Hydroptère

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Prototype Forlanini 1910

Un hydroptère, du préfixe hydro- (du grec ὓδωρ, eau), et du suffixe -ptère (du grec πτερόν, aile), hydrofoil boat en anglais, est un type de bateau dont la coque s’élève et se maintient en équilibre hors de l’eau à partir d'une certaine vitesse grâce à la portance d'un ensemble d'ailes immergées ou foils, qui fonctionnent selon le même principe qu’une aile d'avion. En supprimant la traînée de frottement et de vague de la coque, cette technique permet d’augmenter la vitesse des bateaux.

Type de foils[modifier | modifier le code]

Plusieurs types de foils sont utilisés sur les hydroptères :

  • Les foils à échelle (superposés) ; ils ne sont plus utilisés de nos jours ;
  • Les foils en V, traversant la surface ;
  • les foils obliques (à environ 45°), traversants ou immergés ;
  • Les foils en T, en Y inversé, en U, en J, en L.

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le Larousse définit un hydroptère comme un « Navire rapide muni d'ailes portantes reliées à la coque par des bras et capable, à partir d'une certaine vitesse, de naviguer en position déjaugée. »

  • Un plan porteur désigne une surface portante, profilée ou non, qui avance dans l'air, dans l'eau ou sur l'eau. Une aile d'avion, un ski sont des plans porteurs.
  • Un hydrofoil ou foil désigne une aile profilée et immergée, caractéristique essentielle d'un hydroptère.

hydrofoil est utilisée notamment pour les sport nautique afin d'augmenter la vitesse.

Histoire[modifier | modifier le code]

Hydroptère de première génération
H/S Jaanika
Boeing Jetfoil 1974
USS Plainview
Hydroptère Nibbio (P 421) de la marine italienne.1982

En 1861, l'anglais Thomas Moy teste sur un canal un modèle équipé de 3 surfaces portantes, note le déjaugeage dynamique et la réduction de la traînée.

En 1869 le français Emmanuel Farcot, ingénieur mécanicien auteur de nombreux brevets, dépose un brevet décrivant une embarcation munie de plan porteurs latéraux, horizontaux au départ, puis inclinés quand la coque commence à monter.

À partir de 1894, l'américain William E. Meacham explore le concept d'hydrofoil. Il teste à Chicago en 1897 un modèle remorqué équipé de 5 surfaces portantes. Il publie en 1906 dans Scientific American un article de référence où il expose les principes de base d'un hydroptère.

En 1897, le Comte de Lambert expérimente un catamaran équipé de quatre plans transversaux. Avec la vitesse, les coques sortent de l'eau et l'engin est porté par ses surfaces planantes (ou plans porteurs) à la surface. Il s'agit donc d'un hydroplane, fonctionnant en hydroptère seulement pendant la phase d'accélération. « À une vitesse de 16 km/h, les flotteurs étaient entièrement sortis de l'eau et la machine glissait à la surface sur ses quatre surfaces portantes.»[1]

En 1905, le professeur Enrico Forlanini, connu pour ses conceptions de dirigeables, conçoit et construit un hydroptère pour tester des foils en vue d'application aux avions. Il le teste en 1906 sur le lac Majeur, atteignant 38 nœuds (70 km/h) avec un moteur de 75 ch. Les foils sont du type à échelle, à 4 étages ; la configuration est complexe, avec des plans porteurs fixes et d'autres rétractables à grande vitesse. La propulsion est aérienne.

En 1907, A. Crocco et O. Ricaldoni testent un hydroptère de 8 m de long, propulsé par deux hélices aériennes à pas variable disposées sur des bras en V. La configuration est de type trois points (un avant, deux arrières), les foils en acier sont du type en V (perçant la surface). Avec 100 ch, l'engin aurait atteint 43 nœuds (80 km/h)[2].

En 1907 également, l'américain Peter Cooper Hewitt construit et teste un hydroptère à propulsion par hélice immergée, présentant toute une série de foils décalés en hauteur et en longueur. La configuration montre des foils latéraux avant et des foils axiaux arrières. L'hélice est sur un pied, en attaque frontale (comme sur un avion). Vitesse 26 nœuds (48 km/h)[3].

Fin 1907, le brésilien Alberto Santos-Dumont teste sur la Seine un engin réalisé dans le but d'atteindre 100 km/h pour remporter un pari de 50 000 francs. Présenté parfois comme une hydroplane devant recevoir des ailes par la suite[4], il s'agirait en fait d'un véritable hydroptère, de configuration trimaran, car il présente un grand foil avant de 4 m d'envergure et un foil arrière (directionnel) d'un mètre. Les essais ne sont pas satifaisants (problèmes de moteur)[5]. Les photos publiées montrent l'engin avec une hélice mais sans moteur.

En 1910, Enrico Forlanini teste un autre modèle équipé de plans porteurs en acier, capable de porter 2 à 4 personnes. Moteur 100 ch[6].

En 1919, Alexandre Graham Bell fait l’essai de son hydroptère sur le lac Bras d’Or sur l’Île du Cap-Breton[7]

Ne sont pas cités ici de nombreux projets, dessins et brevets établis depuis 1860 et non suivis de réalisation. Il est difficile de dire qui a « inventé » l'hydroptère ; le premier engin réalisé répondant à la définition de l'hydroptère donnée plus haut serait celui de Forlanini en 1906.

Hydroptères civils[modifier | modifier le code]

Motorisés[modifier | modifier le code]

  • Les hydroptères de première génération, à plans porteurs fixes perçant la surface, sont une invention allemande des années 1930 (brevets Schertel-Sachsenberg) reprise en Suisse après la guerre (Supramar), puis en URSS à partir de 1957 (les Raketa, Meteor, Kometa, etc.) et en Italie par Rodriquez (séries PT et RHS).
    • le Supramar PT 10 (32 passagers) était en service sur le lac Majeur en 1953
    • le Supramar PT 20 (longueur 21 m, 72 passagers) construit sous licence par Rodriquez est le premier hydroptère ayant effectué un service régulier, entre l'Italie et la Sicile, en 1956. Le Freccia del Sole avait une vitesse de service de 34 nœuds, environ trois fois plus élevée que celle des navires à passagers du moment.Dans les années 1960 ce sont des Hydroptères Supramar dénommés CONDOR I, II et III qui desservent les îles Anglo-Normandes à partir de Saint Malo, toutefois à marée basse le tirant d'eau impressionnant des plans porteurs oblige parfois à se transborder sur une vedette classique à partir de l'îlot de Cézembre ce qui annule le gain de vitesse par rapport aux ferries classiques.
  • Les modèles dits de deuxième génération, plus sophistiqués, ont des plans porteurs complètement immergés qui nécessitent une stabilisation active. (Voir Navire à grande vitesse)

À voile[modifier | modifier le code]

L'Hydroptère d’Alain Thébault
L'AC72 Aotearoa de la Coupe de l'America 2013.
  • Définition. Un hydroptère à voiles ou foiler (terme anglais) peut être défini comme un voilier monocoque ou multicoque qui utilise la portance dynamique (liée à la vitesse) de plusieurs ailes immergées ou foils, en remplacement de la portance archimédienne de la coque ou des coques.

Le terme foiler est dérivé de foil, contraction de « hydrofoil » (plan porteur profilé et immergé).

Historique des modèles les plus connus :

  • Le Monitor (américain), de 6 mètres de long, qui a dépassé les 30 nds en 1956,
  • Le Williwaw, trimaran de 9 mètres de David Keiper, atteignant plus de 20 nds à la fin des années 1960,
  • Le catamaran Icarus sur une base de Tornado (catamaran) réalisé par J. Grogono entre 1969 et 1972
  • Entre 1965 et 1978, Claude Tisserand expérimente divers hydrofoils (nommés Véliplanes) en baie de Saint Florent en Corse.[8] Une adaptation sur la coque d'un dériveur olympique 470 est chronométrée à 16 noeuds à Weymouth. La version Véliplane IV de 1976 préfigure l'engin expérimenté par Tabarly, qui donnera naisance au trimaran Paul Ricard , puis à l'Hydroptère[9]
  • Le prototype expérimental réalisé en 1976 pour Éric Tabarly à partir d'une coque de Tornado de 6 m de long,
  • L'Hydroptère d’Alain Thébault,
  • Catamaran Techniques Avancées de l'ENSTA ParisTech,
  • Hobbie Trifoiler TF22 par Greg Ketterman,
  • Moth à foil
  • Les catamarans AC72 de la Coupe de l'America 2013
  • Certaines planches à voile sont équipées de foils (le pionnier en ayant été le planchiste allemand Niko Stickl lors de la semaine de vitesse de Weymouth au début des années 1980)

Hydroptères militaires[modifier | modifier le code]

Boeing PHM Pegasus en 1974

Plusieurs modèles soviétiques et chinois ont été construits en grande série.

La compagnie Boeing a construit pour la marine américaine des hydroptères de la classe PHM Pegasus (PHM signifie Patrol Hydropter Missile). Motorisés par une turbine de 18 000 cv, ces hydroptères sont capables de naviguer à 48 nœuds (89 km/h).


Au Cinéma[modifier | modifier le code]

Le Film Opération Tonnerre de la série des James Bond met en scène (lors d'un final grandiose) un hydroptère type Supramar PT20 (camouflé en yacht classique , le Disco Volante moyennant le rajout d'une poupe factice) . L'hydroptère permet au "méchant" de l'affaire, le sinistre espion Largo, de s'enfuir à toute vitesse avant de s'écraser en flammes sur un îlot rocheux des Bahamas[10]. L'engin et sa conversion avec la poupe gigogne et ses "gadgets" variés auraient coûté un demi million de dollars (de 1965) à la production

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. commentaire d'Orville Wright (pionnier de l'aviation), dans Aeromarine origins de H.F. King, Putnam, Londres, 1966. Une photo montre l'engin en essais sur la Seine en 1906
  2. Cette vitesse paraît très élevée. Source Aeromarine origins
  3. Aeromarine origins
  4. Santos-Dumont, Peter Wykeham, Éditions de Trévise, page 227
  5. The Automotor Journal, 4 janvier 1908
  6. d'après P.R. Crewe rapporté dans Aeromarine origins
  7. Panneau descriptif du NCSM Bras d'Or 400, Musée maritime du Québec, L'Islet.
  8. « Les Véliplanes de C. Tisserand, ces méconnus ! 1/2 », sur Foilers !,‎ (consulté le 13 mars 2017)
  9. « Les Véliplanes de C. Tisserand, ces méconnus ! 2/2 », sur Foilers !,‎ (consulté le 13 mars 2017)
  10. Preben Soegaard, « BMT 216A: Disco Volante yacht », sur www.bmt216a.dk (consulté le 17 novembre 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Hydroptère canadien NCSM Bras d'Or 400.

Liens externes[modifier | modifier le code]