Siné

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Siné

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Siné au Salon du livre de Paris, mars 2007.

Naissance 31 décembre 1928 (85 ans)
Paris (France)
Nationalité française
Profession dessinateur, caricaturiste

Siné (né Maurice Sinet dans le 20e arrondissement de Paris le 31 décembre 1928[1]) est un dessinateur et caricaturiste politique, ainsi qu'un régent du Collège de 'Pataphysique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Maurice Sinet passe son enfance à Paris, entre Barbès et Pigalle. Le sort de son père naturel, Laurent Versy, ferronnier d'art condamné plusieurs années aux travaux forcés, contribue à sa distance critique envers l'État, la justice et la police. Siné porte le nom du mari de sa mère, Albert Sinet, dont elle a divorcé pour se remarier avec Laurent Versy.

À quatorze ans, il entre à l’École Estienne et y étudie le dessin et la maquette. La nuit, il gagne sa vie en chantant dans les cabarets. Un jour, il tombe sur les dessins d'un Roumain devenu le plus célèbre des illustrateurs américains : Saul Steinberg. Ce sera l'une de ses principales sources d'inspiration artistique : « Dès que j’ai vu les dessins de Steinberg, j’ai eu le coup de foudre et j’ai décidé d’essayer ce métier[2]. »

Entre 1946 et 1948, il est chanteur dans le groupe de cabaret Les Garçons de la rue[1].

Premiers dessins[modifier | modifier le code]

À son retour du service militaire, qu’il passe en grande partie en prison, il commence à dessiner et fait des retouches sur les photos des revues pornographiques de l'époque. Il publie son premier dessin dans France Dimanche en 1952 et reçoit le grand prix de l'Humour noir en 1955 pour son recueil Complainte sans Paroles.

Une série de dessins basée sur des jeux de mots mettant en scène des chats contribue à le faire connaître ; il entre alors à L'Express comme dessinateur politique.

Siné, deuxième anniversaire de Radio libertaire, 1983

Il exprime ses opinions anticolonialistes pendant la guerre d'Algérie. Alors qu'il remplace brièvement François Mauriac au bloc-notes du journal lorsque celui-ci doit s'absenter pour raisons de santé, son « débloque-note » vaut à L'Express de nombreuses lettres indignées de ses lecteurs. Jean-Jacques Servan-Schreiber publiera une lettre d'excuses en première page du journal, ce qui n'arrangera pas ses relations avec Siné, celui-ci continuant à publier des dessins engagés dans le journal. Défendu par Jacques Vergès, alors avocat du FLN, il quitte L'Express en 1962 pour créer son propre journal, Siné Massacre, dans lequel il exprime son anticolonialisme, son antisionisme, son anticapitalisme, son anticléricalisme et son anarchisme. Jacques Vergès fonde une revue tiers-mondiste, financée par le FLN, Révolution africaine, à laquelle Siné participe quelque temps. Mais il manque de liberté sur certains sujets qui lui tiennent à cœur (religion, sexe, politique...), et préfère cesser cette collaboration[3].

En mars 1967, il invente le logo et propose les couleurs (orange, rouge et noir) de la jeune Sonatrach[4].

En mai 1968, il fonde L’Enragé avec Jean-Jacques Pauvert et dessine dans Action.

Charlie Hebdo[modifier | modifier le code]

En 1981, Siné rejoint l’équipe de Charlie Hebdo et signe la rubrique « Siné sème sa zone ». En 1981, Michel Polac fait appel à lui pour l’émission Droit de Réponse sur TF1. Après la privatisation de la chaîne, l’émission est supprimée en 1987 en raison d'un dessin de Wiaz titré « Bouygues, une maison de maçon, un pont de maçon, une télé de m… ». Siné passe à L'Événement du Jeudi avec Loup.

En 1982, il est accusé par la Licra d'incitation à la haine raciale pour des propos jugés antisémites tenus sur la « radio libre » Carbone 14 (voir l'article détaillé Affaire Siné). Il s'excusera de la tirade incriminée en publiant une lettre sous forme d'encart publicitaire dans le journal Le Monde, prétextant la colère et l'alcool, et la Licra retirera sa plainte en le félicitant pour cette « page du cœur ». Siné est tout de même condamné, l'association Avocats sans frontières de Gilles-William Goldnadel poursuivant l'accusation.

En 1992, il reprend la rubrique « Siné sème sa zone » du nouveau Charlie Hebdo, non sans quelques heurts avec la nouvelle direction.

Éviction de Charlie Hebdo[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Siné.

Dans une chronique publiée le 2 juillet 2008 dans Charlie Hebdo, Siné écrit à propos de Jean Sarkozy une chronique[5] basée sur une information donnée par Patrick Gaubert, président de la Licra, au journal Libération[6],[7]. Cette chronique est dénoncée comme « antisémite » par Claude Askolovitch. Il est renvoyé de la rédaction du journal par Philippe Val[8] afin d'« éviter un procès »[9]. Pour certains (dont Siné), ce renvoi ferait plutôt suite à des désaccords éditoriaux entre Siné et Philippe Val dans le contexte de l'affaire Clearstream[10].

Cette éviction entraîne un certain nombre de réactions. Deux tendances opposées s'affrontent dans les médias français, l'une prenant la défense de Siné, l'autre dénonçant ses propos comme étant antisémites. Philippe Val fait l'objet de nombreuses attaques affirmant que la chronique incriminée n'aurait été qu'un prétexte pour se débarrasser d'un collaborateur historique de Charlie Hebdo avec lequel il avait très peu d'affinités. La blogosphère s'enflamme pour le débat, prenant majoritairement le parti de Siné[11]. Des pétitions sont lancées dans les deux camps, et de nombreuses personnalités prennent parti pour l'un ou l'autre.

Siné est cité à comparaître le 9 septembre 2008 devant la 6e chambre correctionnelle (presse) du tribunal de grande instance de Lyon par la Licra pour « incitation à la haine raciale ». L'audience sur le fond a été fixée au 29 janvier 2009. Elle se tient finalement les 27 et 28 janvier 2009[12],[13].

Le 24 février 2009, il est relaxé à Lyon, les juges considérant que Siné avait usé de son droit à la satire[14]. En mars, Siné est en revanche débouté d'une action en diffamation intentée à Paris contre Claude Askolovitch[15].

Le 30 novembre 2010, le tribunal de grande instance de Paris condamne Charlie Hebdo pour préjudice moral et financier à l'encontre de Siné. Le jugement précise en effet qu'« il ne peut être prétendu que les termes de la chronique de Siné sont antisémites… ni que celui-ci a commis une faute en les écrivant. » Les Éditions Rotatives, société éditrice de l'hebdomadaire, devront verser 40 000 euros de dommages et intérêts à Maurice Sinet pour rupture abusive de contrat[16]. Charlie Hebdo fait appel, et en décembre 2012, la cour d’appel de Paris confirme la condamnation et augmente le montant des dommages et intérêts à 90 000 euros [17].

Siné Hebdo puis Siné Mensuel[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Siné Hebdo.
Siné sur le stand de Siné Hebdo lors de la manifestation du 19 mars 2009 à Paris

Le 27 août 2008, Siné annonce sur son blog la sortie le 10 septembre de son propre hebdomadaire satirique, intitulé Siné Hebdo, avec pour rédactrice en chef sa femme Catherine Sinet[18],[19]. Parmi la cinquantaine de collaborateurs se trouvent Guy Bedos, Philippe Geluck, Christophe Alévêque, Jackie Berroyer, Benoît Delépine, Isabelle Alonso, Denis Robert, Michel Onfray, Delfeil de Ton[20]... Les actionnaires du journal sont Siné, sa femme Catherine Sinet, Guy Bedos, Michel Onfray et un ami du couple Sinet, ainsi que l'Association des Mal Élevés[21].

D'après Siné « ce sera un journal d'humour, libertaire, ce qu'aurait dû être Charlie s'il était resté dans la tradition initiale », « un canard qui ne respectera rien » et « qui chiera tranquillement dans la colle et les bégonias sans se soucier des foudres et des inimitiés de tous les emmerdeurs »[22].

Faute de rendement suffisant, le journal s'arrête le 28 avril 2010, comme annoncé le 29 mars 2010[23]. Toutefois, un an et demi plus tard, Siné, sa femme et une grande partie de l'équipe de Siné Hebdo reprennent l'aventure avec Siné Mensuel, « le journal qui fait mal et ça fait du bien », dont le premier numéro est mis en vente en septembre 2011[24]. C'est un succès, puisqu'il est acheté par environ 50 000 lecteurs[25].

Politique[modifier | modifier le code]

Bien que de sensibilité anarchisante, il appelle en 2004 à voter pour la liste Euro-Palestine. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il est également connu pour être farouchement antisioniste et anticolonialiste.

Sa maison à San-Gavino-di-Tenda en Corse est détruite par un attentat à l'explosif le 2 janvier 2004[26].

Illustrations[modifier | modifier le code]

Grand amateur de jazz, Siné a illustré de nombreux livres sur le jazz, ainsi que des pochettes de disques.

Certains de ses dessins ont été utilisés pour l'illustration de la page de couverture d'ouvrages, comme Parents contre profs du journaliste Maurice Maschino, parce que le dessin permet d'un coup d'œil une approche parfaite du contenu : on y voit (avec à l'arrière-plan un tableau noir où est tracé « à bas l'aicole ! ») un prof couché sur le sol, manifestement occis par un jeune élève et son père, levant tous deux le bras gauche en signe de victoire et posant le pied gauche sur le corps de leur « adversaire vaincu ».

Télévision et cinéma[modifier | modifier le code]

Siné incarne le philosophe Bernard-Henri Siné, parodie de Bernard-Henri Lévy, dans l'émission Groland Magzine. Il apparaît également dans le film Louise-Michel, de Gustave Kervern et Benoît Delépine, durant une scène tournée dans le familistère de l'usine Godin, ainsi que dans Mammuth, des mêmes auteurs, où il joue le rôle d'un viticulteur.

Le 13 octobre 2010, sort sur les écrans français le documentaire Mourir ? Plutôt crever ! qui lui est consacré, réalisé par Stéphane Mercurio.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Bibliographie succincte[modifier | modifier le code]

  • 1955 : Complainte sans paroles - Jean-Jacques Pauvert
  • 1956 : Pompe à chats (à compte d’auteur)
  • 1957 : Portée de chats - Jean-Jacques Pauvert
  • 1959 : Code pénal, texte officiel illustré par Siné, Maurice Gonon Éditeur
  • 1961 : Dessins de l’Express (tome 1) - Jean-Jacques Pauvert
  • 1963 : Dessins de l’Express (tome 2) - Jean-Jacques Pauvert
  • 1965 : Haut le cœur ! - Jean-Jacques Pauvert
  • 1968 : Je ne pense qu’à chat ! - Livre de Poche
  • 1968 : CIA - Jean-Jacques Pauvert ; Mondar Editores (Portugal), 1974
  • 1973 : Siné massacre - Livre de Poche
  • 1973 : Au secours, avec Desclozeaux, Picha et Puig Rosado - Éditions Calmann Lévy
  • 1978 : La chienlit c’est moi ! - Balland
  • 1982 : Siné dans Charlie Hebdo - Le Cherche-Midi
  • 1984 : Siné dans Hara-Kiri Hebdo - Le Cherche-Midi
  • 1995 : Siné sème sa zone - Le Cherche-Midi
  • 1996 : Sinéclopédie du jazz (commentaires d’André Clergeat) - J Losfeld
  • 1997 : Vive le jazz ! (2 CD illustrés par Siné) - Frémeaux et associé
  • 1999-2002 : Ma vie, mon œuvre, mon cul (tomes 1 à 7) - Charlie Hebdo
  • 2008 : Mai 68, collectif - Michel Lafon
  • 2009 : 60 Ans de Siné - Hoëbeke

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Notice biographique, Who's Who in France, 2008.
  2. Valérie Crinière, Laure Nbataï, Raymond Vurluz et Étienne Mineur, « Siné ça marque ! », dans Les Allumés du Jazz no 16, 3e trim. 2006, p. 6–8.
  3. Barbet Schroeder, L'Avocat de la terreur.
  4. Hocine Malti, Histoire secrète du pétrole algérien, La Découverte 2010, p. 99.
  5. « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n'est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »
  6. Christophe Ayad et Antoine Guiral, « Sarkozy comme chez lui en Israël », Libération, 23 juin 2008.
  7. Delfeil de Ton, propos recueillis par Sarah Halifa-Legrand, « La phrase de Siné avait été prononcée par le président de la Licra ! », Le Nouvel Observateur, 28 juillet 2008.
  8. « Le dessinateur Siné renvoyé de Charlie Hebdo », L'Express, 16 juillet 2008.
  9. « Siné : Philippe Val répond aux polémiques », Le Nouvel Observateur, 6 août 2008.
  10. Anna Borrel, « Charlie Hebdo : fini de rire ! », Marianne, 11 juillet 2008.
  11. Sébastien Fontenelle, « Philippe Val, à son propre jeu… », Bakchich, 29 juillet 2008.
  12. Paul Terra, « Val, Bedos, BHL, Filoche… Du grand guignol au procès Siné », Rue89, 27 janvier 2009.
  13. Paul Terra, « Siné fait un malaise, le procureur demande la relaxe », Rue89, 28 janvier 2009.
  14. « Le dessinateur Siné relaxé par le tribunal correctionnel de Lyon », AFP, 24 février 2009.
  15. Lynda Zerouk, « Siné débouté de sa demande en diffamation », Libération,‎ 3 mars 2009 (lire en ligne).
  16. Voir sur rue89.com.
  17. « Charlie Hebdo doit verser 90 000 euros à Siné », Libération avec AFP, 17 décembre 2012.
  18. « Siné lance son propre hebdomadaire satirique », Le Nouvel Observateur, 27 août 2008.
  19. « Siné hebdo : le journal mal élevé en kiosque chaque mercredi », sur le site sinehebdo.eu
  20. Jérôme Bouin, « Viré de Charlie Hebdo, Siné lance Siné Hebdo », Le Figaro, 27 août 2008.
  21. « Il n'y aura pas un mot sur Val ni sur “Charlie” dans “Siné Hebdo” », Le Nouvel Observateur, 27 août 2008.
  22. « Gros succès pour le premier numéro de Siné Hebdo », Le Nouvel Observateur, 11 septembre 2008.
  23. « Siné Hebdo, c'est fini », Anne Crignon, Bibliobs.com, mis en ligne le 29 mars 2010, consulté le 16 avril 2010.
  24. Voir sur lefigaro.fr.
  25. Voir sur sinemensuel.com.
  26. Christian Dupian, « Les cagoules tapent sur les nerfs des Corses sans masque », Marianne, 19 janvier 2004.

Liens externes[modifier | modifier le code]