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Affaire Penelope Fillon

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 → Sur Wikinews, voir aussi : François Fillon et sa femme accusés de détournement de fonds publics.
Penelope Fillon en 2007.

L'affaire Penelope Fillon[1],[2] ou affaire Fillon, parfois surnommée « Penelopegate »[3],[4], est une affaire politique et judiciaire portant sur des soupçons d'emplois fictifs pour des membres de la famille de François Fillon. Cette affaire intervient durant la campagne pour l'élection présidentielle française de 2017 où François Fillon est le candidat du parti de droite Les Républicains.

L'affaire commence quand Le Canard enchaîné publie le 25 janvier 2017[5] que Penelope Fillon, épouse de François Fillon, aurait été rémunérée 500 000 euros brut comme attachée parlementaire et comme collaboratrice de la Revue des deux Mondes sans traces d'un travail réel[6],[7],[8]. Les observateurs médiatiques notent sa distance jusqu'alors affichée avec la vie politique de son mari, puis exhument un entretien de 2007 où Penelope Fillon dit n'avoir « jamais été son assistante ni quoi que ce soit de ce genre-là ». Concernant le travail pour la revue, ils relèvent la pauvreté de sa production écrite, « deux ou trois notes de lecture ». Le parquet national financier ouvre une enquête préliminaire pour les chefs de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits.

Le , Le Canard enchainé, publie un nouvel article[9] qui explique qu'au total, Penelope Fillon aurait perçu une somme plus importante de 900 000 euros brut comme assistante parlementaire et conseillère à La Revue des deux mondes. L'hebdomadaire mentionne aussi une nouvelle somme de 84 000 euros brut, versée à deux des enfants du couple, Charles et Marie Fillon, entre 2005 et 2007 comme assistants parlementaires quand leur père était sénateur. Une semaine plus tard, le journal indique que Penelope Fillon aurait perçu, en plus, des indemnités de licenciement payées par l'Assemblée nationale pour une somme de 45 000 euros.

L'affaire, qui rencontre un grand écho médiatique, choque l'opinion publique et suscite de nombreuses questions sur la candidature de François Fillon. Des voix à droite, comme Georges Fenech ou Henri Guaino, réclament le retrait de la campagne de François Fillon, jugeant que « la situation est intenable ».

Éléments de l'affaire

Soupçons d'emplois fictifs pour des membres de la famille Fillon

Le , Le Canard enchaîné affirme que Penelope Fillon a été rémunérée environ 500 000 euros bruts en huit ans pour un emploi d'assistante parlementaire de son mari, de 1998 à 2002, puis de son suppléant, Marc Joulaud, de 2002 à 2007[6],[7]. Dans son article, Le Canard enchaîné dit qu’il n’a pas trouvé trace du travail de Penelope Fillon. Une semaine plus tard d'autres révélations impliquent deux des enfants Fillon, les sommes cumulées versées à la femme et aux enfants de François Fillon en tant qu'assistants parlementaires atteindraient environ 900 000 euros brut et apparaissent relativement généreuses par rapport à l’enveloppe dont disposent les parlementaires[10],[11].

Penelope Fillon, collaboratrice de François Fillon

Les informations de la presse

Le , Le Canard enchaîné publie un nouvel article chiffrant à 831 440 euros brut la somme perçue par Penelope Fillon, contrairement aux 500 000 estimés une semaine avant, ajoutant un emploi d'assistante parlementaire entre 1988 et 1990.

Constatations des enquêteurs

Les enquêteurs ont constaté que Penelope Fillon n'avait jamais eu de badge pour se déplacer dans l'Assemblée nationale, ni d'adresse électronique à son nom. Un contrat de travail a été trouvé, signé par Penelope Fillon. Elle ne se souvient pas d'avoir signé un quelconque contrat[12].

Déclarations de Penelope Fillon

Battant la campagne en Côte-d'Or, Penelope Fillon déclare en octobre 2016 ne pas s'être impliquée auparavant dans la vie politique de son mari. Elle ajoute que François Fillon a toujours été un peu réticent à se révéler et que « jamais un candidat n’est allé aussi loin dans ses propositions pour défendre la parité hommes/femmes en politique, mais aussi pour résorber les inégalités entre les sexes dans le milieu de l’entreprise »[13].

En 2007, Penelope Fillon, épouse du nouveau premier ministre français, est interviewée par le Sunday Telegraph[14]. Ayant repris des cours en littérature anglaise, elle déclare l'avoir fait notamment parce que « Mes enfants ne me voient que comme leur mère »[15]. Elle dit aussi n'avoir « jamais été réellement son l'assistante » (souvent improprement tronqué en « jamais été son assistante ») « ni quelque chose comme ça » [16].

Le 2 février 2017, France 2 diffuse dans Envoyé spécial une enquête sur Penelope Fillon. Une vidéo datant de mai 2007 est retrouvée par l'émission : celle de l'entretien de Mme Fillon au Sunday Telegraph où elle déclare qu'elle n'a « jamais été son assistante ni quoi que ce soit de ce genre-là » et qu'elle ne s'est « pas occupée de sa communication non plus »[17]. Elle décrit son quotidien comme celui d'une mère de famille très occupée[18] par ses quatre premiers enfants nés en cinq ans (en vérité en huit ans) et sa passion pour l'élevage de chevaux, abandonné en 2002 quand elle vient vivre à Paris (alors qu'elle est supposée travailler dans la Sarthe comme assistante parlementaire jusqu'en 2007)[18].

Son avocat Pierre Cornut-Gentille explique que la presse britannique cherchait des points communs entre Penelope Fillon et Cherie Blair. Penelope Fillon « a voulu précisément souligner et faire valoir qu'elle était le contraire de Cherie Blair »[19].

Le 7 février 2017, le site huffingtonpost.fr s'étonne que Penelope Fillon, entendue pendant cinq heures par les enquêteurs, n'a fait aucune déclaration publique[20].

Déclaration de François Fillon

Le , sur TF1, François Fillon répond « oui absolument » à la question de Gilles Bouleau pour savoir si Penelope Fillon a accompli « un travail à temps complet d'assistante parlementaire ». Il indique que sa femme travaillait avec lui depuis toujours : « Depuis 1981, depuis ma première élection, elle m'a toujours accompagné dans ma vie publique ». Il précise : « [ma femme] a corrigé mes discours, [...] reçu d'innombrables personnes qui voulaient me voir et que je ne pouvais pas voir, [...] représenté dans des manifestations et des associations [et fait] la synthèse de la presse ». François Fillon ajoute que sa femme lui « faisait remonter les demandes des gens, les évolutions de notre société ». Elle l'aurait fait « bénévolement pendant des années » mais : « en 1997 j'ai un collaborateur parlementaire qui est parti, je l'ai remplacé par Penelope »[21]. Il explique qu'il a mis fin à la collaboration avec sa femme en 2013, ayant « compris qu'au fond l'opinion publique avait évolué sur ces sujets-là ». La presse relève qu'en avril 2013, il s'opposait à un projet de loi sur la transparence de la vie publique initié par le gouvernement après l'affaire Cahuzac, qui visait à obliger les parlementaires à publier le nom de leurs collaborateurs[22].

Le , enlisé dans les soupçons d’emplois fictifs de sa famille, François Fillon tient une conférence de presse à son siège de campagne dans laquelle il réaffirme qu'il est honnête parce qu'il a respecté les lois. Il « présente ses excuses » et maintient sa candidature. Il remet en cause la compétence du parquet national financier au nom de l'indépendance du pouvoir législatif vis-à-vis du pouvoir judiciaire : le Parlement lui-même serait donc la seule « juridiction » compétente en l'espèce. Il publie sur internet son patrimoine ainsi que les sommes perçues année par année par sa femme en tant que collaboratrice parlementaire[23]. Dans un discours prononcé le 27 janvier, il cite son ami Philippe Séguin dénonçant la médiacratie : « Contre les émotions instantanées sur lesquelles joue la médiacratie, le discours cherche à réintroduire le temps long de l'argumentation raisonnée. Contre la réduction des hommes au statut de consommateur par la sondocratie, il cherche à s'adresser au citoyen. Contre le conformisme propre à la tyrannie cathodique, il cherche à réintroduire la contradiction.

Le , François Fillon constate que, contrairement à ce qu'avait promis la justice, l'affaire ne se dénoue pas rapidement. Il déclare qu'il s'en remet donc désormais « au seul jugement du suffrage universel »[24]. Contrairement à ce qu'il avait déclaré lors du journal télévisé de 20 heures de TF1 le 26 janvier, il annonce qu'il maintiendra sa candidature à la présidentielle même s'il est mis en examen[25].

Penelope Fillon, collaboratrice de Marc Joulaud

Marc Joulaud, député-maire de Sablé-sur-Sarthe, a remplacé en juillet 2002 à son siège de député François Fillon, nommé au gouvernement. Il aurait employé Penelope Fillon comme collaboratrice parlementaire. Jeanne Robinson-Behre, ancienne assistante parlementaire de Joulaud, dit ne connaître Penelope Fillon que comme femme de ministre et n'avoir jamais travaillé avec elle. Elle a été auditionnée par les enquêteurs le 1er février à Angers[26],[27].

« Il avait besoin de moi pour asseoir son autorité » a déclaré Penelope Fillon à propos de Joulaud. D'après elle, elle rencontrait Marc Joulaud de façon très informelle une fois par semaine à Paris et une autre fois le week-end dans la Sarthe. Elle déclare aux policiers : « Jamais je n’ai officialisé ma qualité d’assistante parlementaire de Marc Joulaud, pas plus que quand je faisais le même travail pour mon mari. »[28].

A l’été 2002, Penelope Fillon aurait touché un double salaire : un pour son travail d’assistante de François Fillon (fin de contrat le 21 août 2002), un autre auprès de son suppléant, Marc Joulaud (début de contrat le 13 juillet 2002)[29].

Indemnités de licenciement de Penelope Fillon

Le , Le Canard enchaîné relève que Penelope Fillon aurait perçu 45 000 euros d'indemnités de licenciement payées par l'Assemblée nationale (16 000 euros en août 2002, puis 29 000 euros en novembre 2013)[30].

Ces indemnités portent sur deux périodes d'assistance parlementaire : la période 1998-2002 (pour 165 686 euros net de salaires) et celle se terminant en novembre 2013 (pour dix-sept mois de travail rémunérés 65 839 euros net).

Polémique sur le montant des indemnités

Comme tout salarié, les assistants parlementaires ont droit aux indemnités de licenciement, mais, selon Le Canard enchaîné, « la législation ne prévoit pas un tel niveau (…) pour un collaborateur parlementaire ». Selon le code du travail, les indemnités minimums sont calculées en fonction du salaire de référence et de l’ancienneté du collaborateur parlementaire. Quand un assistant a entre un et dix ans d’ancienneté, son indemnité correspond à 1/5e de mois de salaire de référence par année d’ancienneté, autrement dit pour 5 ans d'ancienneté un assistant parlementaire devrait toucher 1 mois de salaire en indemnités[29].

Marie-Françoise Clergeau (PS), questeur de l'Assemblée et à ce titre chargée de contrôler l'exécution du budget de l'Assemblée Nationale, précise que les montants de 16 000 et 29 000 euros étaient exacts pour les fins de contrat de Penelope Fillon de 2002 et 2007 et s'inscrivent dans le cadre normal[31].

Le 7 février 2017, François Fillon livre le détail de ses calculs dans un communiqué dénonçant « les mensonges du Canard »[32]. Selon lui, « Elles (les sommes) ont bien été prises en compte dans le calcul de son salaire moyen sur une période de quinze ans, soit 185 mois, qui s’élève bien à 3 677 euros net mensuels en moyenne. Par ailleurs, la somme reçue par Mme Penelope Fillon en novembre 2013 n’est pas de 29 000 euros, comme le prétend le Canard, mais de 7 754,02 euros, comprenant les congés payés. Il (Le Canard enchaîné) confond certainement avec une somme de 29 565,43 euros qui correspond au total du bulletin de paye du mois d’août 2007 au terme de cinq ans de collaboration avec Marc Joulaud. Quant à la somme de 16 000 euros dont le Canard enchaîné prétend qu’elle l’aurait reçue en août 2002, elle lui a en fait été payée en juin 2002, à l’issue de 51 mois de collaboration en tant que ma collaboratrice parlementaire et s’élève exactement à 16 616,93 euros »[29].

Le Canard du 15 février confirme être d'accord avec ces chiffres, que les indemnités sont légales au regard des salaires versés (« Mais pas parfaitement morales ») et s'être trompé sur les dates[33].

Penelope Fillon, conseillère littéraire à la Revue des deux Mondes

Toujours selon Le Canard enchaîné, Penelope Fillon aurait été rémunérée comme « conseiller littéraire » de la Revue des deux Mondes de à à près de 5 000 euros mensuels en brut (environ 100 000 euros en tout). Le directeur de la revue à l'époque des faits, Michel Crépu[34], indique qu'elle n'a rédigé que deux ou trois notes de lecture pour la rédaction[35] et précise ne pas avoir été informé de la création de ce poste[36].

Le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de la revue et directeur de la publication, est un proche de François Fillon[37]. Sous la direction de Michel Crépu, « la revue voyait son chiffre d’affaires baisser chaque année »[34]. Marc Ladreit de Lacharrière affirme qu'il a confié à Penelope Fillon une mission de « réflexion stratégique informelle » à laquelle Michel Crépu n'a pas été associé[34]. Selon le Guardian, les enquêteurs cherchent à savoir s'il y aurait des liens entre ce recrutement et le soutien de François Fillon à l'accession au rang de Grand Croix de la Légion d'honneur de Marc Ladreit de Lacharrière en 2010[38]. Celui-ci se dit choqué et rappelle que seul le président de la République peut élever à cette distinction[39], oubliant qu'il le fait sur proposition.

Enfants du couple Fillon

Selon Le Canard enchaîné, Marie Fillon et Charles Fillon, deux des cinq enfants du couple, auraient perçu 84 000 euros brut, pour des emplois d'assistants parlementaires quand François Fillon était sénateur, entre 2005 et 2007[40]. Contrairement à ce que François Fillon avait affirmé sur TF1 le 26 janvier, il n'a pu rémunérer « deux de [ses] enfants qui étaient avocats », ces derniers n'ayant pas encore prêté le serment des avocats à l'époque de son passage au Sénat[41].

Selon Le Canard enchaîné du 8 février 2017, Marie Fillon suivait un stage d’avocate alors qu’elle était l’assistante parlementaire de son père. Marie Fillon est entrée à l’école de formation du barreau (EFB) de Paris en janvier 2006 et a commencé « en parallèle un stage d’avocate payé 11 035 euros brut par an ». Depuis le 1er octobre 2005, la jeune femme de 23 ans était également assistante parlementaire de son père à temps plein[29].

Enquête préliminaire du parquet national financier

Le , soit le même jour où l’enquête du Canard enchainé est publiée, une enquête préliminaire est ouverte par le parquet national financier pour des chefs de détournement de fonds publics (pour les présumés emplois fictifs de Penelope Fillon comme assistante parlementaire), abus de biens sociaux (pour le présumé emploi fictif de Penelope Fillon comme conseillère littéraire à la Revue des deux Mondes) et recel de ces délits[42],[43]. L'enquête est confiée à l'Office anti-corruption de la police (OCLCIFF).

Enquête

Christine Kelly, auteur d'une biographie sur François Fillon, est auditionnée durant l'enquête.

Le 26 janvier, Me Antonin Levy, l'avocat de François Fillon se rend au parquet national financier et déclare : «J'ai eu une rencontre avec les magistrats du parquet national financier (...) Nous sommes convenus de nous reparler aussi souvent que cela sera nécessaire»[44]. Le 27 janvier, l'OCLCIFF auditionne Michel Crépu et Christine Kelly, journaliste et auteur de François Fillon, le secret et l’ambition en 2007 et de François Fillon, les coulisses d'une ascension en 2017[45], puis, le 30 janvier, Marc Ladreit de Lacharrière et le couple Fillon séparément[46], et le , Marc Joulaud[47].

Le , le parquet national financier a également demandé aux policiers, chargés de l'enquête, d’étendre leurs investigations à Marie et Charles Fillon, les enfants du couple, qui eux aussi ont été rétribués pour un emploi auprès de François Fillon, alors qu'ils étaient étudiants[48]. Éliane Houlette, directrice du parquet national financier, a reçu le 3 février les avocats de la famille Fillon et leur a indiqué son intention « d'aller vite » mais sans s'engager sur un calendrier[49].

Le jeudi 16 février, le parquet national financier fait savoir qu’il n’envisage pas un classement sans suite de l'enquête concernant François Fillon et son épouse : « En tant qu’autorité de poursuite, il est de mon devoir d’affirmer que les nombreux éléments déjà recueillis ne permettent pas d’envisager, en l’état, un classement sans suite de la procédure. »[50]

Compétence du parquet financier contestée par la défense de François Fillon

Les avocats de François Fillon considèrent que le parquet financier n’avait pas compétence pour enquêter sur les soupçons d’emplois fictifs de Pénélope Fillon. Si c'était le cas, les investigations du parquet financier seraient frappées de nullité. Pour Me Antonin Levy « un parlementaire ne peut pas être concerné par un détournement de fonds publics »[51]. Les avocats de François Fillon demandent au parquet national financier de se dessaisir de l'enquête préliminaire qu'il a engagé. Par ailleurs il considère que l'enquête est devenue plus médiatique que judiciaire. Les avocats de François Fillon portent plainte pour violation du secret de l'instruction s'interrogeant sur « l'impartialité d'une ou plusieurs personnes dans cette enquête »[52].

Le parquet financier répond à cette mise en cause indiquant que « la poursuite du délit de détournement de fonds publics relevant d’une compétence partagée avec le parquet de Paris, l’ouverture de l’enquête préliminaire a été précédée d’un échange avec ce dernier, comme le prévoit la circulaire du 31 janvier 2014 »[53].

L'avocat Éric Dupont-Moretti reproche au parquet national financier de n'avoir pas engagé d'action publique pour savoir qui aurait transmis les procès verbaux aux journalistes Fabrice Lhomme et Gérard Davet[54].

Conséquences sur les intentions de vote

Emmanuel Macron passe devant François Fillon dans les intentions de vote.

À la suite des révélations sur l'affaire, les intentions de vote pour François Fillon à l'élection présidentielle de 2017 diminuent de cinq à six points au 1er février par rapport au mois précédent, se situant désormais environ au même pourcentage qu'Emmanuel Macron[55], voire en-dessous. Une enquête du Cevipof réalisé pour Le Monde publié le 16 février montre une baisse de 6,5 points par rapport au mois précédent, à 18,5 % contre 25 %, le plaçant en troisième derrière Marine Le Pen (26 %) et Emmanuel Macron (23 %)[56],[57].

Alors que trois quarts des sympathisants du parti Les Républicains avaient pour intention de voter pour François Fillon le mois précédent, ils ne sont plus que 62 % dans cette optique (17 % comptant voter pour Marine Le Pen et 14 % pour Emmanuel Macron). Ils seraient également 53 % à déclarer pouvoir changer d'avis, contre seulement 36 % trois semaines auparavant[58]. Selon un sondage du Journal du Dimanche paru le 5 février, 60 % des sympathisants Républicains souhaiteraient son maintien alors que 68 % des Français souhaiteraient son retrait[59].

François Fillon cède ses intentions de votes entre janvier et février 2017 selon le CEVIPOF ainsi[56],[60] :

Réactions

Opinion publique

Pour Bruno Lemaire, les Français sont choqués par l'importance des sommes mises en jeu[61]. Pour François Bayrou, ils ont le sentiment que la classe politique leur demande des sacrifices financiers sans se les appliquer à elle-même[62]. Dans la rue, les soutiens de François Fillon sont très vivement critiqués comme l'indique le le sénateur des Républicains Bruno Gilles : « On se fait pourrir dans la rue. On est foutus, on est morts si on ne fait rien. Jour après jour, cette affaire est dévastatrice, on ne peut pas attendre encore quinze jours. »[63]

Une pétition demandant à Penelope Fillon de rendre ces 800 000 euros[64] est lancée sur le site Change.org par Christophe Grébert. Elle obtient en quelques jours plus de 410 000 signatures[65].

Le , Virginie Tellenne, dite Frigide Barjot lance une pétition en faveur de François Fillon[66], affirmant qu'il est normal que celui-ci ait embauché sa femme et ses enfants car « il défend la famille »[67]. Cette pétition reçoit plus de 29 000 signatures en quelques jours[68].

Le , une manifestation citoyenne pour le retrait de Fillon est organisée à Sablé-sur-Sarthe à l'appel de Didier Hutin, figure du monde associatif sabolien. Elle fait un retentissant flop, les journalistes étant venus en nombre pour une quinzaine de manifestants[69],[70]. Mais à de nombreux déplacements du candidat des manifestants se déplacent et accueillent le candidat avec cris, pancartes ou concert de casseroles, comme à La Réunion[71] ou Tourcoing[72], ce qui fait dire au candidat « quand on veut empêcher les gens de faire campagne, ça pose des petites questions démocratiques »[73].

Hommes politiques

Les Républicains

Georges Fenech est le premier a estimer que « le résultat de la primaire est caduc ».

Le , Bernard Accoyer monte en première ligne pour défendre François Fillon et Penelope Fillon, à la suite de l'ouverture d'une enquête préliminaire par le parquet national financier pour des « chefs de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits »[74],[43]. Concernant les doutes sur l'emploi fictif de Penelope Fillon, il déclare l'avoir vue participer aux travaux de François Fillon « dans de multiples circonstances, y compris à l'Assemblée nationale »[75]. Cet argumentaire est en contradiction avec celui repris par les porte-paroles de François Fillon, Bruno Retailleau et Florence Portelli, qui pour leur part ont déclaré que Penelope Fillon travaillait comme collaboratrice parlementaire dans la Sarthe et que sa présence à Paris était rare[76].

Le , le député sarkozyste Georges Fenech membre des Républicains estime que « le résultat de la primaire est caduc » et « la situation est très compromise à droite »[77],[78],[79],[80]. La député alsacienne Arlette Grosskost elle aussi membre des Républicains et soutien d'Alain Juppé lors de la primaire, affirme qu'elle a toujours été contre le népotisme et ajoute : « On est très mal. Moi, j'ai un tas de SMS qui arrivent ou de mails de la part de militants de base qui me disent “mais qu'est-ce qu'on fait” ? Que voulez vous que je réponde[81] ? » Par contre, Alain Juppé exclut d'être un recours en cas de retrait de la course présidentielle de François Fillon[82].

Invité le par France Info, le sarkozyste Éric Ciotti déclare — « en suivant le vieil adage populaire, à qui profite le crime ? » — être sur la piste de la taupe du Penelopegate. Selon lui, « il n’y a qu’un lieu où tous les éléments qui sortent, contrats, chiffres, sont recensés, c’est à Bercy », le pouvoir ayant la capacité d'en disposer. Pour l'élu, l'affaire profite à Emmanuel Macron, très proche du président de la république François Hollande et du secrétaire général de l'Élysée Jean-Pierre Jouyet déjà impliqué en 2014 dans une tentative de diffamation contre Fillon. Le député ajoute que les méthodes utilisées, avec la diffusion de révélations par la journaliste Élise Lucet dans l'émission Envoyé spécial, sont les mêmes qui avaient réussi à déstabiliser la campagne de Nicolas Sarkozy, en septembre 2016, grâce à l'affaire Bygmalion[83].

Le , les fillonistes considèrent que François Fillon est le seul «dénominateur commun» pour la présidentielle et que tous ceux qui s'estimaient être un plan B ont fait le constat qu'il n'y en avait pas. Ils affirment entre autres que les juppéistes ne veulent pas entendre parler de François Baroin et que les quadras (Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse) ne laisseront pas l'un des leurs partir seul à la présidentielle. Le candidat et son équipe ont même été « surpris des retours positifs » de la vidéo postée le dans laquelle François Fillon expliquait qu'il « tiendrait bon »[84].

Le , Le Figaro annonce que Juppé n'exclut plus de prendre la relève de Fillon sous condition qu'il y ait consensus autour de sa candidature. Il se considère comme le seul capable de sauver sa famille politique. Mais rien ne se fera sans l'accord de Fillon. Les deux hommes se sont rencontrés le 4 février et ont prévu de se revoir prochainement[85].

Le 13 février dix-sept sénateurs, députés, députés européens, et anciens ministres dont Georges Fenech, Claude Goasguen, Nadine Morano se sont réunis pour évoquer la difficultés de la campagne pour l'élection présidentielle. Ils entendent que François Fillon « prenne ses responsabilités »[86].

Candidats à l'élection présidentielle

Henri Guaino, député des Républicains également candidat à la présidentielle, considère que l'affaire est un « naufrage » et que François Fillon doit renoncer à être candidat[87],[88]. Il déclare par la suite que ce dernier « ne tiendra pas jusqu'au premier tour » et que la droite peut « perdre » l'élection[89].

À la suite des accusations de complot par François Fillon, Benoît Hamon indique : « Je ne vois pas où se situe le complot. À ma connaissance, l'employeur c'est bien François Fillon, l'employée c'est madame Fillon. Où se situe le complot, je ne vois pas bien »[90].

Marine Le Pen, candidate du Front national, déclare qu'« une relation de confiance est rompue » et qu'il appartient à François Fillon ou à sa famille politique « de tirer les conséquences »[91]. Elle trouve « totalement stupide » la promesse faite par François Fillon de se retirer s'il devait être mis en examen[92],[93]. Plusieurs observateurs relèvent que Marine Le Pen fait dans le même temps l'objet d'accusations de multiples emplois fictifs au Parlement européen, mais que seul François Fillon est au centre des attentions en raison de sa campagne menée sur l'irréprochabilité, et de son image de « candidat de l'honnêteté »[94],[95].

Emmanuel Macron a appelé au calme face à l'affaire et refusé de « céder à l'hallali »[96].

Jean-Luc Mélenchon, candidat à gauche et opposant politique de Fillon, dénonce « la mentalité particulière d'une caste » et propose de faire « dégager » la classe dirigeante par la création d'une assemblée constituante destinée à changer « la règle du jeu politique de fond en comble »[97].

François Bayrou, qui n'a pas encore pris de décision quant à son destin présidentiel, déclare devant le Grand Jury que Fillon « n'a pas d'autre solution » que de se retirer[98].

Autres hommes politiques

Le 30 janvier 2017, Julien Dray (PS), interviewé par Anne-Sophie Lapix, soutient François Fillon et son épouse du point de vue juridique : « Il n'y a nulle part dans la loi une définition de ce qu'est le travail d'un assistant parlementaire. [...] À la limite, [...] il dirait « elle ne faisait que repasser mes pantalons » qu'on ne pourrait rien lui reprocher [...] sur le plan juridique ». Il nuance cependant son propos en expliquant que les actes du couple Fillon peuvent être vus différemment du point de vue de la morale[99].

Ludovine de La Rochère, présidente de La Manif pour tous, soutient François Fillon car il est « présumé innocent » et permettra les « changements sociétaux auxquels nous croyons »[100].

Analyses

Universitaire

L'historien Jean Garrigues réagit à la terminologie utilisée par François Fillon pour se défendre : « attaques mijotées dans les arrière-cuisine des officines ». Il indique que le terme officine a pour origine le milieu pharmaceutique et a pris un sens de « cabinet secret, de complot qui renvoie au monde du secret ». Ce type de défense est souvent utilisé par les hommes politiques impliqués dans un scandale et qui se défendent par la thèse du complot[101].

Journalistes

Pour l'éditorialiste politique Alain Duhamel : « Peut-on demander des sacrifices aux Français lorsque l'on accorde des privilèges à sa famille comme à l'époque de Louis XIV ? ». Si la primaire de la droite a été exemplaire, son vainqueur ne l'est plus et risque, en maintenant sa candidature, de faire disparaître du deuxième tour des élections présidentielles sa famille politique[102]. La journaliste Catherine Nay qualifie François Fillon de « Tartuffe ». Selon elle, il a profité d'un système légal : « Disons qu'il abusait, en douce, de cette légalité. Et qu'il ne dédaignait pas ces petits arrangements qu'il avait dénoncés jadis ! »[103].

La journaliste Élisabeth Lévy se dit moins choquée que beaucoup de gens, en expliquant qu'elle a « de l'indulgence pour la nature humaine et que tous les procureurs qui rivalisent dans l'indignation ne sont sans doute pas plus vertueux que celui sur lequel ils s'acharnent ». Elle est convaincue que « Fillon est sincère et qu'il ne comprend pas pourquoi on l'enquiquine pour des pratiques absolument généralisées[104] ».

Le Monde note l'évolution de la perception de Penelope Fillon depuis le début de l'affaire portant son nom. Au début perçue comme complice dû à son silence et sa discrétion, elle a peu à peu obtenu le statut de victime après la mise en scène de l'amour liant le couple lors du meeting de son mari à Paris le 29 janvier, puis l'émission Envoyé spécial diffusé le 3 février, durant laquelle les spectateurs sont touchés par la sincérité apparente de la femme. Ils viennent à se demander si elle pouvait être au courant d'avoir détourné de l'argent public, si tel est le cas[105].

La conférence de presse du ne convainc pas complètement les décodeurs du journal Le Monde qui constatent que des zones d’ombre et des questions non résolues demeurent et listent neuf failles dans la défense de François Fillon[106].

L'Obs publie le 11 février une chronique de l'essayiste Raphaël Glucksmann qui estime : "Ce n'est pas la dénonciation de pratiques népotiques qui menace la démocratie, ce sont ces pratiques elles-mêmes. Ce n’est pas le "nouveau culte de la transparence" qui est dangereux, c’est la persistance de l’antique opacité dans des institutions évoluant trop lentement. Ce n’est pas le "lynchage médiatique" de Fillon qui pose problème, c’est le million d’euros encaissé par le couple sur le dos d’un État qu'il dit en faillite."[107].

Médias étrangers

La presse étrangère s’étonne des privilèges, payés par les contribuables, dont profitent en toute impunité les membres de la classe politique française. Dans Courrier International Bjørn Willum, correspondant à Paris de la radio-télévision danoise explique que dans son pays un candidat pris dans un tel scandale aurait déjà dû se retirer : « Si une telle affaire éclatait [au Danemark] ou ailleurs en Scandinavie, le candidat serait cuit depuis longtemps. »[108]

Pour le magazine américain Foreign Policy, la corruption des élites politiques en France a pour origine les « fondements de la Ve République. Le président, par principe, n’a pas à répondre de ses actes face au Parlement : il règne et ses ministres gouvernent à peine »[109]. Le Spiegel allemand estime que « la République, vue de l'intérieur, révèle que les représentants de l'élite politique entretiennent souvent une image d'eux-mêmes qui rappelle les pratiques d'une monarchie »[110]. Le quotidien suisse Le Temps insiste sur l'incompréhension des correspondants étrangers en poste à Paris, comme sur leur stupéfaction face aux explications du candidat[111]. Le quotidien italien Libero qualifie Le Canard enchaîné de « bijou du journalisme d’investigation »[112].

Théorie du complot

Quatre jours après l'éclatement de l'affaire, voit le jour sur internet une théorie du complot, qui soutient que Thomas Cazenave, nouveau secrétaire général adjoint de l'Élysée (en remplacement de Boris Vallaud, l'époux de Najat Vallaud-Belkacem) aurait remis le dossier à François Hollande, François Hollande l'aurait transmis à son conseiller en communication Gaspard Gantzer en lui disant simplement « faites-en bon usage », le mardi (sic) 9 janvier 2017 Gaspard Gantzer aurait rencontré Michel Gaillard, directeur de la rédaction du Canard enchaîné[113],[114].

Renaud Revel relaie cette théorie sur son site personnel, avant de supprimer son billet[113],[114]. Le 13 février Gaspard Gantzer déclare que l'article de Renaud Revel est totalement faux, sans donner de précisions [115]. Le site buzzfeed relève trois erreurs dans l'acte d'accusation du complot : Thomas Cazenave a été membre du cabinet mais n'a pas été directeur de cabinet de Macron ; Gaspard Gantzer a soutenu la candidature de Dominique Strauss-Kahn en 2011 mais n'a jamais été proche de lui (il dit ne l'avoir jamais rencontré) ; le 9 janvier 2017 est un lundi et non pas un mardi[113].

Notes et références

  1. « Affaire Penelope Fillon : "La séquence des boules puantes est ouverte", s’énerve François Fillon », sur 20 minutes,‎ .
  2. « Affaire Penelope Fillon : François Fillon serait prêt à rembourser les salaires perçus par son épouse », sur lci.fr,‎
  3. « Pour Pascal Jan, le traitement du "Penelopegate" menace la démocratie », sur lemonde.fr,‎
  4. « #Penelopegate : La justice ouvre une enquête préliminaire, François Fillon se défend », sur 20 minutes,‎ .
  5. Isabelle Barré, Hervé Liffran et Christophe Nobili, « Pour Fillon, Penelope est un bon filon », Le Canard enchaîné, no 5022,‎ , p. 3
  6. a et b Matthieu Goar, « François Fillon embarrassé par l’emploi de son épouse en tant qu’assistante parlementaire », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  7. a et b « Selon le Canard enchaîné, Mme Fillon aurait été rémunérée comme attachée parlementaire », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  8. « Révélations : L’épouse de François Fillon aurait bénéficié d’un emploi fictif, selon le Canard enchaîné », sur 20 minutes,‎ .
  9. Isabelle Barré, Hervé Liffran et Christophe Nobili, « Qui veut gagner 1 million à l'Euro Fillon ? », Le Canard enchaîné, no 5023,‎ , p. 3
  10. Marie-Pierre Haddad, « Affaire Penelope Fillon : les chiffres pour comprendre », sur rtl.fr,‎ (consulté le 11 février 2017)
  11. « Que représentent les salaires versés par François Fillon à sa famille ? », sur lemonde.fr,‎
  12. Justine Chevalier, « Affaire Penelope Fillon: ce que l'on sait de l'enquête », sur bfmtv.com,‎
  13. Bertrand Lhote, « Pénélope Fillon bat la campagne en Côte-d’Or » sur Le Bien public, 21 octobre 2016
  14. « L'interview de Penelope Fillon en 2007 où elle dit n'avoir «jamais réellement été l'assistante» de son mari », sur lavenir.net,‎ (consulté le 19 février 2017)
  15. Bande son de l'interview de 2007 - à 0:54 [1]
  16. "I never have been actually his assistant or anything like that", à 2:05 sur [2]
  17. AFP, « Fillon: 5,4 millions de téléspectateurs devant «Envoyé spécial» », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  18. a et b (fr) « VIDEO. Envoyé spécial. "Je n'ai jamais été son assistante" : l'interview intégrale de Penelope Fillon au "Sunday Telegraph" en 2007 », Franceinfo,‎ (lire en ligne)
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  20. « Pourquoi Penelope Fillon ne prend pas la parole », sur huffingtonpost.fr,‎ (consulté le 10 février 2017)
  21. « REPLAY - JT 20h (TF1) : L’intégralité de l’interview de François Fillon », sur programme-television.org,‎
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  23. « Fillon: «Rien ne me fera changer d'avis, je suis candidat à l'élection présidentielle» », sur lefigaro.fr,‎
  24. Marion Mourgue, « François Fillon déplore, auprès du Figaro, «un acte de communication» du parquet financier », sur lefigaro.fr,‎
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  26. « L’ex-assistante parlementaire de Marc Joulaud redit n’avoir pas travaillé avec Penelope Fillon », sur lemonde.fr,‎
  27. « Penelope Fillon a-t-elle bénéficié d'un emploi fictif auprès de son mari ? », Le Point.fr,‎ (lire en ligne)
  28. « Penelope Fillon : « Jamais je n’ai officialisé ma qualité d’assistante parlementaire » », sur lemonde.fr,‎
  29. a, b, c et d « Penelope Fillon a reçu 45 000 euros d’indemnités de licenciement, selon « Le Canard enchaîné », sur lemonde.fr,‎
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  114. a et b « Fillon / Hollande : Renaud Revel supprime un billet douteux », sur arretsurimages.net,‎ .
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Articles connexes