Bruno Le Roux
Bruno Le Roux, né le à Gennevilliers (Seine, aujourd'hui Hauts-de-Seine), est un homme politique français. Député socialiste de la première circonscription de la Seine-Saint-Denis de 1997 à 2017, il préside le groupe socialiste, écologiste et républicain à l'Assemblée nationale de à . Il est ministre de l'Intérieur du au .
Biographie
[modifier | modifier le code]Formation
[modifier | modifier le code]Bruno Le Roux grandit à Épinay-sur-Seine, commune de l’ouest de la Seine-Saint-Denis, où il est élève du collège Roger-Martin-du-Gard.
Il est titulaire d'une maîtrise en sciences économiques, d'une maîtrise en gestion et d'un DEA en stratégie et management, délivré par l'université Paris X-Nanterre, « en partenariat avec HEC et l'ESSEC »[1],[2] alors que jusqu'au , les différents curriculums vitae de Bruno Le Roux sur des sites officiels indiquaient qu'il avait étudié dans ces deux écoles de commerce réputées. Son entourage a parlé d'une erreur. L'information a été effacée sur toutes les plateformes, le lendemain[1],[2],[3].
Émergence au sein du Parti socialiste séquano-dyonisien
[modifier | modifier le code]Bruno Le Roux est vice-président de la Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF) de 1988 à 1991[4],[5].
Il commence sa carrière politique en 1989 lorsqu'il devient adjoint au maire socialiste d'Épinay-sur-Seine Gilbert Bonnemaison, chargé de la culture. Entre 1990 et 1992, Pierre Mauroy, alors premier secrétaire du Parti socialiste, le nomme directeur adjoint de son cabinet[6]. Il est alors également premier secrétaire de la fédération socialiste de la Seine-Saint-Denis. Il est élu conseiller général de la Seine-Saint-Denis en 1992, puis maire d’Épinay-sur-Seine en . Ayant perdu les élections municipales de mars 2001, il reste conseiller municipal d'Épinay jusqu'aux élections de 2008.
En 1995, alors qu'il est membre du conseil national du Parti socialiste, il devient délégué national du PS chargé des questions de sécurité et de police à la demande de Lionel Jospin. Ses travaux en matière de sécurité de proximité inspirent le programme du futur Premier ministre en 1997.
Il est élu député de la première circonscription de la Seine-Saint-Denis (incluant Épinay-sur-Seine) en juin 1997 avec l’arrivée de la Gauche plurielle au pouvoir.
Il préside depuis 2000 la Fédération Léo-Lagrange, réseau d'associations d'éducation populaire dans le domaine de la culture, des loisirs et de la formation professionnelle[7].
Au printemps 2001, il est le rapporteur du projet de loi sur la « sécurité quotidienne » pour le Parti socialiste. Il a également travaillé sur le dossier de la Corse sur laquelle il a rendu un rapport. Il est auteur d'un ouvrage intitulé La Sécurité pour tous ; une exigence de justice sociale, paru aux éditions Balland en .
Présidence de François Hollande
[modifier | modifier le code]Il est réélu député dans la même circonscription en juin 2002, en juin 2007 et en juin 2012.
Il est élu président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale le . Fidèle du nouveau président de la République, il fait partie du dispositif initial imaginé par François Hollande lors de son installation à l'Elysée[8]. A ce poste, il parvient à contrôler l'aile gauche du PS durant les deux premières années, opposée à certaines décisions des gouvernements Ayrault. Surnommé dans la presse « Monsieur compliments », Le Roux ne cesse de défendre l'action du chef de l’État qu'il rencontre très régulièrement[8].
Il est candidat sur la liste « Une ambition nouvelle pour Saint-Ouen » aux élections municipales à Saint-Ouen en . La liste arrive en troisième position au premier tour et se retire au profit de la liste menée par la maire Front de Gauche sortante Jacqueline Rouillon, laquelle est battue au second tour par l'UDI William Delannoy.
Alors que la défaite socialiste aux municipales pousse Hollande à changer de Premier ministre, de secrétaire général de la présidence de la République et de Premier secrétaire du PS, Bruno Le Roux, malgré sa défaite à la mairie de Saint-Ouen, est maintenu à son poste, après avoir été pressenti pour devenir ministre de l'Intérieur[8].
Cependant, les tensions augmentent au sein du parti avec l'annonce du Pacte de responsabilité et de solidarité, l'échec aux municipales et la nomination de Manuel Valls à Matignon. La nomination de Jean-Marie Le Guen secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement et l'élection de Jean-Christophe Cambadélis comme premier secrétaire doivent offrir au président un renforcement de son contrôle sur le parti, tiraillé par les Frondeurs (onze députés socialistes ne votent la confiance à Manuel Valls) que Le Roux peine de plus en plus à maitriser[8].
Il défend les réformes libérales menées par le gouvernement prenant même appui sur la victoire de David Cameron aux élections britanniques de 2015 pour affirmer qu'elles apporteront le succès électoral au PS[9]. Il ne semble plus en mesure de discipliner ni d'aplanir les tensions entre les composantes de sa majorité[6].
Figurant parmi les 89 personnalités européennes auxquelles la Russie a décidé d'interdire l'accès à son territoire en riposte aux sanctions européennes, il décrit comme « une honte pour le Parlement français » le voyage en de dix parlementaires français en Crimée, territoire annexé par la Russie[10].
Le , il est nommé ministre de l'Intérieur du gouvernement Cazeneuve[6]. Pendant la primaire citoyenne de 2017, il soutient Manuel Valls[11]. Il démissionne du gouvernement le , à la suite de révélations sur la signature de 24 contrats de collaboratrices parlementaires à ses filles dès l'âge de 15 ans, et redevient député. En , il laisse l'investiture socialiste pour la première circonscription de la Seine-Saint-Denis à son suppléant Yannick Trigance pour les législatives de juin[12].
Prises de position
[modifier | modifier le code]Contrôle des armes à feu
[modifier | modifier le code]Bruno Le Roux s'est beaucoup investi dans la lutte contre les armes légères. En 1998, il est l'initiateur d'une proposition de loi visant à interdire la possession de toute arme à feu aux civils, exception faite des tireurs licenciés FFTir et des chasseurs disposant d'un permis de chasse, estimant dangereux les civils armés : « C'est quand on a autour de soi des civils armés qu'on est en insécurité »[13]. Il a notamment travaillé sur les mesures du gouvernement Jospin pour renforcer le contrôle des armes détenues par les tireurs sportifs après la tuerie de Nanterre. En 2010, il rédige, avec deux députés de la majorité UMP, Claude Bodin et Jean-Luc Warsmann, la proposition de loi no 2773[14].
Légalisation du cannabis
[modifier | modifier le code]Confronté à l'important trafic de drogue qui ronge Saint-Ouen et aux limites de la répression (« depuis 20 ans, je constate que chaque fois que les policiers réussissent une belle opération, le trafic repart les jours suivants. L’ordre public n’arrive pas à régler la question du trafic dans notre pays »), il propose d’« ouvrir le débat » sur la légalisation ou la dépénalisation du cannabis[15].
Controverses
[modifier | modifier le code]Condamnation pour emplois fictifs concernant ses filles
[modifier | modifier le code]Cette affaire prend place pendant l'élection présidentielle de 2017, en parallèle de l'affaire Fillon. Elle débute le . Edwy Plenel, dans l'émission C à vous sur France 5, annonce des « révélations » sur un membre du gouvernement[16], tandis que l'émission Quotidien sur TMC révèle les emplois des deux filles de Bruno Le Roux comme collaboratrices parlementaires de leur père, alors député de la Seine-Saint-Denis, lorsqu'elles étaient lycéennes et étudiantes entre 2009 et 2016. Ces faits sont confirmés par le cabinet du ministre le même jour dans l'émission de Yann Barthès. L'affaire concerne respectivement 14 et 10 CDD conclus avec ses filles (âgées de 15 et 16 ans le jour des premières signatures), pour un montant total de 55 000 euros. Des soupçons d'emplois fictifs concernent des CDD qui auraient été effectués en même temps que des stages en entreprises ou sur du temps universitaire, respectivement pendant l'été 2013 pour une des filles et 20 jours en pour l'autre[17].
Cette affaire renvoie aux révélations du Canard enchaîné sur les contrats d'attachée parlementaire de Penelope Fillon. « [Il] devrait y avoir une règle simple, [l'emploi d'un conjoint par un parlementaire] ne devrait pas être autorisé, […] ça peut prêter à suspicion », avait alors réagi Bruno Le Roux, dénonçant ensuite « les turpitudes de François Fillon »[18].
Bruno Le Roux est convoqué le à Matignon par Bernard Cazeneuve pour s'expliquer sur l'emploi de ses filles à l'Assemblée[19]. En fin de journée, depuis Bobigny, il annonce en conférence de presse « avoir adressé [sa] démission au président »[20]. Il est remplacé par Matthias Fekl, alors secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des Français de l'étranger[21].
Le Parquet national financier ouvre une enquête préliminaire le jour même[22]. Il est ensuite entendu par les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), le [23].
Il est jugé les 12 et par le tribunal correctionnel de Paris pour détournements de fonds publics[24]. Deux ans de prison avec sursis probatoire et 40 000 euros d’amende sont requis contre l’ancien ministre. Le représentant du parquet national financier demande également qu’une peine complémentaire de cinq ans d’inéligibilité, avec exécution provisoire, soit prononcée. Le tribunal correctionnel de Paris le condamne, le , à deux ans de prison avec sursis, 70 000 € d'amende, cinq ans d'inéligibilité et 159 929 € de réparation à l'Assemblée nationale, décision dont il déclare faire appel[25].
Pratiques de lobbying
[modifier | modifier le code]Bruno Le Roux a été plusieurs fois attaqué dans les médias pour être à l'initiative d'amendements à l'Assemblée nationale en faveur d'une « sulfureuse société suisse » active sur la traçabilité des produits du tabac (SICPA). Pour le journaliste Matthieu Pechberty sur BFM TV, "L'éphémère ministre de l'Intérieur a largement participé à cette bataille de lobbying menée de longue date par la société suisse Sicpa", en particulier en déposant des amendements ou en faisant soutenir ces amendements par des députés. Et le journaliste d'insister : « La présence de Bruno Le Roux sur ce sujet ne date pas d'hier. Président du groupe socialiste à l’assemblée nationale, il avait déjà tenté de supprimer le système de traçabilité du tabac à deux reprises, en novembre et , lors de la loi de finances 2016. Son initiative s’était heurtée au secrétaire d’État au Budget, Christian Eckert. »[26]. Le Nouvel Observateur avait aussi attaqué Bruno Le Roux sur ses pratiques de lobbying en 2016[27], propos repris aussi dans d'autres médias[28].
Mandats et fonctions
[modifier | modifier le code]Mandats
[modifier | modifier le code]- Assemblée nationale :
- 1997-2017 (sauf de janvier à ) : député de la première circonscription de la Seine-Saint-Denis
- Conseil général de la Seine-Saint-Denis
- 1992-1997 : conseiller général élu du canton d'Épinay-sur-Seine
- Communauté d'agglomération Plaine Commune
- 1999-2008 : conseiller communautaire
- Commune d'Épinay-sur-Seine
Fonctions
[modifier | modifier le code]- de à : ministre de l'Intérieur
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ Président du groupe socialiste, républicain et citoyen jusqu'au .
Références
[modifier | modifier le code]- 1 2 « Bruno Le Roux, le nouveau ministre de l'Intérieur, a gonflé son CV en prétendant avoir étudié à HEC et l'ESSEC », sur France Info, .
- 1 2 « Bruno Le Roux gonfle son CV en se prétendant "ancien élève" de HEC et l'ESSEC », sur Marianne, .
- ↑ Selon le journal Le Point, une polémique semblable avait touché le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis.
- ↑ « Bruno Le Roux élu président du groupe socialiste à l'Assemblée », lexpress.fr, 21 juin 2012
- ↑ « De la MNEF à la Mutuelle des Étudiants: à qui profite le crime? », mediapart.fr, 5 juillet 2014.
- 1 2 3 Gérard Bon, « PORTRAIT-France-Le Roux à l'Intérieur, la fidélité récompensée », sur boursorama.com, (consulté le )
- ↑ Organisation de la Fédération Léo Lagrange, consulté le 24 juillet 2015.
- 1 2 3 4 Raphaël Stainville, « Bruno Le Roux, le dernier des hollandais », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ « Cameron a gagné par courage de réformer », sur lefigaro.fr, (consulté le )
- ↑ « Parlementaires en Crimée : "Une honte pour le Parlement français" », sur lepoint.fr, (consulté le ).
- ↑ Voir sur lejdd.fr.
- ↑ « Bruno Le Roux renonce à un nouveau mandat de député », sur liberation.fr, (consulté le ).
- ↑ Marc Pivois, « Une proposition de loi pour mettre hors la loi les citoyens armés. L'Assemblée discute du texte de Bruno Le Roux (PS), qui veut réserver les armes à l'État », Libération, 29 mai 1998.
- ↑ Proposition de loi no 2773.
- ↑ Nathalie Perrier, « Saint-Ouen : Le Roux veut « poser un débat autour du cannabis » », sur leparisien.com, (consulté le ).
- ↑ Voir sur mediapart.fr.
- ↑ « Interrogations autour des multiples contrats des filles de Bruno Le Roux à l'Assemblée », sur lefigaro.fr, (consulté le )
- ↑ « Enquête ouverte sur l'emploi des filles de Le Roux à l'Assemblée », sur ladepeche.fr, .
- ↑ « Bruno Le Roux convoqué à Matignon pour s'expliquer sur l'emploi de ses filles à l'Assemblée », sur lefigaro.fr, (consulté le )
- ↑ « "J'ai adressé au président ma démission", annonce Bruno Le Roux après les révélations sur l'embauche de ses filles comme collaboratrices parlementaires », Franceinfo, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Le Roux, démissionnaire, est remplacé à l'Intérieur par Matthias Fekl », sur Les Échos, (consulté le )
- ↑ « Le parquet national financier ouvre une enquête sur l'emploi des filles de Bruno Le Roux », Europe 1, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Bruno Le Roux entendu par des enquêteurs », Le Monde.fr, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Bruno Le Roux, ex-ministre socialiste, sera jugé en novembre pour détournements de fonds publics, en lien avec l’emploi illégal de ses filles », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Bruno Le Roux, ancien ministre socialiste, condamné à deux ans de prison avec sursis pour détournement de fonds publics », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Bruno Le Roux, lobbyiste de luxe d'une sulfureuse société suisse », sur BFM BUSINESS, (consulté le )
- ↑ « L’étrange engagement de Bruno Le Roux dans la lutte antitabac », sur Le Nouvel Obs, (consulté le )
- ↑ Anne-Yasmine Machet, « Encore un scandale ? Bruno Le Roux est cité dans une autre affaire », sur Closer, (consulté le )
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Ressources relatives à la vie publique :
- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Ressource relative à l'audiovisuel :
- Affaire judiciaire en cours
- Maire de la Seine-Saint-Denis
- Conseiller général de la Seine-Saint-Denis
- Député de la Seine-Saint-Denis
- Député membre du Parti socialiste (France)
- Député de la XIe législature de la Ve République
- Député de la XIIe législature de la Ve République
- Député de la XIIIe législature de la Ve République
- Député de la XIVe législature de la Ve République
- Ministre français de l'Intérieur
- Personnalité liée à Épinay-sur-Seine
- Président du groupe socialiste (Assemblée nationale)
- Young leader de la Fondation franco-américaine
- Naissance en mai 1965
- Naissance à Gennevilliers
- Naissance dans le département de la Seine