Tombe de Vix

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Tombe de Vix
La tombe de Vix (reconstitution au musée du Châtillonnais).
La tombe de Vix (reconstitution au musée du Châtillonnais).
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Protection Logo monument historique Classé MH (2011)
Coordonnées 47° 54′ 07″ N 4° 32′ 36″ E / 47.90194, 4.5433347° 54′ 07″ Nord 4° 32′ 36″ Est / 47.90194, 4.54333

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Tombe de Vix
Tombe de Vix

La tombe de Vix est une sépulture princière à char du Hallstatt final (fin du VIe siècle av. J.-C.). Elle se situe sur l'actuelle commune de Vix dans le département français de Côte-d'Or, sur un territoire jadis occupé par le peuple gaulois des Lingons. Découverte en 1953, elle nous est parvenue intacte. En raison de l'importance et de la qualité de son mobilier, elle est considérée comme une découverte de tout premier ordre pour cette période de la civilisation celtique, au regard de la caractéristique princière de celle-ci et qu'elle se trouve être, de surcroît, une tombe de femme.

Le site[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mont Lassois.
Le mont Lassois.

L'oppidum du mont Lassois est une butte-témoin de grande taille, qui domine la haute vallée de la Seine d'une altitude de 100 m environ, près de Châtillon-sur-Seine. Sa situation géographique et topographique en fait un lieu idéal pour commander la circulation dans la vallée où passe un des itinéraires antiques qui ramenaient l'étain de Grande-Bretagne vers l'Italie. Des fouilles ont montré l'occupation de cet oppidum dès le néolithique et plusieurs périodes postérieures.

Au VIe siècle av. J.-C., la population celtique locale, rattachée à la civilisation de Hallstatt et dirigée par une aristocratie de type matriarcale[N 1], profite de ce site exceptionnel pour prélever sans doute une taxe de passage aux marchands d'étain. La puissance et la richesse de l'aristocratie dominante établie au mont Lassois lui permet, suivant le rite funéraire de l'époque de la tombe à char, de constituer des sépultures d'un luxe exceptionnel. Cependant, le plus remarquable demeure que la sépulture de Vix renferme les restes d'une femme ayant sans doute le rang de reine et de prêtresse, ce qui est révélateur du statut de la femme dans la civilisation celtique à cette époque.

Les fouilles[modifier | modifier le code]

En janvier 1953, Maurice Moisson, alors le chef du chantier des fouilles menées par la société archéologique de Châtillon-sur-Seine, remarque un léger monticule et une concentration anormale de pierres dans un champ au pied de l'oppidum du Mont Lassois, près du petit village de Vix en Côte-d'Or[N 2]. Il signale immédiatement sa découverte à René Joffroy, archéologue autodidacte qui est alors président de la société archéologique locale. Ce dernier s'occupe activement de la poursuite des fouilles et de l'exhumation de tous les objets de la tombe.

Creusé dans le sol le caveau, d'environ quatre mètres de côté, est à l'origine recouvert d'un tumulus (lequel possède un diamètre de 38 mètres sur une hauteur d'environ 1 mètre[1] de pierres et de terre aujourd'hui complètement arasé. La fouille minutieuse du contenu de la sépulture en janvier et février 1953 permet la reconstitution des différents éléments. Le corps est allongé dans la caisse d'un char de parade à timon et quatre roues, décoré d'appliques en bronze. De nombreux bijoux, bracelets, torques, fibules en bronze parent la défunte. Dans sa première publication sur la découverte de la tombe de Vix, René Joffroy mentionne bien le fait que Maurice Moisson est le véritable découvreur de la tombe de Vix, mais dans les éditions suivantes il ne mentionne plus le rôle premier de celui-ci et passe pour le premier et unique découvreur.

Le mobilier de la tombe[modifier | modifier le code]

Le torque[modifier | modifier le code]

Le torque en or.

Une pièce exceptionnelle, un torque (ou diadème ?)[N 3] en or pur pesant 480 g est retrouvé au niveau de la tête. Sa décoration aux extrémités de deux chevaux ailés, rappellent le style orientalisant mais il est probable qu'il ait été confectionné localement par des artisans s'inspirant de la stylistique grecque et orientale, des techniques de l'orfèvrerie ibérique. Des études sur l'origine de l'or employé appuient cette hypothèse[2],[3].

Le vase[modifier | modifier le code]

Le vase de Vix.
Article détaillé : Cratère de Vix.

La pièce principale, le vase de Vix, un gigantesque cratère de bronze, le plus grand parvenu jusqu'à nous, a fait la renommée de cette découverte. Sans doute sorti des ateliers grecs d'Italie du Sud vers 540-530 av. J.-C., et, outre ses dimensions exceptionnelles, (1,64 m de haut pour un poids de 208 kg), sa décoration d'appliques de bronze en haut relief, anses en forme de gorgones et frise de chevaux et hoplites, en font un chef-d'œuvre dans l'art du bronze antique. Sa capacité est de 1100 litres.

Divers[modifier | modifier le code]

Outre les restes du char, une phiale d'argent hallstattienne, plusieurs vases de bronze, d'origine étrusque, de la céramique grecque antique, sont déposés près du cratère, dans le caveau envahi de terre et d'eau lors des crues de la Seine. La coupe attique à figure noire, la plus récente, date la sépulture d'une période légèrement postérieure à 525 av. J.-C. Par ailleurs, un second torque ( en bronze celui-ci) et sur lequel s'enroule une lanière de cuir, a été retrouvé sur le ventre de la Dame de Vix[1]. En outre, la défunte portait aux chevilles une paire d'anneaux en bronze et huit fibules gisant à ses côtés ou à même le corps. Enfin, il est important de remarquer la singulière similitude de concept et de stylistique artisanale que l'on peut constater entre différentes pièces de char de la tombe de Vix (notamment les plaques, les ballustres, les moyeux) et celles retrouvées dans la tombe de la nécropole de Ca'Morta à Côme, indiquant un lien probable, peut-être de nature commerciale, entre les deux territoires fouillés et étudiés[1].

Classement[modifier | modifier le code]

Le site et la sépulture princière font l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [4].

Autres fouilles locales[modifier | modifier le code]

Fouilles archéologiques au niveau de la porte ouest du rempart, en 2014.

Non loin de Vix, sur la commune de Sainte-Colombe-sur-Seine, un autre ensemble d'objets de bronze de la même époque est découvert au XIXe siècle, dont un grand bassin sur trépied, ou lébès, à décor de griffons d'origine étrusque ou Anatolienne appartenant à une sépulture féminine à char. Cependant, le contexte archéologique ne fut pas complètement déterminé.

En 1991, grâce à des photos aériennes, on découvre l'existence d'un enclos de 20,30 mètres sur 20,70 mètres, sis entre le mont Lassois et la Seine. En son centre, une fosse d'environ 1,20 mètre de diamètre est mise à jour. Ce sanctuaire, appellé enclos des Herbues, est pourvu d'une entrée encadrée par deux statues en pierre sculptées en ronde bosse. L'une est une figure assise portant un torque à son cou, très ressemblant au torque en or retrouvé dans la tombe princière. La deuxième statue représente, quant à elle, un guerrier également assis[5]. D'autres fouilles plus récentes ont mis à jour cinq autres tumulus postérieurs et proches de la tombe princière ainsi qu'un petit enclos (funéraire ?) associé à deux fragments de statues anthropomorphes[6] datés probablement de la fin du premier âge du fer. Cet ensemble archéologique, ainsi que les trouvailles provenant de la cité gallo-romaine de Vertillum, sont exposés dans le musée du Pays Châtillonnais à Châtillon-sur-Seine.

À partir de 2002, de nouvelles fouilles sur le plateau sommital de l'oppidum du Mont Lassois ont amené à la découverte des vestiges d'un très grand bâtiment supposé être le palais de la dame de Vix et situé dans un complexe de constructions que l'on pourrait assimiler à une ville ceinte à sa base d'une puissante muraille, fait encore unique pour le monde celtique à cette époque[7]. Le site est ensuite déserté à l'époque gallo-romaine au profit de la cité de Vertillum située non loin.

D'autres sites hallstattiens présentent de grandes similitudes avec Vix (nature du gisement, datation, importance des objets découverts) : la sépulture princière de Hochdorf, près de Ludwigsburg (Bade-Wurtemberg), en Allemagne, presque contemporaine de Vix (fin du VIe siècle av. J.-C.) et la citadelle de Heuneburg près de Stuttgart dans le Wurtemberg, oppidum fortifié dominant le Danube et ayant livré de nombreuses pièces de vaisselle d'origine grecques. Un autre site fort comparable est celui de Glauberg en Hesse, où un oppidum énorme est associé à des sépultures en tumulus et des statues datant de la fin du VIe siècle av. J.-C..

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. À la période finale du Hallstatt (Ha D3), les épées et attributs masculins disparaissent des tombes retrouvées, un mobilier féminin devient majoritaire dans les tombes princières. La tombe princière de Vix sous la direction de Claude Rolley, Picard 2003, p.334
  2. Ce tumulus N° 1, dit de la tombe princière de Vix, forme un cercle de 42 mètres de diamètre
  3. Dans les comptes-rendus de l'Académie des inscriptions et belles lettres en 1953, René Joffroy apportait plusieurs arguments pour définir la pièce comme un diadème et non comme un torque (p.175) Le texte du compte-rendu sur le site Persée. Le Guide Bleu Bourgogne-Lyonnais de 1965 parle d'un diadème, mais dans le musée actuel la pièce est décrite comme un torque.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c *Bruno Chaume, « Le complexe aristocratique de Vix », L'Archéologue, vol. Héros, princes et princesses celtes, no 128,‎ 2013/2014, p. 31-39.
  2. L'or et l'argent de la tombe de Vix - Bulletin de la société préhistorique française, 1989 - ISSN:0249-7638.
  3. Alfred Haffner, Le torque en or de la tombe princière de Vix, in Dossiers d'Archéologie n° 284 (juin 2003)
  4. « Notice no PA21000043 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  5. L'Archéologue numéro 128
  6. Rapport détaillé sur l'ensemble des sites et des sépultures site du Graf-Zeppelin-Gymnasium de Friedrichshafen, Allemagne.
  7. Le palais de la Dame de Vix Communiqué du CNRS

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Verger, « La Dame de Vix : une défunte à personnalité multiple », dans J. Guilaine (dir.), Sépultures et sociétés. Du Néolithique à l’Histoire, Paris 2009, p. 285-309.
  • Claude Rolley: La Tombe princière de Vix, pour La Société des Amis du Musée du Châtillonnais - Paris, éditions Picard, 2003 - (ISBN 2-7084-0697-3)
  • Claude Rolley: Vix, le cinquantenaire d’une découverte. Dossiers d'Archéologia no 284, juin 2003.Ed: Faton, p. 36-43.
  • Claude Rolley: Vix et son territoire à l'Age du Fer, avec Bruno Chaume & Claude Mordant: fouilles de l'Oppidum du Mont Lassois Ed: Monique Mergoil, Montagnac 2001, 643 p. Planches, cartes, tableaux, plans, schémas, photographies.(ISBN 2-907303-47-3).
  • Claude Rolley: Les Echanges, in : Vix et les éphémères principautés celtiques, Paris 1997, p. 239–242.
  • René Joffroy La Tombe à char hallstattienne de Vix, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1953, volume 97, no 2, p. 169–179 lire en ligne
  • René Joffroy Vix et ses trésors-Paris, Ed. Taillandier, 1979.
  • René Joffroy: Le Trésor de Vix (Côte d’Or). Presses Universitaires de France, Paris 1954.
  • René Joffroy: Das Oppidum Mont Lassois, Gemeinde Vix, Dép Côte-d’Or. In: Germania 32, 1954, S. 59-65.
  • René Joffroy: L’Oppidum de Vix et la civilisation Hallstattienne finale dans l’Est de la France. Paris 1960.
  • René Joffroy: Le Trésor de Vix. Histoire et portée d’une grande découverte. Fayard, Paris 1962.
  • Vix, le cinquantenaire d'une découverte, Dossiers d'Archéologie no.284 (juin 2003)
  • Bruno Chaume/Tamara Grübel u.a.: Vix/Le mont Lassois. Recherches récentes sur le complexe aristocratique. In: Bourgogne, du Paléolithique au Moyen Âge, Dossiers d’Archéologie N° Hors Série 11, Dijon 2004, S. 30-37.
  • Franz Fischer: Frühkeltische Fürstengräber in Mitteleuropa. Antike Welt 13, Sondernummer. Raggi-Verl., Feldmeilen/Freiburg. 1982.
  • Bruno Chaume, Walter Reinhard: Fürstensitze westlich des Rheins, in: Archäologie in Deutschland 1, 2002, S. 9–14.

Liens externes[modifier | modifier le code]