Christ dans la Cène mais affirme que la présence spirituelle du Christ est tellement réelle que « sa personne entière, corps et sang, est sensible dans la Cène ». La mort sacrificielle du Christ est rendue « effective dans le croyant lorsqu’il prend part aux éléments dans la foi. » Ainsi, selon la conception calviniste, comme chez les catholiques et les luthériens, il y a une union réelle et substantielle du croyant avec le Christ lors de l'eucharistie et non une simple cérémonie mémorielle et symbolique tel que Zwingli l'exprime[4]. Puisque, pour des croyants, une présence spirituelle n'est pas moins réelle qu'une présence matérielle, Calvin affirme donc la présence réelle de Jésus de manière spirituelle dans l'assemblée lors de la Cène : en prenant part à la Cène, un croyant expérimente la présence libératrice du Christ[4].

Dans le christianisme évangélique[modifier | modifier le code]

Commémoration (approche dominante)[modifier | modifier le code]

Bien que le christianisme évangélique embrasse une diversité de traditions théologiques, ses courants dominants tels que l’anabaptisme, le baptisme ou le pentecôtisme ont adopté la position de Zwingli. Cette approche tend donc à être majoritaire parmi les chrétiens évangéliques, pour qui la Sainte-Cène est alors vue comme un souvenir du sacrifice de Jésus-Christ et une annonce de son retour[5],[6],[7]. Cela dit, un bon nombre d’évangéliques appartenant à d’autres traditions (réformée, presbytérienne, anglicane, méthodiste...) ont une approche plus proche de celle de Calvin. Ce geste est pratiqué dans les lieux de culte ou dans les maisons, selon l’invitation de Jésus-Christ et de Paul de Tarse dans la bible. Les évangéliques prennent un morceau de pain (avec ou sans levain) et une coupe de vin ou de jus de raisin[8]. Cela a généralement lieu le jour du culte de la semaine et la fréquence est soit hebdomadaire, soit mensuelle, selon l’Église. Lorsque le temps est venu, une invitation est faite par la personne conduisant la rencontre, souvent le pasteur. En fonction des pratiques, l’invitation est adressée tantôt à tous ceux qui le désirent et comprennent le sens de ce geste, tantôt aux baptisés seulement (baptisés dans la communauté ou bien plus largement dans l’Église chrétienne), voire uniquement à ceux qui ont reçu le baptême du Saint-Esprit. Des placeurs ou des responsables nommés « anciens » passent alors les éléments dans l’assemblée, ou bien les croyants sont invités à venir les prendre à l’avant de la salle.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Calvin, J.,Institution de la Religion Chrétienne, 1995, vol. IV.
  • Grand Dictionnaire de la Bible, Excelsis, 2004
  • Kuen Alfred, Le Repas du Seigneur, 1999
  • R.P Martin, Worship in The Early church, 1974
  • Bruno Bürki, Cène du Seigneur. Eucharistie de l’Église. Le cheminement des Églises réformées romandes et françaises depuis le XVIIIe siècle, d’après leurs textes liturgiques. Fribourg 1985 (Cahiers œcuméniques 17A-17B)
  • Max Thurian, Le Mystère de l’eucharistie. Une approche œcuménique. Paris 1981 (Foi chrétienne).
  • Jean-Jacques von Allmen, Essai sur le repas du Seigneur. Neuchâtel 1966 (Cahiers théologiques 55)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Walter A. Elwell, Evangelical Dictionary of Theology, Baker Academic, USA, 2001, p. 705
  2. William A. Dyrness, Veli-Matti Kärkkäinen, Global Dictionary of Theology: A Resource for the Worldwide Church, InterVarsity Press, USA, 2009, p.506-508
  3. Walter A. Elwell, Evangelical Dictionary of Theology, Baker Academic, USA, 2001, p. 705-706
  4. a et b Édouard Pache, La Cène selon Calvin, article de la Revue de théologie et de philosophie, 24e année (1936), cahier 101 [1].
  5. Christopher A. Stephenson, Types of Pentecostal Theology: Method, System, Spirit, OUP USA, USA, 2012, p. 123
  6. Roger E. Olson, The Westminster Handbook to Evangelical Theology, Westminster John Knox Press , UK, 2004, p.
  7. Edward E. Hindson, Daniel R. Mitchell, The Popular Encyclopedia of Church History: The People, Places, and Events That Shaped Christianity, Harvest House Publishers, USA, 2013, p. 371
  8. Keith Warrington, Pentecostal Theology: A Theology of Encounter, UK, A&C Black, 2008, p. 167