Claude-Adrien Helvétius

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Claude-Adrien Helvétius

Philosophe occidental

Époque contemporaine

alt=Description de l'image Claude Adrien Helvétius.jpg.
Naissance 26 janvier 1715
à Paris
Décès 26 décembre 1771 (à 56 ans)
à Paris
École/tradition Matérialisme
Principaux intérêts Matérialisme, éducation, sensualisme
Œuvres principales De l'Esprit, De l’Homme
Influencé par John Locke

Claude-Adrien Schweitzer, latinisé en Helvétius, né le 26 janvier 1715 à Paris et mort le 26 décembre 1771 à Paris[1], est un philosophe et poète français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d’une famille de médecins, dont le grand-père, Johann Friedrich Schweitzer, introduisit l’usage de l’ipécacuanha et le père, Jean Claude Adrien Helvetius[2] (1685 – 1755) fut le premier médecin de Marie Leszczyńska, reine de France, Claude-Adrien fut formé, en vue de faire une carrière financière, par son oncle maternel à Caen, mais la poésie occupait son temps libre. Dès l'âge de vingt-trois ans, à la demande de la reine, il est nommé fermier général, un poste de perception d’impôts qui lui rapporte 100 000 couronnes par an. Ainsi pourvu, il se mit à jouir à plein de la vie, avec l’aide de sa richesse et sa libéralité, de ses goûts littéraires et artistiques, participant, par exemple, aux goguettes de la Société du Caveau, première et deuxième du nom, mais également au Club de l'Entresol progressiste. Il obtint, en 1751, la charge de maître d'hôtel de la reine. En vieillissant, stimulé par le succès de Maupertuis comme mathématicien, de Voltaire comme poète, et de Montesquieu comme philosophe, il commença à rechercher des distinctions plus durables.

Au sein des matérialistes de son siècle, Helvétius développe un sensualisme matérialiste, où l’intérêt seul dirige les jugements et considère l’éducation comme l’élément constitutif principal de l’esprit des humains, qui sont, selon lui, tous susceptibles de s’instruire également.

Il est fortement inspiré par Locke, dont il lit très tôt l’Essai sur l’entendement humain. Ses idées sur la constitution de l’esprit humain en seront nettement influencées. Il veut dépasser cependant toute idée de Dieu en défendant un athéisme relatif. Il considère la croyance en Dieu et en l’âme comme le résultat de notre incapacité à comprendre le fonctionnement de la nature, et voit dans les religions, notamment la religion catholique, un despotisme n’ayant comme but que le maintien de l’ignorance pour une meilleure exploitation des hommes.

Il est souvent présenté comme un physiocrate (il monte une manufacture, fait faillite, puis connaît le succès) et un philosophe matérialiste, (selon Michel Onfray[3]). Or, bien que matérialiste dans sa méthodologie, il est dans sa conception de l'origine un naturaliste déiste[4]. En effet, on trouve dans ses textes plusieurs références à Dieu et à son existence : « l'être suprême », « l’éternel », « le législateur céleste » sont des expressions qui reviennent plusieurs fois dans son ouvrage De l'Homme ; il y définit même Dieu comme étant « la cause encore inconnue de l'ordre et du mouvement ». La raison de cet amalgame est en partie due à la récupération politique de ses textes, qu'il s’agisse de discréditer son œuvre (jésuites, jansénistes, le pape Clément XIII ou encore le pouvoir royal de Louis XV) ou d’en faire un penseur incontournable du socialisme scientifique (marxistes).

Ainsi, si Helvétius est antichrétien, il ne nie pas l’existence d’une force dans la nature et il défend même l’idée d’une philosophie plutôt positive dans cette religion une fois épurée de son fanatisme, superstitions et institutions.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Helvétius était naturaliste déiste dans sa conception générale du monde et un sensualiste. Cependant, d'un point de vue méthodologique, il était matérialiste. Ainsi, selon le sensualisme dans le champ du matérialisme, toutes nos connaissances et nos idées découlent des sensations objectives et immanentes, dont elles ne sont que la combinaison de plus en plus complexe. Le sensualisme s’oppose donc à l’activité spontanée de l’esprit.

Postérité[modifier | modifier le code]

Geneviève Adélaïde Helvétius, comtesse d'Andlau (1754-1817)[5]

Outre la postérité due à sa philosophie, on peut rattacher l’histoire des Idéologues à Helvétius. En effet, ces figures de proue des Lumières de la fin du XVIIIe siècle conduit par Destutt de Tracy, se réunissent régulièrement pendant plus de cinq décennies dans le salon de sa femme Anne-Catherine Helvétius, avec Cabanis qui, dès 1778, s'était installé dans la propriété de l'inconsolable veuve.

Le Château de Voré, Rémalard (Orne)

Leur fille cadette, Geneviève-Adélaïde Helvétius (janvier 1754, paroisse Saint-Roch-20 novembre 1817, château de Voré, Rémalard), épousa, le 27 septembre 1772 à Paris, Frédéric-Antoine-Marc, comte d'Andlau de Hombourg (15 avril 1736, Hombourg-20 juillet 1820- Paris), militaire et homme politique français.

À Paris, la rue Saint-Anne a pris le nom de rue Helvétius de 1792 à 1814. Le légitimiste Albert de Mun est l'un de ses descendants.

Œuvres principales[modifier | modifier le code]

  • De l'esprit (1758) [2]. Accepté par la censure lors de la parution, puis mis à l'index.
  • De l’homme (posthume, 1773). « Ce qui est remarquable dans ce livre d'Helvétius, c'est la manière dont il explique comment les petits évènements de la vie infantile, et, notamment, les facteurs affectifs du milieu familial, peuvent entraîner une différenciation profonde des caractères et des intelligences. Il se montre là indubitablement un précurseur des conceptions freudiennes. » Jean Rostand, 1952.Voir bibliographie.

Rééditions :

  • De l'esprit. Paris [Liège], Durand [Bassompierre], 1759. [À Paris, Chez Durand, Libraire, rue du Foin. M. DCC. LIX. Avec approbation et privilege du Roi.] In-8°, XX, 481, [2 (approbation)], [1 bl.] p. [Édition clandestine publiée après la révocation du privilège ; bibliographie : D. Smith, Bibliography of the writings of Helvétius, E8, pp. 159–163.]
  • De l'homme. Notes explicatives par Gerhardt Stenger. Établissement du texte sur le manuscrit original par David Smith assisté de Harold Brathwaite et de Jonas Steffen. Paris, Champion 2011.

Littérature[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, 1843, Tome 19, page 90 [1]
  2. Généalogie de la famille
  3. « Helvétius, précepteur gauchiste », « Utilitariste anti-kantien » et « La religion d'un mécréant », conférences de Michel Onfray à l'Université populaire de Caen, août 2006. Dont on trouvera les synopsis ici
  4. Pascal Charbonnat, Histoire des philosophies matérialistes, éditions Syllepse, 2007, p339
  5. Portrait par Élisabeth Vigée Le Brun

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Rostand, « La conception de l'homme selon Helvétius et selon Diderot », L'Encyclopédie et le progrès des sciences et des techniques, Centre International de Synthèse, Paris : PUF, 1952, p. 10-19.
  • (en) Ian Cumming, « Helvétius in England », dans Études anglaises, 16, 1963, p. 113-125.
  • Jean-Claude Bourdin, « Helvétius, science de l'homme et pensée politique », dans Corpus. Revue de philosophie, 22/23, 1993, p. 163-179.
  • Roland Desné, « Helvétius, fermier-général. À propos du procès-verbal de sa tournée en Champagne (1738) », dans Beiträge zur französischen Aufklärung und zur spanischen Literatur, Festgabe für W. Krauss zum 70. Geburtstag, Berlin, Akademie-Verlag, 1971, p. 49-81.
  • Michèle Duchet, L’Anthropologie d’Helvétius dans Michèle Duchet, Anthropologie et histoire au siècle des Lumières, Albin Michel, 1995, p. 377-406 [Maspéro, 1971].
  • Madeleine Ferland, « Entre la vertu et le bonheur. Sur le principe d'utilité sociale chez Helvétius », dans Corpus. Revue de philosophie, 22/23, 1993, p. 201-214.
  • Albert Keim, Helvétius. Sa vie et son œuvre d'après ses ouvrages, des écrits divers et des documents inédits, Paris, Alcan, 1907 (rééd. Slatkine, 1970).
  • Roland Krebs, Helvétius en Allemagne ou la tentation du matérialisme, Paris, Champion, 2006 (ISBN 978-2-7453-1450-5)
  • Jean-Louis Longué, Le Système d'Helvétius, Paris, Champion, 2008 (ISBN 978-2-7453-1656-1)
  • Kh. Momdjian, La Philosophie d'Helvétius, Moscou, Éditions en langues étrangères, 1959.
  • Jacques Moutaux, « Helvétius et l’idée d’humanité », dans Olivier Bloch (éd.), Entre forme et histoire, Paris, Méridiens Klincksieck, 1988, p. 229-250.
  • Michel Onfray, Contre-histoire de la philosophie (4) : Les Ultras des Lumières, GLM (Grasset), Paris, 2007 (ISBN 978-2-286-03237-1). Réédition dans le Livre de Poche 2009 (ISBN 978-2-253-08445-7)
  • John C. O'Neal, « Le Principe fécond de la sensibilité physique chez Helvétius », dans Corpus. Revue de philosophie, 14/15, 1990, p. 111-28.
  • David Smith, Peter Allan et Alan Dainard (dir.), Correspondance générale d'Helvétius, University of Toronto Press, 1981-2004 (5 vol.).
  • (en) David Smith, Bibliography of the writings of Helvétius, Ferney-Voltaire, Centre international d’étude du XVIIIe siècle, 2001, (ISBN 2-84559-006-7)

Liens externes[modifier | modifier le code]