Dominique Lecourt

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Dominique Lecourt

Philosophe occidental

Philosophie contemporaine

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Dominique Lecourt dans son bureau à Paris, en avril 2013

Naissance (70 ans)
à Paris (France)
Principaux intérêts bioéthique, biologie, épistémologie, éthique, histoire des sciences, médecine, philosophie des sciences, principe de précaution, progrès, relation entre science et religion
Influencé par Althusser, Gaston Bachelard, Francis Bacon, Georges Canguilhem, Condorcet, Denis Diderot, Épicure, Philosophie des Lumières, Spinoza, Wittgenstein...

Dominique Lecourt est un philosophe et éditeur français né le à Paris. Professeur émérite à l’université Paris Diderot-Paris 7, il appartient à la tradition de l'épistémologie française qui va de Bachelard à Cavaillès, à Canguilhem et Foucault.

Ancien recteur d'académie, président du conseil de surveillance des Presses universitaires de France (PUF), il devient, en juin 2011, président-directeur général de Libris, actionnaire majoritaire de cette maison d'édition universitaire. Membre du haut conseil du Crédit social des fonctionnaires (1996), il est depuis octobre 2009 directeur général de l'Institut Diderot, le fonds de dotation pour le développement de l'économie sociale de Covéa, société de groupe d'assurance mutuelle qui réunit notamment la MAAF, les MMA et la GMF[1], un think tank dont l’ambition est de favoriser une vision prospective sur les grands thèmes qui préoccupent les sociétés contemporaines. Il est également membre du conseil consultatif de la délégation française de la Fondation Calouste-Gulbenkian (2013), vice-président de l'observatoire du principe de précaution, membre du comité éditorial du magazine Books[2] et chroniqueur régulier dans le quotidien La Croix.

Il mène une réflexion sur les formes contemporaines de la pensée scientifique[3] qui vise à contrer aussi bien l’arrogance du scientisme que la technophobie et le catastrophisme tant sur le plan philosophique[4] que politique[5]. Il traite à travers la philosophie des sciences de questions politiques (Lyssenko, histoire réelle d’une « science prolétarienne » ; L’Amérique entre la Bible et Darwin) et éthiques (Contre la peur ; Humain post-humain). Cela requiert parfois un effort d’analyse collective (Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences ; Dictionnaire de la pensée médicale) ou de pédagogie appropriée (« Que sais-je ? » sur La philosophie des sciences et sur Georges Canguilhem). Il développe une conception de la liberté qui prend à rebours aussi bien l’individualisme égoïste que le moralisme libertaire.

Illustration familiale[modifier | modifier le code]

Neveu de Bernard Chenot, ministre de la Santé, puis de la Justice du général de Gaulle, membre du Conseil constitutionnel et secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, Dominique Lecourt est le beau-fils de Jean Kahn, proche collaborateur de François Mitterrand, responsable notamment des questions constitutionnelles à l'Élysée et ancien président de l'Institut François-Mitterrand.

Carrière[modifier | modifier le code]

Ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d'Ulm (1965), agrégé de philosophie (1969), élève de Louis Althusser dont il fut le représentant légal à la suite de la tragédie du 16 novembre 1980, Dominique Lecourt a été également l'élève de Georges Canguilhem qui exerça sur lui une grande influence. Canguilhem dirigea son mémoire de maîtrise sur Gaston Bachelard qu'il fit publier chez Vrin avec un avant-propos en 1969[6]. François Dagognet dirigea sa thèse d'État (L'Ordre et les Jeux, Grasset, 1981).

Dominique Lecourt en mars 2013
Dominique Lecourt en mars 2013 (Paris)

Professeur invité dans de nombreuses universités étrangères (Aarhus, Bergen, Boston, Bruxelles (Chaire Perelman de l’ULB), Dakar, Harvard, Helsinki, Madrid, Medellin, Mexico, Montréal, New York, Tokyo, Yale), il a notamment été expert auprès de la division des droits de l'homme à l’UNESCO (1977 à 1990), conseiller technique au cabinet du ministre de l’Éducation nationale (1984-1985), fondateur avec Jacques Derrida, François Chatelet et Jean Pierre Faye du Collège international de philosophie (1984), administrateur délégué du Centre national d'enseignement par correspondance (1985-1986), recteur d'académie du Centre national d'enseignement à distance (1986-1988), membre du Comité opérationnel d'éthique – sciences de la vie - du CNRS (1993-1998), directeur de l’école doctorale « Savoirs scientifiques : épistémologie, histoire des sciences et didactique des disciplines » (2001-2008), président de la section 17 (philosophie) et président du groupe 4 (sciences humaines) du Conseil national des universités (2003-2007), membre du conseil de surveillance de la Fondation pour l'innovation politique[7] (2004-2008), président du comité consultatif de déontologie et d’éthique de l'Institut de recherche pour le développement (2002-2009), il a créé et dirigé jusqu'en janvier 2012 le Centre Georges-Canguilhem (université Paris Diderot-Paris 7)[8].

Philosophie[modifier | modifier le code]

Dominique Lecourt s’interroge sur les liens existant entre la pensée scientifique qui anime la production des connaissances nouvelles et les autres formes de la pensée – religieuses, juridiques, morales, politiques et artistiques – régissant la vie des êtres humains en société. Il propose dans Contre la peur (1990) une « éthique pour la recherche » qui rende toute sa place à notre bien le plus précieux : l’esprit critique. C’est pour lui la condition pour que la recherche aide l’humanité à transformer son rapport à l’environnement dans le sens d’une liberté plus grande et d’une prospérité moins inégale[9].

Réchauffement climatique[modifier | modifier le code]

Pour Dominique Lecourt « le réchauffement climatique, dont le fait est indéniable, on ne sait pas encore exactement la signification physique réelle, ni la part qu’y prennent les activités humaines : par exemple, la montée brutale des émissions de dioxyde de carbone (CO2) du fait de l’industrie depuis 1940 s’est accompagnée, non d’un réchauffement, mais d’un refroidissement jusqu’au début des années 1970. Le phénomène est donc certainement plus complexe qu’on ne le présente dans les médias. L’alarmisme, dont il est l’occasion, renforce encore le catastrophisme qui désigne la techno-science comme fauteuse de désastre »[10].

Édition[modifier | modifier le code]

Dominique Lecourt est membre du jury du prix Sophie-Barluet, qui a été créé en 2010 par le Centre national du livre. Ce prix est destiné à récompenser l’excellence d’un essai de sciences humaines dont les prémices ont paru dans une revue d’idées (article ou tribune). Il est décerné par un jury composé de personnalités éminentes du monde intellectuel soucieuses de promouvoir une réflexion de qualité sur des questions de société contemporaine.

Président du conseil de surveillance des Presses universitaires de France (PUF), depuis mars 2001[11], Dominique Lecourt a publié depuis plus de trente ans de nombreux ouvrages. En 2004 a notamment été publié sous sa direction aux PUF un Dictionnaire de la pensée médicale (réédité depuis en version poche – « Quadrige ») après le Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences qu’il a dirigé en 1999 et dont une 4e édition augmentée est parue en « Quadrige » en 2006.

Chez le même éditeur, il a codirigé pendant plus de vingt ans, avec le philosophe Étienne Balibar, la collection « Pratiques théoriques », désormais dirigée par les philosophes Bruno Karsenti et Guillaume le Blanc. Cette collection montre la philosophie au travail dans la saisie des questions majeures dont les sciences sociales et humaines ont été appelées à s’emparer. Ces ouvrages de recherche couvrent ainsi un large spectre qui va de l’anthropologie à la théorie politique en passant par l’économie, l’histoire ou la psychanalyse.

Il a créé et dirige depuis 1992 la collection « Science, histoire et société » qui rassemble des travaux originaux portant sur le destin intellectuel et social de la pensée scientifique : formulation des problèmes et formation des concepts scientifiques, incidences économiques, politiques, religieuses, éthiques, voire esthétiques des progrès de la science, sans exclure les questions posées par l’organisation sociale de la recherche et les applications technologiques des résultats obtenus. On y trouve des titres portant sur les pays en développement, les femmes et l’enseignement scientifique, les pandémies, les nouvelles technologies aussi bien que sur le darwinisme et l’eugénisme américains.

Enfin, il a codirigé avec le psychanalyste Pierre Fédida[12] la collection Forum Diderot qui publiait de 1995 à 2002 les interventions faites par différents participants, juristes, philosophes, scientifiques lors de colloques organisés à l'Université Paris Diderot-Paris 7, par le Centre d’études du vivant et l’Association Diderot, qu’il préside depuis 1984. Il avait créé et dirigé de 1988 à 1996 chez Hachette la collection « Questions de science » qui a connu un succès international.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Auteur d'une trentaine d’ouvrages, réédités et traduits notamment en anglais, allemand, espagnol, portugais, coréen, grec, japonais, danois, finlandais, etc.

  • L’Épistémologie historique de Gaston Bachelard (1969, réed. Vrin, Paris, 11e éd. augmentée, 2002 Extraits en ligne).
  • Bachelard, épistémologie, textes choisis (1971, réed. PUF, Paris, 8e éd. 2010).
  • Pour une critique de l’épistémologie : Bachelard, Canguilhem, Foucault (1972, réed. Maspero, Paris, 5e éd. 1980).
  • Une crise et son enjeu (Maspero, Paris, 1973).
  • Bachelard, le jour et la nuit (Grasset, Paris, 1974).
  • Lyssenko, histoire réelle d’une « science prolétarienne » (1976, réed. Quadrige/PUF, 1995).
  • Dissidence ou révolution ? (Maspero, Paris, 1978).
  • L’Ordre et les Jeux (Grasset, Paris, 1981).
  • La Philosophie sans feinte (Albin Michel, Paris, 1982).
  • Contre la peur (1990, 5e réed. Quadrige/PUF, 2011).
  • L’Amérique entre la Bible et Darwin, suivi de Intelligent design : science, morale et politique'' (1992, 3e réed. Quadrige/PUF, 2007).
  • À quoi sert donc la philosophie ? Des sciences de la nature aux sciences politiques (PUF, Paris, 1993).
  • Les Infortunes de la raison (Vents d’Ouest, Québec, 1994).
  • Prométhée, Faust, Frankenstein : Fondements imaginaires de l’éthique (1996, rééd.Livre de Poche/Biblio Essai, 1998).
  • L’Avenir du progrès (Editions Textuel, Paris, 1997).
  • Déclarer la philosophie (PUF, Paris, 1997).
  • Le Rapport bleu. Les sources historiques et théoriques du Collège International de Philosophie, François Châtelet, Jacques Derrida, Jean-Pierre Faye et Dominique Lecourt (PUF, coll. « Bibliothèque du Collège international de philosophie », Paris, 1998).
  • Science, Philosophie et Histoire des sciences en Europe, sous la direction de D. Lecourt (1998, réed. European Commission, Bruxelles, 1999).
  • Encyclopédie des sciences, sous la direction de D. Lecourt (Livre de Poche, Paris, 1998).
  • Les Piètres penseurs (Flammarion, Paris, 1999).
  • Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences, sous la direction de D. Lecourt (1999, 4e réed. Quadrige/PUF, Paris, 2006).
  • Sciences, Mythes et Religions en Europe, sous la direction de D. Lecourt (European Commission, Bruxelles, 2000).
  • Rapport au ministre de l’Éducation nationale sur l’enseignement de la philosophie des sciences (2000) : [1]
  • La Philosophie des sciences (2001, 5e réed. PUF/Que sais je ?, Paris, 2010). (ISBN 978-2-13-058053-9).
  • Humain post-humain (2003, réed. PUF/Quadrige, Paris, 2011).
  • Dictionnaire de la pensée médicale, sous la direction de D. Lecourt (2004, réed. PUF/Quadrige, Paris, 2004) (ISBN 2-13-053960-2).
  • Bioéthique et Liberté en collaboration avec Axel Kahn (PUF/Quadrige essai, Paris, 2004).
  • La Science et l'Avenir de l'homme, sous la direction de D. Lecourt (PUF/Quadrige essai, Paris, 2005).
  • L’Erreur médicale, sous la direction de C. Sureau, D. Lecourt, G. David (PUF/Quadrige essai, Paris, 2006).
  • Georges Canguilhem (PUF/Que sais je ?, Paris, 2008) (ISBN 2-13-053861-4).
  • Charles Darwin. Origines - Lettres choisies 1828-1859, introduction et édition française dirigée par D. Lecourt (Bayard, Paris, 2009). (ISBN 978-2-227-47843-5).
  • L'âge de la peur : Science, éthique et société (Bayard, Paris, 2009). (ISBN 978-2-227-47850-3).
  • La mort de la clinique ?, sous la direction de D. Lecourt, G. David, D. Couturier, J-D. Sraer, C. Sureau (PUF/Quadrige essai, Paris, 2009). (ISBN 978-2-13-057973-1).
  • La santé face au principe de précaution, sous la direction de D. Lecourt (2009, réed. PUF, Paris, 2010). (ISBN 978-2-13-057721-8).
  • Politique de santé et principe de précaution, sous la direction de A. Aurengo, D. Couturier, D. Lecourt et M. Tubiana (PUF/Quadrige essai, Paris, 2011). (ISBN 978-2-13-058986-0).
  • Diderot. Passions, sexe, raison (PUF, Paris, 2013). (ISBN 978-2130620730).

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

Dominique Lecourt est à l'origine de la locution « épistémologie historique » pour désigner la philosophie des sciences de Bachelard ; cette locution figure pour la première fois dans le titre de son mémoire de maîtrise publié, avec un avant-propos de Canguilhem (L’épistémologie historique de Gaston Bachelard (1969, rééd., 11e éd., Vrin, 2002).

Il a utilisé le terme « cybérie » pour désigner les accros du Web qui y passent leurs jours et leurs nuits afin d’échapper au contact physique avec leurs prochains (« Le savoir en cybérie », in Le Monde de l’éducation, no 247, avril 1997, p. 30-31), ceux que l'on appelle aujourd'hui les « no life ».

Scénariste[modifier | modifier le code]

  • « La Grande Histoire du cerveau », film documentaire de Philippe Calderon et Dominique Lecourt, premier épisode de la collection, « Défis et Histoire des Sciences » écrite par Dominique Lecourt, première diffusion septembre 2006 sur France 5.
  • « La Grande Histoire du gène », film documentaire de Philippe Picart, Jérôme Lambert et Dominique Lecourt, deuxième épisode de la collection, « Défis et Histoire des Sciences » écrite par Dominique Lecourt, première diffusion septembre 2006 sur France 5.
  • « La Grande Histoire des cartes », film documentaire d’Eric Wastiaux et Dominique Lecourt, troisième épisode de la collection, « Défis et Histoire des Sciences » écrite par Dominique Lecourt, première diffusion septembre 2006 sur France 5.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Argus de l'assurance, 23 octobre 2009; Paris Match, 22 octobre 2009; Le Monde, 21 octobre 2009; L'Argus de l'assurance.com, 19 octobre 2009; La Tribune, 19 octobre 2009; La Croix, 16 octobre 2009; Le Figaro, 29 août 2009; La Tribune, 30 avril 2009 Voir en ligne
  2. www.booksmag.fr
  3. « Un entretien avec Dominique Lecourt. Les développements actuels des sciences conduisent de nouveau à des interrogations philosophiques », Le Monde, 1er juin 1993 Lire en ligne
  4. « Les OGM et les nouveaux vandales », François Ewald et Dominique Lecourt, Le Monde, 4 septembre 2001; Pour un catastrophisme éclairé. Quand l'impossible est certain de Jean-Pierre Dupuy, Seuil, 2002; Jean-Christophe Mathias, Politique de Cassandre - Manifeste républicain pour une écologie radicale, Sang de la Terre, 2009
  5. Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, de René Riesel et Jaime Semprun, Encyclopédie des Nuisances, 2008.
  6. Dominique Lecourt, L'Épistémologie historique de Gaston Bachelard, avant-propos de Georges Canguilhem, Paris, Vrin, 1969.
  7. « La Fondation chiraquienne sera financée par des fonds publics et l'argent des entreprises », Le Monde, 28 avril 2004 Lire en ligne
  8. « Création d'un institut de la pensée contemporaine », Le Monde, 31 mai 2002 Lire en ligne
  9. Chronique parue dans le supplément « Objectif Terre 2050 » de La Recherche de janvier 2008
  10. La Recherche, n° 415, cahier spécial «Objectif Terre 2050», janvier 2008, p. 97
  11. « Dominique Lecourt, président du conseil de surveillance des PUF », Le Monde, 6 avril 2001 Lire en ligne
  12. La psychanalyse perd Pierre Fédida, Libération, 7 novembre 2002

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]