Jean Daniélou

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Jean Daniélou
Biographie
Naissance 14 mai 1905
à Neuilly-sur-Seine (France)
Ordination sacerdotale 20 août 1938
Décès 20 mai 1974 (à 69 ans)
à Paris (France)
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
28 avril 1969 par le
pape Paul VI
Titre cardinalice Cardinal-diacre
de S. Saba
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale 19 avril 1969 par le
card. François Marty
Archevêque titulaire de Tauromenium
11 avril 1969 – 28 avril 1969
Autres fonctions
Fonction laïque
Membre de l'Académie française (1972-1974)

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Jean Guénolé Louis Marie Daniélou[1], né le 14 mai 1905 à Neuilly-sur-Seine (France) et mort le 20 mai 1974 à Paris, est un prêtre jésuite français, théologien de renom et académicien. Créé cardinal par Paul VI en 1969, il reçoit la consécration épiscopale le 19 avril 1969.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et famille[modifier | modifier le code]

Jean Daniélou est le fils de Charles Daniélou, homme politique, plusieurs fois ministre, plutôt anticlérical, et de Madeleine Clamorgan, fondatrice de la communauté apostolique Saint-François-Xavier, des institutions Sainte-Marie et d'une Université libre de jeunes filles. Il a pour frère cadet l'indianiste Alain Daniélou (1907-1994). Une de ses sœurs épousa Georges Izard, membre de l'Académie française.

Jésuite et prêtre[modifier | modifier le code]

Élève à Sainte-Croix de Neuilly, il poursuit des études de lettres et de philosophie à la Sorbonne. Il est agrégé de grammaire en 1927. Parallèlement, il s'engage auprès de la Conférence Olivaint. Il entre ensuite chez les Jésuites en 1929 et se consacre à l'enseignement, d'abord dans un collège de garçons à Poitiers. Il suit des études de théologie à la Faculté catholique de Lyon, alors l'une des plus réputées au monde, et il est ordonné prêtre en 1938[2].

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé dans l'armée de l'Air jusqu'en 1940. Revenu à la vie civile, il achève son doctorat de théologie en 1942 et devient aumônier de l'École normale supérieure de jeunes filles, à Sèvres. Il fonde la collection « Sources chrétiennes » en collaboration avec Henri de Lubac, inaugurant ainsi le renouveau de la patristique catholique[3],[4].

En 1943, il soutient sa thèse « Platonisme et théologie mystique. Essai sur la doctrine spirituelle de saint Grégoire de Nysse »[5].

Il devient rédacteur aux Études en 1944 (jusqu'en 1969), il fonde le Cercle Saint-Jean-Baptiste en 1944 et participe avec Marcel Moré à la revue Dieu vivant de 1945 à 1956.

Il se voit attribuer en 1944 une chaire d'histoire du christianisme ancien à l'Institut catholique de Paris, dont il deviendra le doyen en 1962. À la demande du pape Jean XXIII, il participe comme expert (peritus) au concile Vatican II.

Cardinal[modifier | modifier le code]

En 1969, il est nommé « évêque titulaire » de Taormina[6] puis créé cardinal par le pape Paul VI lors du consistoire du 28 avril 1969.

En février 1972, il apparaît dans l'émission Italiques pour parler de la démission de la culture littéraire, au profit de la culture scientifique, illustrée par le livre de Pierre Emmanuel, Pour une politique de la culture[7]. Il est élu à l'Académie française en novembre 1972, succédant au cardinal Tisserant[6].

En octobre 1972, il dénonce avec force la crise des ordres religieux, qu'il attribue à trois facteurs : d'une part, une tendance à vouloir se fondre dans la vie séculière ; d'autre part, la dépréciation des constitutions et des règles au profit de la spontanéité et l'improvisation, au nom d'une liberté mal comprise; et enfin la mise en cause de la permanence des fondements des ordres religieux. Son appel à revenir à ce qu'il considère comme les véritables orientations du concile Vatican II est perçu comme une attaque contre la politique du supérieur général des jésuites Pedro Arrupe, qui préside alors en outre l'Union des supérieurs généraux d’ordres religieux. Dès lors, Jean Daniélou est en froid avec ses confrères jésuites de Paris, et notamment Bruno Ribes, directeur de la revue Études[4].

Sa mort subite suscite beaucoup de commentaires peu charitables, puisqu'il meurt d'un infarctus chez une prostituée parisienne à laquelle il était venu apporter de l’argent pour payer un avocat capable de faire sortir de prison son mari. Une enquête est faite par la compagnie de Jésus pour vérifier ce qui s’est vraiment passé. Sandro Magister indique qu'« ils contrôlèrent son innocence. Mais, de fait, ils entourèrent l’affaire d’un silence qui n’échappa pas aux soupçons »[4]. Le communiqué officiel porte que c'est « dans l'épectase de l'Apôtre qu'il [est] allé à la rencontre du Dieu Vivant », employant ainsi un terme théologique désignant l'effort de l'âme vers la sainteté, abondamment commenté par Daniélou lui-même dans Platonisme et théologie mystique (1944).

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Platonisme et théologie mystique : doctrine spirituelle de saint Grégoire de Nysse, Aubier, Paris, 339 p., 1944, rééd. en 1953.
  • Le mystère du salut des nations, Seuil, Paris, 146 p., 1946
  • Dialogues : avec les marxistes, les existentialistes, les protestants, les juifs, l'hindouisme, Le Portulan, Paris, 192 p., 1948
  • Origène, La Table ronde, Paris, 318 p., 1948
  • Sacramentum futuri, Études sur les origines de la typologie biblique, Beauchesne, Paris, 263 p., 1950
  • Bible et liturgie, la théologie biblique des sacrements et des fêtes d'après les Pères de l'Église, Cerf, Paris, 477 p., 1951
  • Les symboles chrétiens primitifs, Seuil, Paris, 159 p., 1951
  • Les anges et leur mission, d'après les Pères de l'Église, Desclée, Paris, 171 p., 1952, rééd. en 1990.
  • Essai sur le mystère de l'histoire, Seuil, Paris, 341 p., 1953
  • Sainteté et action temporelle, Desclée, Paris, 60 p., 1955
  • Les manuscrits de la Mer Morte et les origines du christianisme, Ed. de l'Orante, Paris, 122 p., 1957, rééd. en 1995.
  • God and the ways of knowing, translated from the french, Meridians Books, New York, 249 p., 1957
  • Philon d'Alexandrie, Fayard, Paris, 220 p., trad en italien en 1991. 1958
  • Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée 1 : Théologie du judéo-christianisme, Desclée, Paris, 457 p., 1958, rééd. 1964, trad. anglais, 1974, trad. italien. 1991, rééd. Texte établi sur l'édition italienne de 1974 par Marie-Odile Boulnois, revue et corrigé par Joseph Paramelle et Marie-Josephe Rondeau, Desclée/Cerf, Paris, 512 p.,
  • Le chrétien et le monde moderne, Desclée, Paris, 78 p., 1959
  • Approches du Christ, (Église et temps présent), Grasset, Paris, 253 p., 1960
  • Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée 2 : Message évangélique et culture hellénistique aux IIème et IIIème siècles, Desclée, Paris, 485 p., rééd. 1990. 1961
  • Scandaleuse vérité, Fayard, Paris, 171 p., 1961
  • Dialogue avec Israël, La Palatine, Paris, 162 p., 1963
  • Au commencement (Genèse 1-2), Seuil, Paris, 124 p., 1963
  • Nouvelle histoire de l'Église, 1 Des origines à Saint Grégoire le Grand, en collab. Henri Marrou, Seuil ; Paris, 614 p., 1963
  • Jean-Baptiste, Témoin de l'Agneau, Seuil, Paris, 184 p., 1964
  • L'Oraison, problème politique, Fayard, Paris, 154 p., 1965
  • Les Juifs : dialogue entre Jean Daniélou et André Chouraqui, Beauchesne, Paris, 116 p., 1966
  • Mystères païens, mystère chrétien, Fayard, Paris, 100 p., 1966
  • Études d'exégèse judéo-chrétienne : les Testimonia, Beauchesne, Paris, 188 p., 1966
  • L'Église face au monde, en collab. Pasteur J. Bosc, La Palatine, Paris, Genève, 209 p., 1966
  • Les Évangiles de l'enfance, Seuil, Paris, 139 p., 1967
  • La Catéchèse aux premiers siècles, Cours du Rév. Père Jean Daniélou rédigé par Régine du Charlat, Fayard, Mame, Paris, 270 p., 1968
  • L'Avenir de la religion, Fayard, Paris, 142 p., 1968
  • La Trinité et le mystère de l'existence, Desclée de Brouwer, Paris, 116 p., 1968
  • Tests, Attestation, Contestation, Détestation, Protestation, Beauchesne, Paris, 95 p., 1968
  • La Résurrection, Seuil, Paris, 142 p., 1969
  • La Foi de toujours et l'Homme d'aujourd'hui, Beauchesne, Paris, 148 p., 1969
  • Nouveaux Tests, Beauchesne, Paris, 94 p., 1970
  • L'Église des apôtres, Seuil, Paris, 157 p., 1970
  • L'Être et le Temps chez Grégoire de Nysse, Brill, Leyde, 231 p., 1970, rééd. en 1978.
  • Pourquoi l'Église ?, Fayard, Paris, 184 p., 1972
  • Et qui est mon prochain ?, Mémoires, Stock, Paris, 250 p., 1974
  • Le Catholicisme : hier, demain, en collab. Jean Honoré, Paul Poupard, Buchet-Chastel, Paris, 292 p., 1974
  • Contemplation, croissance de l'Église, Fayard, Paris, 173 p., 1977
  • Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée 3, Les origines du christianisme latin, Cerf, Paris, 391 p. 1978
  • Carnets spirituels, texte édité par Marie-Josèphe Rondeau, Préface par Ambroise-Marie Carré, Avant-propos par Xavier Tilliette, Cerf, Paris, 404 p., 1993

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Jean Guénolé Louis Marie Cardinal Daniélou, S.J. † », sur le site catholic-hierarchy.org,‎ 20 février 2011 (consulté le 10 juin 2011).
  2. « Jean Daniélou », sur le site bibliomonde.net (consulté le 10 juin 2011).
  3. « Jean Daniélou », sur le site de l'Encyclopedia Universalis (consulté le 10 juin 2011).
  4. a, b et c Sandro Magister, « Fin de la quarantaine pour le cardinal mis à l'écart », sur Chiesa, L'Espresso (consulté le 13 mai 2012).
  5. « Jean Daniélou », sur le site de la communauté apostolique Saint-François-Xavier (consulté le 10 juin 2011).
  6. a et b « Jean Daniélou », sur le site de l'Académie française (consulté le 10 juin 2011).
  7. Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 3 février 1972

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Lebeau: Jean Daniélou, Paris, Editions Fleurus, 1967
  • Françoise Jaquin, Histoire du Cercle Saint Jean-Baptiste, L'enseignement du Père Daniélou, Préface de Marie-Josèphe Rondeau, Beauchesne, Paris, 1987, 271 p.
  • Jean Daniélou 1905-1974, Collectif, Cerf, 1975 [1].
  • Jacques Chancel, Radioscopie, vol. 2, Cardinal Daniélou, p. 177 à 194, 1970.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]