Laure de Chevigné

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Photographie de la comtesse de Chevigné.

Laure Marie Charlotte de Sade, par son mariage comtesse Adhéaume de Chevigné, est née le et décédée le . Elle a été l'une des inspiratrices de Marcel Proust, qu'elle n'appréciait pas particulièrement, pour le personnage de la duchesse de Guermantes dans À la recherche du temps perdu. Elle fut une proche de l'abbé Mugnier qui était son confesseur[1] et qu'elle invitait régulièrement à ses dîners ou déjeuners.

Biographie[modifier | modifier le code]

Arrière-petite-fille[2] du célèbre marquis de Sade, Laure de Sade épouse le le comte Adhéaume de Chevigné (1847-1911), membre du service d'honneur du comte de Chambord[3]. Ils demeurent 34, rue de Miromesnil à Paris.

Légitimiste, le couple passe chaque année quelques semaines au service du prétendant du trône de France à Frohsdorf, où régnait une étiquette rigide.

La comtesse de Chevigné devient une des figures de la vie mondaine et aristocratique parisienne de la fin du XIXe siècle jusqu'en 1914. Elle fut liée à de nombreuses personnalités du gotha. La comtesse de Chevigné tient d'abord un salon musical et d'artistes, puis elle s'attire l'amitié d'un groupe de « cercleux », plus âgés, qui appréciaient son élégance et son esprit fin. Ainsi elle ouvre son salon dans l'après-midi au marquis de Breteuil, au comte Costa de Beauregard, au comte Joseph de Gontaut-Biron, au marquis du Lau, au comte Albert de Mun et à bien d'autres.

Ceux-ci se cotisent à chaque Premier de l'An pour lui offrir un nouveau rang de perles. « Mes colliers me permettent de compter mes amis et mes années, » disait-elle[4].

Elle est belle, avec de grands yeux bleus et des cheveux blonds, mais moins belle que la comtesse Greffulhe (autre modèle de la duchesse de Guermantes). Elle est surtout extrêmement distinguée. Reynaldo Hahn disait d'elle:

« C'est une femme du XVIIIe siècle, chez qui le sentiment se mue bientôt en esprit[5]. »

Elle lance plus tard aux courses de Longchamp les tailleurs gris foncé de chez Creed. Comme la duchesse de Guermantes, elle a une voix rauque, car elle abuse des cigarettes. Elle est amie de la reine Isabelle II d'Espagne, de la grande-duchesse Wladimir, qu'elle conseille sur sa toilette.

Marcel Proust l'aperçoit la première fois au théâtre, comme le Narrateur de La Recherche, en robe de gaze blanche avec un grand éventail à plumes. Il fait en mai 1892 un portrait d'elle dans Le Banquet, revue fondée par son ami Fernand Gregh. Elle y est comparée à une déesse-oiseau. Le roman de Proust est en germes. Elle l'éconduit lorsqu'il la rencontre dans la rue, de son fameux « Fitz-James m'attend ! »[6]

Il en existe un célèbre portrait par Federico de Madrazo. Elle était proche de la famille Daudet et de la mère de Jean Cocteau. Elle invitait régulièrement son confesseur l'abbé Mugnier à ses déjeuners ou dîners avec des personnalités littéraires dont il fait le portrait dans son fameux Journal.

Mère de Marie-Thérèse de Chevigné, qui avait épousé Maurice Bischoffsheim puis Francis de Croisset, elle est la grand-mère de la mécène Marie-Laure de Noailles et de l'homme politique Pierre de Chevigné.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Abbé Mugnier, op. cité, p. 284
  2. Abbé Mugnier, op. cité, p. 315: « Mme de Chevigné est l'arrière-petite-fille de Laure de Noves, petite-nièce du marquis de Sade. Elle a dit que le marquis de Sade adorait sa femme et que sa correspondance avec elle était des lettres d'amour. »
  3. George Painter, op. cité, p 158, tome I
  4. George Painter, op. cité, p. 160, tome I
  5. George Painter, op. cité, p. 159, tome I
  6. George Painter, op. cité, tome I p. 161

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • George Painter, Marcel Proust, Paris, Mercure de France, 1966, 2de édition 1992
  • Abbé Mugnier, Journal (1879-1939), Paris, Mercure de France, 1985

Article connexe[modifier | modifier le code]