Section des Piques

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La section des Piques était, sous la Révolution française, une section révolutionnaire parisienne.

Historique[modifier | modifier le code]

Appelée, à l’origine, « section de la place Vendôme », elle compte lors de sa création, en 1790, 1 200 citoyens « actifs » (imposables) habitant le quartier Vendôme-Madeleine (13 428 habitants, dont 785 économiquement faibles). Elle tient ses assemblées à l’ancienne église des Capucines, aujourd’hui disparue. Elle est alors l’une des plus modérées de Paris. Elle se radicalise après le 10 août 1792 par l’arrivée des citoyens « passifs », comme toutes les sections de Paris et change de nom le 9 septembre quand la place Vendôme devient la place des Piques. Elle compte alors 3 540 citoyens.

Limites[modifier | modifier le code]

La rue de la Madeleine, à droite, en partant de la rue Saint-Honoré : la rue de l’Arcade, à droite : la rue de la Pologne, à droite : la rue Saint-Lazare, à droite, depuis la rue de la Pologne jusqu’à la rue de la Chaussée-d’Antin : la Chaussée-d’Antin, à droite, jusqu’au boulevard : la rue de Louis-le-Grand, à droite, depuis le boulevard jusqu’à la rue Neuve-des-Petits-Champs : la rue Neuve-des-Petits-Champs, depuis la rue de Louis-le-Grand, à droite, jusqu’à la Place Vendôme : la Place Vendôme, à droite, jusqu’à la rue Saint-Honoré : la rue Saint-Honoré, à droite de la Place Vendôme, à la rue de la Madeleine[1].

Intérieur[modifier | modifier le code]

Les rues Neuve-des-Capucines, Sainte-Croix, de l’Égout, Neuve-des-Mathurins, de la Ferme, Thiroux, Caumartin, Trudaine, Boudreau, Basse-du-Rempart, le Boulevard, les rues de Luxembourg, des Capucines, etc. ; et généralement toutes les rues, culs-de-sacs, places etc., enclavées dans cette limite.

Local[modifier | modifier le code]

La section des Piques se réunissait dans l’église des Capucines.

Membres célèbres[modifier | modifier le code]

Robespierre en fait partie. Il est l’un des cinq commissaires délégués le 11 août 1792 par la section des Piques au conseil général de la Commune de Paris avec Moulins, Duveyrier, Piron, Laignelot. Il est nommé président de la section le 27 août. Il fait alors le va-et-vient entre la Commune, l’Assemblée législative, sa section et le club des Jacobins. Une fois élu à la Convention, il ne viendra presque plus à la section, mais y laissera comme commissaire son logeur, le menuisier Duplay.

Le fameux Vincent, dit « le carnassier », meneur hébertiste, qui sera guillotiné en mars 1794 en compagnie de son ami Ronsin.
Le chef de la "brigade infernale" de Napoléon, Antoine Charles Louis de Lasalle en fit partie, après avoir du renoncer à un poste d'officier dans la cavalerie.

Le marquis de Sade, membre de la section depuis juillet 1790, fut nommé président en septembre 1792. Le 2 novembre, il lut à la section son Idée sur le mode de la sanction des lois qui lui valut les félicitations de ses collègues ; on en décida unanimement l’impression et l’envoi aux autres sections, avec invitation de « manifester leur vœu le plus promptement possible sur un objet aussi important ». L’année suivante, il devint président de séance. Il rédigea son Discours aux mânes de Marat et de Le Pelletier qu’il lira lors de la cérémonie organisée en hommage aux « deux martyrs de la liberté » et un projet pour changer les noms des rues de l’arrondissement. En novembre 1793, il présenta à la Convention au nom de sa section une pétition antireligieuse.

9 Thermidor an II[modifier | modifier le code]

L’attaque de la Commune par les troupes de la Convention le 9 thermidor.

Lors de la chute de Robespierre le 9 thermidor an II, la section des Piques soutint la Convention nationale, mais trois de ses représentants prêtèrent serment à la Commune de Paris : Robert Jean-Jacques Arthur, fabricant de papiers peints d’origine anglaise, J.-J. Beaurieux (1749-1794), horloger, R. Granard (1749-1794), fabricant de papiers peints. Ils furent guillotinés le 11 thermidor an II.

On trouve au musée Carnavalet, une très curieuse pièce autographe, un appel à la section des Piques lancé dans la nuit fatale du 9 thermidor. Louis Blanc, dans son Histoire de la Révolution française, la décrit ainsi :

« Nous avons eu sous les yeux l’original d’une proclamation adressée à la section des Piques, celle de Robespierre. Jamais manuscrit ne présenta un aspect plus tragique. Il nous semble le voir encore. L’écriture a quelque chose d’emporté. Le papier est taché de sang. Sur ce papier, un appel à l’insurrection : « Courage, patriotes de la section des Piques ! La liberté triomphe. Déjà ceux que leur fermeté a rendus formidables aux traîtres sont en liberté. Partout le peuple se montre digne de son caractère. Le point de réunion est à la Commune, où le brave Henriot exécutera les ordres du comité d’exécution pour sauver la patrie. » Suivent les signatures : Legrand, Louvet, Payan, Lerebours, Ro…
Quelle révélation et quel drame dans ce mot inachevé ! Il raconte que Robespierre, pressé par ceux qui l’entouraient, au nom de leur salut commun, de signer la guerre civile, la mort de la Convention, le renversement d’un principe, se sentit troublé jusqu’au fond de l’âme, prit la plume, commença, et sa conscience protestant, ne put continuer. »

Évolution[modifier | modifier le code]

Après le regroupement par quatre des sections révolutionnaires par la loi du 19 vendémiaire an IV (11 octobre 1795) qui porte création de 12 arrondissements, la présente section est maintenue comme subdivision administrative, puis devient, par arrêté préfectoral du 10 mai 1811, le quartier de la Place-Vendôme (1er arrondissement de Paris)[2].

Sources et références[modifier | modifier le code]

  1. Procès-verbal de l’Assemblée nationale, t. 22, Paris, Baudouin, 1789, p. 50-51.
  2. Dictionnaire historique des rues et monuments de Paris, de Félix et Louis Lazare, 1855.
  • Louis Blanc, dans son Histoire de la Révolution française, Paris, Langlois et Leelereq, 1847-69.
  • Ernest Mellié, Les Sections de Paris pendant la Révolution française, Paris, 1898, p. 24-5.
  • Maurice Lever, Sade, Fayard, 1991, p. 496.
  • Hélène Sabbah, Marie-Caroline Carlier, et al., Histoire de la littérature française - XVIII, août 1989.