François-Joachim de Pierre de Bernis

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François-Joachim de Pierre de Bernis
Image illustrative de l'article François-Joachim de Pierre de Bernis
Portrait du cardinal de Bernis
Biographie
Naissance 22 mai 1715
à Saint-Marcel-d'Ardèche
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès 3 novembre 1794 (à 79 ans)
à Rome
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
2 octobre 1758 par Clément XIII
Titre cardinalice Cardinal-prêtre de San Silvestro in Capite
Évêque de l’Église catholique
Archevêque d'Albi
27 mai 17641790
Précédent Léopold-Charles de Choiseul-Stainville Jean-Joachim Gausserand Suivant

Ornements extérieurs Cardinaux.svg
Blason Famille Pierre de Bernis.svg
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

François-Joachim de Pierre, cardinal de Bernis, né le 22 mai 1715 à Saint-Marcel-d'Ardèche et mort le 3 novembre 1794 à Rome, est un diplomate, homme de lettres et prélat français qui fut ambassadeur à Venise (1752-1755), ministre d'État (1757), secrétaire d'État des Affaires étrangères (1757-1758), chargé d'affaires auprès du Saint-Siège (1774-1794).

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de noblesse ancienne, les de Pierre, il fit ses études au collège Louis-le-Grand, à Paris, avant d'entrer au grand séminaire de Saint-Sulpice. Excellent élève, il était également ambitieux et mélancolique. Mgr de Fleury, d'abord son protecteur, se retourna ensuite contre lui et brisa net sa future carrière ecclésiastique. Bernis écrivit dans ses Mémoires :

« Je suis né sensible à l'excès. Ma situation m'humiliait, j'en dévorais l'amertume ; mais je savais bien qu'un visage triste intéresse peu de temps et fatigue bientôt. J'eus donc la force de garder mes chagrins pour moi, et de ne faire briller aux yeux des autres que mon imagination et ma gaieté. »

Jusqu'à l'âge de 35 ans, il écrivit et publia de la poésie, ce qui lui valut, de la part de Voltaire, le sobriquet de « Babet la bouquetière », ou encore « Belle Babet ». Ce cadet de famille vivarois fit brillamment son chemin. À 29 ans, en 1744, il entra à l'Académie française.

Ses vers galants lui valurent prestige et amis. C'est ainsi qu'il rencontra la marquise de Pompadour, favorite du roi Louis XV, par l'intermédiaire de Mme d'Estrades, cousine de Mme Le Normand. Il fut invité des salons littéraires et des fêtes des Grandes Nuits de Sceaux de la duchesse du Maine, en son château de Sceaux, dans le cercle des chevaliers de l'Ordre de la Mouche à Miel.

Cette amitié le tira de la pauvreté, lui valut une pension royale de 1500 livres, ainsi qu'un appartement aux Tuileries. La marquise de Pompadour lança surtout sa carrière diplomatique et politique dans les premiers cercles du gouvernement royal de la France au point de le faire entrer au Conseil du roi quand il fut nommé ministre d'État (1757) puis secrétaire d'État des Affaires étrangères (1757-1758). Dans son sillage, il entraîna vers la carrière diplomatique Louise Charlotte Clotilde de Boutechoux-Palamballe, rencontrée dès 1741 et qui jouera un rôle sensible dans la politique des affaires étrangères de la France auprès de lui.

Grand-oncle de Mgr de La Fare, évêque de Nancy, chargé d’affaires du roi Louis XVIII[modifier | modifier le code]

Le cardinal de Bernis était grand-oncle du cardinal comte Anne Louis Henri de La Fare (1752 - † 1829), évêque de Nancy puis archevêque de Sens et d’Auxerre, premier aumônier de madame la dauphine, pair de France, commandeur de l’ordre du Saint-Esprit, ministre d'État (1824) qui fut le chargé d'affaires du roi Louis XVIII à Vienne durant l'Émigration.

Diplomate[modifier | modifier le code]

En 1752, il demanda une ambassade. Le roi lui proposa la Pologne ; il refusa, on lui accorda Venise. La Sérénissime n’était plus alors un poste important, la ville brillait surtout par ses courtisanes et son carnaval. Bernis fit semblant de le croire, sans être dupe : « Je n'étais guère à craindre à Venise, et tout ce qui pouvait m'y arriver de pis, c'était d'y être oublié. ».

Il menait grand train de maison, son cuisinier était fameux, toute l’Europe passa à Venise pour s’y divertir, tout ce qui comptait était invité chez l’ambassadeur de France. Certes, Bernis toute sa vie aima mener une vie de plaisirs et de libertinage, mais il y entrait aussi du délibéré :

« Lorsque mes amis me grondaient de la grande dépense que je faisais, je leur répondais : je place mon argent à fonds perdu à un denier fort avantageux. Vous verrez qu'il me rapportera en abbayes et en dignités. »

Il s’informait, entretenait des agents doubles ou triples, parmi lesquels Casanova, comme l'explique Jean-Marie Rouart : « Sur le chemin du plaisir — un peu encombré à Venise — il a rencontré un autre grand amateur : Casanova. On peut d'ailleurs supposer que c'est au cours de parties fines que Bernis a décidé d'employer son partenaire pour des tâches d'espionnage[1]. »

Lorsque Bernis fut rappelé à Versailles en 1755, on songeait à lui pour l'ambassade d'Espagne, poste prestigieux.

Le retournement d'alliances de 1756[modifier | modifier le code]

Ex-libris du Cardinal de Bernis

Bien qu'il eût formulé des réserves à ce sujet, il fut chargé de négocier avec le comte de Staremberg le retournement d'alliances entre le roi Frédéric II de Prusse et l'impératrice d'Autriche. Choiseul fut désigné ambassadeur à Vienne ; il y consentit à condition que l'on nommât Bernis secrétaire d'État aux Affaires étrangères. La suggestion, en apparence amicale, était sournoise[2] : un tel ministère dans une telle période, c’était une nasse, c’était le risque de se perdre. En 1757, il entra donc au conseil du roi. Il collectionna les faveurs : abbaye des Trois-Fontaines de l'ordre de Cîteaux, membre de l'ordre du Saint-Esprit. Il jouit alors de 40 000 livres de rente.

Le traité de Versailles fut signé en 1756 ; il conduisit à la guerre de Sept Ans. Le destin des armes se révéla catastrophique. On renvoyait des ministres. Bernis s’offrit à démêler cette crise : il demanda le fauteuil de Premier ministre, le roi refusa ; Bernis demande alors le chapeau de cardinal, afin d'être, au moins sur le plan de l'étiquette, le premier des ministres. Le roi accepta le marché (octobre 1757) (défaite de Rossbach en novembre 1757). Bernis parut parvenir, lui le pacifique, le conciliateur, au sommet du pouvoir. Quinze jours plus tard, il reçut une lettre de cachet du roi, lui enjoignant de se rendre sous deux jours dans sa résidence de Vic-sur-Aisne et de n’en plus sortir. C’était l’exil.

Archevêque d’Albi[modifier | modifier le code]

Il fut enfin ordonné prêtre (1760). En 1764, il fut nommé archevêque d'Albi, planta des vignes, traça des routes, s'occupa à ses charités et se révéla un excellent administrateur. Il put encore, grâce à de copieux bénéfices ecclésiastiques, mener grand train.

À Rome[modifier | modifier le code]

En 1769, il est nommé cardinal au titre cardinalice San Silvestro in Capite. Le pape Clément XIII mourut bientôt : un conclave fut convoqué, Bernis partit pour Rome. Il était chargé d'une mission : trouver un candidat anti-jésuites. La Compagnie de Jésus traversait alors une mauvaise passe : elle était interdite au Portugal, en Espagne, en France ; le nouveau pape aurait pour tâche de la dissoudre. Bernis trouva un ancien cordelier qui fit l’affaire. En récompense, on le nomme ambassadeur dans la ville éternelle de 1774 à 1794. Il y fit l’élection d’un autre pape, Clément XIV, joua les amphitryons avec volupté, fit travailler le meilleur cuisinier de la ville (même si la goutte le condamne aux légumes bouillis), connut la douceur de vivre avant la Révolution.

La chute[modifier | modifier le code]

Bernis se vit demander, à la fin de 1790, de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Il tergiversa d'abord, envoyant un billet contenant un serment sous réserves. Le 30 janvier 1791, le serment fut décrété nul de forme par l'Assemblée. Le 23 février, Bernis signifia son refus par écrit. Il reçut le 30 mars ses lettres de rappel.

Parallèlement, il se vit dépouillé de sa dignité épiscopale : à la fin d'octobre 1790, le directoire départemental l'avait sommé de choisir entre son évêché d'Albi et son ambassade. Au début de 1791, un nouvel évêque fut élu à sa place. Il ne toucha pas le traitement de 10 000 livres promis aux évêques démissionnaires ; pis encore, on lui réclama 18 000 livres d'arriérés de taxes. Bernis, adversaire de la Révolution, poussa le pape à condamner la Constitution civile du clergé.

En mars 1792, il fut inscrit pour la première fois sur la liste des émigrés. Ses biens furent mis sous séquestre. Malgré l'annulation de l'inscription, les meubles du château ancestral, en Ardèche, furent vendus aux enchères, afin de payer les 53 000 livres de « contribution patriotique » que le district exigeait de lui. Le 4 mars 1793, il fut définitivement déclaré émigré. Le reste de ses biens fut vendu.

Bernis restait tout de même influent à Rome, même s'il n'était plus rien officiellement. En avril 1790, il accueillit Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV. Le 10 décembre 1790, il fut nommé « visiteur des églises, couvents et possessions de France » pour les États pontificaux. Il fut même chargé d'une mission diplomatique : en février 1794, on le chargea de négocier auprès de Charles IV d'Espagne l'accueil du comte de Provence. Bernis n'en obtint néanmoins qu'une invitation pour le comte seul.

Le dimanche 3 novembre 1794, il mourut à Rome. Il fut inhumé en l'église Saint-Louis-des-Français jusqu'en 1805, date à laquelle sa famille fit transférer son corps à la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor de Nîmes. Son cœur demeura dans la Ville éternelle.

Mémoires[modifier | modifier le code]

Bernis est resté célèbre pour ses Mémoires, écrits dans le style plaisant de l'époque, où il conte les aventures de sa vie, dénonçant ses ennemis comme Mgr de Fleury et restant fidèle à ses amitiés, par exemple avec Mme de Pompadour. Il s'y montre plus vertueux qu'il ne l'était, affirmant avoir toujours répugné à la débauche, ce que le témoignage de ses contemporains, comme Casanova, ne confirme pas vraiment. On lui doit une formule qui résume assez bien son attitude devant la vie (et la mort) : « Si je préfère aller au ciel pour le climat, je préfèrerais l’enfer pour sa fréquentation. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  • Les papiers personnels de François-Joachim de Pierre de Bernis sont conservés aux Archives nationales sous la cote 164AP[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marie Rouart, Bernis, le cardinal des plaisirs, Folio Gallimard, 1998, p. 125.
  2. Jules Michelet, Histoire de France, Tome XVII "Louis XV et Louis XVI", Chap. "Chute de Bernis"
  3. Voir la notice dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales

Principaux ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Réflexions sur les passions et sur les goûts (1741)
  • Poésies diverses, par M. L. D. B. (1744)
  • Œuvres meslées en prose et en vers de M. L. D. B*** (1753)
  • Les Quatre saisons, ou les Géorgiques françoises, poëme (1763)
  • Les Saisons et les jours, poèmes (1764)
  • Œuvres complettes de M. le C. de B*** (1767)
  • Correspondance du cardinal de Bernis, ministre d'État, avec M. Paris du Verney, conseiller d'État, depuis 1752 jusqu'en 1769 (1790)
  • La Religion vengée, poème en 10 chants (1795)
  • Correspondance de Voltaire et du cardinal de Bernis, depuis 1761 jusqu'à 1777 (1799), publiée par Jean-François de Bourgoing.
  • Mémoires et lettres de François-Joachim de Pierre, cardinal de Bernis (1715-1758), d'après les manuscrits inédits par Frédéric Masson, Paris, Plon, 1878, 2 vol., à compléter par cette réédition partielle :
  • Mémoires du cardinal de Bernis, préface de Jean-Marie Rouart, notes de Philippe Bonnet, Paris, Mercure de France, 1986, (Collection : "Le temps retrouvé"), ISSN 0497-1957

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Serge Dahoui, Le Cardinal de Bernis ou la royauté du charme, Aubenas, Lienhart, 1972.
  • Jean-Paul Desprat, Le Cardinal de Bernis, la belle ambition, Paris, Perrin, 2000.
  • Jean-Marie Rouart, Bernis le cardinal des plaisirs, Paris, Gallimard, 1998.
  • Roger Vailland, Éloge du cardinal de Bernis,, Paris, Grasset (Collection "Les Cahiers Rouges").
  • René Vaillot, Le Cardinal de Bernis, la vie extraordinaire d'un honnête homme, Paris, Albin Michel, 1985.

Liens externes[modifier | modifier le code]