Tradition sidérurgique dans le Châtillonnais

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La tradition sidérurgique dans le Châtillonnais remonte au haut Moyen Âge. Dès le XVIIe siècle à l'instigation de Colbert des hauts fourneaux améliorent l'exploitation du minerai local à partir du bois de la forêt. Après une période de croissance intense qui assure un développement considérable de la région, l'apparition de la houille et l'épuisement du minerai local entraînent le déclin progressif de l'activité au XIXe siècle en dépit des tentatives de modernisation. De nombreux témoins architecturaux subsistent dont deux inscrits à l'inventaire des monuments historiques.

Repères historiques[modifier | modifier le code]

L’exploitation du minerai local, identifiée dès le premier âge du fer, s'amplifie à l'époque gallo-romaine. Les premières formes de mécanisation du soufflage des foyers et du martelage apparaissent au Moyen Âge[1] et dès le XVe siècle le haut-fourneau permet la réduction du minerai de fer en fonte. Celle-ci est ensuite convertie en fer doux dans des forges utilisant la force hydraulique ; les sites de production s’installent alors le long des cours d’eau et à proximité des forêts pour se procurer la force motrice et le charbon de bois, principal combustible.

À la Révolution les maîtres de forges qui exploitent les usines en location profitent de la vente des biens nationaux pour en devenir propriétaires. Favorisée par les besoins des guerres de la Révolution et de l’Empire, l’industrie sidérurgique crée de nombreux emplois dans le Châtillonnais[2] qui connaît un développement spectaculaire comme en témoigne l'édification d'imposants monuments publics dans de nombreuses agglomérations au XIXe siècle.

Louis-Paul Cailletet
  • Entre 1780 et 1820, on dénombre quatorze hauts-fourneaux auxquels sont liés une vingtaine d'ateliers d’exploitation[3].
  • La famille Godin, présente à Châtillon dès le XVIIe, y entre dans l’histoire du chauffage domestique avant d'émigrer dans le Nord et au Canada.
  • En 1822 le maréchal Marmont (1774-1852) transforme le haut fourneau édifié en 1776 à Sainte-Colombe-sur-Seine en fonderie « à l'anglaise » fonctionnant à la houille[4].
  • Louis-Paul Cailletet (1832-1913) s'assure une réputation scientifique mondiale à partir des forges de Chênecières[5].

L'arrivée des forges "à l'anglaise" fonctionnant à la houille dont le routage augmente les coûts de revient entraîne le déclin du secteur à partir du milieu du XIXe siècle. Les vestiges d'établissements industriels et des logements ouvriers qui s'y rattachaient subsistent à Vanvey, Marcenay[6], Rochefort-sur-Brévon, Ampilly-le-Sec et Sainte-Colombe-sur-Seine. Dans cette dernière localité ainsi qu'à Chennecières perdure une certaine activité industrielle.

Vanvey[modifier | modifier le code]

Vanvey accueillait un complexe de fonderies associées à deux forges distinctes situées sur l'Ource : "la forge du haut" en amont servant à fabriquer fers et filières pour la tréfilerie et une en aval au lieu dit "la forge". Il n'en reste que les maisons ouvrières, celles du haut étant les mieux conservées.

En 1830 ces forges sont acquises par le consortium Bazile-Louis Maître à l'origine de Châtillon-Commentry. Après l'arrêt de la fabrication du fer le site abrite encore une usine de fabrication de machines agricoles jusqu'au début du XXe siècle.

Marcenay[modifier | modifier le code]

Le haut fourneau de Marcenay.

A Marcenay la forge de l'abbaye de Molesme laisse place en 1742 à un haut fourneau[7] fort bien conservé et rénové ainsi que sa halle à charbon, réhabilitée en magasin d'exposition des produits du Châtillonnais. Ce haut fourneau, le plus puissant de Bourgogne à la fin de l'ancien Régime, fonctionnait au charbon de bois extrait de la forêt proche et bénéficiait de la présence d'un abondant gisement de minerai de fer dans son voisinage.

La forge d'aval de Rochefort  Inscrit MH (1994).

En 1778 il fabriquait jusqu'à 425 tonnes de fonte par an affinée ensuite dans les forges de Grancey-sur-Ource, Villotte, Champigny puis Sainte-Colombe à partir de 1830. Il s’éteint définitivement en 1866, la houille ayant supplanté le charbon de bois.

Rochefort-sur-Brévon[modifier | modifier le code]

Le fonctionnement des forges de Rochefort-sur-Brévon est lié aux XVIIe et XVIIIe siècles à celui des hauts fourneaux de Maisey-le-Duc et de Nod-sur-Seine. Ne pouvant concurrencer les usines à l'anglaise, elles cessent toute activité dès 1839. Les bâtiments de deux anciennes forges remontant à la première moitié du XVIIe siècle sont en cours de restauration. La forge d’amont se situe au centre du village près du pont qui traverse l'étang et la forge d’aval dans le parc du château[8].

La forge d'Ampilly  Inscrit MH (1986)

Les bâtiments sont inscrits à l'inventaire des monuments historiques par arrêté du 7 juin 1994[9].

Ampilly-le-Sec[modifier | modifier le code]

Le bassin de la forge d’Ampilly.

A Ampilly-le-Sec un premier haut fourneau remplace en 1829 une forge du XVIe siècle. Alimenté en charbon de bois venu de la forêt de Châtillon-sur-Seine celui-ci produit en moyenne 1 000 tonnes de fonte par an avec du minerai d’Étrochey et de Poinçon-lès-Larrey. Il est remplacé en 1834 par une forge à l'anglaise, comportant six fours à puddler et deux trains de laminoirs pour une fabrication annuelle de 4 300 tonnes de fer. Une tréfilerie remplace ensuite cette forge et fonctionne jusqu'entre les deux guerres en utilisant l'eau de la Seine en dérivation pour faire tourner une roue hydraulique.

La tour du haut fourneau atteint 15,50 mètres avec des arcs-boutants pour supporter la charpente. Les ouvriers étaient logés à proximité immédiate. Le haut-fourneau y compris le bief de dérivation, les façades et toitures de la halle à charbon et des logements d'ouvriers sont inscrits à l'inventaire des monuments historiques par arrêté du 20 août 1986[10].

Sainte-Colombe-sur Seine[modifier | modifier le code]

Les vannes du bief de Sainte-Colombe.
Le cours Marmont.
L'ancienne halle à charbon de Sainte-Colombe.

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Un haut fourneau est édifié à Sainte-Colombe-sur-Seine dès 1776 où une forge est identifiée dès le début du XVIIe siècle. En 1822 le maréchal Marmont, châtelain de Châtillon-sur-Seine, modernise la fonderie "à l'anglaise" en remplaçant le bois par la houille dans les fourneaux et la revend deux ans plus tard. Vers 1847 celle-ci dépend d'un regroupement de maîtres de forges du Châtillonnais et de l'Allier : la société Bouguéret, Martenot et Cie[11]. Grâce à la force hydraulique fournie par une turbine utilisant la chute artificielle d'un bief de retenue creusé sur la Seine la production annuelle de fer avoisine 16 000 tonnes en 1852. L'usine emploie alors 700 permanents et 500 intérimaires au service des hauts fourneaux.

Avec l'épuisement du minerai de fer local, ceux-ci s'éteignent en 1869. À cette date l'usine qui dépend depuis sept ans de la compagnie des forges de Châtillon-Commentry et Neuves-Maisons créée en 1862 réussit sa reconversion avec de nouvelles technologies et le bourg atteint son pic de population dans les années 1880. En 1920 après l'abandon de la forge Marmont une nouvelle usine s'implante près de la nouvelle voie de chemin de fer. Pointerie-grillagerie jusqu’en 1950, elle se spécialise ensuite dans les câbles précontraints pour le bâtiment[12]. Dans les années 1970 l’usine emploie encore 600 personnes jusqu'à la fusion des Forges avec le groupe Usinor en 1979. Repris depuis par le groupe ArcelorMittal en juin 2006 lors de la fusion des deux groupes le site ne compte plus qu’une cinquantaine de salariés et une quinzaine d’intérimaires[13].

La cour Marmont qui regroupe des logements ouvriers autour de l'ancienne maison du directeur ainsi que de nombreuses maisons ouvrières avec leur jardin potager, leur coopérative et un dispensaire longtemps confié à des religieuses sont un témoignage bien préservé de l'architecture d'une cité industrielle du XIXe siècle. Mais il ne subsiste de l'usine "Marmont" que la halle à charbon, un imposant bief et ses déversoirs. Un parcours pédestre valorise ce patrimoine avec des panneaux explicatifs sur les forges anciennes, l'usine actuelle, la faune et la flore ainsi que des postes d'observation. Un imposant viaduc sur la Seine témoigne de cette ancienne activité ferroviaire liée à l'industrie.

Forges de Chênecières.

Forges de Chênecières[modifier | modifier le code]

Une grosse forge existe à Chênecières dès 1688. Elle est équipée au cours du XVIIIe siècle d'un Merlin (outil) hydraulique - ou "batterie" - qui perdure jusqu'en 1830. À partir de 1855 les nouveaux propriétaires transforment l'installation en tôlerie fonctionnant à la houille dont les laminoirs sont actionnés par une roue hydraulique de 60 CV et une machine à vapeur. Ceux-ci perdurent jusqu'en 1920.

Louis-Paul Cailletet est propriétaire de Chênecières de 1865 à 1886[14] et y réalise en 1877 ses expériences sur la liquéfaction des gaz. En 1922 l'entreprise, reprise par messieurs Seytre et Godet, est affectée à la fabrication de chaînes soudées électriquement pour l'agriculture et la marine. Celle-ci qui perdure toujours[15].

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Auzias et Jean-Paul Labourdette, Côte d'Or 2011, Petit Futé, coll. « Guides Départements », , 355 p. (ISBN 2746935112 et 9782746935112, notice BnF no FRBNF42448761, lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • René Paris, A la rencontre du Châtillonnais : Aignay-le-Duc, Baigneux-les-Juifs, Laignes, La Bourgogne, Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • René Paris, A la rencontre du Châtillonnais : Montigny-sur-Aube, Recey-sur-Ource, Châtillon-sur-Seine, La Bourgogne, Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Serge Benoit et Bernard Rignault, Le patrimoine sidérurgique du Châtillonnais, t. 34, Mémoires de Commission des Antiquités du département de la Côte d'Or, (lire en ligne [[PDF]]), pp. 387-448. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]