Collège Cévenol

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Collège Cévenol
Image illustrative de l'article Collège Cévenol
Logo du collège-lycée Cévenol
Généralités
Création 1er octobre 1938 : école nouvelle Cévenole, fondée par André Trocmé et Édouard Théis
Pays Drapeau de la France France
Académie Clermont-Ferrand
Coordonnées 45° 04′ 00″ N 4° 18′ 43″ E / 45.066667, 4.31191145° 04′ 00″ Nord 4° 18′ 43″ Est / 45.066667, 4.311911  
Adresse Chemin de Luquet
43400 Le Chambon-sur-Lignon
Cadre éducatif
Réseau protestant, enseignement laïque
Type enseignement privé
Pouvoir organisateur Association unifiée du collège Cévenol (AUCC)
Président André Gast
Directeur Patrick Sellier
Niveau 4e à terminale
Formation EL, S, L, STG
Options section européenne anglais (dès la 4e), français langue étrangère, tennis étude, section rugby, section judo
Langues étudiées anglais, allemand, espagnol, italien, latin
Localisation

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
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Le collège Cévenol, également dénommé collège-lycée Cévenol international, était un établissement privé sous contrat d’association situé au Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire). Il avait été fondé par des protestants en 1938 et a fermé définitivement en juillet 2014.

Histoire[modifier | modifier le code]

L’école nouvelle Cévenole[modifier | modifier le code]

C’est en 1938 que, pour la première fois, le pasteur André Trocmé parle de la création d’un collège secondaire au Chambon-sur-Lignon en Haute-Loire au cours d’un synode régional de l’Église réformée, à Montbuzat (Araules) les 23 et 24 mai. Dès sa conception initiale le projet s’appuie sur quelques fondamentaux : lutter contre l’exode rural et le dépérissement du Chambon, permettre aux enfants des paroisses protestantes du Plateau de faire de bonnes études secondaires, expérimenter de nouvelles voies pédagogiques dont les écoles publiques pourraient profiter, fonder un établissement où des élèves et des enseignants de pays divers se rencontreraient et apprendraient à se connaître. Avec le soutien d'Édouard Théis, la première rentrée a lieu en septembre 1938 avec quatre professeurs et dix-huit élèves dans une salle annexe du temple.

L’accueil des réfugiés[modifier | modifier le code]

En 1941, Le Chambon semble relativement protégé sur sa montagne. De nombreuses institutions s’emploient à faire sortir les enfants des camps de réfugiés espagnols du midi de la France. Pour les accueillir, une première pension d’enfants réfugiés, les Grillons, est ouverte à l’initiative du pasteur André Trocmé. Puis s’ouvrent la Maison des Roches (Fonds européen de secours aux étudiants), la Guespy et Faïdoli (Secours suisse aux enfants) et le Côteau-Fleuri (Cimade). D’autres réfugiés suivent bientôt, et notamment de nombreux enfants juifs qui y sont cachés et protégés avec les autres. André et Magda Trocmé, Édouard et Mildred Théis (tous professeurs ou directeurs du collège), Roland Leenhardt (futur directeur alors pasteur à Tence), seront consacrés bien plus tard « Juste parmi les nations ». Le nombre d’élèves passe ainsi de 40 en 1939 à 150 en 1940, 250 en 1941, 300 en 1942, 350 en 1943.

La construction du collège[modifier | modifier le code]

En 1945 est créée l’Association du collège Cévenol. À l’initiative de Carl et Florence Sangree est parallèlement fondée aux États-Unis l’association des Amis américains du collège Cévenol dont les fonds contribueront grandement à la création du site définitif du collège. En 1946, la ferme de Luquet est acquise avec ses terrains. Sur le modèle des camps du service civil international, des camps de travail de jeunes s’y installent chaque été. Ils bâtissent les premières « baraques » de l’internat, chalets préfabriqués démontés et offerts par la Suède. En 1951 et 1952, ils effectuent les travaux de terrassement du futur bâtiment scolaire, le Batisco, inauguré à la Pentecôte 1953. À l’été 56, ils sont encore très nombreux à bâtir le stade, quasiment à la main et dans des conditions de vie toujours très modestes. En 1957, sont bâtis les ateliers pour l’enseignement scientifique, technique et artistique. Et à la Pentecôte 1959, l’internat des filles, le Milflor, est inauguré à son tour.

Une pédagogie de la non-violence[modifier | modifier le code]

Porté par des idéaux de paix et de non-violence, le collège Cévenol est bien différent des autres [1]. Mixte, trente ou quarante ans avant beaucoup d’autres, il a également pour caractéristique de n’avoir ni portes, ni murs, ni grilles. Les élèves sont invités à se responsabiliser eux-mêmes. La disponibilité et la motivation des professeurs et du personnel permettent un dialogue constant, en cours, mais aussi en activités extra-scolaires. Conseil d’élèves, journal interne, radio locale, foyer, sont mis en place bien avant les revendications lycéennes de 1968[réf. souhaitée]. Le débat politique interne est sollicité et d’éminentes personnalités viennent y enseigner ou y conférer : Paul Ricœur, Lanza del Vastoetc.

« C’est ainsi que j’enseignai la philosophie au collège Cévenol qui avait abrité tant d’enfants juifs et qui restait marqué par les idéaux internationalistes et pacifistes de ses fondateurs. Ainsi se trouva relancé pour longtemps mon vieux débat intérieur concernant « l’homme non violent et sa présence dans l’histoire » — débat dont l’origine remontait aux découvertes que j’avais faites comme enfant concernant les injustices et les mensonges de la Première Guerre mondiale. Mon enseignement au collège Cévenol s’étendit de 1945 à 1948… L’achèvement de mes deux thèses au printemps 1948 annonça notre départ du Chambon-sur-Lignon. J’y avais beaucoup travaillé en dépit de la modestie des moyens de recherche ; nous avions partagé l’existence simple d’une communauté fraternelle. La naissance d’un quatrième enfant avait mis pour nous le sceau de la vie sur un après-guerre qui hésitait encore sur le seuil de la Guerre froide. »

— Paul Ricœur[2].

Le collège Cévenol est membre du réseau des écoles associées de l'Unesco[3]. Le réseau des écoles associées à l'UNESCO est un laboratoire pédagogique au service de la paix et du développement durable. Le collège Cévenol est membre de la Coordination pour l'éducation à la non-violence et à la paix[4].

Le contrat avec l’État[modifier | modifier le code]

En 1971, l’établissement passe sous contrat d’association avec l’État. Sa situation financière ne lui permet plus d’assumer sa situation. Il y perd ses classes de sixième-cinquième et un peu de son indépendance pédagogique. Il conserve néanmoins son caractère propre et surtout retrouve ses effectifs. De 350 en 1971, il passe vite à 500 et s’y maintient jusqu’au début des années 1990. Son mode de gouvernance associatif n’en génère pas moins et toujours des tensions entre direction et administrateurs. La situation se dégrade à nouveau et en 1997, le collège est en cessation de paiement. Par la suite, il se rétablit doucement ; l’hémorragie des effectifs reprend cependant : de 500 à la grande époque, le nombre d'élèves ne s’élève plus qu’à 160. Les frais de scolarité ont au contraire augmenté de moitié depuis 2008 et atteignent aujourd’hui annuellement 12 000 euros l’année pour un interne[5]. Malgré le petit nombre d’élèves par classe, le taux de réussite au baccalauréat est extrêmement faible[6]. En février 2010 le collège était passé à deux doigts de la cessation de paiement[7]. Néanmoins, Claude Le Vu et Jean-Michel Hieaux, président et vice-président du conseil d’administration, pensent en septembre 2010 pouvoir faire de l’établissement un « internat d’excellence »[8].

Assassinat d'Agnès Marin[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Agnès Marin.

Le 16 novembre 2011, une jeune interne, Agnés Marin, 13 ans, est violée et assassinée par un autre pensionnaire. Celui-ci avait été mis en examen et attendait son procès pour un précédent viol. La violence extrême du crime, les interrogations sur la remise en liberté et les conditions de suivi de cet adolescent ont donné à ce fait divers un caractère hors norme et un fort retentissement dans les médias. Le procès a lieu en juin 2013 devant la cour d'assises des mineurs de la Haute-Loire. Condamné à la réclusion à perpétuité, l'auteur du crime fait appel.

Redressement judiciaire et disparition[modifier | modifier le code]

Le 30 avril 2013, le Collège Cévenol est placé en redressement judiciaire. Ses effectifs ont chuté de 30% suite au drame de l'Affaire Agnès Marin. Le plan de redressement présenté par le conseil d'administration permet la poursuite de l'activité, mais devant un nombre d’élèves inférieur au seuil minimum fixé, il décide de fermer l’établissement à la fin de l’année scolaire 2013/2014[9].

L'établissement scolaire ferma définitivement ses portes le vendredi 11 juillet 2014, après 76 années d'existences.

L’international[modifier | modifier le code]

Trente nationalités différentes en moyenne cohabitaient sur le campus[réf. souhaitée]. L’éducation à la rencontre de l’autre était l'un des fondements du collège Cévenol. Des relations suivies et appariements existaient avec les établissements suivants :

L’Association unifiée du collège Cévenol[modifier | modifier le code]

C’était depuis la fondation une association qui gérait l’établissement. Propriétaire du domaine (14 hectares) durant les années qui ont précédé la fermeture, l’Association unifiée du collège Cévenol associait tous les bénévoles qui contribuaient encore à maintenir en vie l’intention initiale. Son conseil d’administration, présidé par André Gast, était notamment constitué de membres de droit tels que la Fédération protestante de France, le Mouvement international de la Réconciliation, l’Église réformée du Chambon, les Amis américains, l’Association des anciens. En février 2013, sous l'impulsion de l'association des anciens, le principe d'une refondation du collège Cévenol sur la base de ses fondamentaux était adoptée. L'ambition d'une « éducation à la paix (en) » était réaffirmée. Elle intégrait dans son projet l'éducation à la non-violence et l'éducation au développement durable, en partenariat avec la Coordination pour l'éducation à la non-violence et à la paix et l’Unesco. Deux ressources complémentaires s'y greffaient : le sport et l'art. Des sections sport-études (tennis, foot, golf, rugby, judo, équitation, BMX) avaient été montées en partenariat avec les établissements scolaires du secteur et les instances sportives. De même pour les disciplines artistiques, avec l'appui de l'association locale Art et Sens[10].

Conseil d'administration[modifier | modifier le code]

  • Président : André Gast
  • Vice-président : Laurent Pasteur (ancien élève), représentant de l’Association des Anciens (AACC)
  • Vice-président : Rémi Bollack (ancien élève)
  • Secrétaire : Benoit Danse (ancien élève)
  • Trésorier : Charles Henri Malecot
  • Antoine Cathala (ancien élève)
  • Joël Vallat
  • Thomas Cazaban (ancien élève)
  • Guillaume Chazot
  • François Heizmann (ancien élève)
  • Hervé Knecht (ancien élève)
  • Marie Hélène Huart, représentante de l’Association des parent d’élèves
  • Kirk Briggs, représentant de l’Association des amis américains (AFCC)
  • Andréas Braun, représentant de l’Église réformée du Chambon-sur-Lignon
  • Hervé Missemer, représentant de l’Église réformée de la région Rhône-Alpes
  • Antoinette Borde, représentante des professeurs
  • Pierre Rousset, représentant du personnel

Quelques anciens élèves et professeurs[modifier | modifier le code]

Associations d'anciens élèves[modifier | modifier le code]

L’AACC, l’association des Anciens du collège Cévenol, présidée par Laurent Pasteur, rassemble plusieurs centaines de personnes. Une rencontre de plusieurs centaines d’anciens élèves, enseignants, personnels et parents a lieu tous les cinq ans au collège à la Pentecôte[19].

Aux États-Unis, The American Friends of Collège Cévenol regroupe des anciens élèves et lève des fonds pour financer la scolarisation d'élèves, l'organisation de camps d'été et l'entretien de l'école[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Ouvrages de référence[modifier | modifier le code]

  • Édouard Théis, 30 ans d’histoire du collège Cévenol, collège Cévenol,‎ 1968.
  • Histoires des débuts du collège Cévenol, Fondation André Trocmé,‎ 1975.
  • Olivier Hatzfeld, Le collège Cévenol a cinquante ans : petite histoire d'une grande aventure, collège Cévenol,‎ 1989.
  • Jeanne Merle d'Aubigné, Violette Mouchon, Émile C. Fabre, Les clandestins de Dieu : Cimade 1939-1945, Fayard,‎ 1968.
  • Philippe Merlant, « Oasis ou Campus : Le collège protestant de Chambon-sur-Lignon », Revue Autrement, no 42,‎ 1982.
  • Une liste complète d'ouvrages de référence a été établie et se trouve sur la page « Collège Cévenol et Chambon-sur-Lignon » sur le site du collège.