Donatien Alphonse François de Sade

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Donatien Alphonse François de Sade

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On ne possède aucun portrait authentique[1] de Sade, y compris ce profil qualifié de « portrait supposé », dessiné par Charles van Loo vers 1770[2]. Les dépositions du procès de Marseille le décrivent, à trente-deux ans, « d’une jolie figure, visage rempli », yeux bleus, cheveux blonds, petite bouche avec la lèvre inférieure proéminente, élégamment vêtu d'un frac gris doublé de bleu, portant canne et épée.

Activités écrivain, philosophe, homme politique
Naissance 2 juin 1740
hôtel de Condé, Paris, France
Décès 2 décembre 1814 (à 74 ans)
asile de Charenton, Charenton-Saint-Maurice, France
Langue d'écriture français
Genres roman libertin

Œuvres principales

Donatien Alphonse François de Sade, né le 2 juin 1740 et mort le 2 décembre 1814, est un homme de lettres, romancier, philosophe et homme politique français, longtemps voué à l'anathème en raison de la part accordée dans son œuvre à l'érotisme, associé à des actes impunis de violence et de cruauté (fustigations, tortures, meurtres, incestes, viols, etc.). L'expression d'un athéisme virulent est l'un des thèmes les plus récurrents de ses écrits.

Détenu sous tous les régimes politiques (monarchie, république, consulat, empire), il est resté enfermé — sur plusieurs périodes, pour des raisons et dans des conditions fort diverses — pendant vingt-sept ans sur les soixante-quatorze années que dura sa vie. Lui-même, en passionné de théâtre, écrit : « Les entractes de ma vie ont été trop longs[3] ». Il meurt à l'asile d'aliénés de Charenton Saint Maurice.

De son vivant, les titres de « marquis de Sade » ou de « comte de Sade » lui ont été alternativement attribués[4], mais il est plus connu par la postérité sous son titre de naissance de marquis. Dès la fin du XIXe siècle, il est surnommé le « divin marquis », en référence au « divin Arétin », premier auteur érotique des temps modernes (XVIe siècle).

Occultée et clandestine pendant tout le XIXe siècle, son œuvre littéraire est réhabilitée au XXe siècle par Jean-Jacques Pauvert qui le sort de la clandestinité en publiant ouvertement ses œuvres sous son nom d'éditeur, malgré la censure officielle dont il triomphe par un procès en appel en 1957. La dernière étape vers la reconnaissance est sans doute représentée par l’entrée de Sade dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1990.

Son nom est passé à la postérité sous forme de substantif. Dès 1834, le néologisme « sadisme », qui fait référence aux actes de cruauté décrits dans ses œuvres, figure dans un dictionnaire ; le mot finit par être transposé dans toutes les langues.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Sade naît à Paris le 2 juin 1740 à l’hôtel de Condé, de Jean Baptiste, comte de Sade[N 1], héritier de la maison de Sade, l'une des plus anciennes maisons de Provence, seigneur de Saumane et de Lacoste, coseigneur de Mazan, et de Marie Éléonore de Maillé (1712-1777), parente et « dame d’accompagnement » de la princesse de Condé. De l'union du comte de Sade et de Marie Éléonore le 3 novembre 1733, naissent également deux filles, mortes en bas âge[5].

Baptisé à Saint-Sulpice, les parents, parrain et marraine s’étant fait représenter par des officiers de maison, il reçoit par erreur les prénoms[N 2] de Donatien Alphonse François au lieu de Donatien Aldonse Louis[6]. Le marquis utilise dans la plupart de ses actes officiels les prénoms qui lui étaient destinés, entretenant une confusion qui aura des conséquences fâcheuses lors de sa demande de radiation sur la liste des émigrés. Il signe ainsi Louis Sade sans particule pour échapper à la lanterne des sans-culottes de la Révolution française[7].

Sur le blason de la maison de Sade, l’aigle impérial à deux têtes, privilège obtenu par Elzéar de Sade lors de la visite de l’empereur Sigismond à Avignon en 1415[8].
Le comte de Sade, père du marquis, militaire, diplomate, poète, philosophe et libertin, par Nattier.

Marquis ou comte ?[modifier | modifier le code]

Il reçoit le titre de marquis, selon l’usage de la famille que Sade rappelle dans une lettre[9] à sa femme de janvier 1784 et qui veut que le chef de famille prenne le titre de comte, et l’aîné de ses fils, du vivant de son père, celui de marquis. En fait, il s’agit là de titres de courtoisie, sans érection par lettres patentes du fief de Sade en fief de dignité[N 3] et, si Sade est bien qualifié par ses contemporains de marquis jusqu’à la mort de son père en 1767, après celle-ci, il est indifféremment traité de marquis ou de comte : le parlement d'Aix, dans sa condamnation de 1772, lui donne le titre de « marquis de Sade » ainsi que le conseil de famille, réuni en 1787 par ordonnance du Châtelet de Paris ; il est incarcéré à la Bastille en 1784 sous le nom de « sieur marquis de Sade » ; l’inscription de la pierre tombale de sa femme porte la mention de « Mme Renée-Pélagie de Montreuil, marquise de Sade » ; mais il est enfermé à Charenton en 1789 sous le nom de « comte de Sade » et son acte de décès de 1814 le qualifie de « comte de Sade ». Quant à Sade lui-même, à partir de 1800 et jusqu'à la fin de sa vie, il signe « D.-A.-F. Sade », sans prétention à un titre quel qu'il soit ni même à une particule : sur l'en-tête de son testament figure : « Donatien-Alphonse-François Sade, homme de lettres ».

Le père du marquis[modifier | modifier le code]

Le père de Sade est, par droit d’aînesse, le chef de la famille. Il a deux frères, Jean-Louis-Balthazar, commandeur de l’ordre de Malte, puis bailli et grand prieur de Toulouse, et Jacques-François, abbé commendataire d’Ébreuil. Quatre sœurs vivent en religion. La cinquième épouse le marquis de Villeneuve-Martignan qui fit construire à Avignon le bel hôtel seigneurial aujourd'hui musée Calvet, à l'entrée duquel on peut encore voir le blason des Sade. Donatien aima et admira son père autant qu’il ignora sa mère tenue à l’écart par son mari avant de se retirer dans un couvent. Homme d’esprit, grand séducteur, prodigue et libertin, avant de revenir à la religion à l’approche de la cinquantaine, le père du marquis, est le premier Sade à quitter la Provence et à s’aventurer à la Cour. Il devient le favori et le confident du prince de Condé qui gouverne la France pendant deux ans à la mort du Régent. À vingt-cinq ans, ses maîtresses se comptent parmi les plus grands noms de la cour : la propre sœur du prince de Condé, Mlle de Charolais, ancienne maîtresse royale, les duchesses de La Trémoille, de Clermont, jusqu’à la jeune princesse de Condé, de vingt-deux ans moins âgée que son mari et très surveillée par ce dernier, pour la conquête de laquelle il épousera en 1733 la fille de sa dame d’honneur, Mlle de Maillé de Carman, sans fortune, mais alliée à la branche cadette des Bourbon-Condé[N 4]. Assez lié, comme son frère l'abbé avec Voltaire, il a des prétentions littéraires. Capitaine de dragons dans le régiment du prince, puis aide de camp du maréchal de Villars pendant les campagnes de 1734-1735, il obtient du roi en 1739 la charge de lieutenant général des provinces de Bresse, Bugey, Valromey et Gex qu’il achète 135 000 livres et qui lui rapporte en gratifications 10 200 livres par an. Il se lance dans la diplomatie, se voit confier une négociation secrète à la cour de Londres, est nommé ambassadeur à la cour de Russie, nomination remise en cause à la mort du tsar Pierre II, puis ministre plénipotentiaire auprès de l'Électeur de Cologne. Sa conduite pendant son ambassade, puis une imprudente attaque contre la maîtresse du roi, lui vaudra le ressentiment de Louis XV et il ne sera plus employé que pour des postes sans conséquence[10].

Éducation[modifier | modifier le code]

Donatien passe les trois premières années de sa vie à l’hôtel de Condé éloigné de ses parents. Élevé avec la conviction d’appartenir à une espèce supérieure, sa nature despotique et violente se révèle très tôt :

« Allié par ma mère, à tout ce que le royaume avait de plus grand ; tenant, par mon père, à tout ce que la province de Languedoc pouvait avoir de plus distingué ; né à Paris dans le sein du luxe et de l’abondance, je crus, dès que je pus raisonner, que la nature et la fortune se réunissaient pour me combler de leurs dons ; je le crus, parce qu’on avait la sottise de me le dire, et ce préjugé ridicule me rendit hautain, despote et colère ; il semblait que tout dût me céder, que l’univers entier dût flatter mes caprices, et qu’il n’appartenait qu’à moi seul et d’en former et de les satisfaire[11]. »

De quatre à dix ans, son éducation est confiée à son oncle, l’abbé Jacques-François de Sade, qui l’héberge au château de Saumane[N 5] près de L'Isle-sur-la-Sorgue, où il s’est retiré après une existence mondaine.

Abbé commendataire d’Ébreuil dans le Bourbonnais, ce cadet de famille avait embrassé l’état ecclésiastique, devenant vicaire général de l’archevêque de Toulouse, puis de celui de Narbonne, en 1735. Chargé, par les états de Languedoc, d’une mission à la cour, il avait résidé plusieurs années à Paris, et s'est lié d’amitié avec Voltaire avec qui il correspondit au moins jusqu’en 1765 (« Vous qui b… mieux que Pétrarque/ Et rimez aussi bien que lui » lui écrit ce dernier[12]) et avec Émilie du Châtelet. Historien de Pétrarque, « moins un abbé qu’un seigneur curieux de toutes choses, et singulièrement d’antiquités et d’histoire » selon Maurice Heine (il y a à Saumane une bibliothèque enrichie par l’abbé, un médaillier et un cabinet d’histoire naturelle que le marquis aura toujours fort à cœur de conserver), ce sybarite selon un autre biographe[13], aime vivre et bien vivre, s’entourant de livres et de femmes.

À dix ans, Donatien entre au collège Louis-le-Grand que dirigent les pères jésuites, établissement alors le mieux fréquenté et le plus cher de la capitale. Les représentations théâtrales organisées par les pères sont sans doute à l’origine de la passion de Sade pour l’art du comédien et la littérature dramatique.

Capitaine au régiment de Bourgogne cavalerie[modifier | modifier le code]

Bourgogne cavalerie

Il a à peine quatorze ans lorsqu’il est reçu à l’École des chevau-légers de la garde du roi, en garnison à Versailles, qui n’accepte que des jeunes gens de la plus ancienne noblesse. À dix-sept ans, il obtient une commission de cornette (officier porte-drapeau), au régiment des carabiniers du comte de Provence, frère du futur Louis XVI, et prend part à la guerre de Sept Ans contre la Prusse. À dix-neuf ans, il est reçu comme capitaine au régiment de Bourgogne cavalerie avec l’appréciation suivante : « joint de la naissance et du bien à beaucoup d’esprit ; a l’honneur d’appartenir à M. le prince de Condé par Madame sa mère qui est Maillé-Brézé[14]. »

« Fort dérangé, mais fort brave[15]. » La seule appréciation retrouvée sur ses états de service en 1763 montre que le jeune homme a été un cavalier courageux. Mais il a déjà la pire réputation. Il est joueur, prodigue et débauché. Il fréquente les coulisses des théâtres et les maisons des proxénètes. « Il est assurément peu de plus mauvaises écoles que celles des garnisons, peu où un jeune homme corrompe plus tôt et son ton et ses mœurs », écrit-il lui-même dans Aline et Valcour. Pour se débarrasser d’un fils qu’il sent « capable de faire toutes sortes de sottises[16] », le comte de Sade lui cherche une riche héritière.

Donatien voudrait épouser Laure de Lauris-Castellane, héritière d’une vieille famille du Luberon dont il est amoureux fou et avec qui il a une liaison. Les deux familles se connaissent bien, le grand-père du marquis et M. de Lauris ont été syndics de la noblesse du Comtat Venaissin mais Mlle de Lauris est réticente[17],[N 6] et le comte a fixé son choix sur l’héritière des Montreuil. « Tous les autres mariages ont rompu sur sa très mauvaise réputation[18]» écrit-il.

Mariage[modifier | modifier le code]

Le 17 mai 1763, le mariage du marquis et de Renée-Pélagie, fille aînée de Cordier de Montreuil, président honoraire[N 7] à la cour des Aides de Paris, de petite noblesse de robe, mais dont la fortune dépasse largement celle des Sade, est célébré à Paris en l'église Saint-Roch. Les conditions financières ont été âprement négociées par le comte de Sade et la présidente de Montreuil[19], femme énergique et autoritaire. Il n'existe pas de portrait de Renée-Pélagie. Le comte de Sade la décrit ainsi à sa sœur : « Je n'ai pas trouvé la petite laide, dimanche ; elle est fort bien faite, la gorge fort jolie, le bras et la main fort blanche. Rien de choquant, un caractère charmant[20]. »

La correspondance familiale montre, sans aucun doute possible, que le marquis et la nouvelle marquise se sont entendus à peu près parfaitement. « Il est très bien avec sa femme. Tant que cela durera, je lui passerai tout le reste » (le comte à l’abbé, juin 1763). « Leur tendre amitié paraît bien réciproque » (madame de Montreuil à l’abbé en août). Renée-Pélagie aima son mari tant qu’elle le put, jusqu’au bout de ses forces. Mais le marquis a plusieurs vies. Il continue de fréquenter les bordels, comme celui de la Brissault, et abrite ses nombreuses aventures dans des maisons qu'il loue à Paris, à Versailles et à Arcueil.

Le 29 octobre 1763, il est arrêté dans sa garçonnière rue Mouffetard pour « débauche outrée » et est enfermé au donjon de Vincennes sur ordre du roi à la suite d'une plainte déposée par une prostituée occasionnelle, Jeanne Testard[N 8], qui n'a pas apprécié les petits jeux sadiques et blasphématoires du marquis. « Petite maison louée, meubles pris à crédit, débauche outrée qu’on allait y faire froidement, tout seul, impiété horrible dont les filles ont cru être obligées de faire leur déposition. », écrit le comte de Sade à son frère l’abbé en novembre 1763. Son intervention et celle des Montreuil le font libérer et assigner à résidence jusqu’en septembre 1764 au château d’Échauffour en Normandie chez ses beaux-parents[21].

Il succède à son père dans la charge de lieutenant général aux provinces de Bresse, Bugey, Valromey et Gex. Il se rend à Dijon pour prononcer le discours de réception devant le parlement de Bourgogne. De retour à Paris, il a des liaisons avec des actrices connues pour leurs amours vénales avec de grands seigneurs : Mlle Colet, dont il tombe amoureux, Mlle Dorville, Mlle Le Clair, Mlle Beauvoisin, qu’il amène à La Coste, où il la laisse passer pour sa femme au grand scandale de sa famille. Il réplique assez brutalement à une de ses tantes, l’abbesse de Saint-Benoît, qui lui adresse une lettre de remontrance :

« Vos reproches sont peu ménagés, ma chère tante. À vous parler vrai, je ne m’attendais pas à trouver dans la bouche d’une sainte religieuse des termes aussi forts. Je ne permets, ne souffre, ni n’autorise, que l’on prenne pour ma femme la personne qui est chez moi. (…) Quand une de vos tantes, mariée comme moi, vivait ici publiquement avec un amoureux, regardiez-vous déjà La Coste comme un lieu maudit ? Je ne fais pas plus de mal qu’elle, et nous en ferons fort peu tous deux. Quant à celui de qui vous tenez ce que vous me dites (son oncle, l’abbé de Sade, qui réside au château de Saumane), tout prêtre qu’il est, il a toujours un couple de gueuses chez lui ; excusez, je me sers des mêmes termes que vous ; est-ce un sérail que son château, non, c’est mieux, c’est un b… Pardonnez mes travers, c’est l’esprit de famille que je prends, et si j’ai un reproche à me faire, c’est d’avoir eu le malheur d’y être né. Dieu me garde de tous les ridicules et vices dont elle fourmille. Je me croirais presque vertueux si Dieu me fait grâce de n’en adopter qu’une partie. Recevez, ma chère tante, les assurances de mon respect[22]. »

En 1767, son père, le comte de Sade, meurt avant la naissance de son petit-fils. Le prince de Condé et la princesse de Conti acceptent d’être les parrains de son premier fils, Louis-Marie né le 27 août 1767[23].

Depuis la fin 1764, il est surveillé par la police. « Il était essentiel, même politiquement, que le magistrat chargé de la police de Paris, sût ce qui se passait chez les personnes notoirement galantes et dans les maisons de débauche. » (Le Noir, successeur de Sartine à la lieutenance générale de police de Paris). Il apparaît dans les rapports[24] de l’inspecteur Marais qui vont devenir, avec les lettres de Mme de Montreuil, les principales sources sur la vie du marquis à cette période. L’inspecteur Marais note dans un rapport de 1764 : « J’ai fort recommandé à la Brissault, sans m’en expliquer davantage, de ne pas lui donner de filles pour aller avec lui en petites maisons. ». Le 16 octobre 1767, il prévient : « On ne tardera pas à entendre parler encore des horreurs du comte de Sade. »

Scandales[modifier | modifier le code]

La première diffusion du nom de Sade dans l’opinion publique n’a rien de littéraire et se fait par les scandales.

Arcueil[modifier | modifier le code]

Maison d'Arcueil où Sade fit venir Rose Keller, le dimanche de Pâques, 3 avril 1768

On apprend, au printemps 1768, qu’un marquis a abusé de la pauvreté d'une veuve de trente-six ans, Rose Keller[N 9], demandant l'aumône place des Victoires : il a abordé la mendiante, lui a proposé, selon la version de Rose Keller lors du procès, une place de gouvernante. Sade fait semblant de comprendre qu'elle se prostitue de temps à autre (ce sera sa défense lors du procès), car les veuves et femmes abandonnées de cette époque peuvent être réduites à la fois à mendier et à se prostituer. Il affirmera toujours qu’il lui a proposé de l'argent dans ce cadre[25]. Sur son acceptation, il l'a entraînée en fiacre dans L’aumonerie, une petite maison de campagne d'Arcueil qu'il loue sous le nom de sieur Lestargette et où il emmène régulièrement mendiantes et prostituées qu'il fait recruter par son valet Jacques-André Langlois dans les maisons de débauche de la capitale[26]. Là, il lui a fait visiter la maison, jusqu'à l'entraîner dans la chambre de gouvernante à l'étage où il l'a attachée sur un lit, flagellée cruellement avec un fouet à nœuds, incisée avec un canif, enduit ses blessures de cire brûlante (de pommade selon la version de Sade lors de son procès) et recommencé jusqu'à atteindre l'orgasme en la menaçant de la tuer si elle ne cessait de crier. Pour conclure, il l'a contrainte, puisque c'était le dimanche de Pâques, à des pratiques blasphématoires. Puis Sade l’enferme et retourne au rez-de-chaussée auprès des prostituées[25]. Rose réussit à s'enfuir par la fenêtre et à ameuter tout le village. L’affaire fait scandale, l’imaginaire collectif et les auteurs catholiques multiplient les détails qui viennent pimenter la relation des faits tandis que Restif de la Bretonne contribue à la mauvaise réputation du marquis en transformant la scène de flagellation en séance de vivisection. La rue et les salons s’émeuvent. La lettre de Madame du Deffand à Horace Walpole le 12 avril 1768 en témoigne[N 10].

La famille, Sade et Montreuil réunis, se mobilise pour soustraire Sade à la justice commune (le parlement de Paris voulant sévir pour satisfaire l'opinion publique lasse des excès aristocratiques) et le placer sous la juridiction royale. La famille obtient le retrait de la plainte devant la juridiction parlementaire contre 2 400 livres pour la plaignante et la prise en charge de ses soins. L’affaire est donc jugée devant la justice du roi en juin. À la demande de la comtesse de Sade — le comte étant mort un an plus tôt — le roi signe une lettre d'abolition annulant d'avance la condamnation de Sade à l'emprisonnement « pour le restant de ses jours ». Le jugement royal le condamne finalement à six mois de détention[25]. Il est incarcéré au château de Saumur, puis à celui de Pierre-Scise, puis est libéré en novembre, mais il lui est enjoint de se retirer dans ses terres de La Coste, en Provence[N 11].

Marseille[modifier | modifier le code]

En 1769, Sade est en Provence. Bals et comédies se succèdent à La Coste. En mai, naît à Paris son deuxième fils, Donatien-Claude-Armand, chevalier de Sade. Fin septembre, il voyage un mois en Hollande : Bruxelles, Rotterdam, La Haye, Amsterdam, peut-être pour y vendre un texte érotique[N 12]. L'année suivante, il part pour l’armée pour y prendre ses fonctions de capitaine-commandant au régiment de Bourgogne cavalerie, mais l’officier supérieur qui le reçoit refuse de lui laisser prendre son commandement. En 1771, il vend sa charge de capitaine commandant. Sa carrière militaire est terminée. Naissance de sa fille Madeleine Laure. Il passe la première semaine de septembre à la prison parisienne de For-l'Évêque pour dettes. Début novembre, il est à Lacoste avec sa femme, ses trois enfants, et sa jeune belle-sœur de dix-neuf ans, Anne-Prospère de Launay, chanoinesse séculière[N 13] chez les bénédictines, avec laquelle il va avoir une liaison violente et passionnée.

Le château de Mazan
Anne-Prospère de Launay.
« Je jure à M. le marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à lui[N 14]… »

Sade a trente ans. Il mange la dot de sa femme et ses revenus[N 15]. Il fait réparer son château de Lacoste (bien dégradé) de quarante-deux pièces, donne libre cours à sa passion pour la comédie : construction d’un théâtre à Mazan, aménagement de celui de Lacoste, embauche de comédiens. Il envoie des invitations à la noblesse des environs à des fêtes et à des représentations théâtrales dont il est le régisseur et le maître de scène. Nous avons le programme des vingt-cinq soirées théâtrales qui étaient prévues du 3 mai au 22 octobre 1772 à Lacoste et à Mazan et qui seront interrompues le 27 juin par l’affaire de Marseille : des pièces de Voltaire, Destouches, Chamfort, Gresset, Regnard, Sedaine, Le Père de famille de Diderot. Il remporte un franc succès et toutes et tous le trouvent « fort séduisant, d’une élégance extrême, une jolie voix, des talents, beaucoup de philosophie dans l’esprit ». L’argent fait défaut, il s’endette pour payer ses « folles dépenses » (Mme de Montreuil). « Si sa passion dure, elle l’aura bientôt ruinée. » (abbé de Sade).

Portrait imaginaire du XIXe siècle, par H. Biberstein : Sade soumis aux quatre vents des suggestions diaboliques

Tout aurait pu tomber dans l’oubli si le scandale n’avait à nouveau éclaté en juin 1772. L’affaire de Marseille succède à celle d’Arcueil. Il ne s’agit plus cette fois d’une fille mais de quatre. Le 25 juin 1772 à l’hôtel des Treize Cantons, le marquis a proposé à ses partenaires sexuelles des pastilles à la cantharide au cours d'une « soirée de Cythère » chez l'hôtesse Mariette Borely[27]. Deux filles se croient empoisonnées, les autres sont malades. Comme en 1768, la rumeur enfle. Le récit des Mémoires secrets de Bachaumont daté du 25 juillet 1772 en témoigne[N 16]. L’aphrodisiaque est présenté dans l’opinion comme un poison. La participation active du valet justifie l’accusation de sodomie, punie alors du bûcher. La condamnation par contumace du parlement de Provence est cette fois la peine de mort pour empoisonnement et sodomie à l'encontre du marquis et de son valet. Le 12 septembre 1772 se déroule à Aix les exécutions en simulacre des deux hommes avec des mannequins grandeur nature (tête de l'effigie de Sade tranchée et celle de son valet pendue) qui sont ensuite jetés au feu[28].

Sade s’est enfui en Italie avec sa jeune belle-sœur Anne-Prospère de Launay qui lui signe de son sang une lettre passionnée : « Je jure à M. le marquis de Sade, mon amant, de n'être jamais qu'à lui »[29]. Les amants sont à Venise fin juillet, visitent quelques autres villes d’Italie, puis la chanoinesse rentre brusquement en France à la suite d’une infidélité du marquis[30]. Ce dernier a fixé sa résidence en Savoie, mais le roi de Sardaigne le fait arrêter le 8 décembre 1772 à Chambéry à la demande de sa famille et incarcérer au fort de Miolans. Mme de Sade achète des gardiens et le fait évader le 30 avril 1773. Réfugié clandestinement dans son château — officiellement il est à l’étranger — le marquis échappe aux recherches, prenant le large quand il y a des alertes. Le 16 décembre 1773, un ordre du Roi enjoint au lieutenant général de police de s’assurer de sa personne. Dans la nuit du 6 janvier 1774, un exempt suivi de quatre archers et d’une troupe de cavaliers de la maréchaussée envahit le château. Sans résultat. En mars, Sade prend la route de l’Italie, déguisé en curé (« M. le curé a très bien fait son voyage à ce que dit le voiturier, excepté que la corde du bac où il était ayant cassé sur la Durance que l’on passe pour aller s’embarquer à Marseille, les passagers voulaient se confesser. », écrit Madame de Sade le 19 mars. L’idée de devenir confesseur a dû intéresser Sade, malgré son manque d’entrain, commente Jean-Jacques Pauvert[31]).

Lacoste[modifier | modifier le code]

Le château familial de Lacoste bâti sur l’un des contreforts du Luberon, pillé à la Révolution, puis vendu.

La marquise et sa mère travaillent à obtenir la cassation de l’arrêt d’Aix, mais l’affaire de Marseille l’a cette fois coupé de son milieu. L'affaire des petites filles va le couper de sa famille.

« Nous sommes décidés, par mille raisons, à voir très peu de monde cet hiver… » écrit le marquis en novembre 1774[N 17] . Il a recruté à Lyon et à Vienne comme domestiques cinq « très jeunes » filles et un jeune secrétaire ainsi que « trois autres filles d’âge et d’état à ne point être redemandées par leurs parents » auxquelles s’ajoute l’ancienne domesticité. Mais bientôt les parents déposent une plainte « pour enlèvement fait à leur insu et par séduction ». Une procédure criminelle est ouverte à Lyon. Le scandale est cette fois étouffé par la famille (toutes les pièces de la procédure ont disparu), mais l’affaire des petites filles nous est connue par les lettres conservées par le notaire Gaufridy (voir Correspondance), publiées en 1929 par Paul Bourdin. « Les lettres du fonds Gaufridy ne disent pas tout, écrit ce dernier[32], mais elles montrent nettement ce que la prudence de la famille et les ordres du roi ont dérobé à la légende du marquis. Ce n’est pas dans les affaires trop célèbres de la Keller et de Marseille, mais dans les égarements domestiques de M. de Sade qu’il faut chercher la cause d’un emprisonnement qui va durer près de quatorze années et qui commence au moment même où l’on poursuit l’absolution judiciaire des anciens scandales. On verra par la suite avec quel soin madame de Montreuil s’est préoccupée de faire disparaître les traces de ces orgies. L’affaire est grave car le marquis a de nouveau joué du canif. Une des enfants, la plus endommagée, est conduite en secret à Saumane chez l’abbé de Sade qui se montre très embarrassé de sa garde et, sur les propos de la petite victime, accuse nettement son neveu. Une autre fille, Marie Tussin, du hameau de Villeneuve-de-Marc, a été placée dans un couvent de Caderousse, d’où elle se sauvera quelques mois plus tard. Le marquis prépare une réfutation en règle de ce qu’a dit l’enfant confiée à l’abbé, mais elle n’est pas la seule à avoir parlé. Les fillettes d’ailleurs n’accusent point la marquise et parlent au contraire d’elle « comme étant la première victime d’une fureur qu’on ne peut regarder que comme folie ». Leurs propos sont d’autant plus dangereux qu’elles portent, sur leurs corps et sur leurs bras, les preuves de leurs dires. Les priapées de la Coste ont peut-être inspiré les fantaisies littéraires des Cent vingt jours de Sodome, mais le canevas établi par le marquis passe de loin ces froides amplifications. C’est un sabbat mené à bave-bouche avec le concours de l’office. Gothon[33] y a probablement chevauché le balai sans entrer dans la danse, mais Nanon[N 18] y a pris une part dont elle va rester toute alourdie ; les petites ravaudeuses de la marquise y ont livré leur peau au jeu des boutonnières et le jeune secrétaire a dû y faire la partie de flûte. »

Pour changer d'air, le marquis reprend la route de l'Italie le 17 juillet 1775 sous le nom de comte de Mazan. Il reste à Florence jusqu’au 21 octobre, puis se rend à Rome. De janvier à mai 1776, il est à Naples ; il fait expédier à Marseille deux grandes caisses pleines de curiosités et d’antiquailles, mais il s’ennuie en Italie. Son retour en août à Lacoste fait surgir de nouvelles menaces. Le 17 janvier, le père d’une jeune servante (que M. et Mme de Sade ont rebaptisé Justine !) vient réclamer sa fille et tire sur Sade. « Il a dit qu’il lui avait été dit qu’il pouvait me tuer en toute assurance et qu’il ne lui arriverait rien » s’indigne Sade à Gaufridy. Contre les avis de son entourage provençal (l’avocat aixois Reinaud qui a prévu l’événement écrit à Gaufridy le 8 février : « le marquis donne dans le pot au noir comme un nigaud (…) Sur ma parole, le mois ne s’écoule point que notre champion soit coffré à Paris. » Peu de jours après, il demande « si notre Priape respire toujours le bon air »), le marquis décide de se rendre à Paris fin janvier.

Il est arrêté dans la capitale le 13 février 1777 et incarcéré au château de Vincennes par lettre de cachet, à l’instigation de sa belle-mère, Madame de Montreuil. Cette mesure lui évite l’exécution, mais l’enferme dans une prison en attendant le bon vouloir du gouvernement et de la famille. Or la famille a maintenant peur de ses excès. Elle a soin de faire casser la condamnation à mort par le parlement de Provence (le marquis profitera de son transfert à Aix pour s’évader une nouvelle fois et se réfugier à Lacoste ; il sera repris au bout de quarante jours), mais sans faire remettre le coupable en liberté.

Treize années de captivité (Vincennes, Bastille, Charenton)[modifier | modifier le code]

Le donjon de Vincennes : Sade y est enfermé en 1777, puis de 1778 à 1784, date de son transfert à la Bastille
A la Bastille, Sade est enfermé, au 2e puis au 6e étage de la tour Liberté (B sur le plan).

« Le plus honnête, le plus franc et le plus délicat des hommes, le plus compatissant, le plus bienfaisant, idolâtre de mes enfants, pour le bonheur desquels je me mettrais au feu (…) Voilà mes vertus. Pour quant à mes vices : impérieux, colère, emporté, extrême en tout, d'un dérèglement d'imagination sur les mœurs qui de la vie n'a eu son pareil, athée jusqu'au fanatisme, en deux mots me voilà, et encore un coup, ou tuez-moi ou prenez-moi comme cela ; car je ne changerai pas »

Tel est le portrait que Sade trace de lui-même, dans une lettre à sa femme de septembre 1783. Et il ajoute :

« Si, comme vous le dites, on met ma liberté au prix du sacrifice de mes principes ou de mes goûts, nous pouvons nous dire un éternel adieu, car je sacrifierais, plutôt qu’eux, mille vies et mille libertés, si je les avais. »

Sade a trente-huit ans. Il restera onze ans enfermé, d'abord au donjon de Vincennes puis à la Bastille où il est transféré le 29 février 1784, le fort de Vincennes devant être désaffecté en tant que prison d'État. À Vincennes, il est « enfermé dans une tour sous dix-neuf portes de fer, recevant le jour par deux petites fenêtres garnies d’une vingtaine de barreaux chacune ». Il devient pour ses geôliers Monsieur le 6, d'après son numéro de cellule (que l'on visite encore aujourd'hui) selon l’usage dans les forteresses royales. À la Bastille, il est enfermé, au 2e puis au 6e étage de la tour Liberté. Chaque tour comporte 4, 5 ou 6 chambres superposées, généralement octogonales, de 6 à 7 mètres de largeur, avec environ 5 mètres sous plafond et une grande fenêtre barrée d'une triple grille. Comme à Vincennes, il devient la Deuxième Liberté[34].

Il a droit à un traitement de faveur, payant une forte pension. Mme de Montreuil, sa famille attendent de lui une conduite assagie pour faire abréger sa détention. Ce sera tout le contraire : altercation avec d’autres prisonniers dont Mirabeau, violences verbales et physiques, menaces, lettres ordurières à sa belle-mère et même à sa femme qui lui est pourtant entièrement dévouée. La présidente de Montreuil ne juge pas possible une libération. En 1785, sa femme écrit : « M. de Sade, c’est toujours la même chose : il ne peut retenir sa plume et cela lui fait un tort incroyable. » « L’effervescence de caractère ne change point » souligne Mme de Montreuil, « un long accès de folie furieuse » note Le Noir, traité dans une lettre de juillet 1783 de « foutu ganache » et de « protecteur-né des bordels de la capitale ».

La libération devenant improbable, la rage s’éternise dans ses lettres de Vincennes et de la Bastille  :

« Depuis que je ne puis plus lire ni écrire (de janvier à juillet 83, Sade perd presque totalement l’usage d’un œil), voilà le cent onzième supplice que j’invente pour elle (sa belle-mère Madame de Montreuil). Ce matin, je la voyais écorchée vive, traînée sur des chardons et jetée ensuite dans une cuve de vinaigre. Et je lui disais : exécrable créature, voilà, pour avoir vendu ton gendre à des bourreaux ! Voilà, pour avoir ruiné et déshonoré ton gendre ! Voilà, pour lui avoir fait perdre les plus belles années de sa vie, quand il ne tenait qu’à toi de le sauver après son jugement[35] ! »

« Ma façon de penser, dites-vous, ne peut être approuvée. Eh, que m'importe ! Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres ! Ma façon de penser est le fruit de mes réflexions; elle tient à mon existence, à mon organisation. Je ne suis pas le maître de la changer ; je le serais, que je ne le ferais pas. Cette façon de penser que vous blâmez fait l'unique consolation de ma vie ; elle allège toutes mes peines en prison et j'y tiens plus qu'à la vie. Ce n'est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c'est celle des autres[36]. »

Ce qui n’exclut pas chez le prisonnier Sade le recours à l’ironie  :

« Si j'avais eu Monsieur le 6 à guérir, je m'y serais pris bien différemment, car au lieu de l'enfermer avec des anthropophages, je l'aurais clôturé avec des filles ; je lui en aurais fourni en si bon nombre que le diable m'emporte si, depuis sept ans qu'il est là, l'huile de la lampe n'était pas consumée ! Quand on a un cheval trop fougueux, on le galope dans les terres labourées ; on ne l'enferme pas à l'écurie.(…) Monsieur le 6, au milieu d'un sérail, serait devenu l'ami des femmes ; uniquement occupé de servir les dames et de satisfaire leurs délicats désirs, Monsieur le 6 aurait sacrifié tous les siens. Et voilà comme, dans le sein du vice, je l'aurais ramené à la vertu[37]! »

Ou lorsque l'administration pénitentiaire lui refuse les Confessions de Jean-Jacques Rousseau :

« Me refuser les Confessions de Jean-Jacques est encore une excellente chose, surtout après m'avoir envoyé Lucrèce et les dialogues de Voltaire ; ça prouve un grand discernement, une judiciaire profonde dans vos directeurs. Hélas ! ils me font bien de l'honneur, de croire qu'un auteur déiste puisse être un mauvais livre pour moi ; je voudrais bien en être encore là. Vous n'êtes pas sublimes dans vos moyens de cure, Messieurs les directeurs ! (…) Ayez le bon sens de comprendre que Rousseau peut être un auteur dangereux pour de lourds bigots de votre espèce, et qu'il devient un excellent livre pour moi. Jean-Jacques est à mon égard ce qu'est pour vous une Imitation de Jésus-Christ. La morale et la religion de Rousseau sont des choses sévères pour moi, et je les lis quand je veux m'édifier (…) Vous avez imaginé faire merveille, je le parierais, en me réduisant à une abstinence atroce sur le péché de la chair. Eh bien, vous vous êtes trompés : vous avez échauffé ma tête, vous m'avez fait former des fantômes qu'il faudra que je réalise [37]. »

Sans oublier des accès de folâtrerie dignes de Molière, ainsi sa réplique à son valet La Jeunesse le 8 octobre 1779  :

« Tu fais l'insolent, mon fils ! Si j'étais là je te rosserais… Comment, vieux jean foutre de singe, visage de chiendent barbouillé de jus de mûre, échalas de la vigne de Noé, arête de la baleine de Jonas, vieille allumette de briquet de bordel, chandelle rance de vingt-quatre à la livre, sangle pourrie du baudet de ma femme, (…) Ah, vieille citrouille confite dans du jus de punaise, troisième corne de la tête du diable, figure de morue allongée comme les deux oreilles d'une huître, savate de maquerelle, linge sale des choses rouges de Milli Printemps (Mlle de Rousset), si je te tenais, comme je t'en frotterais avec ton sale groin de pomme cuite qui ressemble à des marrons qui brûlent, pour t'apprendre à mentir de la sorte. »

L’incarcération l’amène à chercher dans l’imaginaire des compensations à ce que sa situation a de frustrant. Son interminable captivité excite jusqu’à la folie son imagination. Condamné pour débauches outrées, il se lance dans une œuvre littéraire qui s’en prend aux puissances sociales que sont la religion et la morale. « En prison entre un homme, il en sort un écrivain. » note Simone de Beauvoir.

Le 22 octobre 1785, il entreprend la mise au net des brouillons des Cent Vingt Journées de Sodome, sa première grande œuvre, un « gigantesque catalogue de perversions » selon Jean Paulhan. Afin d’éviter la saisie de l’ouvrage, il en recopie le texte d’une écriture minuscule et serrée sur 33 feuillets de 11,5 cm collés bout à bout et formant une bande de 12 m de long, remplie des deux côtés.

Le 2 juillet 1789, « il s’est mis hier à midi à sa fenêtre, et a crié de toutes ses forces, et a été entendu de tout le voisinage et des passants, qu’on égorgeait, qu’on assassinait les prisonniers de la Bastille, et qu’il fallait venir à leur secours » rapporte[38] le marquis de Launay, gouverneur de la Bastille qui obtient le transfert de « cet être que rien ne peut réduire » à Charenton, alors hospice de malades mentaux tenus par les frères de la Charité. On ne lui laisse rien emporter. « Plus de cent louis de meubles, six cents volumes dont quelques-uns fort chers et, ce qui est irréparable, quinze volumes de mes ouvrages manuscrits (…) furent mis sous le scellé du commissaire de la Bastille. » La forteresse ayant été prise, pillée et démolie, Sade ne retrouvera ni le manuscrit, ni les brouillons. La perte d’un tel ouvrage lui fera verser des « larmes de sang ».

Le manuscrit des Cent-Vingt Journées de Sodome
Le rouleau de la Bastille : le manuscrit des Cent-Vingt Journées de Sodome...

Gilbert Lely a reconstitué[39] l'itinéraire du manuscrit des Cent-Vingt Journées de Sodome qui se présente sous la forme d'un rouleau de papier écrit recto verso long de 12,10 m et large de 11,50 cm. Ce manuscrit a été trouvé dans l'ancienne cellule du marquis, parmi ses effets personnels, à la Bastille, par un certain Arnoux de Saint-Maximin, sans doute vers la fin juillet 1789. Il devient la possession de la famille de Villeneuve-Trans qui le conservera pendant trois générations. À la fin du XIXe siècle, il est vendu à Iwan Bloch, un psychiatre berlinois, qui publiera en 1904, sous le pseudonyme d’Eugène Dühren, une première version comportant de nombreuses erreurs de transcription. En 1929, à la mort de Bloch, Maurice Heine, mandaté par le célèbre couple de mécènes Charles et Marie-Laure de Noailles — cette dernière née Bischoffsheim étant une descendante du marquis — rachète le manuscrit et en publie, de 1931 à 1935, une version, qui, en raison de sa qualité, peut être considérée comme la seule qui soit originale. En 1982, le manuscrit est volé de façon mystérieuse à une descendante du vicomte de Noailles, exporté illégalement de France et revendu plus tard, à Genève, au collectionneur de livres rares, principalement érotiques, Gérard Nordmann (1930-1992). Entre temps, en juin 1990, la France estime que le manuscrit a été volé et qu'il doit être restitué à la famille de Noailles. De son côté, en mai 1998, le tribunal fédéral helvétique estime que Nordmann a acquis en toute légalité le document. Il est exposé au public pour la première fois en 2004, à la fondation Martin Bodmer, près de Genève. Le 3 avril 2014, Gérard Lhéritier, président fondateur d'Aristophil et du Musée des lettres et manuscrits, annonce avoir « déboursé au total 7 millions d'euros » pour ce manuscrit, somme dont une partie est censée dédommager au passage les héritiers Noailles : ce document devient l'un des trois manuscrits les plus chers conservés en France. Il est désormais assuré à hauteur de 12 millions d'euros par la compagnie Lloyd's[40].

Sade et la Révolution[modifier | modifier le code]

Sade met sa plume au service de la Section des Piques. Le 2 novembre 1792, il lit son Idée sur le mode de la sanction des lois qui lui vaut les félicitations de ses collègues ; on en décide l’impression et l’envoi aux autres sections.

Rendu à la liberté le 2 avril 1790 par l’abolition des lettres de cachet, Sade s’installe à Paris. Il a cinquante ans. Il est méconnaissable, physiquement marqué par ces treize années. Il a prodigieusement grossi[N 19]. « J’ai acquis, faute d’exercice, une corpulence si énorme qu’à peine puis-je me remuer. » reconnaît-il.

La marquise, réfugiée dans un couvent, demande la séparation de corps et l’obtient. Il fait la connaissance de Marie-Constance Quesnet, « Sensible », une comédienne de 33 ans qui ne le quittera plus jusqu’à sa mort. Les dévergondages de son imagination, il les réserve désormais à son œuvre. Dès que je serai libre, avait-il prévenu en 1782, « ce sera avec une bien grande satisfaction que, me relivrant à mon seul genre, je quitterai les pinceaux de Molière pour ceux de l’Arétin ».

Ses fils émigrent, il ne les suit pas. Il essaie de faire jouer ses pièces sans grand succès. Sa qualité de ci-devant le rend a priori suspect. Il se lance dans le mouvement révolutionnaire et met ses talents d'homme de lettres au service de sa section de la place Vendôme, la section des Piques — à laquelle appartient Robespierre (et les Montreuil ! Sade ne profitera pas de ce retournement de situation pour se venger de sa belle-mère qui l'a fait enfermer à Vincennes et à la Bastille ; bien au contraire, il sauvera ses beaux-parents pendant sa présidence de section[41])

En 1792, « Louis Sade, homme de lettres » est nommé secrétaire, puis en juillet 1793, président de sa section[42]. Le 9 octobre 1793, il prononce le Discours aux mânes de Marat et de Le Peletier lors de la cérémonie organisée en hommage aux deux « martyrs de la liberté ». Entraîné par le succès de ses harangues et de ses pétitions, emporté par sa ferveur athée, il prend des positions extrêmes en matière de déchristianisation, au moment où le mouvement va être désavoué par Robespierre et les sans-culottes les plus radicaux éliminés de la scène (les Hébertistes vont être exécutés le 24 mars).

Le 15 novembre, délégué à la Convention, il est chargé de rédiger et d'y lire, en présence de Robespierre qui déteste l'athéisme et les mascarades antireligieuses, une pétition sur l'abandon des « illusions religieuses » au nom de six sections[43] :

« Législateurs, le règne de la philosophie vient anéantir enfin celui de l'imposture (…) Envoyons la courtisane de Galilée se reposer de la peine qu’elle eut de nous faire croire, pendant dix-huit siècles, qu’une femme peut enfanter sans cesser d’être vierge ! Congédions aussi tous ses acolytes ; ce n’est plus auprès du temple de la Raison que nous pouvons révérer encore des Sulpice ou des Paul, des Magdeleine ou des Catherine…[44] »

Il s'expose imprudemment en cette occasion. « Sa masse considérable était-elle couverte d’une chasuble ? Tient-il la crosse en main ? A-t-il posé la mitre sur ses cheveux presque blancs ? Au moins – c’était pratiquement obligatoire en novembre 93, dans sa position, un bonnet rouge[45]? » se demande Pauvert. Une semaine plus tard, Robespierre répond dans son Discours pour la liberté des cultes prononcé au club des Jacobins : « Nous déjouerons dans leurs marches contre-révolutionnaires ces hommes qui n'ont eu d'autre mérite que celui de se parer d'un zèle anti-religieux… Oui, tous ces hommes faux sont criminels, et nous les punirons malgré leur apparent patriotisme. » Lever écrit  : « Robespierre et Sade ! Le premier, cravaté de roideur vertueuse ne pouvait que mépriser l'adiposité de son collègue de section. Ce prototype du voluptueux lui inspira sûrement, dès la première rencontre, un insupportable dégoût (…) L'antipathie de Robespierre dut se changer en haine après la pétition du 15 novembre[46]. » Le 8 décembre, Sade est incarcéré aux Madelonnettes comme suspect. En janvier 1794, il est transféré aux Carmes, puis à Saint-Lazare. Le 27 mars, Constance Quesnet réussit à le faire transférer à Picpus, dans une maison de santé hébergeant de riches « suspects » incarcérés dans différentes prisons de Paris que l’on faisait passer pour malades, la maison Coignard, voisine et concurrente de la pension Belhomme que Sade qualifie en 1794 de paradis terrestre[47].

Le 26 juillet (8 thermidor) il est condamné à mort par Fouquier-Tinville pour intelligences et correspondances avec les ennemis de la République avec vingt-huit autres accusés. Le lendemain (9 thermidor), l’huissier du Tribunal se transporte dans les diverses maisons d’arrêt de Paris pour les saisir au corps, mais cinq d’entre eux manquent à l’appel, dont Sade. Il est sauvé par la chute de Robespierre et quitte Picpus le 15 octobre. À quoi doit-il d’avoir échappé à la guillotine ? au désordre des dossiers et à l’encombrement des prisons comme le pense Lely, ou aux démarches et aux pots-de-vin de Constance Quesnet qui a des amis[48] au Comité de sûreté générale, comme le croient ses deux plus récents biographes Pauvert et Lever ? On en est réduit aux hypothèses.

« Ma détention nationale, la guillotine sous les yeux, écrit Sade à son homme d’affaires provençal le 21 janvier 1795, m’a fait cent fois plus de mal que ne m’en avaient fait toutes les bastilles imaginables. »

En 1795, il publie Aline et Valcour « par le citoyen S*** » et la Philosophie dans le boudoir suivie de la mention « Ouvrage posthume de l’auteur de Justine ». En 1796, il vend le château de La Coste au député du Vaucluse Rovère. Il voyage en Provence avec Constance Quesnet de mai à septembre 1797 pour essayer de vendre les propriétés qui lui restent mais son nom se trouve par erreur sur la liste des émigrés du Vaucluse, l'administration le confondant avec son fils Louis-Marie qui a émigré[N 20], ce qui place ses biens sous séquestre et le prive de ses principaux revenus. Sa situation s’est considérablement dégradée. Aux abois, couvert de dettes, il doit gagner sa vie.

La production d’ouvrages clandestins pornographiques devient pour Sade une bénéfique ressource financière : en 1799, La Nouvelle Justine suivi de l’Histoire de Juliette, sa sœur, qu’il désavoue farouchement, lui permet de payer ses dettes les plus criardes. Les saisies de l’ouvrage n’interviendront qu’un an après sa sortie, mais déjà, l’étau se resserre. La presse se déchaîne contre lui et persiste à lui attribuer Justine en dépit de ses dénégations.

On lit dans la gazette L'Ami des Lois du 29 août 1799 : « On assure que de Sade est mort. Le nom seul de cet infâme écrivain exhale une odeur cadavéreuse qui tue la vertu et inspire l’horreur : il est auteur de Justine ou les Malheurs de la vertu. Le cœur le plus dépravé, l’esprit le plus dégradé, l’imagination la plus bizarrement obscène ne peuvent rien inventer qui outrage autant la raison, la pudeur, l’humanité. »

Une œuvre emblématique : Justine[modifier | modifier le code]

Certaines figures de fiction ont accompagné leur créateur tout au long de leur vie : comme Faust pour Goethe ou Le Mariage de Figaro pour Beaumarchais, c’est le cas de Justine pour Sade.

En mars 1791, une lettre de Sade à Reinaud, son avocat à Aix, annonce en ces termes la sortie prochaine de Justine : « On imprime actuellement un roman de moi, mais trop immoral pour être envoyé à un homme aussi pieux, aussi décent que vous. J’avais besoin d’argent, mon éditeur me le demandait bien poivré, et je lui ai fait capable d’empester le diable. On l’appelle Justine ou les Malheurs de la vertu. Brûlez-le et ne le lisez point s’il tombe entre vos mains : je le renie. »

Une première version, Les Infortunes de la vertu, est rédigée à la Bastille en 1787. Par étapes successives, l’auteur ajoute de nouveaux épisodes scabreux qu’il fait se succéder les uns aux autres, comme un feuilleton.

Deux volumes en 1791, pas moins de dix volumes illustrés de cent gravures pornographiques en 1799 sous le Directoire, « la plus importante entreprise de librairie pornographique clandestine jamais vue dans le monde » selon Jean-Jacques Pauvert, sous le titre de La Nouvelle Justine ou les malheurs de la vertu, suivie de l’Histoire de Juliette, sa sœur.

Le livre scandalise, mais surtout il fait peur : très vite on sent que la subversion l’emporte sur l’obscénité. C’est pourquoi les contemporains lui refusent ce minimum de tolérance dont bénéficient ordinairement les écrits licencieux. Justine, on la rejette en bloc, sans appel, on voudrait la voir anéantie. L’œuvre marque la naissance de la mythologie sadienne.

Treize ans chez les fous[modifier | modifier le code]

Bonaparte jetant Justine au feu (attribué à P. Cousturier) :
« le livre le plus abominable qu’ait enfanté l’imagination la plus dépravée ».
(Mémorial de Sainte-Hélène, t. II, Gallimard, Pléiade, 1948, p. 540)

Le 6 mars 1801, une descente de police a lieu dans les bureaux de son imprimeur Nicolas Massé. Le Consulat a remplacé le Directoire. Le Premier Consul Bonaparte négocie la réconciliation de la France et de la papauté et prépare la réouverture de Notre-Dame. On est plus chatouilleux sur les questions de morale. Sade est arrêté[49]. Il va être interné, sans jugement, de façon totalement arbitraire, à Sainte-Pélagie. En 1803, son attitude provoque des plaintes qui obligent les autorités à le faire transférer le 14 mars à Bicêtre, la « Bastille de la canaille », séjour trop infamant pour la famille qui obtient le 27 avril un nouveau transfert à l'asile de Charenton comme fou. Comme il jouissait de toutes ses facultés mentales, on invoqua l’obsession sexuelle : « Cet homme incorrigible, écrit le préfet Dubois, est dans un état perpétuel de démence libertine. »

Il reste, dans les Souvenirs de Charles Nodier, un portrait de Sade au moment de son transfert : « Un de ces messieurs se leva de très bonne heure parce qu’il allait être transféré, et qu’il en était prévenu. Je ne remarquai d’abord en lui qu’une obésité énorme, qui gênait assez ses mouvements pour l’empêcher de déployer un reste de grâce et d’élégance dont on retrouvait les traces dans l’ensemble de ses manières et dans son langage. Ses yeux fatigués conservaient cependant je ne sais quoi de brillant et de fin, qui s’y ranimait de temps à autre comme une étincelle expirante sur un charbon éteint[50]. » À Charenton, il jouit de conditions privilégiées. Il occupe une chambre agréable que prolonge une petite bibliothèque, le tout donnant sur la verdure du côté de la Marne. Il se promène dans le parc à volonté, tient table ouverte, reçoit chez lui certains malades ou leur rend visite. Constance Quesnet, se faisant passer pour sa fille naturelle, vient le rejoindre en août 1804 et occupe une chambre voisine. Aussitôt enfermé, et pendant des années, il proteste et s’agite. Il fait l’objet d’une étroite surveillance. Sa chambre est régulièrement visitée par les services de police, chargés de saisir tout manuscrit licencieux qui pourrait s’y trouver. Le 5 juin 1807, la police saisit un manuscrit, Les Journées de Florbelle, « dix volumes d’atrocités, de blasphèmes, de scélératesse, allant au-delà des horreurs de Justine et de Juliette » écrit le préfet Dubois à son ministre Fouché.

Sade sympathise avec le directeur de Charenton, M. de Coulmier. Ce dernier avait toujours cru aux vertus thérapeutiques du spectacle sur les maladies mentales. De son côté, le marquis nourrissait une passion sans bornes pour le théâtre. Il va devenir l’ordonnateur de fêtes qui défrayèrent la chronique de l’époque.

Coulmier fait construire un véritable théâtre. En face de la scène s’élèvent des gradins destinés à recevoir une quarantaine de malades mentaux, choisis parmi les moins agités. Le reste de la salle peut recevoir environ deux cents spectateurs, exclusivement recrutés sur invitation. Très vite, il devient du dernier chic d’être convié aux spectacles de Charenton. La distribution des pièces comporte en général un petit nombre d’aliénés, les autres rôles étant tenus soit par des comédiens professionnels, soit par des amateurs avertis comme M. de Sade ou Marie-Constance Quesnet. Le marquis compose des pièces pour le théâtre et dirige les répétitions[51].

Le médecin-chef, en désaccord avec le directeur, estime que la place de Sade n’est pas à l’hôpital mais « dans une maison de sûreté ou un château fort ». La liberté dont il jouit à Charenton est trop grande. Sade n’est pas fou mais rend fou. La société ne peut espérer le soigner, elle doit le soumettre à « la séquestration la plus sévère ». En 1808, le préfet Dubois ordonne son transfert au fort de Ham. La famille intervient auprès de Fouché qui révoque l’ordre et autorise Sade à demeurer à Charenton.

En 1810, Sade a soixante-dix ans. Mais l’auteur de Justine fait toujours peur aux autorités. Le nouveau ministre de l’Intérieur, le comte de Montalivet, resserre la surveillance : « considérant que le sieur de Sade est atteint de la plus dangereuse des folies ; que ses communications avec les autres habitués de la maison offrent des dangers incalculables ; que ses écrits ne sont pas moins insensés que ses paroles et sa conduite, (…) il sera placé dans un local entièrement séparé, de manière que toute communication lui soit interdite sous quelque prétexte que ce soit. On aura le plus grand soin de lui interdire tout usage de crayons, d’encre, de plumes et de papier. »

On dispose d'une description physique de Sade, âgé de soixante-douze ans, dans les mémoires de Mlle Flore, artiste au théâtre des Variétés : « Il avait une assez belle tête un peu longue, les coins de la bouche retombaient avec un sourire dédaigneux. Ses yeux, petits mais brillants, étaient dissimulés sous une forte arcade qu'ombrageaient d'épais sourcils[52]. »

Obèse et malade, Sade meurt en 1814 d'un « œdème aigu du poumon d'une très probable origine cardiaque »[53]. Quelques années auparavant, il avait demandé dans son testament à ne pas être autopsié et à être enterré non religeusement dans un bois de sa terre de la Malmaison, près d'Épernon :

« … La fosse une fois recouverte, il sera semé dessus des glands, afin que par la suite le terrain de ladite fosse se trouvant regarni, et le taillis se retrouvant fourré comme il l'était auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre, comme je me flatte que ma mémoire s'effacera de l'esprit des hommes. »

Sa terre de la Malmaison étant vendue, il est inhumé dans le cimetière de la maison de Charenton. La fosse est recouverte d’une pierre sur laquelle aucun nom n'est gravé et d'une croix de pierre malgré ses dernières volontés. En 1818, le cimetière est remanié et son corps exhumé[54]. Le docteur Ramon, adjoint de son médecin personnel Doucet, se fait remettre le crâne afin de l'étudier. Le docteur Spurzheim, disciple du médecin Franz Joseph Gall, père de la phrénologie, emprunte le crâne et en fait des moulages par son préparateur Dumoutier, l'un de ces moules étant toujours dans les réserves du musée de l'Homme[55]. Le crâne voyage alors dans plusieurs pays pour illustrer des conférences sur cette pseudo-science qui associe des caractéristiques du crâne d'une personne à son caractère. Depuis, plusieurs crânes attribués au marquis sont réapparus, de nombreuses anecdotes évoquant leurs pouvoirs maléfiques[56].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Justine ou les Malheurs de la vertu, édition originale de 1791, ornée d’un frontispice allégorique de Philippe Chéry représentant la Vertu entre la Luxure et l’Irréligion. Le nom de l’auteur ne figure pas sur la page de titre et le nom de l’éditeur (Girouard à Paris) est remplacé par la mention : « En Hollande, chez les Libraires associés ».

Œuvres anonymes, sous pseudonymes et clandestines[modifier | modifier le code]

Débauché, délinquant, transgressif, subversif, avant même d'être durablement incarcéré, de 1777 à 1790, période où il proclame son ralliement définitif aux Lumières (après 1781, c'est uniquement à cause de sa façon de penser et de sa plume qu'il est maintenu en détention), il ne perd jamais de vue la postérité, ce qui passe expressément par l'impression ; il a toujours été résolument et très tôt un auteur clandestin. De ce point de vue, on peut diviser sa carrière d'auteur, essentiellement clandestine, en quatre périodes : avant 1777, de 1777 à 1790, de 1790 à 1801 et de 1801 à 1814. Ce n'est qu'à la fin de sa vie qu'il publiera quelques ouvrages sous son nom. Ses œuvres pornographiques, uniques, sont des objets de scandale et d'effroi qui sont dès leur parution interdites, et ce jusqu'en 1960. Elles sont à l'origine de la renommée de leur auteur. C'est à cause d'elles qu'il passe les 13 dernières années de sa vie à Charenton. Les recherches considérables, fondamentales, du XXe siècle, qui ont restitué Sade via manuscrits, archives familiales, correspondance, permettent une connaissance déjà très poussée du personnage. Cependant, le chantier de l'impression anonyme et clandestine, pose un problème d'une toute autre nature. On peut même dire inverse. La spécificité de ce problème, c'est précisément le nombre très important de documents disponibles. Rien que pour la période qui embrasse la vie de Sade (1740-1814), c'est au sein d'une masse de dizaines de milliers de documents qu'il faut débusquer un Sade, condamné à l'anonymat par sa détention, qui se cache, ruse, louvoie, et qui cherche sa voie, à s'exprimer par tous les moyens, à se faire connaître. Sade fut essentiellement un auteur anonyme et clandestin. On s'est beaucoup interrogé sur la « manie chiffrale » de Sade. C'est oublier qu'il fut, lui-même toute sa vie, en tant qu'auteur compulsif et clandestin, prisonnier et fruit de cette contradiction, une infatigable machine à signal, à rébus, à clefs, condamné à un perpétuel cache-cache. Dans la liste des obsessions de Sade, il ne faut pas oublier celle-ci : imprimer. Retranché de la société, son nom ostracisé, par la lettre de cachet, trop subversif, transgressif, Lumière radicale (sa référence principale est d'Holbach) Sade a été contraint, de toutes parts, à tous les points de vue, d'être le Clandestin des Lumières. Mais il est déjà certain, en l'état actuel des recherches, qu'il le fut moins qu'on ne le pense, le sait, aujourd'hui, pour ses contemporains.

Avant 1777[modifier | modifier le code]

Le Philosophe soi-disant, sous le pseudonyme de L. P. de Bernowlly (parfois référencé Bernouilly) est une pièce de théâtre publiée et représentée pour la première fois à Bordeaux par les Comédiens Français et Italiens, le 9 octobre 1762[57]. Il y aura trois représentations. C'est le plus ancien imprimé (en in-8° en 1762 ; en in-12° en 1764), connu à ce jour, de Sade[58]. Le Journal de Paris du 8 septembre 1785 annonce une représentation de cette pièce pour le 9 aux Grands Danseurs du Roi. Sade libre depuis le 2 avril 1790, le Sieur de Bernowlly paraît sur la scène parisienne. Cette pièce a été jouée 10 fois au théâtre du Palais Royal entre le 2 octobre 1789 et le 19 juin 1790. Le même théâtre donne 5 fois Le point d'honneur de Lesage entre le 11 décembre 1790 et le 18 février 1791. Les trois premières donnent le nom d'auteur véritable, mais les deux dernières donnent curieusement le pseudonyme de Bernowlly. On connaît également sous ce pseudonyme un opéra bouffon en un acte, Les serruriers par hasard, ou le jaloux pris dans ses filets, avec une musique de M. Valois, et imprimé à Avignon en 1762. Une lettre à son précepteur, le père Amblet, fait allusion à son théâtre clandestin à Bordeaux et également à au moins un érotique imprimé en 1769 aux Pays-Bas (peut-être : L'Académie des Pays-Bas, ou l'école des voluptueux (ouvrage didactique, p. 120, Chez Ignace Beaupoil, 1769 ; l'ouvrage est dédié à une chanoinesse). Le Philosophe soi-disant est également imprimé en 1766 dans le tome II des Contes moraux, un recueil à succès de petits contes anonymes d'auteurs divers, rassemblés et publiés par Jean-François Marmontel[59], à qui la marquise fera lire ce que Sade réussit à faire sortir quand il sera emprisonné, et, la même année, sous un autre pseudonyme qui sévit en Provence, Louis Lesbros de la Versane de Marseille, qui a sa propre bibliographie : au moins 8 textes référencées au XVIIIe siècle, deux comédies, un conte, et diverses brochures, dont L'Esprit de Marivaux (1769)[60], en plus du Philosophe soi-disant original. On relève les 7 autres titres dans Histoire des hommes illustres de la Provence. Seconde partie. Dictionnaire de la Provence et du Comté-Venaissin, dédié à Monseigneur le Maréchal Prince de Beauvau, par une société de gens de lettres (tome IV, Marseille, 1787) : Louis Lesbros de la Versane, de Marseille, a publié l’Esprit de S. Real. Dissertation sur les nourrices. Lettres sur les femmes ; Pensées de l'ami des hommes ? L'Orpheline, comédie en vers et en un acte, 1766 ; Le Philosophe soi-disant, comédie en vers et en trois actes, 1766 ; La Rosière ou le Triomphe de la vertu, comédie héroïque, 1766 ; L'Amour est une bonne chose, conte, 1773 ; quelques romans. Pour ce pseudonyme, Anonymes, pseudonymes et supercheries littéraires de la Provence ancienne et moderne (1878)[61] de Robert Reboul donne : Traité de la garance 1768, Traité des muriers 1769, Les soirées d'un honnête homme (= Pensées de l'ami des hommes ?) en 1770, Caractères des femmes (= Lettres sur les femmes ?) en 1773 ; en 1801 il cosigne Réponse de J. Guillaume Hyde-Neuville (Esprit de S. Real 1765 est cosigné par un certain Didier-Pierre Chicaneau De Neuville).

De 1777 à 1790[modifier | modifier le code]

Sade est libelliste, pamphlétaire, correspondant, anonyme, dans le Journal de Paris[62],[63], essayiste, auteur, anonyme, sous pseudonymes ou clandestin (la différence étant faite d'un point de vue légal, à cette époque) entre 1777 et 1790. Le Journal de Paris apparaît le 01 janvier 1777 et devient le premier imprimé à être quotidien en France. Il est l'organe officiel des Lumières et est à ce titre scruté par la censure, la police et leur lieutenant général, Jean-Charles-Pierre Le Noir (« un homme des Lumières, pragmatique, qui souhaite réformer l’État en douceur », d'après les travaux de Vincent Milliot. Lorsqu'il intervient dans le Journal de Paris, pour rappeler Sade à l'ordre ou autre, il signe Charlemagne, Gros Jean, etc). Incarcéré à Vincennes le 13 février 1777, avant même son transfert à Aix pour la cassation du jugement de l'affaire marseillaise et la courte cavale de l'été 1778, Sade réussit à y faire imprimer ces premiers libelles et à nouer des contacts durables à l'extérieur, y compris avec des imprimeurs — liens qu'il refait fonctionner après sa cavale, de retour à Vincennes en septembre 1778. Sous le très étroit contrôle du lieutenant de police général Le Noir, des limites ont manifestement été convenues entre les deux hommes, ce dernier pouvant surveiller les Lumières, dont son prisonnier le plus encombrant, quasi-quotidiennement, via cette feuille, Sade peut faire imprimer libelles, articles, et un nombre encore indéterminé d'ouvrages. Par exemples, le 26 juillet 1777, no 207 du Journal de Paris, il termine un libelle par " Le Roi impose, je dépense, payera qui pourra ", le 7 novembre 1778, dans le no 311 de l'année, alors qu'il est enfermé à Vincennes, il fait insérer à ses frais, sa proposition de couronnement des tours de Saint-Sulpice, qui, achevées à la vite, allaient être restaurées ; on note dans sa missive une évocation du peintre Charles André van Loo, une mention très récurrente, de sa part. Et le seul portrait connu de Sade est de ce peintre. Ou encore, le 14 juillet 1781, le lendemain de la première visite de la marquise après 4 ans et 5 mois, le marquis apostrophe sa belle-mère dans le Journal. Toutes les publications de Sade pendant cette période, entre autres chez la maison « Esprit », prestigieux imprimeur (entre autres de l'Encyclopédie), sont ainsi a priori contraintes, limitées, contrôlées par Le Noir, avec l'assentiment du censeur royal, Blin de Sainmore. Sade peut écrire, mais sous tutelle. Sade, brimé, qui bout en prison, ne cesse de mettre à rude épreuve les bornes fixées et la patience de Le Noir. Dés 1777, avant même le transfert à Aix, on voit des libellistes, des correspondants, des auteurs, faire comprendre, à Sade et qui le peut, qu'ils savent qui est derrière certains « masques », terme de l'époque pour anonyme et pseudonyme, ce nouveau venu. Le 29 juillet 1777, no 210 du Journal de Paris, un pseudonyme, Bradel père, lui renvoie à la figure l'affaire d'Arcueil sous forme d'allégorie. Aussi étroite soit-elle, c'est grâce à la permissivité de Le Noir que, sans qu'il soit permis que son nom apparaisse, Sade, autant qu'il le peut, entend participer à la vie intellectuelle de son temps. Même si c'est donc sous l'œil attentif de Le Noir, les libelles, articles, à partir de 1777, et les publications qui suivent constituent les premiers pas de Sade membre des Lumières.

En avril 1779, paraît Mon Oisiveté, A Amsterdam, par M. R**, avec l'assentiment explicite du censeur, qui est reproduit, c'est-à-dire de Le Noir. Sade, qui espère encore une libération rapide, s'y montre aussi conciliant que possible. L'ouvrage est réédité a plusieurs reprises (1787, 1791, etc.) sous le titre Considérations philosophiques Sur les mœurs, les plaisirs et les préjugés de la Capitale[N 21].

Daté 1779, en librairie en janvier 1780, paraît Lettres d'un Voyageur Anglois. À Londres et à la suite, en avril 1780, Nouvelles Lettres d'un Voyageur Anglois. À Londres [N 22], par Martin Sherlock, et en juin 1780 Fragment sur Sakespear. Le second vite épuisé est réédité la même année. La page de garde de la seconde édition étant différente de la première : à la place d'une vignette, un chien à droite, on trouve « Chez Esprit, Libraire, Palais Royal, Veuve Duchesne, rue Saint Jacques », suivi en juin 1780 par Fragment sur Shakespear, Tiré des Conseils à un Jeune Poëte; Par M. Sherlock. Traduit de l'italien Par M.D.R., et préfacé par M.D.R[64]. L'accueil critique des premières est encourageant. On lui demande une suite et de prendre part aux très vifs débats du moment sur la musique et la poésie, à travers lesquels se sont les Lumières et les conservateurs qui se déchirent. Sade fournit rapidement la seconde livraison, qui est annoncée dans le Journal de Paris du 24 avril 1780 : Nouvelles Lettres d'un Voyageur Anglois, par M.Sherlock. À Londres[65]. Il est principalement question de musique et de poésie, comme requis. Sade conclut cette seconde livraison ainsi :

« Je dis, si j'écris encore ; j'ai du plaisir à écrire et j'en aurais beaucoup à répondre aux critiques de M. de la Harpe et à faire un fidèle tableau du mérite et des défauts de Shakespear. Mais cela dépend du succès de ce livre. Quoique je ne suis pas jeune, je suis jeune Auteur et je n'ai pas encore de confiance en mon talent. Les premiers efforts que j'ai fait pour plaire au Public ont été reçu avec indulgence : si celui-ci mérite le même accueil, je continuerais d'écrire, mais comme je n'écris que pour la gloire, si je cesse d'intéresser, je jette ma plume[66] »

En mai 1780, paraît chez Knapen Observations critiques et philosophiques, sur le Japon, et les Japonais, anonyme[N 23]. C'est une pseudo-synthèse des connaissances sur le Japon, prétexte à digressions de l'auteur. Les principales sources de l'époque sur le Japon ressortent des Jésuites, chez qui Sade a fait ses études. Sade les cite parfois scrupuleusement, avec titre, auteur et page. Selon Sade, la présence d'espions du Cubo (traduction de l'époque pour le shogun), pouvoir politique, dans la garde du Daïro (l'empereur), pouvoir spirituel, « a pour objet la sûreté de l'état qu'il troublerait, s'il s'avisait de sortir des bornes de l'autorité spirituelle ». On apprend aussi page 90 : « Il [le Japonais] a outre cela un penchant singulier pour une autre espèce de plaisir qu'on ne doit point nommer... », page 118 : « On y voit [sur les grands chemins] aussi grand nombre d'hôtelleries où l'ont est servi avec autant de promptitude que de propreté & d'élégance, elles sont pourvues de bains communs & séparés, de musiciens, de farceurs, de filles de joye & de ganimèdes; cette dernière marchandise n'est nullement décréditée au Japon; il y a même des maisons destinées à l'éducation de ces jeunes victimes d'une passion abominable, ... Les Chinois, leurs rivaux éternels, viennent fréquemment au Japon, pour le plaisir seul de voyager & de profiter des agréments qu'une industrieuse volupté a répandu sur les routes publiques : aussi appelle-t-on communément le Japon le B** de la Chine », page 233 : « Tous les Moines ne jouissent pas du privilège du mariage; on les oblige au célibat; mais ils se dédommagent d'une singulière manière de cette affreuse contrainte », page 236 : « Le Noviciat dans la plupart des Ordres est fort austère, & le silence y est rigoureusement observé pendant ce temps d'épreuve; on exige des Novices une soumission aveugle aux ordres des Supérieurs, ce qui fait voir bien du chemin à ces jeunes gens », page 237 : « On voit au Japon un Ordre de religieuses mendiantes, filles qui font vœu de se rendre utiles aux Voyageurs. Il n'est rien qu'elles ne fassent pour attendrir le coeur de ceux auxquels elles demandent galamment l'aumône. Elles rendent un compte exact de leurs quêtes à la Supérieure qui les gouverne, & lorsque l'âge où la fatigue a terni l'éclat de leurs pieux attraits, elles rentrent dans le cloître pour y remplir les fonctions destinées aux vieilles, et se nourrir dévotement du souvenir de leurs complaisances & de leurs victoires passées », page 239 : « Il est bon d'observer que ceux des Japonais qui choisissent les Monastères pour le théâtre de leurs plaisirs, sont les plus incrédules sur l'article des dogmes & des cérémonies religieuses; s'ils méprisent la croyance populaire, ils en recherchent avidement les voluptueux abus ». Sade relève avec intérêt que les japonais sont passionnés de musique et de spectacles, traitent très bien les animaux, mais que la qualité du papier laisse à désirer — après avoir cité une référence, il commente : « Cette méthode de faire le papier n'est certainement pas aussi simple que la notre, & quelques beaux que soient les papiers Japonais, je préfèrerai toujours pour l'écriture & l'impression ceux qui se fabriquent en Hollande. Il serait à désirer qu'en France on négligeât moins les papiers d'impression; ils sont actuellement de la plus mauvaise qualité ».

En février 1781, paraît CONSEILS d'un Militaire à son Fils[67],[68], par M. le Baron d'A***, longue et bonne critique le 27 mai 1781 dans le no 147 du Journal de Paris. Succès durable, traduction en anglais, nombreuses rééditions en France et à l'étranger. On connaît une édition augmentée en 1802, chez les libraires Dubroca et Rondonneau sous le titre Le guide du jeune militaire.

En juillet 1781, paraît Analyse sur l'Âme des Bêtes. Lettres Philosophiques. Amsterdam. 1781[69], épître dédicatoire signée A.D.M., annoncé le 10 juillet 1781 dans le no 191 du Journal de Paris. La longue critique du Journal est très prudente sur un sujet sensible, dont le titre seul est une provocation[N 24].

En 1783, paraît Voyage d'un Amateur des Arts ou Voyage d'un Amateur des Arts, en Flandre, dans les Pays-Bas, en France, en Savoye, en Italie, en Suisse, fait dans les années 1775-76-77-78;... par « M. de la R***, Ecuy., ancien Capit. d'Inf. au Service de France, &. A Amsterdam, Liège en fait, en 4 volumes de 366, 459, 340 et 266, pages pour un total de 1401 », édité par Jacques-Joseph de Fabry[N 25],[N 26],[70],[N 27],[71]. Ouvrage anonyme, mais pas clandestin. Sade, emprisonné à Vincennes, rassemble tous ses souvenirs de voyage, ceux qui lui en paraissent dignes, et en les documentant, les vérifiant, les étayant, les complétant, a posteriori avec les meilleures sources disponibles de l'époque, l'aide de correspondants, les assemble, les relie entre eux pour faire son Grand Tour et en livrer sa relation. Ce à quoi s'ajoute le travail éditorial, considérable, de De Fabry, qui, bien sûr, se charge de certains articles, comme ceux pour Liège et Spa, par exemple. Partant de Calais, en y abordant de Douvres comme un anglais, le voyageur gagne rapidement Bruxelles, où il est de retour à la fin du quatrième volume. C'est un monumental travail de synthèse, d'érudition, de documentation. Il assume, motive, explique le recours aux références pour sa relation de voyage, genre qui fait alors florès. Avec ses souvenirs français, notamment ceux de la Provence, la plus grosse partie de l'ouvrage, l'incontournable classique de l'exercice, est l'Italie. Sade y a séjourné au moins trois fois. Notamment 3 mois en 1772 dont une dizaine de jours à Venise, avec sa belle-sœur, et de juillet 1775 à juin 1776, lors de sa cavale après la condamnation d'Aix pour l'affaire marseillaise, avec son fidèle valet Carteron. À Florence, il fait connaissance avec le docteur lorrain Barthélemy Mesny, médecin du Grand Duc de Lorraine (Florence est alors possession lorraine), naturaliste émérite (auteur d'ouvrages sur les fossiles, par exemple), avec qui il nouera une sincère amitié. Il devient l'amant d'une des filles de Mesny, Chiara Moldetti. Il se lie aussi avec le jeune docteur Iberti, qui a ses entrées au Saint-Siège. Les demandes de renseignements du marquis, allant des mœurs aux œuvres d'art, vaudront au jeune docteur 4 mois dans les cachots de l'Inquisition. À Naples, Sade fait également connaissance de Cosimo Collini, ancien collaborateur et secrétaire de Voltaire, historiographe et secrétaire particulier du prince électeur Charles-Théodore puis directeur du cabinet d'histoire naturelle de Mannheim (il est le premier à décrire un fossile de ptérosaure). Collini, comme Mesny — bien que les deux hommes ne s'apprécient pas —, est membre de l'académie de Mannheim, tout comme d'Holbach, une référence philosophique majeure de Sade. Sade, sans évoquer de tiers — ligne adoptée pour cette relation — fait une étape notoire, très bien documentée, au palais du prince électeur à Mannheim et salue la libéralité de ce prince. De même, le voyageur prend soin de passer à Genève, référence à Rousseau, et à Fernay, chez Voltaire. C'est l'ouvrage connu le plus aride et austère de Sade. Il s'est voulu « scientifique », selon l'introduction. Il démontre les prodigieuses capacités de synthèse et de travail de Sade. De surcroît donc, il a été considérablement augmenté, corrigé, édité, par De Fabry, relais actif et prosélyte des encyclopédistes, des Lumières, à Liège, centre de propagande de ceux-ci. L'ouvrage y est imprimé par François-Joseph Desoer. Ces deux hommes sont des piliers de la Gazette de Liège. C'est factuellement l'imprimé le plus abouti du vivant de Sade connu à ce jour en termes d'édition et d'impression. Aussi sec qu'un guide, c'en est un, c'est aussi une des nombreuses professions de foi philosophiques de l'auteur. Une des dernières notes manuscrites du Voyage d'Italie, inachevé, publié intégralement d'après manuscrits par Maurice Lever en 1995 (Fayard), avec les vues de Tierce, peintre, et mari d'une autre fille du docteur Mesny, engagé par Sade à Naples, dit : « NOTE. Un voyageur doit peu parler de lui, c'est un défaut où beaucoup tombent, parce qu'alors, s'il parle trop de lui, ce sont ces mémoires qu'il fait, et non ceux des pays qu'il a vu. Il ne doit se permettre de raconter une histoire qui lui est arrivée que lorsqu'elle sert à faire connaître l'esprit ou les mœurs de la nation qu'il parcourt. » C'est effectivement condamner le Voyage d'Italie tel qu'il est connu, où le marquis se laisse aller aux plus scabreuses remarques, digressions, à la plus grande liberté de ton, d'expression. De plus, alors qu'il travaille dessus à Vincennes, de très nombreux ouvrages paraissent sur l'Italie et rendent le sien obsolète avant même son achèvement. Ainsi lit-on dans l'introduction du Voyage d'un Amateur des Arts : « C'est par une suite de ce même principe, que nous nous sommes interdits tous détails étrangers aux beaux Arts. Si nous eussions voulu nous étendre sur l'Histoire, les Mœurs, les Lois, les Coutumes, la Population, le Commerce, &.; des Etats que ce Voyage fait parcourir, les volumes se seraient multipliés sous nos mains ». Le point de vue adopté, les prises de positions, sont détachés, philosophiques. Aussi rebutant soit-il, le Voyage d'un Amateur des Arts s'inscrit pleinement et délibérément dans la perspective élargie qui est clairement celle des Lumières. Cet ouvrage a t-il paru avec l'assentiment tacite de Le Noir, sachant que depuis le 13 juillet 1781 Sade voit régulièrement sa femme ? Eut égard aux innombrables libelles qui paraissent dans le Journal de Paris et aux ouvrages clandestins antérieurs, si besoin était, le très sage Voyage d'un Amateur des Arts, même si le point de vue est on ne peut plus ferme, n'a pas du poser le moindre problème. On note que la seconde édition de Pauline et Belval[N 28], que Sade a corrigé et préfacé pour un tiers, est signée par M. de R***. On comprend parfaitement les intentions et les ambitions de Sade avec son Voyage d'un Amateur des Arts.

En 1784, paraît L'Etourdi, A Lampsaque, un roman épistolaire licencieux clandestin sans indication d'auteur, de deux volumes de 155 et 111 pages[N 29] (L'Etourdi et les huit textes précédents, libres de droit, sont disponibles à la réimpression à l'identique des éditions originales chez différents éditeurs). L'ouvrage sort des presses de François Pion et de son gendre Frédéric Maximilien Hayez, successeur à la mort de Pion le 3 novembre 1783 à Liège. Ils ont acquis le matériel usagé de l'imprimerie privée du Prince de Ligne en juin 1783 et commencent à imprimer en septembre de la même année. Des critères uniquement techniques et typographiques tels que défauts d'usure dans les vignettes, les caractères, la police, permettent de leur attribuer formellement cette impression et confirment la période, Hayez améliorant par la suite la qualité de son matériel et de sa production. L'ouvrage possède une épigraphe sous le titre « Sous de noires couleurs, tel qui peint le plaisir, / Ne le blâmerait pas s'il pouvait en jouir », une épître dédicatoire, une préface de l'éditeur, un avis, une post-face de l'éditeur. À la suite des condamnations d'Apollinaire, « Attribué à Nerciat et, faussement aussi d'ailleurs, au marquis de Sade », dans son édition des œuvres de Nerciat, et dans sa bibliographie de Sade : « On a attribué au marquis de Sade des ouvrages dont il n'est l'auteur et parmi ceux-ci L'Etourdi », la critique a complètement délaissé, oublié, ce roman épistolaire, il est vrai, maladroit, bâclé, mais aussi léger, gai, licencieux, savoureux, où le regard au vitriol de Sade est à l'œuvre, sans parler d'un humour parfois inquiétant, d'intrusions du noir, annoncées dés l'épigraphe, également révélateurs. À la lumière des connaissances actuelles sur Sade, l'attribution, à la simple lecture, très vite, va de soi. On sait grâce à la correspondance, qu'il est beaucoup question d'un projet autobiographique en 1783, il demandera même à voir le lieutenant de police général Le Noir pour trouver un accord à ce sujet. Ensuite, ce n'est plus évoqué dans la correspondance. Écrit en prison, destiné à l'impression clandestine, il reste aussi autobiographique que possible. Il s'agit en effet de Mémoires, surtout amoureuses et/ou sexuelles, choisies et romancées, du héros, du collège jusqu'à son énigmatique retrait du monde dans la ville de B ***. La dernière lettre, Conclusion, est tout sauf légère : c'est la fin de L'Etourdi, celle du roman, et celle du personnage. À la fermeture du fort de Vincennes en 1784, Sade est transféré à la Bastille où il termine en 1785 les 120 Journées. Par exemple, dans la Lettre XVI du tome II, page 84, intitulée La Comédie, le héros monte une troupe en province et fait jouer Le Glorieux de Destouches. Cette pièce a été jouée à La Coste en 1772, et très probablement en 1769 lors de son séjour avec la Beauvoisin. Sa peinture de la magistrature, des robins, du monde comme théâtre où la plupart des acteurs sont mauvais, « de la race à froc », et tant d'autres, le style, sont absolument caractéristiques. Il y a une gravité sous-jacente incompatible avec le genre choisi. Parfois, le charme bien installé disparait brutalement. On reste sans voix, par exemple, quand le héros se propose de consoler de façon singulière une marquise qui vient de perdre un petit garçon de trois mois. Et immédiatement à la suite, séduire la femme d'un robin, qui vient de perdre un serin. Serin qui apparaît dans Analyse de l'Âme des Bêtes, et dans de nombreux libelles, comme une récurrence. On se demande toujours si Sade avait, oui ou non séduit sa belle-mère. On ne dispose d'aucune lettre de l'un à l'autre, fait relevé par tous les spécialistes. Et la dernière aventure de L'Etourdi, tome II, Lettre XX, consiste encore une fois à cocufier un Robin. Il est également traîné en justice par une Première Présidente. C'est enlevé, caustique, jubilatoire, on rit beaucoup, le prisonnier Sade s'est manifestement amusé, distrait, défoulé, divertit, et continue de faire ses gammes, à se chercher. L'Etourdi a beaucoup lu, il raille Platon, Leibniz, etc., et connaît la notion de kairos. Et il imite beaucoup : la galerie de portraits, uniquement féminins ici, rappelle immanquablement un des très grand succès de l'époque, constamment réédité, les Confessions du comte de *** de Charles Pinot Duclos. L'épistolaire, licencieux ou pas, est très en vogue, et des spécialistes de Crébillon fils ont relevé formellement, en les mettant en regard, des paraphrases complètes de certains passages des Heureux Orphelins. Ce qui ne doit pas être les seuls cas dans L'Etourdi, roman à clef (satire, éviter la diffamation, parler de soi, se faire reconnaître par certains lecteurs) manifeste. Les études sur L'Etourdi sont rares, et presque inexistantes depuis les sentences d'Apollinaire. Charles Monselet, en 1882, dans Les Galanteries du XVIIIe siècle, dit que l'auteur est un « audacieux arrangeur ». Durablement enfermé à partir de 1777, plumitif déjà bien avéré, il n'a plus aucun autre dérivatif qu'écrire. Écrivain protéiforme, qui se cherche, se forme, s'essaye à tous les genres, fait feu de tout bois, c'est très exactement ce qu'on voit avec L'Etourdi et les productions antérieures. Roman à clef donc. Le héros se présente au début du premier volume : on apprend qu'il est l'un des fils d'un certain M. de Falton, et on n'en saura pas plus. C'est très tard dans le roman, et l'effet est soigné, qu'on apprend son prénom : Paul-Esprit. Et à partir de la page 63 du tome II jusqu'à la page 80, L'Etourdi qui écrit en 1784, tient absolument à faire savoir, à convaincre, qu'il est l'instigateur d'un minuscule feuilleton, certainement oublié de tous, paru à la fin de l'année 1777 dans le Journal de Paris, Tome II, p. 63 : « Cependant comme il fallait prendre un parti, je me décidai à louer un petit appartement propre & commode, à ne garder qu'un seul domestique, & muni de bons livres, & appelant la philosophie à mon secours, elle m'aida à supporter, avec patience, mon désastre; & à attendre que mes parents eussent arrangé mes affaires. Ce fut alors que dégagé de toute inclination, éloigné de tous désirs, & entièrement détaché de ceux que les passions entrainent après elles, je m'amusai à écrire au Journal de Paris cette lettre qui fit tant de bruit, intrigua toute la ville, & la mit en l'air pour en connaître l'Auteur. Je vais te la retracer, ainsi que celles qu'on y répondit. J'y joindrai également celle où est renfermée l'idée singulière de me mettre en loterie. Idée trouvée si plaisante qu'on en a fait plusieurs comédies (Note de Sade : Voyez l'Amant gros lot, & l'Amour par loterie.) ». C'est effectivement fin 1777, alors que Sade est à Vincennes, que sa famille travaille à la cassation du jugement d'Aix de l'affaire marseillaise, que paraît ledit feuilleton dans le Journal de Paris[N 30]. Et à la suite il reproduit 6 des 8 libelles qui le constituent, ce qui mène à la page 83, la relation de cet épisode s'achevant ainsi, Tome II, p. 83 : « Les monstres furent jusques à m'accuser de vieillesse ! (Note de Sade : Journal de Paris du 24 Janvier 1778.) Les lettres initiales de mon seing étaient encore une énigme dont chacun prétendait avoir trouvé le mot, & je voyais les esprits à la torture pour deviner le sens de six lettres capitales, comme si leur destin y été attaché. Tel est le caractère Français, & particulièrement de ceux qui habitent la Capitale. Il suffit qu'il se fasse, se dise ou s'écrive quelque chose de nouveau pour qu'ils s'en occupent avec ardeur, & comme les esprits sont toujours divisés, chaque parti s'abboie, se mord, se déchire, jusques à ce que la décoration change, & qu'une autre scène les ait mis en mouvement. » On sait que les maisons Esprit et Duchesne, celle-ci encore plus longtemps qu'Esprit, ont imprimé Sade. Et il faut rappeler que Sade a peut être été imprimé par Duchesne avant sa première grande détention : c'est chez Duchesne qu'on trouve, par exemple, les Annalectes sur Marivaux de Lesbros de la Versane, qui est peut-être — cela reste à confirmer — un des pseudonymes de Sade. Ensuite, il passe enfin à autre chose : la lettre suivante, la XV, page 84, est celle intitulée La Comédie. Et pour un étourdi, la Conclusion, Lettre XXI, est singulièrement profonde et mélancolique, tome II, page 110 : « D'ailleurs n'ayant plus ni le goût ni le moyen de paraître dans le monde, comme j'y avais toujours été, je me vis forcé de m'éloigner. Je choisis la ville de B *** [Bastille ?] pour séjour. Et depuis lors j'y suis, comme tu le sais, fixé; partageant mon temps entre les occupations que mon état exige, & des méditations sur les vicissitudes de ce monde qui est un théâtre où chacun joue un rôle, mais peu d'acteurs ont des masques qui emboîtent bien. D'ailleurs presque tous le portent avec tant de négligence qu'avec un peu d'attention on peut remarquer leurs traits naturels. »

De 1790 à 1801[modifier | modifier le code]

Œuvres officielles. Textes politiques. Posthumes[modifier | modifier le code]

  • Œuvres officielles
  • Le Comte Oxtiern ou les Effets du libertinage, représentée au théâtre en 1791 (Théâtre de Molière) et en 1799 (Société dramatique) et publiée signée peu après, en décembre 1799 ou janvier 1800. L'intégralité du théâtre actuellement connu a été publié en 1970 par Jean-Jacques Pauvert[72].
  • Aline et Valcour , roman philosophique épistolaire, publié en 1795, signé.
  • Les Crimes de l'Amour publiée en 1800, signé, recueil de onze nouvelles, composées à la Bastille entre 1787 et 1788, précédées d'un court essai intitulé Idée sur les romans (essai sur le genre romanesque commenté dans l'article Réflexions sur le roman au XVIIIe siècle).
  • La Marquise de Gange, roman historique, officiel sans nom d'auteur en 1813.
  • Textes politiques
  • 1791. Adresse d'un citoyen de Paris, au roi des Français, libelle imprimé dans les jours qui suivent le retour du roi après son arrestation à Varennes.

Nommé secrétaire de la section des Piques, le « citoyen Sade, hommes de lettre » a rédigé pour sa section, en 1792 et 1793, des discours ou des pétitions, on en connait 8 imprimés et 1 qui ne l'a pas été (07/11/93) :

  • 1792, 28 octobre. Section des Piques. Observations présentées à l'Assemblée administrative des hôpitaux. Sade, rédacteur.
  • 1792, 2 novembre. Section des Piques. Idée sur le mode de sanctions des Loix; par un citoyen de cette Section.
  • 1793. Projet de pétition des sections de Paris à la Convention nationale.
  • 1793, juin. Pétition des Sections de Paris à la Convention nationale. Version corrigée et définitive du projet précédent, les deux impressions existent.
  • 1793, 12 juillet. Section des Piques. Extrait des Registres des délibérations de l'Assemblée générale et permanente de la Section des Piques.
  • 1793, 19 juillet. La Section des Piques à ses Frères et Amis de la Société de la Liberté et de l'Égalité, à Saintes, département de la Charente-Inférieure.
  • 1793, 29 septembre. Section des Piques. Discours prononcé à la Fête décernée par la Section des Piques, aux mânes de Marat et de Le Pelletier, par Sade, citoyen de cette Section et membre de la Société populaire.
  • 1793, 7 novembre. Projet tendant à changer le nom des rues de l'arrondissement de la section des Piques. Présenté par Sade à l'assemblée de sa section le 7 novembre 1793 ( Envoyé à l'impression, il ne le sera pas.).
  • 1793, 15 novembre. Pétition de la Section des Piques, aux représentants du peuple français. Sade, rédacteur. Ce 5° jour de la III° décade du 2° mois de la 2° année de la République française, une et indivisible.
  • Œuvres posthumes
  • Le manuscrit inédit du Dialogue entre un prêtre et un moribond, manifeste de l'athéisme irréductible de Sade, rédigé au donjon de Vincennes en 1782, a été découvert et publié en 1926 par Maurice Heine, ainsi que Historiettes, Contes et Fabliaux.
  • Les Cent Vingt Journées de Sodome, manuscrit de 1785 disparu à la prise de la Bastille, retrouvé en 1904 par Iwan Bloch, publié en 1931-1935 par Maurice Heine.
  • Ses dernières œuvres sont deux romans historiques, dont Histoire secrète d'Isabelle de Bavière, reine de France, achevé à Charenton en 1813, dans lequel, s'appuyant sur des documents disparus, d'après lui, lors de la Révolution Française, il soutient la thèse controversée d'une Isabelle machiavélique et criminelle, se livrant aux pires horreurs, et sacrifiant à son inextinguible ambition tout sentiment de vertu et d'honneur. Cet ouvrage et Adélaïde de Brunswick, princesse de Saxe, datée de 1812, ont été publiés en 1953, pour Isabelle, et en 1964, pour Adélaïde, agrémenté d'un avant-propos par Gilbert Lely.

Le manuscrit des Journées de Florbelle ou la Nature dévoilée, rédigé à Charenton, sera saisi par la police en 1807, alors que Sade vient de le terminer, et livré aux flammes après la mort du marquis, sur requête de son fils qui assistera à l'autodafé.

Correspondance, Journal de Charenton[modifier | modifier le code]

Portail au Mascaron, Porte de l'ancien hôtel particulier de Maître Gauffridy, notaire du Marquis de Sade

Porte d'entrée de la maison de maître Gaufridy à AptMazan, Arles) pendant vingt-six ans, a été l’homme de confiance du marquis, de Mme de Sade et de Mme de Montreuil. Ces lettres donnent l’histoire presque journalière de sa famille de 1774 à 1800.

Une autre découverte importante est faite par Gilbert Lely en 1948 dans les archives familiales que le descendant direct du marquis accepte de lui ouvrir au château de Condé-en-Brie : cent soixante-deux lettres du marquis écrites au donjon de Vincennes et dix-sept lettres rédigées à la Bastille, qu’il publiera en trois recueils : L'Aigle, Mademoiselle… (1949), Le Carillon de Vincennes (1953), Monsieur le 6 (1954).

Maurice Lever retrouvera, toujours dans les archives familiales, les lettres du marquis et de sa jeune belle-sœur, Anne-Prospère de Launay, chanoinesse bénédictine, échangées pendant leur liaison. Il les publiera en 2005 sous le titre Je jure à M. le marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à lui…

Enfin, Alice M. Laborde a entrepris, de 1991 à 2007 à Genève, la publication d’une correspondance générale du marquis de Sade en vingt-sept volumes.

Georges Daumas a publié en 1970 des fragments — le reste ayant été saisi et détruit — du Journal écrit par le marquis à l’asile de Charenton. Retrouvés par le comte Xavier de Sade dans les archives familiales, ils couvrent la période du 5 juin 1807 au 26 août 1808 et du 18 juillet au 30 novembre 1814, l’avant-veille de sa mort. Ils sont difficiles à comprendre, le marquis n’écrivant que pour lui et avec précaution, par allusions pour la plupart très difficiles à élucider. La graphie est souvent abrégée, volontiers incorrecte, hâtive, négligée. L’intimité découverte est triste : « argent, mensonges, querelles, illusions puériles, le tout assaisonné par un érotisme pauvrement prolongé, dans un tout petit univers clos, terne et étouffant[73]. » On y découvre la dernière aventure érotique du marquis avec Madeleine Leclerc qui semble avoir été la fille d'une employée de l'hospice de Charenton, probablement apprentie dans la couture ou le blanchissage. Georges Daumas fixe « grâce à l'extraordinaire manie chiffrale du marquis » au 15 novembre 1812 la première visite de la jeune fille dans sa chambre et vers le 15 mai 1813 leurs premières relations intimes. Le marquis a alors soixante-treize ans et sa partenaire seize. Il l'aurait, d'après « une note marginale du manuscrit fort discrète », remarquée à douze[74].

Postérité[modifier | modifier le code]

De Sade au sadisme[modifier | modifier le code]

Sade disparu, son patronyme, synonyme d’infamie, entre assez vite dans le langage commun comme substantif et adjectif. Le néologisme « sadisme » apparaît dès 1834 dans le Dictionnaire universel de Boiste comme « aberration épouvantable de la débauche : système monstrueux et antisocial qui révolte la nature. »

« Voilà un nom que tout le monde sait et que personne ne prononce ; la main tremble en l’écrivant, et quand on le prononce les oreilles vous tintent d’un son lugubre » peut-on lire dans un dictionnaire de 1857[N 31] à l’article Sade. « Non seulement cet homme prêche l’orgie, mais il prêche le vol, le parricide, le sacrilège, la profanation des tombeaux, l’infanticide, toutes les horreurs. Il a prévu et inventé des crimes que le code pénal n’a pas prévus ; il a imaginé des tortures que l’Inquisition n’a pas devinées. »

C’est Krafft-Ebing, médecin allemand, qui donne, à la fin du XIXe siècle, un statut scientifique au concept de sadisme, comme antonyme de masochisme pour désigner une perversion sexuelle dans laquelle la satisfaction est liée à la souffrance ou à l’humiliation infligée à autrui.

Auteur clandestin[modifier | modifier le code]

Illustration pour Aline et Valcour. Une jeune Bohémienne est torturée par l'Inquisition en Espagne.

L'œuvre de Sade restera interdite pendant un siècle et demi. En 1957 encore, dans le procès Sade, Jean-Jacques Pauvert, éditeur de Justine, défendu par Maurice Garçon avec comme témoins Georges Bataille, Jean Cocteau et Jean Paulhan, sera condamné par la chambre correctionnelle de Paris « à la confiscation et la destruction des ouvrages saisis ».

Mais des éditions circulent sous le manteau, surtout à partir du Second Empire, époque des premières rééditions clandestines, destinées à un public averti et élitiste. « Génération après génération, la révolte des jeunes écrivains du XIXe et du XXe siècle se nourrit de la fiction sadienne » écrit Michel Delon dans son introduction aux Œuvres de la Pléiade.

Sainte-Beuve en avertit les abonnés de La Revue des deux Mondes en 1843 : « J’oserai affirmer, sans crainte d’être démenti, que Byron et de Sade (je demande pardon du rapprochement) ont peut-être été les deux plus grands inspirateurs de nos modernes, l’un affiché et visible, l’autre clandestin – pas trop clandestin. En lisant certains de nos romanciers en vogue, si vous voulez le fond du coffre, l’escalier secret de l’alcôve, ne perdez jamais cette dernière clé. »

Flaubert est un grand lecteur de Sade. « Arrive. Je t’attends. Je m’arrangerai pour procurer à mes hôtes un de Sade complet ! Il y en aura des volumes sur les tables de nuit ! » écrit-il à Théophile Gautier le 30 mai 1857.

Les Goncourt notent dans leur Journal :
« C’est étonnant, ce de Sade, on le trouve à tous les bouts de Flaubert comme un horizon (10 avril 1860)… Causeries sur de Sade, auquel revient toujours, comme fasciné, l’esprit de Flaubert : « c’est le dernier mot du catholicisme, dit-il. Je m’explique : c’est l’esprit de l’Inquisition, l’esprit de torture, l’esprit de l’Église du Moyen Âge, l’horreur de la nature (20 janvier 1860)… Visite de Flaubert. – Il y a vraiment chez Flaubert une obsession de Sade. Il va jusqu’à dire, dans ses plus beaux paradoxes, qu’il est le dernier mot du catholicisme (9 avril 1861). »

Baudelaire écrit dans Projets et notes diverses : « II faut toujours en revenir à de Sade, c'est-à-dire à l'Homme Naturel, pour expliquer le mal. » Les Fleurs du mal suggère ce quatrain à Verlaine :

  Je compare ces vers étranges
  Aux étranges vers que ferait
  Un marquis de Sade discret
  Qui saurait la langue des anges

Dans À Rebours, Huysmans consacre plusieurs pages au sadisme, « ce bâtard du catholicisme ».

Réhabilitation[modifier | modifier le code]

Le tournant a lieu au début du XXe siècle, période où s’amorce un processus de libération des corps et des sexes et où l’érotisme se manifeste en littérature par des catalogues d’ « art érotique » et des traités d’éducation sexuelle. Sade suscite l'intérêt des scientifiques et des romanciers en raison du caractère précurseur de sa démarche.

Un psychiatre allemand Iwan Bloch, sous le pseudonyme d’Eugen Dühren, publie en 1901, simultanément à Berlin et à Paris, Le Marquis de Sade et son temps, et en 1904 le rouleau retrouvé des Cent Vingt Journées de Sodome. Il fait de l’œuvre sadienne un document exemplaire sur les perversions sexuelles, « un objet de l’histoire et de la civilisation autant que de la science médicale » tout en rapprochant les excès sadiens de la dégénérescence française du temps.

Article de Paul Éluard dans le numéro 8 du 1er décembre 1926 de La Révolution surréaliste : « D.A.F. de Sade, écrivain fantastique et révolutionnaire ».

Apollinaire est le premier à faire paraître, en 1909, une anthologie, en choisissant des textes sadiens très prudents et en insistant sur les réflexions morales et politiques plutôt que sur les éléments scabreux. En même temps, à l’image d’un débauché capable des pires excès et au cas pathologique qui intrigue la science médicale, il substitue un portrait psychologique, à dimension humaine, où sont valorisés le savoir immense et le courage de « l’esprit le plus libre qui ait jamais existé », d’un homme non « abominable », trop longtemps nié alors qu’« il pourrait bien dominer le XXe siècle ».

À la suite d’Apollinaire, les surréalistes, se réclamant d’une logique de liberté et de frénésie, intègrent Sade, « prisonnier de tous les régimes » dans leur Panthéon. Sa présence est extraordinaire dans toutes leurs activités depuis le début. C’est Desnos qui écrit en 1923 : « Toutes nos aspirations actuelles ont été essentiellement formulées par Sade quand, le premier, il donna la vie sexuelle intégrale comme base à la vie sensible et intelligente » (De l’érotisme). C’est André Breton disant : « Sade est surréaliste dans le sadisme. » C’est Éluard en 1926 reconnaissant : « Trois hommes ont aidé ma pensée à se libérer d’elle-même : le marquis de Sade, le comte de Lautréamont et André Breton ». Pour les surréalistes, Sade est un révolutionnaire et un anarchiste. Ses discours politiques — pourtant en partie opportunistes et de circonstance — font de lui un philosophe apôtre de la liberté et de la Révolution[75].

La légende d'abus sexuels qu'il aurait subi pendant sa jeunesse ou le fait qu'il écrivit surtout en prison où il était privé de sexualité ont été utilisés pour expliquer qu'il a sublimé son énergie sexuelle en écrivant des romans qui n'ont rien à voir avec sa pratique[76].

Le portrait imaginaire de Man Ray (1938), profil sculpté dans les pierres de la Bastille sur fond de Révolution en marche, symbolise cette vision que tout le XIXe siècle et une grande partie du XXe siècle, jusqu’au graffiti de mai 68, « Sadiques de tous les pays, popularisez les luttes du divin marquis », se sont plu à répandre.

Mais Sade est l’écrivain de tous les paradoxes : après la Seconde Guerre mondiale et la découverte des camps de concentration, on le fait passer sans transition du communisme au nazisme :
« Que Sade n’ait pas été personnellement un terroriste, que son œuvre ait une valeur humaine profonde, n’empêcheront pas tous ceux qui ont donné une adhésion plus ou moins grande aux thèses du marquis de devoir envisager, sans hypocrisie, la réalité des camps d’extermination avec leurs horreurs non plus enfermées dans la tête d’un homme, mais pratiquées par des milliers de fanatiques. Les charniers complètent les philosophies, si désagréable que cela puisse être » ; écrit Raymond Queneau dans Bâtons, chiffres et lettres (1965), tandis que Simone de Beauvoir se demande : « Faut-il brûler Sade ? »

En 1946, le Comte Xavier de Sade, propriétaire du château de Condé, rouvre la bibliothèque de son ancêtre qui était murée dans les greniers du château familial pour protéger toute la correspondance du marquis des deux guerres mondiales[77]. Après-guerre sont publiés sur la pensée sadienne, souvent par des philosophes, des textes qui font date : Sade mon prochain de Pierre Klossowski paraît en 1947, Lautréamont et Sade de Maurice Blanchot en 1949, La littérature et le mal, Faut-il brûler Sade ? (article de Simone de Beauvoir paru en 1955 dans Les Temps Modernes et parle chez le marquis d'une cérébralité lumineusement écrite[78]), puis « Sade, l’homme souverain » dans L’Érotisme, de Georges Bataille en 1957. Les écrits de Sade sont censurés jusqu'en 1957 pour délit d'outrage à la morale publique et religieuse, ou aux bonnes mœurs, l'éditeur Jean-Jacques Pauvert est condamné aux dépens le 12 mars 1958 pour la publication de certaines œuvres de Sade, mais la Cour d'appel de Paris ne lui reproche plus qu'une réédition offerte « à tout venant », confirmant la « saisie des livres » mais « ordonne que ces livres seront versés à la Bibliothèque nationale »[79]. Dans les années 1960, Sade devient, aux yeux de nombreux intellectuels français, un opérateur majeur de la « transgression »[80] . Michel Foucault souligne et théorise l’importance de la figure de Sade dans l’ Histoire de la folie (1961), Les Mots et les choses (1966) et la « Présentation des Œuvres complètes de Bataille » (1970). Jacques Lacan publie Kant avec Sade en 1963. « La pensée de Sade » fait l’objet d’un numéro spécial de la revue Tel Quel, datée de l’hiver 1967 où figurent des textes de Philippe Sollers (« Sade dans le texte »), de Pierre Klossowski (« Sade ou le philosophe scélérat »), de Roland Barthes (« L’arbre du crime »), d’Hubert Damisch (« L’écriture sans mesure »).

Roland Barthes écrit en 1971 Sade, Fourier, Loyola et, dans La chambre claire (1980), il éclaire l’expérience du modèle photographique par le texte sadien. Sollers se fait l’auteur, en 1989, d’une œuvre apocryphe de Sade intitulée Contre l’Être suprême, pamphlet politique et philosophique.

La dernière étape vers la reconnaissance de Sade est sans doute représentée par l’entrée de ses récits dans la Bibliothèque de la Pléiade en 1990[77].

En 2014, dans le cadre du bicentenaire de la mort du marquis célébré par ses descendants, une exposition lui est consacrée au Musée d'Orsay[81].

Grands éditeurs et biographes[modifier | modifier le code]

En 1929, Paul Bourdin est le premier à publier – avec une introduction, des annales et des notes – l’importante Correspondance inédite du marquis de Sade, de ses proches et de ses familiers, conservée par le notaire d'Apt Gaufridy, régisseur des biens des Sade en Provence pendant vingt-six ans et homme de confiance du marquis, de Mme de Sade et de Mme de Montreuil. Sans ces lettres, aujourd’hui disparues, dont les vers commençaient à faire « de la dentelle » et qui donnent l’histoire presque journalière de sa famille depuis le début de 1774 jusqu’en 1800, les grandes biographies de Sade n’auraient pu être aussi complètes.

Maurice Heine (1884-1940), un compagnon de route des surréalistes, dévoue sa vie à la connaissance et à l’édition de Sade. Il publie en 1931 la première transcription rigoureuse des Cent Vingt Journées en 360 exemplaires « aux dépens des bibliophiles souscripteurs ». Auparavant, il découvre et publie en 1926 le Dialogue d’un prêtre et d’un moribond, composé par Sade à la prison de Vincennes, et les Historiettes, Contes et fabliaux, ainsi que la première version de Justine, les Infortunes de la vertu (1930). Il exhume les procédures d’Arcueil et de Marseille. En 1933, il donne une nouvelle anthologie, toujours réservée à des amateurs.

Château de Condé-en-Brie.

Gilbert Lely (1904-1985), qui compose une œuvre poétique personnelle, reprend la mission d’éditeur et de biographe de Maurice Heine. Il entreprend la première grande biographie de référence, La Vie du marquis de Sade, sans cesse parfaite et complétée de 1948 à 1982, quatrième et dernière version publiée de son vivant. Dans les archives du château de Condé-en-Brie que le comte Xavier de Sade (descendant direct à la 4e génération du Marquis de Sade[82]) accepte de lui ouvrir en 1948, il découvre – dans deux caisses, fermées depuis 1815 d’un cordon rouge – la correspondance écrite au donjon de Vincennes et à la Bastille, des œuvres de jeunesse, deux romans, des pièces de théâtre.

Jean-Jacques Pauvert (1926-2014) est le premier éditeur à publier l’œuvre intégrale de Sade, sous son nom d'éditeur Jean-Jacques Pauvert. Il encourt la prison. Il a vingt-et-un ans, mais prend le risque et publie, de 1947 à 1949, l’Histoire de Juliette. Accusé de démoraliser la jeunesse, traîné en justice, suspendu de ses droits civiques, mais défendu par Me Maurice Garçon, expert des lois sur la censure, il achève néanmoins son entreprise en 1955 et gagne en 1957 ses procès en appel. En 1958, le tribunal déclare que « Sade est un écrivain digne de ce nom ». En 1986, Jean-Jacques Pauvert met en chantier une nouvelle biographie avec les trois volumes de Sade vivant (1986-1990).

Maurice Lever (1935-2006), après d’importantes découvertes dans les archives familiales entièrement mises à sa disposition (citons en particulier les révélations sur la vie du comte de Sade), publie en 1991 la troisième grande biographie du marquis de Sade, puis une édition de ses Papiers de famille (1993 et 1995), son Voyage d'Italie (1995) et des lettres inédites échangées par le marquis et sa belle-sœur Anne-Prospère de Launey, chanoinesse séculière chez les bénédictines, Je jure à M. le marquis de Sade, mon amant, de n’être jamais qu’à lui… (2005).

Prix Sade[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prix Sade.

Le prix Sade est un prix littéraire français créé en 2001, en hommage au Marquis. Les jurés ont pour ambition de récompenser chaque année « un authentique libéral qui sera parvenu, par delà les vicissitudes de la Révolution et l'emprise de l'ordre moral, à défaire les carcans de la littérature comme ceux de la politique ».

Descendants du marquis de Sade[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maison de Sade.

Le titre de marquis ayant été abandonné à sa mort, les descendants du marquis de Sade portent le titre de comte[83].

Donatien Alphonse François de Sade, comte dit marquis de Sade (1740-1814) x 1763 Renée-Pélagie Cordier de Montreuil (es) (1741-1810), dont[84] :

 |
 |---- Louis-Marie (1768-1809), historien. Sans postérité. 
 |---- Madeleine-Laure (1771-1844) Sans postérité.
 |---- Claude-Armand, comte de Sade (1769-1847) x 1808 Laure de Sade (1772-1849), voir plus haut
              |
              |----Renée (1809-1820). Sans postérité.
              |----Laure-Émilie (1810-1875) x 1839 Louis de Graindorge d’Orgeville, baron du Mesnildurand (1814-1889)
              |     Dont postérité.                                                                                                           
              |----Gabrielle (1814-1875) Sans postérité.
              |----Alphonse-Ignace, comte de Sade (1812-1890) x 1842 Henriette-Anne de Cholet (1817-1895)
              |                    |
              |                    |---  Laure (1843-1893) x 1870 Eugène, vicomte de Raincourt (1839-1906) Dont postérité.
              |                    |---  Hugues, comte de Sade (1845-1925) x 1877 Augustine Elisabeth Marguerite Janson de Couët (1856-1915)
              |                                       |
              |                                       |---Edith (1878-1882) Sans postérité
              |                                       |---Yvonne (1880-1941) x 1904 Henri, vicomte d’Argent de Deux-Fontaines (1875-1955)
              |                                       |     Dont postérité                                       
              |                                       |--- Elzéar (1885-1914), mort pour la France. Sans postérité.
              |                                       |--- Bernard (1891-1933) x 1918 Jeanne de Sarrazin (1897-1987) 
              |                                                    |
              |                                                    |---- Gilberte de Sade
              |                                                    |---- Elzéar de Sade
              |                                                    |---- Xavier de Sade x Rose-Marie Meslay 
              |                                                                  |---- Elzéar de Sade x Aude de Sinety
              |                                                                             |---- Enguerrand de Sade
              |                                                                             |---- Émilie de Sade
              |                                                                             |---- Adélaide de Sade                                                                                                                                                                                                              
              |                                                                  |---- Hugues de Sade
              |                                                                  |---- Marie-Laure de Sade
              |                                                                  |---- Marie-Aigline de Sade
              |                                                                  |---- Thibault de Sade
              |                                                    |---- Laure de Sade
              |                                                    |---- Etiennette de Sade
              |                                                    |---- Raoul de Sade 
              |                                                          Dont postérité, souche des de Sade actuels.
              |
              |----Comte Auguste de Sade (1815-1868) x Germaine de Maussion (1818-1876)
                                   |
                                   |---- Valentine (1847-1922) x 1864 Pierre Laurens, baron de Waru (1837-1914). 
                                   |       Dont postérité.
                                   |---- Laure (1859-1936), x 1879 Comte Adhéaume de Chevigné (1847-1911), dont
                                                  |
                                                  |--- Marie-Thérèse de Chevigné x  Maurice Bischoffsheim (1875-1904)
                                                                         |
                                                                         |--- Marie-Laure de Noailles

Sade philosophe[modifier | modifier le code]

Sade s’est toujours proclamé philosophe : « Je suis philosophe, tous ceux qui me connaissent ne doutent pas que j’en fasse gloire et profession ». Jean Deprun[85], dans son article d’introduction aux Œuvres du marquis dans la Pléiade[86] pose la question « Sade fut-il philosophe ? » pour répondre par l’affirmative : « Sade est philosophe au sens polémique du mot. Philosophe ne veut pas dire ici confrère posthume de Platon ou de Descartes, mais adepte des Lumières. »

Sade est résolument un homme des Lumières et son matérialisme a toujours procédé des Lumières les plus radicales. Les « dissertations » (le mot est de lui) philosophiques qu’il fait alterner avec les scènes de ses romans sont le plus souvent des emprunts directs — parfois de plusieurs pages — aux philosophes matérialistes des Lumières : d’Holbach, La Mettrie, Diderot[N 32].

Cependant, et c'est tout le problème de Sade, il en a lui-même parfaitement conscience, on relève trois importantes déviances dans sa pornographie, et développées par les personnages qu'il met en scène dans celles-ci, par rapport aux principes des Lumières dont il est lui-même un des plus fermes représentants : « l’isolisme[87]», l’homme désirant, chez Sade, est un solitaire ; autrui n’est pour lui qu’une proie, un moyen de plaisir ou, au mieux, un complice, « l’intensivisme », il faut pour que le plaisir soit complet que le choc soit le plus violent possible, tout est bon quand il est excessif, et « l’antiphysisme », la nature est mauvaise et la seule façon de la servir est de suivre son exemple, la nature ne dispose que d’éléments en nombre fini, le meurtre, la destruction sous toutes ses formes lui permettent non seulement de multiplier, mais de renouveler ses productions. Sade est tout entier ce nœud gordien. Lumière radicale, il est aussi un homme hanté par une sexualité où règne le mal. C'est ainsi qu'on peut lire dans une œuvre non-pornographique l'exact contraire de ce qu'on peut lire dans une œuvre pornographique. Exemple; dans sa pornographie on voit ses libertins développer avec une effrayante et implacable logique " l'antiphysisme ", ailleurs il ne cesse de dire, à propos des passions, " comme si la nature se mêlait de tout cela ". Après son ralliement complet aux Lumières (1777), il cesse d'être un délinquant pour devenir un écrivain. Penseur rigoureux, total, il attend, exige, que la philosophie pense tout. Avec Sade, le nouvel horizon que viennent d'élaborer les Lumières, est déjà caduque, immédiatement renvoyé à ses carences. Il faudra bien un jour penser le mal et " l'infracassable noyau de nuit " (A. Breton) " de l'inconnu sexuel " (J.J. Pauvert), qui parfois se chevauchent, et même fusionnent chez Sade. C'est là qu'il attend le philosophe ou autre, d'un pied qu'on ne vit jamais aussi ferme ici.

Positions sur la religion[modifier | modifier le code]

L'athéisme est un thème récurrent dans les écrits de Sade, ses personnages niant avec vigueur l'existence de Dieu autant qu'ils contestent la morale chrétienne. Le Dialogue entre un prêtre et un moribond tourne tout entier autour de la réfutation de l'existence de Dieu. L'athéisme exprimé dans ce texte est encore raisonné et serein, mais il se radicalise dans les œuvres postérieures, devenant de plus en plus virulent et extrême[88]. Sade lui-même se dit « athée jusqu'au fanatisme »[89]. Réclamant à Mme de Sade un livre de d’Holbach, il se déclare « sectateur jusqu’au martyre, s’il le fallait » de l’athéisme qui y est exposé[90]. En tant que secrétaire de la section des Piques, il écrit, signe de son nom et lit devant la Convention nationale le texte d'une pétition sur l'abandon des « illusions religieuses », réclamant notamment que les lieux de cultes soient transformés en temples dédiés aux « vertus » et que « l'emblème d'une vertu morale soit placé dans chaque église sur le même autel où des vœux inutiles s'offraient à des fantômes »[91].

Sade est généralement cité comme l'un des athées les plus virulents parmi les auteurs de la littérature française[92], et l'apôtre d'une pensée matérialiste issue du contexte intellectuel du XVIIIe siècle[93],[94],[95],[96]. Maurice Blanchot estime que « l'athéisme fut sa conviction essentielle, sa passion, la mesure de sa liberté »[97]. Gilbert Lely juge que l'athéisme de Sade englobe « une égale et furieuse réprobation de tout ce qui représente à ses yeux une entrave à la liberté native de l'homme, qu'il s'agisse d'une tyrannie d'ordre religieux, politique ou intellectuel »[98].

Pierre Klossowski a émis dans l'ouvrage Sade mon prochain (paru en 1947) une thèse sur l'athéisme de Sade, qu'il juge paradoxal, estimant qu'on ne peut blasphémer - ce que Sade, via ses personnages, fait avec constance - contre un Dieu que l'on estime par ailleurs inexistant. Klossowski postule que Sade prend « le masque de l'athéisme pour combattre l'athéisme »[99]. Cette interprétation suscite alors des polémiques : l'écrivain surréaliste Guy Ducornet publie le pamphlet Surréalisme et athéisme : « à la niche les glapisseurs de dieu! », dans lequel il s'en prend notamment à Sade mon prochain[100]. Albert Camus reprend par la suite l'argument de Klossowski, jugeant que « devant la fureur du sacrilège », on hésite à croire à l'athéisme de Sade, malgré ce que ce dernier croit et affirme[101]. Simone de Beauvoir écrit, dans Faut-il brûler Sade : « Malgré l'intérêt de l'étude de Klossowski, j'estime qu'il trahit Sade quand il prend son refus passionné de Dieu pour l'aveu d'un besoin[102] ». Klossowski lui-même finit par renoncer à sa lecture, et l'indique dans une réédition de Sade mon prochain[103]. L'universitaire Laurent Jenny juge que l'hypothèse de Klosskowski sur une « stratégie littéraire », que Sade aurait suivie en jouant l'athéisme, est difficile à concilier avec le texte rédigé pour la section des Piques ; il reconnaît néanmoins à Klossowski le mérite d'avoir « problématisé » l'athéisme de Sade[100].

Les écrits de Sade laissent entendre qu'il ne considérait les insultes envers Dieu, être selon lui inexistant, que sous l'angle de l'excitation qu'elles pouvaient apporter. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, qui rapporte cette interprétation, souligne cependant : « Dans quelle mesure les blasphèmes sont réellement compatibles avec l’athéisme. Ce sont des insultes. Or pour être cohérentes elles impliquent forcément deux conditions préalables : l’existence et l’importance de ce qui est insulté. Le problème est que Sade athée nie l’un et l’autre. Il passe donc son temps à s’adresser à des êtres qui n’existent pas, à profaner des chimères auxquelles soi-disant, il n’accorde pas la moindre considération. Ce paradoxe célèbre intrigue depuis toujours les commentateurs»[104]. Le même auteur note que « l’athéisme de Sade est complexe et que ses rapports avec la religion sont ambivalents» : connaisseur des textes religieux, Sade semble avoir reconnu à la religion un rôle social, la rejetant en constatant qu'elle échouait à faire le bonheur des hommes[105]. Selon une autre interprétation, la virulence du blasphème et de l'athéisme sadiens viendraient de ce que Sade reproche à Dieu de ne pas exister : l'inexistence même de Dieu est alors perçue comme cause de l'injustice, dont Sade lui-même se juge victime[106].

Autour de Sade[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Représentation imaginaire du marquis de Sade prisonnier (XIXe siècle).

Au théâtre[modifier | modifier le code]

  • Charles Méré, Le Marquis de Sade, 1921
  • Peter Weiss, Marat-Sade (Die Verfolgung und Ermordung Jean Paul Marats dargestellt durch die Schauspielgruppe des Hospizes zu Charenton unter Anleitung des Herrn de Sade), 1963

    Les malades de l'hospice de Charenton jouent, sous la direction du marquis de Sade et sous le regard vigilant de Coulmier, directeur et premier spectateur, une pièce sur la Révolution française et la mort de Marat. Celui qui joue Marat est un paranoïaque retenu dans sa baignoire pour un traitement hydrothérapique, Charlotte Corday est une hypotonique se comportant en somnanbule, Duperret est un érotomane, Roux un fanatique de la politique…

  • Yukio Mishima (1925-1970), Madame de Sade, 1969, adaptaté en français par André Pieyre de Mandiargues en 1976

    « Sade vu à travers le regard des femmes » comme l'écrit l'auteur : dans le salon de Mme de Montreuil, six femmes - l'épouse, sa sœur, sa mère, une amie d'enfance, une courtisane et la domestique - sont réunies par trois fois, entre 1772 et 1790, pour évoquer le marquis de Sade emprisonné.

  • Michèle Fabien, Notre Sade, Bruxelles, Éditions Didascalies, 1985 Prix Triennal de Littérature Dramatique 1987 - Belgique
  • Enzo Cormann, Sade, concert d'enfers, 1989

    Enzo Cormann fait éclater Sade en plusieurs personnages, joués par des acteurs d'âge différent : le jeune libertin dans le contexte de la dégénérescence d'une fin de règne monarchique, le prisonnier de la Bastille qui se découvre écrivain, le dramaturge dépassé par la folie révolutionnaire, l'interné à l'asile de Charenton qui porte un regard amer sur sa propre vie.

En littérature[modifier | modifier le code]

  • Anonyme, Le Marquis de Sade, ses aventures, ses œuvres, Paris, Fayard, 1885. Feuilleton originellement publié dans L'Omnibus
  • Rachilde, La Marquise de Sade, 1887, réédition, Paris, Gallimard, 1996
  • Serge Bramly, Sade, la Terreur dans le boudoir, Paris, Grasset, 2000
  • Jacques Chessex, Le Dernier Crâne de M. de Sade, Paris, Grasset, 2010
  • Jean-Claude Hauc, La postérité de Sade, Paris, Edilivre, 2012
  • João César Monteiro, Une Semaine dans une autre ville, Journal Parisien, Paris, Éditions La Barque, 2012. Textes, Correspondances, Note d'intention de Monteiro à propos de son projet (avorté) de porter à l'écran La Philosophie dans le boudoir.
  • Guillaume Apollinaire, L'oeuvre du Marquis de Sade, une anthologie, 1909, réédition, Cannes, Alliage Editions, 2014

En livre animé[modifier | modifier le code]

  • Frank Secka, Sade Up, Rodez, Les Éditions du Rouergue, 21 septembre 2011

En bande dessinée[modifier | modifier le code]

Les œuvres du Marquis de Sade ont été plusieurs fois adaptées en bande dessinée, souvent dans les genres érotique ou pornographique. Juliette de Sade est paru en deux albums (1979 et 1983, scénario de Francis Leroi, dessins de Philippe Cavell) aux Éditions Dominique Leroy[107]. Guido Crepax a publié une adaptation de Justine, parue en France en 1980 aux Éditions du Square[108]. Les 120 journées de Sodome (dessins et scénario de Da Silva) est paru en 1990 chez Magic Strip[109]. La série britannique Les Malheurs de Janice (quatre albums parus en France chez IPM, scénario et dessin d'Erich von Götha) s'inspire nettement de l'univers du Marquis de Sade, sans l'adapter directement[110].

Le Marquis de Sade lui-même a été le personnage principal d'une série de bande dessinée italienne en petit format, intitulée De Sade, qui le mettait en scène dans des situations aventureuses pimentées d'érotisme. Publiée dans les années 1970 par Ediperiodici, cette série est inédite en France[111]. Il est l'un des personnages de la série de comic Les Invisibles, de Grant Morrison. Sade est le protagoniste d'un album intitulé Sade : l'aigle, mademoiselle (scénario de Jean Dufaux, dessins de Griffo), paru en 1991 chez Glénat[112]. Le Marquis joue aussi un petit rôle dans la bande dessinée Petit Miracle de Valérie Mangin et toujours dessiné par Griffo et édité par Soleil Productions.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500), à l'entrée sade, donne comme étymologie à ce nom propre les définitions suivantes : agréable, doux, sapide.
  2. Louis rappelant sa parenté avec le roi, Donatien étant celui de son parrain et grand-père maternel, Donatien de Maillé.
  3. Le certificat de noblesse délivré à Donatien en 1754 par le généalogiste officiel Clairambault pour lui permettre d’entrer à l’école, extrêmement fermée, des chevau-légers de la garde qualifie le postulant de : « fils de Messire Jean-Baptiste-François de Sade, appelé (c’est nous qui soulignons) le comte de Sade, chevalier, seigneur de Mazan », etc.
  4. Le prince de Condé se remarie en 1728 avec une jolie princesse allemande âgée de quinze ans. Il en a quarante. « Il a tant usé des hommes et des femmes », observe Mathieu Marais dans son Journal, qu’il est tombé dans la nullité. On prétend que son mariage n’a pas été consommé. » Jaloux, le prince tient son épouse sous bonne garde. Le comte de Sade commence à courtiser en 1733 la jeune princesse dont il va devenir l’amant. Il fait le récit de son aventure dans un fragment autobiographique découvert en 1990 par Maurice Lever dans les archives du comte conservées par son fils et ses descendants : « (…) Mlle de Carman étant à marier, j’imaginai que la princesse me saurait gré si je me présentais pour l’épouser, et qu’étant logé dans la maison et mari d’une personne pour qui elle avait l’amitié la plus vive, il me serait aisé de m’insinuer dans son cœur. (…) Mon mariage m’avait donné beaucoup de familiarité. À tout moment j’entrais chez elle. Le cœur de cette princesse était désœuvré, elle eût sans doute trouvé des hommes qui lui auraient plu plus que moi, mais elle n’avait pas la liberté de les voir. Tout lui persuada que je l’aimais, et elle n’hésita à se rendre que pour me faire valoir sa défaite. J’avais gagné sa femme de garde-robe qui me faisait entrer par une porte qui était au bas de mon escalier. (…) ».
  5. Le château présentait, selon Maurice Heine en 1930, un double aspect : du côté du plateau, une fortification massive, interrompue au milieu du XVe siècle, dans le style des kraks des chevaliers au Proche-Orient, du côté opposé de l’éperon, d’étroites terrasses en escalier surplombant une pente raide. Les sous-sols ont dû impressionner le jeune Sade. « Vastes, profonds, véritable forteresse de ténèbres assise et parfois creusée dans le roc (…) un cachot voûté, défendu par une double porte de chêne à judas grillagé. N’est-on pas déjà au château de Roland ? », s’exclame Maurice Heine.
  6. « Parjure ! Ingrate ! que sont devenus ces sentiments de m’aimer toute ta vie ? Qui t’oblige à rompre de toi-même les nœuds qui pour jamais allaient nous unir ? (…) J’obtiens le consentement de mes parents ; mon père, les larmes aux yeux, ne me demande pour toute grâce que de venir faire le mariage à Avignon. Je pars ; Mais que deviens-je quand j’apprends qu’inspirée par un généreux transport, tu te jettes aux genoux de ton père pour lui demander de ne plus penser à ce mariage, et que tu ne veux pas entrer de force dans une famille… Vain motif, dicté par la perfidie, fourbe, ingrate ! Tu craignais d’être réunie à quelqu’un qui t’adorait. C’est de quitter Paris qui t’effrayait ; mon amour ne te suffisait pas. (…) Prends garde à l’inconstance ; je ne la mérite pas. Je t’avoue que je serais furieux, et il n’y aurait pas d’horreurs où je ne me portasse. La petite histoire de la c… doit t’engager un peu à me ménager. Je t’avoue que je ne le cacherai pas à mon rival, et ce ne serait pas la dernière confidence que je lui ferais. Il n’y aurait, je te jure, sortes d’horreurs auxquelles je ne me livrasse… ».
  7. Il a occupé cette charge de 1743 à 1754.
  8. Extraits de la déposition faite le 19 octobre 1763 devant un commissaire au Châtelet par une fille galante, Jeanne Testard, ouvrière en éventails :

    « … il lui a d'abord demandé si elle avait de la religion, et si elle croyait en Dieu, en Jésus-Christ et en la Vierge ; à quoi elle a fait réponse qu'elle y croyait ; à quoi le particulier a répliqué par des injures et des blasphèmes horribles, en disant qu'il n'y avait point de Dieu, qu'il en avait fait l'épreuve, qu'il s'était manualisé jusqu'à pollution dans un calice qu'il avait eu pendant deux heures à sa disposition dans une chapelle, que J.-C. était un J… f… et la Vierge une B… Il a ajouté qu'il avait eu commerce avec une fille avec laquelle il avait été communier, qu'il avait pris les deux hosties, les avait mises dans la partie de cette fille, et qu'il l'avait vu charnellement, en disant : « Si tu es Dieu, venge toi » ; qu'ensuite il a proposé à la comparante de passer dans une pièce attenant lad. chambre en la prévenant qu'elle allait voir quelque chose d'extraordinaire ; qu'en y entrant elle a été frappée d'étonnement en voyant quatre poignées de verges et cinq martinets qui étaient suspendus à la muraille, et trois Christs d'ivoire sur leurs croix, deux autres Christs en estampes, attachés et disposés sur les murs avec un grand nombre de dessins et d'estampes représentant des nudités et des figures de la plus grande indécence ; que lui ayant fait examiner ces différents objets, il lui a dit qu'il fallait qu'elle le fouettât avec le martinet de fer après l'avoir fait rougir au feu, et qu'il la fouetterait ensuite avec celui des autres martinets qu'elle voudrait choisir ; qu'après cela, il a détaché deux des Christs d'ivoire, un desquels il a foulé aux pieds, et s'est manualisé sur l'autre jusqu'à pollution ; (…) qu'il a même voulu exiger de la comparante qu'elle prît un lavement et le rendit sur le Christ ; (…) que pendant la nuit que la comparante a passée avec lui, il lui a fait voir et lui a lu plusieurs pièces de vers remplies d'impiétés et totalement contraires à la religion ; (…) qu'il a poussé l'impiété jusqu'à obliger la comparante à lui promettre qu'elle irait le trouver dimanche prochain pour se rendre ensemble à la paroisse de Saint-Médard y communier et prendre ensuite les deux hosties, dont il se propose de brûler l'une et de se servir de l'autre pour faire les mêmes impiétés et les profanations qu'il dit avoir faites avec la fille dont il lui avait parlé… »

    .
  9. Veuve d'un pâtissier, elle a été congédiée de son atelier de filage un mois plus tôt et est contrainte de mendier.
  10. «Un certain comte de Sade, neveu de l’abbé auteur de Pétrarque, rencontra, le mardi de Pâques, une femme grande et bien faite, âgée de trente ans, qui lui demanda l’aumône ; il lui fit beaucoup de questions, lui marqua de l’intérêt, lui proposa de la tirer de sa misère, et de la faire concierge d’une petite maison qu’il a auprès de Paris. Cette femme l’accepta. Il lui dit d’y venir le lendemain matin l’y trouver; elle y fut; il la conduisit d’abord dans toutes les chambres de la maison, dans tous les coins et recoins, et puis il la mena dans le grenier; arrivés là, il s’enferma avec elle, lui ordonna de se mettre toute nue; elle résista à cette proposition, se jeta à ses pieds, lui dit qu’elle était une honnête femme; il lui montra un pistolet qu’il tira de sa poche, et lui dit d’obéir, ce qu’elle fit sur-le-champ; alors il lui lia les mains et la fustigea cruellement; quand elle fut tout en sang, il tira un pot d’onguent de sa poche, en pansa les plaies, et la laissa; je ne sais s’il la fit boire et manger, mais il ne la revit que le lendemain matin; il examina ses plaies, et vit que l’onguent avait fait l’effet qu’il en attendait; alors il prit un canif, et lui déchiqueta tout le corps; il prit ensuite le même onguent, en couvrit toutes les blessures et s’en alla. Cette femme désespérée se démena de façon qu’elle rompit ses liens, et se jeta par la fenêtre qui donnait sur la rue; on ne dit point qu’elle se soit blessée en tombant; tout le peuple s’attroupa autour d’elle; le lieutenant de police a été informé de ce fait; on a arrêté M. de Sade; il est, dit-on, dans le château de Saumur; l’on ne sait pas ce que deviendra cette affaire, et si l’on se bornera à cette punition, ce qui pourrait bien être, parce qu’il appartient à des gens assez considérables et en crédit; on dit que le motif de cette exécrable action était de faire l’expérience de son onguent.».
  11. Elles se composent de :
    • la seigneurie de La Coste, un ancien fief de la maison de Simiane passé dans la famille du marquis en 1627. Le seigneur y avait haute, basse et moyenne justice. Trois petits domaines entouraient le château ;
    • le château et les dépendances de Saumane loués à vie par le comte de Sade à son frère l’abbé d’Ébreuil ;
    • le château de Mazan, en copropriété avec la famille de Causans, en terre du pape. Sade y fera pour cette raison de fréquents séjours après l’affaire de Marseille. C’était une grande bâtisse entourée de jardins et d’un fruitier. Les biens de Mazan comprenaient en outre des prairies et des chènevières ;
    • le Mas-de-Cabanes, au terroir d’Arles, en Camargue, le bien qui rapportait le plus au marquis;
    • Toutes ces terres donnaient, bon an mal an, dix-huit à vingt mille livres. Tous les châteaux étaient meublés.
  12. La lettre suivante écrite de Vincennes en janvier 1782 le laisse supposer :

    « Dès que je serai libre (…) ce sera avec une bien vive satisfaction que me relivrant à mon seul génie, je quitterai les pinceaux de Molière pour ceux de l'Arétin. Les premiers ne m'ont valu qu'un peu de vent dans la capitale de Guyenne ; les seconds ont payé six mois mes menus plaisirs dans une des premières villes du royaume, et m'ont fait voyager deux mois en Hollande sans y dépenser un sol du mien. Quelle différence ! »

    .
  13. Une chanoinesse séculière ne prononce pas de vœux et demeure donc libre de se marier et de rentrer dans le monde.
  14. Cette lettre extraordinaire de Mlle de Launay (signée avec du sang), conservée par Sade, transmise à ses descendants, a été découverte et publiée en 2006 par Maurice Lever avec trois autres lettres inédites de la jeune chanoinesse. Voici la suite du début de cette fameuse lettre : « […] de ne jamais ni ne me marier, ni me donner à d’autres, de lui être fidèlement attachée, tant que le sang dont je me sers pour sceller ce serment coulera dans mes veines. Je lui fais le sacrifice de ma vie, de mon amour et de mes sentiments, avec la même ardeur que je lui ai fait celui de ma virginité. […] ».
  15. Il est aussi sensible aux gourmandises provençales si l’on en croit le long mémoire, établi par le sieur Légier, confiseur, retrouvé par Paul Bourdin, qui détaille les articles qu’il a livrés au château en 1772 : « pommades en bâtons et en pots, amandes et pâtes d’amandes, sucre raffiné et cassonade, pralines et azeroles au sucre, coings, chinois, gelées et marmelades, oranges de Portugal et fleurs d’orange, biscuits et vermichelly, moutarde et poivre blanc, eau de lavande et savonettes, colle forte et pierre d’indigo. ».
  16. Mémoires secrets de Bachaumont daté du 25 juillet 1772 :
    « On écrit de Marseille que M. le comte de Sade, qui fit tant de bruit en 1768, pour les folles horreurs auxquelles il s’était porté contre une fille, vient de fournir dans cette ville un spectacle d’abord très plaisant, mais effroyable par les suites. Il a donné un bal, où il avait invité beaucoup de monde, et dans le dessert il avait glissé des pastilles au chocolat, si excellentes que quantité de gens en ont dévoré ; mais il y avait amalgamé des mouches cantharides. On connaît la vertu de ce médicament : elle s’est trouvé telle, que tous ceux qui en avaient mangé, brûlant d’une ardeur impudique, se sont livrés à tous les excès auxquels porte la fureur la plus amoureuse. Le bal a dégénéré en une de ces assemblées licencieuses réputées parmi les Romains ; les femmes les plus sages n’ont pu résister à la rage utérine qui les travaillait. C’est ainsi que M. de Sade a joui de sa belle-sœur, avec laquelle il s’est enfui, pour se soustraire au supplice qu’il mérite. Plusieurs personnes sont mortes des excès auxquelles elles se sont livrées dans leur priapisme effroyable, et d’autres sont encore très incommodées. ».
  17. Lettre du marquis à Gaufridy novembre ou décembre 1774:
    « Nous vous attendons donc mardi, mon cher avocat(…) Je vous prie de vouloir bien venir de bonne heure, au moins pour dîner, c’est-à-dire à trois heures ; vous m’obligerez d’observer cette même coutume toutes les fois que vous viendrez nous voir cet hiver. En voici la raison : nous sommes décidés, par mille raisons, à voir très peu de monde cet hiver. Il en résulte que je passe la soirée dans mon cabinet et que Madame avec ses femmes s’occupent dans une chambre voisine jusqu’à l’heure du coucher, moyen en quoi, à l’entrée de la nuit, le château se trouve irrémissiblement fermé, feux éteints, plus de cuisine et souvent plus de provisions. Conséquemment c’est vraiment nous déranger que de ne pas arriver pour l’heure du dîner. Nous vous connaissons trop honnête pour ne pas vous soumettre à cette petite gêne, que nous chercherons d’autant moins à reformer en votre faveur qu’elle nous fait gagner deux ou trois heures de plus du plaisir d’être avec vous.».
  18. Nanon - Antoinette Sablonnière - est chambrière au château; elle a 24 ans et accouche en mai d'une fille dont la rumeur attribue la paternité au marquis (« elle passait le plat quand les petites filles avaient apporté les épices » dit Bourdin). Elle fait scandale, menace sans doute. Les Sade demandent à Mme de Montreuil une lettre de cachet pour la chambrière qui se retrouve en juillet 1775 à la maison de force d'Arles. Sa petite fille, confiée à une nourrice enceinte de quatre mois meurt fin juillet (enceinte, la nourrice a manqué de lait), sans qu'on ose l'apprendre à Nanon qui ne sera remise en liberté qu'en février 1778 après avoir promis de ne plus parler du passé.
  19. Même emprisonné, Sade n’oublia jamais d’être exigeant pour ses douceurs. Gilbert Lély a publié une lettre du Marquis, datée de 1781, dans laquelle il se laissait aller à quelques critiques sur les provisions de la quinzaine que lui faisait parvenir la dévouée Renée Pélagie. Le passage sur le biscuit de Savoie vaut d’être connu dans son intégralité : « Le biscuit de Savoie n’est pas un mot de ce que je demandais :
    1 - Je le voulais glacé tout autour, dessus et dessous, de la même glace de celle des petits biscuits.
    2 - Je voulais qu’il fût en chocolat en dedans et il n’y en avait pas le plus petit soupçon, ils l’ont bruni avec du jus d’herbes, mais il n’y a pas ce qui s’appelle le plus léger soupçon de chocolat. Au premier envoi je te prie de me le faire faire et de tacher que quelqu’un de confiance leur voit mettre le chocolat dedans. Il faut que les biscuits le sentent, comme si on mordait dans une tablette de chocolat. Au premier envoi donc un biscuit comme je viens de te dire, six ordinaires, six glacés et deux petits pots de beurre de Bretagne, mais bons et bien choisis. Je crois qu’il y a un magasin pour cela à Paris comme celui de Provence pour l’huile »
    . Après quelques années d’incarcération et de ce régime, Sade perdit la grâce et l’élégance qui avaient fait sa réputation autour du Luberon. En 1790, il ironisa sur son apparence de bon gros curé de campagne et Renée, elle-même, subit, à son tour, cette influence gourmande, puisque de mince – sinon maigre – dans les premières années de son mariage, elle devint obèse.
  20. Le quiproquo était lié à l'utilisation par Sade dans des actes officiels du prénom de Louis qui lui était destiné mais qu'il n'avait pas reçu à la suite d'une erreur de domestiques le jour de son baptême.
  21. Lire en ligne : Mon Oisiveté
  22. Lire en ligne : Lettres suivies des Nouvelles Lettres
  23. Lire en ligne : Observations critiques et philosophiques, sur le Japon, et les Japonais
  24. Lire en ligne : Analyse sur l'Âme des Bêtes
  25. Biographie de Jacques-Joseph de Fabry.
  26. Lire en ligne : lire en ligne
  27. Lire en ligne : lire en ligne
  28. Celle de 1812, la première de l'An VI, 1797-98, est sans indication d'auteur.
  29. Lire en ligne : L'Etourdi, A Lampsaque Tome I et Tome II
  30. Journal de Paris, dans les feuilles du 18, 19, 21, 26 octobre, 05 novembre, 19, 24 décembre 1777 et 24 janvier 1778
  31. Dictionnaire de la conversation et de la lecture – Inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables à tous – par une société de savants et de gens de lettres – sous la direction de M.W. Duckett, tome XV, 1857. L’article est de Jules Janin qui ajoute :
    « Les livres du marquis de Sade ont tué plus d’enfants que n’en pourraient tuer vingt maréchaux de Rais ; ils en tuent chaque jour, ils en tueront encore, ils en tueront l’âme aussi bien que le corps ; et puis le maréchal de Rais a payé ses crimes de sa vie : il a péri par les mains du bourreau, son corps a été livré au feu, et ses cendres ont été jetées au vent ; quelle puissance pourrait jeter au feu tous les livres du marquis de Sade ? Voilà ce que personne ne saurait faire, ce sont là des livres, et par conséquent des crimes qui ne périront pas. ».
  32. Tous les emprunts de Sade sont recensés dans les notes de l’édition de ses œuvres dans la bibliothèque de la Pléiade.
  33. Dans cet essai, l'auteur montre la parenté entre le Don Juan amateur de femmes et le Don Juan luciférien s'opposant à Dieu et à la nature, dont Sade est l'un des exemples les plus typiques.
  34. Au cours d'un débat antagoniste entre Freud et Einstein, Freud subit expérimentalement un transfert "négatif" qui le renvoie dans le boudoir du Marquis de Sade.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Seules quelques descriptions physiques ont été retrouvées dans des rapports d'hôpitaux, de procès et dans des lettres.
  2. Source d'autorité : Michel Delon, notice sur Sade, Archives de France, en ligne.
  3. Pauvert 1990, p. 339.
  4. L'encyclopédie Larousse intitule sa notice Donatien Alphonse François, comte de Sade, dit le Marquis de Sade Encyclopédie Larousse en ligne.
  5. Gilbert Lély, Vie du marquis de Sade, Cercle du livre précieux,‎ 1965, p. 29-33
  6. Lever 1991, p. 48.
  7. Lély, op. cité, p. 41
  8. Hervé Aliquot, La chronique d'Avignon, Aubanel, 1990, p. 80.
  9. Voici le passage de la lettre à Madame de Sade de janvier 1784 :

    « Au reste, madame, à présent que voilà votre fils aîné une espèce de personnage dans le monde, je dois vous prévenir que mon intention est de suivre l'usage établi dans toutes les familles, où le chef prend le titre de comte, et laisse celui de marquis à son fils aîné. Je ne ferai d'ailleurs, relativement à moi, que ce que le Roi veut sans doute que je fasse, puisque je n'ai pas un seul brevet, ni de ma charge, ni de mes emplois, pas une seule lettre de princes ou de ministres qui ne me soit adressé sous ce titre. Je vous dis cela afin que vous y accoutumiez le public qui, une différente habitude prise, changerait difficilement après ses idées. »

    .
  10. Lever 1991, p. 23-44.
    Les informations, inédites jusque-là, sur la vie du père du marquis, sont le résultat des recherches de Maurice Lever dans les archives familiales mises à sa disposition par MM. Xavier et Thibault de Sade.
  11. Aline et Valcour, dans « la Pléiade », t. I, p. 403.
  12. Lettre de Voltaire à l'abbé de Sade de fin mai 1733.
  13. Henri Fauville, La Coste – Sade en Provence, Édisud, Aix-en-Provence, 1984.
  14. La nomination de Sade au grade de capitaine, en date du 21 avril 1759, a été retrouvée par Henri d'Alméras en 1906 (voir bibliographie) dans les archives de l'Armée. Le document précise que Sade a été fait sous-lieutenant dans le régiment d'infanterie du Roy le 15 décembre 1757, cornette dans la Brigade de carabiniers de Saint-André le 1er avril 1758. Le prix acquitté est de 10 000 livres.
  15. Note retrouvée par Mathias Pauvert en 1986 sur les états de service de Sade aux archives de l'Armée. Citée par Pauvert 1986, p. 53.
  16. Lettre du comte de Sade à sœur Gabrielle Laure du 19 avril 1763 (Papiers de famille, sous la direction de Maurice Lever, Fayard, 1995, t. II).
  17. Lettre du marquis de Sade à Mademoiselle de L… datée d’Avignon le 6 avril 1763 (reproduite intégralement dans Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, Cercle du livre précieux, 1962, tome 1, p. 68-71 et citée par Lever 1991, p. 112-113).
  18. Lettre du comte de Sade à son frère l'abbé de Sade du 17 mars 1763 (Papiers de famille, sous la direction de Maurice Lever, Fayard, 1995, t. II).
  19. C'est ainsi qu'on appelle ordinairement Madame de Montreuil. Marie Madeleine Masson de Plissay, de petite noblesse de robe elle-aussi, a épousé en 1740 Claude-René Cordier de Montreuil.
  20. Lettre du comte de Sade à sa sœur Gabrielle Laure du 19 avril 1763. L'orthographe est respectée.
  21. « 29 octobre 1763. Détention de Sade pour éjaculation sur un crucifix et autres blasphèmes », sur Le Point.fr,‎ 29 octobre 2012
  22. Lettre de 1765.
  23. Lély, op. cité, p. 103
  24. Les journaux des inspecteurs ont été trouvés à la Révolution dans les cassettes de Louis XV, ils ont été publiés en 1863, expurgés car trop de familles importantes se sentaient encore visées, puis de 1906 à 1914 en cinq volumes (Pauvert 1989, p. 133).
  25. a, b et c La maison de Sade
  26. Jean Desbordes, Le vrai visage du Marquis de Sade, Éditions de la Nouvelle revue critique,‎ 1939, p. 28
  27. Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade. De la naissance à l'évasion de Miolans, 1740-1773, Gallimard,‎ 1952, p. 311
  28. Les étranges amours du marquis de Sade, Omnibus,‎ 2013, p. 17
  29. Michel Delon, Sophie Bogaert, Les vies de Sade : Sade en son temps ; Sade après Sade, Textuel,‎ 2007, p. 157
  30. Quatrième lettre inédite de Mlle de Launay découverte et publiée par Maurice Lever (Je jure au marquis de Sade, mon amant, de n'être jamais qu'à lui…, Paris, Fayard, 2006).
  31. Lettre de Madame de Sade du 19 mars à Ripert, régisseur de Mazan, dont le frère est curé. (Pauvert 1986, p. 341).
  32. Paul Bourdin, Correspondance inédite du Marquis de Sade, Librairie de France, 1929, année 1775, p. 18-19.
  33. Gothon, « le plus beau c… qui fût échappé des montagnes de Suisse depuis plus d'un siècle » dit le marquis, est « fille d'un huguenot suisse, concierge et factoton, qui en sait long sur son maître et qui le sert en toutes choses sans se desservir » (Paul Bourdin).
  34. Jean-Jacques Brochier, Donatien-Alphonse-François, marquis de Sade : un classique du XXe siècle, Cercle du Livre Précieux,‎ 1967, p. 23
  35. Lettre à Madame de Sade de février 1783.
  36. Lettre à Madame de Sade, début novembre 1783.
  37. a et b Lettre à Madame de Sade du 25 juin 1783.
  38. Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, Pauvert, 1965, p. 398.
  39. Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, Pauvert, 1965, p. 439.
  40. D'après Sophie Pujas in Le Point hors-série Les Maîtres-penseurs « Le Mystère Sade », n° 16, oct-nov. 2014, p. 46-47.
  41. « J'ai fait passer, pendant ma présidence, les Montreuil à une liste épuratoire. Si j'avais dit un mot, ils étaient malmenés. Je me suis tu ; voilà comme je me venge », écrit-il à Gaufridy le 3 août 1793. Certes, Sade n'a pas intérêt à voir ses beaux-parents déclarés « suspects ». D'une part, cela pourrait être dangereux pour lui et d'autre part, ce sont les Montreuil qui entretiennent sa femme et ses enfants.
  42. « Apprenez que me voilà encore monté en grade, que je suis président de ma section, et qu'hier, le papa Montreuil étant à l'assemblée, je l'avais sous ma couleuvrine. » (lettre à Gaufridy du 23 juillet 1793).
  43. Lever 1991, p. 509.
  44. Pétition de la Section des Piques aux représentants du peuple français sur Wikisource.
  45. Pauvert 1990, p. 135.
  46. Lever 1991, p. 523.
  47. Lettre à Gaufridy de novembre 1794 citée par Pauvert 1990, p. 141.
  48. Sur les relations de « Sensible » à la Convention et au Comité de sûreté générale, voir Pauvert 1990, p. 140 et p. 159.
  49. Léo Campion, Le Drapeau noir, l'Équerre et le Compas : les Maillons libertaires de la Chaîne d'Union, Éditions Alternative libertaire, 2002, texte intégral.
  50. Charles Nodier, Portraits de la Révolution et de l’Empire , Tallandier, 1988, p. 235.
  51. Lever 1991, p. 608.
  52. La Bastille ou « l'enfer des vivants », Bibliothèque nationale de France, 2010, p. 131.
  53. Philippe Charlier, Médecin des morts : Récits de paléopathologie, Fayard,‎ 2006, p. 302
  54. Ce cimetière n'existe plus. Le conservateur du cimetière actuel raconte que, « selon la tradition », il se trouve en bas de la pente de l’actuel cimetière, en face de l’église, emplacement où se trouve désormais une crèche.
  55. Pierre Huard, Mirko Dražen Grmek, Sciences, médecine, pharmacie : de la Révolution à l'Empire (1789-1815), Les Éditions Roger Dacosta,‎ 1970, p. 278
  56. Lever 1991, p. 658.
  57. « Le philosophe soi-disant : comédie en trois actes et en vers ; représentée pour la premiere fois à Bordeaux par les Comédiens Français & Italiens, le 9 Octobre 1762 / par le Sieur De Bernowlly », sur warwick.ac.uk (consulté le 24 avril 2014)
  58. « Notice bibliographique de Le Philosophe soi-disant », sur bnf.fr (consulté le 27 mars 2014)
  59. Donatien Alphonse François de Sade, Contes Moraux, vol. 2 : Le Philosophe soi-disant : 2, Merlin,‎ 1766 (lire en ligne)
  60. Marivaux, L'Esprit, ou Annalectes de ses ouvrages, précéd. de la vie de l'auteur, Paris, Veuves Pierres, 1769 ; Paris, Veuve Duchesne, 1769 ; L'esprit de Monsieur de Marivaux, Paris, Costard, 1774)
  61. Robert Reboul, Anonymes, pseudonymes et supercheries littéraires de la Provence ancienne et moderne, Marseille, 1878 (OCLC 750306702).
  62. Nicole Brondel, « Dictionnaire des journaux, 1600-1789 - N° 0682 : Journal de Paris (1777-1840) », sur dictionnaire-journaux.gazettes18e.fr (consulté le 24 avril 2014)
  63. Denis Reynaud, « Journal de Paris (1777-1840) », sur gazetier-universel.gazettes18e.fr,‎ 2010 (consulté le 24 avril 2014)
  64. Journal de Paris du 11 janvier 1779, no 11, p. 43 (pagination courant sur l'année), en une, rubrique Belles Lettres : Lettres d'un Voyageur Anglois. « Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable ». Boileau. À Londres, 1779. brochure de 159 pag. qui se trouve à Paris, chez Esprit, Libraire, au Palais Royal
  65. Référence complète : Journal de Paris, 24 avril 1780, no 115, p. 473, en une, rubrique « Belles Lettres » : Nouvelles Lettres d'un Voyageur Anglois, par M.Sherlock. À Londres, & se trouvent à Paris, chez Esprit, Libraire, au Palais Royal, & chez la veuve Duschene, Libr. rue St. Jacques, au Temple du Goût; in-8°. d'environ 200 pages
  66. Journal de Paris du 16 juin 1780, no 80, p. 686. D'abord simple annonce dans la rubrique « Livres divers » : Fragment sur Shakespear, tiré des Conseils à un jeune Poëte ; par M. Sherlock, traduit de l'Italien par M. D.R. in-8°. de 80 pages. A Londres, & se trouve à Paris, chez Esprit, Libraire, au Palais Royal, & chez la veuve Duchesne, Libraire, rue St. Jacques. Puis, le 23 juin 1780, no 175, p. 713-714, en une, rubrique « Belles Lettres » : même annonce suivie d'une longue critique.
  67. Critique et extraits dans L'Esprit des journaux, françois et étrangers, vol. 8, Valade,‎ 1781 (lire en ligne), p. 160-178
  68. Journal de Paris du 27 mai 1781, no 147, p. 593, rubrique « Belles Lettres » : Conseils d'un Militaire à son Fils; par M. le Baron d'A***, Colonel d'Infanterie. À Paris, chez Dupuis, Libraire, rue de la Harpe, près celle Serpente, & se trouve à Brest, chez Malassis, Libraire, in-12. de 300 pag.
  69. Journal de Paris du 10 juillet 1781, no 191, p. 769, en une, rubrique des « Belles Lettres » : Analyse sur l'Âme des Bêtes, Lettres Philosophiques. À Amsterdam, & se trouve à Paris, chez Esprit, Libraire, au Palais Royal. In 8°. de 82 pages
  70. Voyage d'un Amateur des Arts, Tome II : Voyage d'un Amateur des Arts, Tome I
  71. Voyage d'un Amateur des Arts, Tome IV : Voyage d'un Amateur des Arts, Tome III
  72. Le Théâtre de Sade, éd. par Jean-Jacques Brochier, Jean-Jacques Pauvert, 1970, 4 vol.
  73. Marquis de Sade, Journal inédit, « deux cahiers retrouvés publiés pour la première fois sur les manuscrits autographes inédits avec une préface de Georges Daumas », Gallimard, coll. Idées, 1970, p. 35.
  74. Sade, Journal inédit, préface de Georges Daumas, Gallimard, 1970, p. 33.
  75. Muriel Schmid, Le soufre au bord de la chaire : Sade et l'évangile, Labor et Fides,‎ 2001, p. 85-91
  76. H. R. Lenormand, « Notre enquête — Pourquoi écrivez-vous ? », Littérature, no 11,‎ décembre 1920, p. 24
  77. a et b « Les descendants du Marquis de Sade », reportage de Denis Gannay et Pierre-Do Lepais, France 3 Centre, 22 novembre 2013
  78. Florence Charrier, Le procès de l'excès chez Queneau et Bataille, Éditions L'Harmattan,‎ 2012, p. 29
  79. Jean-Jacques Pauvert, Maurice Garçon, L'affaire Sade, Librairie J.-J. Pauvert,‎ 1963, 137 p.
  80. Éric Marty, éditeur des œuvres de Roland Barthes, suit, dans son livre Pourquoi le XXe siècle a-t-il pris Sade au sérieux ? (Seuil, 2011) les volte-face au cours desquelles Sade aura été tour à tour adulé et rejeté par certains grands intellectuels français de la période : Blanchot, Klossowski, Simone de Beauvoir, Lacan, Foucault, Sollers, Barthes et Deleuze.
  81. « Gonzague Saint Bris et Hugues de Sade célèbrent le bicentenaire du Divin Marquis », sur Le Figaro,‎ 10 décembre 2013
  82. Lélia Balaire, « Le comte de Sade nous a quittés », sur L'Union,‎ 30 août 2010
  83. Maurice Lever, Donatien Alphonse François, marquis de Sade, Fayard,‎ 2003, p. 11
  84. Bernard Georges Marie de Sade, site geneanet.org d'Henri Frebault
  85. Jean Deprun (1923-2006), professeur de philosophie à l'Université de Paris I.
  86. Sade, Œuvres, bibliothèque de la Pléiade, 1990, t.1, p. LX-LXIX.
  87. L'isolisme semble être un néologisme de Sade — qu'on retrouve dans Les Infortunes de la vertu (page 7) et dans Aline et Valcour (page 577) — pour isolement.
  88. Jeangène Vilmer 2008, p. 46-47.
  89. Gilbert Lely, Sade, Gallimard, 1967, p. 187.
  90. Lettre de Vincennes à Mme de Sade, fin novembre 1783.
  91. Béatrice Didier, Écrire la Révolution, 1789-1799, Presses universitaires de France, 1989, p. 22
  92. Dominique Lecourt, À quoi sert donc la philosophie? : des sciences de la nature aux sciences politiques, presses universitaires de France, 1993, p. 188.
  93. Pasquine Albertini, Sade et la république, L'Harmattan, 2006, p. 93.
  94. Norbert Sclippa, Lire Sade, L'Harmattan, 2004, p. 93.
  95. Jacques J. Natanson le considère comme un « grand athée du XVIIIe siècle », La mort de Dieu: essai sur l'athéisme moderne, Presses universitaires de France, 1975, p. 70.
  96. Pasquine Albertini, Sade et la République, L'Harmattan, 2006, p. 23.
  97. Maurice Blanchot, Sade et Restif de la Bretonne, Complexe, édition de 1999, p. 98.
  98. Gilbert Lély, Sade, Gallimard, 1967, p. 208.
  99. Klossowski 1967, p. 85.
  100. a et b Laurent Jenny in Jenny Pfersmann (dir.), Traversées de Pierre Klossowski, Droz, 1999, pages 40-41.
  101. Albert Camus, L'Homme révolté, in Essais, Gallimard, 1965, p. 448.
  102. Simone de Beauvoir, Faut-il brûler Sade, Gallimard, 1955, p. 55.
  103. Klossowski 1967, p. 14.
  104. Jeangène Vilmer 2008, p. 43-47.
  105. Jeangène Vilmer 2008, p. 202.
  106. Jeangène Vilmer 2008, p. 49.
  107. Fiche sur bedetheque.com.
  108. Fiche sur bedetheque.com.
  109. Fiche sur bedetheque.com.
  110. Janice étoilée, Le Journal du dimanche, 14 avril 2008.
  111. Fiche sur comicvine.com, avec quelques dessins de couverture.
  112. Fiche sur bedetheque.com.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Trois biographies de référence - dont sont extraites les informations de cet article - ont été publiées sur le marquis de Sade :

  • Gilbert Lely, Vie du marquis de Sade, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1952-1957 - rééd. Mercure de France, 1989
  • Jean-Jacques Pauvert, Sade vivant, Paris, Robert Laffont :
    • t. I : Une innocence sauvage 1740-1777, 1986
    • t. II : Tout ce qu'on peut concevoir dans ce genre-là… 1777-1793, 1989
    • t. III : Cet écrivain à jamais célèbre… 1794-1814, 1990

Réédition en un seul volume, Édition le Tripode, octobre 2013, 1205 p.

Le chapitre « La postérité de Sade » s'appuie sur les travaux de Michel Delon qui a établi les notes de l'édition des Œuvres de Sade en trois tomes dans la bibliothèque de la Pléiade (1990, 1995, 1998) et publié Sade après Sade, dans Les Vies de Sade, Éditions Textuel, 2007.


Portrait imaginaire du marquis de Sade prisonnier (XIXe siècle).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]