Glorieuse Révolution

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La Glorieuse Révolution d’Angleterre (en anglais Glorious Revolution ou encore Bloodless Revolution (en français : « Révolution sans effusion de sang »)), aussi appelée Seconde Révolution anglaise, fut une révolution décrite comme « pacifique » (1688-1689), terme à nuancer tout d'abord en raison des combats sévères qui opposèrent les partisans catholiques à l'armée néerlandaise de Guillaume III, ainsi qu'à cause de la sanglante contre-révolution qui s'ensuivit en Irlande peu de temps après. Elle eut pour conséquence de renverser le roi Jacques II (Jacques VII d'Écosse) et provoqua l’avènement de la fille de celui-ci, Marie II, et de son époux, Guillaume III, prince d'Orange suite à l'invasion néerlandaise de l'Angleterre menée par ce dernier. La révolution renforça la monarchie mixte et réaffirma le rôle du parlement face à la couronne.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Succédant à son frère Charles II en 1685, le catholique Jacques II, ancien duc d'York, s'aliéna rapidement l'opinion par des mesures impopulaires :

  • brutalité de la répression contre la rébellion du duc de Monmouth,
  • création d'une armée permanente,
  • entrée de catholiques dans l'armée et dans les universités,
  • rapprochement avec la papauté, et venue d'un nonce apostolique à Londres.

En avril 1688, quelques mois avant sa fuite, il demanda qu'une déclaration d'indulgence, accordant la liberté de culte aux catholiques et aux dissidents, soit lue dans toutes les églises. L'archevêque de Cantorbéry, William Sancroft, et six autres évêques, s'y opposèrent. Ils furent emprisonnés, accusés de sédition, puis jugés non coupables.

Jusque-là, ses deux filles étant protestantes, les risques semblaient contenus. Mais en juin 1688, la naissance d'un fils, Jacques Édouard, issu d'un second mariage avec une catholique, sembla garantir une succession catholique. Cela incita les opposants à agir, mais le souvenir encore frais de la guerre civile, assorti d'un certain loyalisme, dissuadait de tout mouvement violent.

Beaucoup d'Anglais s’inquiétaient, d'autant plus qu'au même moment en France, les protestants étaient persécutés par le roi Louis XIV qui, en 1685, révoque l'Édit de Nantes. Ils choisirent de faire appel au prince d'Orange pour se débarrasser de Jacques II.

Le gendre de Jacques II, Guillaume III d'Orange, stathouder des Pays-Bas, est l'époux de la princesse Marie. Voulant obtenir une alliance entre l'Angleterre et les Pays-Bas contre les politiques de Louis XIV, il déclencha les hostilités en débarquant avec une armée hollandaise le 15 novembre 1688 (5 novembre du calendrier julien), à Brixham (Torbay).

Guillaume et Marie sont partis le 11 novembre de Hellevoetsluis, en Hollande avec 14 000 mercenaires en service de Pays-Bas et 7 000 soldats (Huguenots, et volontaires anglais et écossais). Leur flotte était deux fois plus importante que l'armada espagnole de 1588 et comptait 53 bateaux de guerre et 400 navires de transports.

Pris de panique, Jacques II s'exila en France. Guillaume d'Orange en profita, dès son arrivée à Londres le 28 décembre 1688 : la fuite du roi équivalait à une abdication. S'emparant de fait du gouvernement en accord avec le Parlement, Guillaume d'Orange fit réunir une convention qui proclama la déchéance du roi et offrit conjointement le trône au prince Guillaume et à la princesse Marie.

En contrepartie, ceux-ci durent contresigner, en février 1689, la Déclaration des droits (Bill of Rights) qui inscrivit dans la loi les acquis du Commonwealth d'Angleterre et du règne de Charles II :

  • L'accession au trône est interdite aux catholiques
  • Des élections libres et le renouvellement du Parlement sont assurés
  • La présence d'une armée en temps de paix est illégale

Cette Déclaration des droits marque la naissance d'une certaine forme de démocratie.

La participation de 3 300 volontaires huguenots[modifier | modifier le code]

De nombreux Huguenots ont fui aux Provinces-Unies des Pays-Bas dès la fin du XVIe siècle avec le départ de 30 000 protestants flamands d'Anvers pour Amsterdam, devenue capitale des libertés en Europe. En 1685, lors des dragonnades et de la révocation de l’Édit de Nantes, c'est donc vers les Pays-Bas que fuient naturellement les huguenots de la deuxième génération d'immigrants.

Guillaume d’Orange crée très vite la Ligue d'Augsbourg, pour freiner les ardeurs de Louis XIV et du catholique Jacques II, devenu roi d'Angleterre en 1685. En 1688, au sein de l'expédition de 11 000 fantassins et 4 000 cavaliers qui débarquent en Angleterre et organisent la Glorieuse révolution, figurent des réfugiés protestants français en Hollande : trois régiments d'infanterie, de 750 hommes chacun, et un escadron de cavalerie, composés entièrement de Français, auxquels s'ajoutent, disséminés dans les autres régiments, environ 730 officiers français, qui ont l'expérience des campagnes menées sous Turenne et Schomberg, soit un total d'environ 3 300 huguenots[1].

L'ensemble de cette armée est dirigée par le maréchal Schomberg, qui était deux années plus tôt le général en chef de l'armée du Brandebourg, sous Frédéric Guillaume Ier de Prusse, qui dessine à cette époque les contours de la Prusse.

Exil, résistance, et débarquement de Kinsale[modifier | modifier le code]

Les partisans de Jacques II qui refusèrent l'allégeance à Guillaume et Marie furent appelés les non-jureurs ou jacobites. Ils se refugièrent en France le 2 janvier 1689 et furent accueillis par Louis XIV à Versailles, le 22 janvier suivant. De là ils préparèrent le Débarquement de Kinsale, sur la côte sud de l'Irlande le 12 mars 1689 avec 10 000 soldats français[2].

Nombreux parmi les catholiques irlandais et écossais, ils furent écrasés à la bataille de la Boyne, en Irlande en 1690, où ils combattirent aux côtés des 10 000 soldats du corps expéditionnaire français envoyé par Louis XIV et, à Glencoe, en Écosse en 1692, où une partie des clans écossais les avait rejoint. Ces soldats écossais avaient dans un premier temps accepté d'héberger les soldats protestants et attendaient l'avis du roi, réfugié en France, pour répondre à l'appel des protestants à se démobiliser en échange d'une amnistie. Ils tombent dans une embuscade historique à Glen Coe, dans les Highlands, victimes d'un message tardif de Jacques II, qui espère ainsi décrédibiliser les troupes protestantes.

Une tentative de reconquête jacobite, sous forme de débarquement, avec l'aide de Louis XIV et Louvois au départ du port français de La Hougue, dans le Cotentin français échoue en 1692. La bataille navale du même nom a laissé de très belles épaves dans le port, exploitées depuis une quinzaine d'années.

Dans les années 1700, les Jacobites s'installent dans le port français de Nantes, où une colonie irlandaise existe déjà depuis les années Cromwell et se renforce avec l'armateur Jacques Sarsfield, homonyme de celui qui est arrivé 50 ans plus tôt [3][précision nécessaire], fils de Patrick Sarsfield, officier irlandais qui a servi en France dans l'armée de Louis XIV de 1671 à 1678 puis sous Jacques II, période où il a signé le traité de Limerick qui mettait fin à la guerre, garantissait les droits du peuple irlandais et permettait à vingt mille soldats irlandais, appelés les oies sauvages, d'émigrer avec lui vers la France.

Actifs dans le grand commerce maritime, les jacobites maintiennent des relations avec l'Irlande jusqu'en 1741, l'année de la dernière tentative de débarquement, puis se concentrèrent sur les esclaves vers les Antilles, qui représentent ensuite un tiers du commerce des Jacobites contre un sixième pour la moyenne des autres marchands nantais. Sur 2 498 navires entrés à Nantes entre 1733 et 1741, on ne compte pas moins de 471 en provenance des différents ports irlandais[4]. Parmi eux, Jean Stapleton, négociant et planteur à Saint-Domingue, ou Antoine Walsh, l'une des premières fortunes de la ville, qui organisa 46 voyages de commerce triangulaire dont sept pour la seule année 1751.

Nantes est le port auquel Louis XIV, fidèle soutien des jacobites, apporte un soutien régulier, dès les années 1670, puis au moment de l'essor de Saint-Domingue. Ce soutien en fait à la fois le premier port négrier d'Europe et la capitale des jacobites. Ils y prépareront aussi les expéditions vers l'Écosse en 1706 et 1715.

Compromis en Irlande, les excès de Cromwell partiellement effacés[modifier | modifier le code]

Le patriote irlandais Patrick Sarsfield détruit l'artillerie de Guillaume III, qui est forcé de battre en retraite, mais écrase ensuite l'armée irlandaise devant la ville d'Aughrim, et Limerick doit capituler. Au terme du traité de Limerick (1691), les catholiques obtiennent une certaine liberté religieuse et les terres qu’ils possédaient sous Charles II leur sont restituées. Les protestants s'installent cette fois du côté de Dublin, pour montrer qu'ils ne sont pas solidaires des implantations coloniales de l'époque cromwelienne, dans l'Ulster, quoique celle-ci revendique toujours aujourd'hui un héritage « orangiste » qui n'a pas beaucoup de réalité historique[5]. Le traité de Limerick, qui entraîne le départ en France de toute la noblesse irlandaise, laisse cependant le peuple catholique irlandais sans défenseurs face au nouvel État prônant une certaine liberté de culte, mais incarné de fait par des protestants, ce qui fragilise l'équilibre voulu par le traité.

Révolution ou invasion ?[modifier | modifier le code]

Plusieurs historiens questionnent désormais la nature des changements politiques menant au renversement de Jacques II. La plupart des historiens penchent désormais pour décrire la Glorieuse révolution comme une invasion néerlandaise de la Grande-Bretagne dans des circonstances de tensions internationales élevées[6]. En effet, sans le débarquement de troupes d'élites néerlandaises, le renversement n'aurait probablement jamais eu lieu. Cette invasion, de connivence avec certains protestants orthodoxes anglais, permit ainsi l'établissement d'une monarchie constitutionnelle. Pour Jonathan Israel, entre autres, l'aspect de l'invasion extérieure aurait été dissimulé par les Anglais pour des raisons nationalistes, certes, mais surtout par l'efficacité de la propagande néerlandaise qui à l'époque voulait s'assurer l'appui de grands personnages anglais et à ce titre mettait l'accent sur la légitimité religieuse et dynastique de l'intervention de Marie et Guillaume contre le souverain régnant anglais.

Conséquences économiques et sociales[modifier | modifier le code]

La Glorieuse Révolution assure une certaine stabilité religieuse en Angleterre et ainsi la sécurité pour les protestants qui vont alors y émigrer de toute l'Europe, en anglicisant parfois leurs noms (mais moins souvent que par le passé). La révocation de l'édit de Nantes en 1685 et les dragonnades contre les huguenots ont commencé dès 1680 et 200 000 d'entre eux quittent la France, dont une partie, rejoindra l'Angleterre.

Sur le plan religieux, les droits pour les catholiques négociés par leurs leaders irlandais en 1691 à l'occasion du Traité de Limerick ne sont pas respectés à partir des années 1700, avec les lois pénales qui instaurent des discriminations.

Le nouveau régime anglais, partiellement dirigé par une élite hollandaise, crée en 1694 la première banque nationale (la Banque d'Angleterre), qui prête à l'État les fonds permettant d'aménager le réseau des rivières anglaises et de construire une importante flotte, la Royal Navy, qui devient maîtresse des océans en une dizaine d'années, mais peine à réduire la piraterie dans les Antilles, à partir de 1710, car les pirates recrutent des mutins de la Navy. La nouvelle banque centrale est très vite à l'origine du développement de banques commerciales, qui irriguent financièrement le pays.

La Glorieuse Révolution réédite à Londres ce qui s'est passé 80 ans plus tôt à Amsterdam, avec une forte croissance urbaine, financière, intellectuelle et maritime, malgré l'opposition violente de la France de Louis XIV. C'est l'époque de la création des Lloyd's of London et des cercles boursiers qui se réunissent à la Jonathans' coffee house, bientôt transformée en bourse des valeurs[réf. souhaitée]. L'une des premières actions importantes devait être la compagnie du Darién, en 1698, mais l'opération ne se fait pas à Londres.

En décidant de ne pas renouveler la loi sur la presse (Licensing Act), le parlement anglais ouvre en particulier la voie à la liberté de la presse, qui prend son essor et se spécialise. Les nouvelles libertés stimulent l'immigration d'artisans et ingénieurs de toute l'Europe, en particulier de France, et posent les bases de la révolution industrielle survenue un demi-siècle plus tard.

L'Angleterre dépose deux fois plus de brevets en 1690-1699 que dans chaque décennie de 1660 à 1690. Le parlement multiplie les prix et les récompenses financières pour les ingénieurs et les inventeurs. Les chercheurs Douglass North et Barry Weingast ont, dans un article célèbre, attribué l'essor du crédit public en Angleterre au XVIIIe siècle à l’établissement d’une monarchie de type parlementaire, les droits de propriété des créanciers se voyant enfin défendus contre l’arbitraire de l’État[7].

Sources[modifier | modifier le code]

  • René Bastiaanse, Hans Bots, Glorieuze revolutie : de wereld van Willem & Mary, 's-Gravenhage; SDU uitg., 1988.
  • Clio, Le siècle des Stuarts et des révolutions (1603-1714), [3], consulté le 13 décembre 2008
  • Bernard Cottret, La Glorieuse Révolution d'Angleterre, 1688, Paris, Gallimard, 1988.
  • Eveline Cruickshanks, The Glorious Revolution, Basingstoke, Macmillan, 2000.
  • Steve Pincus, 1688. The First Modern Revolution, New Haven, Yale University Press, 2009.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ch. Weiss, Mémoire sur les protestants de France, paru dans le Compte-rendu des Séances et travaux de l’Académie des sciences morales et politiques, tome 10, 1851, disponible en ligne [1], p 265
  2. Les tyrans de la mer: pirates, corsaires et flibustiers Par Sophie Linon-Chipon, Sylvie Requemora, page 175
  3. Patrick Clarke de Dromantin, Les réfugiés jacobites dans la France du XVIIIe siècle : l’exil de toute une noblesse pour cause de religion, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2005, ISBN 978-2-86781-362-7, disponible en ligne [2], consulté le 13 décembre 2008
  4. http://books.google.fr/books?id=_dPyI1WvuVcC&printsec=frontcover&dq=Patrick+Clarke+de+Dromantin,+Les+r%C3%A9fugi%C3%A9s+jacobites+dans+la+France+du+XVIIIe+si%C3%A8cle.+L%27exode+de+toute+une+noblesse+pour+cause+de+religion&ei=uF7SSLfTLILmygSylpCDCA&sig=ACfU3U1if2VctgyWTx5e1LS1N-NzIQ_yrw#PPA415,M1
  5. http://fr.encarta.msn.com/encyclopedia_761579132_4/Irlande.html
  6. Voir Lisa Jardine, Going Dutch (2008) ; The Glorious Revolution. By Dr Edward Vallance. BBC — History. 2007.
  7. Journal of Economic History, http://www.chede.minefi.gouv.fr/comite_pour_lhistoi/publications_du_chef/xixe-xxe_siecles_-_a/la_dette_publique_da/downloadFile/attachedFile_1/Introduction.pdf?nocache=1149086044.07] vol. 49, 1989, p. 803-832.

Liens externes[modifier | modifier le code]