Eugénie de Montijo

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Eugénie de Montijo

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Portrait de l’Impératrice Eugénie
par Franz Xaver Winterhalter (1864).

Titre

Impératrice des Français

30 janvier 18531er mars 1871
(&&&&&&&&&&&0660418 ans, 1 mois et 1 jour)

Prédécesseur Marie-Amélie de Bourbon-Siciles (reine des Français)
Successeur Titre supprimé
Biographie
Titulature Marquise d’Ardales, de Moya, et d’Osera
Vicomtesse de la Calzada
Comtesse d’Ablitas, de Teba, de Baños, de Mora, de Montijo, et de Santa Cruz de la Sierra
Nom de naissance María Eugenia Ignacia Augustina de Guzman Palafox y Portocarrero[1]
Naissance 5 mai 1826
Grenade (Espagne)
Décès 11 juillet 1920 (à 94 ans)
Madrid (Espagne)
Père Cipriano Palafox y Portocarrero
Mère María Manuela Kirkpatrick de Closeburn y de Grevignée (es)
Conjoint Napoléon III
Enfants Louis-Napoléon Bonaparte
Résidence Palais des Tuileries
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Consorts français

María Eugenia de Guzman Palafox Portocarrero y Kirkpatrick de Closeburn, marquise d’Ardales, marquise de Moya, comtesse de Teba, comtesse de Montijo — dite « Eugénie de Montijo » —, née le 5 mai 1826 à Grenade et décédée le 11 juillet 1920 au palais de Liria à Madrid, est une personnalité politique française d’origine espagnole.

Épouse de Napoléon III, empereur des Français, et donc impératrice du 30 janvier 1853 au 4 septembre 1870, elle était considérée comme une des plus belles femmes de son époque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

La famille impériale en 1865

Eugénie est née à Grenade en Espagne le 5 mai 1826 au 12 de la calle de Gracia[2]. Elle est la fille cadette du comte et de la comtesse de Teba.

Son père, don Cipriano de Palafox y Portocarrero (1784-1839), comte de Teba, le frère cadet du comte de Montijo - dont il reprendra plus tard le titre - s'était rallié à la France sous le Premier Empire. Officier d'artillerie, à la tête des élèves de l'École polytechnique, il participa à la bataille de Paris en 1814 et fut fait Grand d'Espagne en 1834.

Au regard du peuple espagnol, il est un « afrancesado », c'est-à-dire quelqu'un qui, pendant la Guerre d'indépendance espagnole, a pris le parti de la France bonapartiste, par souci de modernité[réf. souhaitée], aussi sa fille est éduquée dans le culte napoléonien.

Sa mère, María Manuela Kirkpatrick de Closbourn y de Grévignée (en) (1794-1879), une aristocrate mi-écossaise mi-espagnole, est la fille de l'Écossais William Kirkpatrick (en), qui fut notamment consul des États-Unis à Malaga et la nièce du comte Mathieu de Lesseps.

La famille Kirkpatrick (en) fut admise dans l'aristocratie espagnole[réf. souhaitée] et était apparentée à la noblesse écossaise de Closeburn (en).

La sœur aînée de la future impératrice, María Francisca de Sales (24 janvier 1825 – 16 septembre 1860), connue sous le nom de Paca, hérita du titre Montijo et d'autres titres familiaux ; elle épousa en 1849 le duc d'Albe, propriétaire entre autres immenses biens, du palais Liria à Madrid, où mourut l'ex-impératrice soixante ans après sa sœur.

Fuyant les remous des guerres carlistes, sa mère la comtesse de Montijo emmène dès 1834 ses deux filles en France, notamment dans la station balnéaire de Biarritz, la future impératrice en fera sa villégiature après y avoir séjourné deux mois en 1854 et Napoléon III lui construira un palais[3].

Eugénie, comtesse de Teba, est éduquée à Paris au couvent du Sacré-Cœur, où elle reçoit la formation traditionnelle de l'aristocratie catholique de l'époque. Sa mère, devenue veuve en 1839, confie l'instruction de ses deux jeunes filles, Paca et Eugénie, à Stendhal, qui leur enseigne l’histoire, essentiellement des anecdotes sur le règne de Napoléon, qu'il a connu, et à son grand ami Mérimée, qui se charge du français[4],[5] et qui restera d'ailleurs toute sa vie proche d'Eugénie.

Mariage[modifier | modifier le code]

L'impératrice Eugénie

En 1849, elle fait la connaissance du président de la République française dans l'hôtel de Mathilde Bonaparte, puis lors de réceptions à l'Élysée. Dès leur rencontre celui qui n'est alors que "le Prince-Président" est séduit. Le siège qu'il entreprend auprès d'Eugénie dure deux ans, sa cour assidue lors de séjours au château de Compiègne étant à l'origine de l'épisode du « trèfle de Compiègne »[6]. Les familiers de l'empereur sont au début assez partagés envers la comtesse espagnole, certains souhaitant que l'Empereur se lie avec une famille régnante, comme autrefois Napoléon avec Marie-Louise.

Cependant, les souverains européens, même ceux apparentés au nouvel empereur, sont fort peu enclins à donner une de leurs filles en mariage à un empereur au trône mal assuré et qu'ils regardent comme un parvenu voire un aventurier;

Le 12 janvier 1853, un incident lors d'un bal aux Tuileries, où la jeune Espagnole se fait traiter d'aventurière par l'épouse d'un ministre, précipite la décision de Napoléon III de demander Eugénie en mariage alors qu'il vient de mettre un terme à sa relation avec Miss Howard[7].

Aux Tuileries, dans sa communication[8] du 22 janvier 1853 devant le Sénat, le Corps législatif et le Conseil d'État, l'empereur déclare :

« Celle qui est devenue l'objet de ma préférence est d'une naissance élevée. Française par le cœur, par l'éducation, par le souvenir du sang que versa son père pour la cause de l'Empire, elle a, comme Espagnole, l'avantage de ne pas avoir en France de famille à laquelle il faille donner honneurs et dignités. Douée de toutes les qualités de l'âme, elle sera l'ornement du trône, comme, au jour du danger, elle deviendrait un de ses courageux appuis. Catholique et pieuse, elle adressera au ciel les mêmes prières que moi pour le bonheur de la France ; gracieuse et bonne, elle fera revivre dans la même position, j'en ai le ferme espoir, les vertus de l'Impératrice Joséphine. (...) Je viens donc, Messieurs, dire à la France : J'ai préféré une femme que j'aime et que je respecte, à une femme inconnue dont l'alliance eût eu des avantages mêlés de sacrifices. Sans témoigner de dédain pour personne, je cède à mon penchant, mais après avoir consulté ma raison et mes convictions. »

L'acte du mariage civil est enregistré au palais des Tuileries dans la Salle des Maréchaux, le 29 janvier 1853 à 20 heures. Le mariage religieux suivra à Notre-Dame de Paris le 30 janvier 1853. Pour cette occasion, l'empereur signe 3 000 ordres de grâce et fait savoir que toutes les dépenses du mariage seraient imputées sur le budget de sa liste civile alors qu'Eugénie refuse une parure de diamants offerte par la ville de Paris et demande que la somme correspondante soit consacrée à la construction d'un orphelinat[9], qui sera édifié sur l'emplacement de l’ancien marché à fourrages du Faubourg Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris.

C'est l’architecte Jacques Hittorff qui sera chargé de sa conception, il donnera aux bâtiments la forme d’un collier; l'école inaugurée le 28 décembre 1856, prendra le nom de Maison Eugène-Napoléon en l’honneur du jeune Louis-Napoléon Bonaparte (1856-1879), né en 1856.

Eugénie et son fils unique, prince impérial, en 1862

La lune de miel a lieu au parc de Villeneuve-l'Étang, à Marnes-la-Coquette, au cœur du Domaine National de Saint-Cloud, domaine acquis par le futur empereur; quelques semaines plus tard, l'impératrice est enceinte, mais perd l'enfant après une chute de cheval.

Une nouvelle grossesse n'intervient que deux ans plus tard, au début de l'été 1855. Louis Napoléon, fils unique de Napoléon III et d’Eugénie, naît le 16 mars 1856[10]. L’événement est encore l’occasion pour Napoléon III d’annoncer une nouvelle amnistie pour les proscrits du 2 décembre, alors que 600 000 habitants de Paris (un Parisien sur deux) se cotisent pour offrir un cadeau à l’impératrice[11]. Le 17 au matin, une salve de cent un coups de canon annonce ce grand événement au pays. L'empereur a décidé qu'il serait parrain et l'impératrice marraine de tous les enfants légitimes nés en France en cette journée du 16 mars, qui au nombre de 3000, furent pensionnés…

« L'impératrice venait de remplir sa principale mission. Elle avait donné à son époux un fils, et à l'Empire un héritier. L'enfant était né un jour de triomphe, le jour des Rameaux... Ce qui charmait surtout l'heureuse mère, c'est que cet enfant si désiré était non seulement un fils de France, mais un fils de l'église et que, filleul du Pape, la bénédiction du Saint-Père planait sur son berceau[12]. »

Le 17 juillet suivant, l'empereur rédige à Plombières-les-Bains les dispositions concernant la régence[13], qu'il confie à l'impératrice.

« (article 2)- Si l'Empereur mineur monte sur le Trône sans que l'Empereur son père ait disposé, par acte rendu public avant son décès, de la Régence de l'Empire, l'Impératrice Mère est Régente et a la garde de son fils mineur. »

Impératrice[modifier | modifier le code]

Personnalité[modifier | modifier le code]

L'impératrice Eugénie par Winterhalter (1854)

Surnommée Badinguette par les opposants à l'Empire (en référence au sobriquet donné au futur empereur à la suite de sa célèbre évasion du fort de Ham, avec le concours d'Henri Conneau, déguisé avec la veste de travail d'un maçon de ce nom), ces derniers prétextent de son âge avancé de vingt-sept ans et de sa beauté qui a tourné bien des têtes pour lui faire une mauvaise réputation. Victor Hugo ose même écrire: « l'Aigle épouse une cocotte » et une épigramme malveillante et anonyme a couru dans Paris :

« Montijo, plus belle que sage,
De l'empereur comble les vœux :
Ce soir s'il trouve un pucelage,
C'est que la belle en avait deux[14]... »

D'une beauté éclatante selon les canons de l'époque, elle avait acquis une grande liberté d'allure, était passionnée et séductrice, voire provocante, avec retenue.

Son culte sentimental pour Marie-Antoinette est illustré par le portrait en robe « à paniers » par Franz Xaver Winterhalter (92,7 x 73,7 cm, Metropolitan Museum of Art, New York), reproduit ci-joint; son peintre favori exécuta aussi en 1862 le portrait de sa sœur la duchesse d'Albe, et son propre portrait qu'elle offrit à son beau-frère, qui fut placé dans le "salon des Miniatures" du Palais Liria à Madrid, où elle aimait se tenir.

Maxime du Camp dans ses souvenirs la dépeint ainsi :

« ...Je dirais volontiers : « c'était une écuyère ». Il y avait autour d'elle comme un nuage de cold cream, de patchouli ; superstitieuse, superficielle, ne se déplaisant pas aux grivoiseries, toujours préoccupée de l'impression qu'elle produisait, essayant des effets d'épaules et de poitrine, les cheveux teints, le visage fardé, les yeux bordés de noir, les lèvres frottées de rouge, il lui manquait, pour être dans son vrai milieu, la musique du cirque olympique, le petit galop du cheval martingalé, le cerceau que l'on franchit d'un bond et le baiser envoyé aux spectateurs sur le pommeau de la cravache. »

Le jeune Julien Viaud (l'écrivain Pierre Loti), qui la vit passer un jour à Paris dans une voiture découverte, en garda un souvenir ébloui, qu'il évoquera dans ses souvenirs.

Influence politique[modifier | modifier le code]

Sur le plan politique, catholique ultramontaine, elle veut que la France soutienne le pape Pie IX par les armes (création du corps des zouaves pontificaux), alors que Napoléon III était favorable à la libéralisation des autres États italiens.

Elle soutient contre les Anglais le projet français d'ouverture du canal de Suez, et en 1869 après un passage à Istanbul, une visite officielle qui a marqué les relations franco-turques pendant de longues années, elle alla l'inaugurer en personne avec les principaux monarques européens dont l'empereur François-Joseph.

Le palais de Beylerbeyi, au bord du Bosphore, est construit spécifiquement pour l'accueillir pendant le séjour durant lequel elle visite, parmi tant d'autres lieux, le patriarcat arménien catholique et le lycée Saint-Benoît.

Elle pousse à l'invasion du Mexique, son entourage y voyant la perspective de l'émergence d'une grande monarchie catholique, modèle régional capable de contrer la république protestante des États-Unis et, par effet de dominos, de procurer des trônes pour les princes européens[15]. Cette aventure se solde par un désastre. Elle prend parti pour l'Autriche, et contre la Prusse, ce qui fait le jeu du ministre-président de Prusse, le comte de Bismarck. Par ailleurs, elle est régente de l'Empire lors du voyage de l'empereur en Algérie en 1865 et en juillet 1870, après la déclaration de guerre et la capture de son mari par les Prussiens, elle essaye de gérer de son mieux la débâcle.

Les archives du ministère de la Maison de l'Empereur, sous Napoléon IIII, qui évoquent largement les interventions de l'impératrice Eugénie, notamment dans le domaine social et dans le domaine artistique, sont conservées aux Archives nationales dans la sous-série O/5[16].

Protectrice des arts[modifier | modifier le code]

L'impératrice Eugénie par Jean-Auguste Barre

Durant la période de l'Empire autoritaire et dans une moindre mesure dans les années 1860, le domaine des arts et des lettres est soumis à la censure. Prêché par l'Église, le retour à l'ordre moral, appuyé par l'impératrice Eugénie, est l'une des préoccupations du régime.

Dans la vie culturelle de la cour et de la France, elle participe à la création du style Napoléon III (poirier noirci torsadé et incrustations de nacre …), basé essentiellement sur l'inspiration, voire la copie, des styles passés, soutient son vieil ami Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, fait en 1853 sénateur, puis commandeur et grand officier de la Légion d'honneur, Winterhalter, Waldteufel, Offenbach

« Vers 1865, l'achèvement par Lefuel des salons de l'impératrice aux Tuileries, dans le goût Louis XVI, créé un courant marqué en faveur du style Trianon (...) Le Louis XVI-Impératrice pénètre dans tous les intérieurs élégants. Pour la première fois depuis la duchesse de Berry, une volonté féminine impose ses préférences mobilières (...) Eugénie a vraiment la passion de Marie-Antoinette. Non seulement elle dépouille à son usage personnel le Garde-Meuble et même le musée du Louvre de leurs plus beaux meubles Louis XVI, mais elle en fait acheter sur sa cassette. Elle en meuble ses appartements privés aux Tuileries, à Saint-Cloud, à Compiègne, où les chefs-d'œuvre d'Oeben, de Beneman, de Riesener, voisinent sans vergogne avec les confortables et les poufs capitonnés (..) elle commande à ses ébénistes des imitations qu'on pourrait qualifier d'admirables si des copies, mêmes parfaites, pouvaient avoir valeur d'originaux. Georges Grohé lui fournit les meilleures" [17]. »

"Confondant" souvent le mobilier national avec ses biens personnels, elle en réclamera après le passage de l'Empire à la République :

« (...) A la création du second Empire, les collections du Mobilier furent rattachées à la Liste civile et de ce fait résulta la fiction qu'elle appartenaient à l'empereur (...). C'est ainsi que l'impératrice, lors de la liquidation de la Liste civile, put revendiquer sept tapisseries du Don Quichotte, à fond jaune, qui décoraient sa villa de Biarritz et qui lui furent abandonnées moyennant l'indemnité dérisoire de cent francs chacune : elles se vendraient aujourd'hui cent mille francs pièce" [18]. »

Dans son Journal d'un officier d'ordonnance / juillet 1870 - février 1871 (Paris, 1885) un certain Maurice d'Hérisson dit avoir "déménagé" une partie des appartements de l'impératrice aux Tuileries en septembre 1870.

"A la suppression du musée des Souverains en 1873, des objets donnés par Napoléon III furent revendiqués par la famille (…). Les biens français du couple impérial ayant été mis sous séquestre en septembre 1870 - objet d'un litige qui ne fut réglé qu'en 1924 - il fut ensuite restitué à l'ex-impératrice des tableaux et des sculptures dont une partie fut vendue à Drouot dès 1881, et un grand nombre d'autres, envoyées en Angleterre, furent aliénées après sa mort en 1921, 1922 (tableaux) et 1927 (le contenu de Farnborough hill)". (Catherine Granger, "l'Empereur et les arts - la Liste Civile de Napoléon III", École des Chartes, 2005).

Parmi les œuvres restituées à l'ex-impératrice une partie fut vendue à Drouot dès 1881. Un grand nombre d'autres furent envoyées en Angleterre et aliénées après sa mort (cf.plus bas); quelques-unes avaient été données ou furent rachetées en 1881 par Firmin Rainbeaux (ou Raimbeaux ?), ancien écuyer de l'empereur - et qui lui ressemblait physiquement - à qui Carpeaux avait offert en 1867 son buste en marbre (coll. Fabius frères en 2011), et se retrouvèrent dans la vente après décès de son fils Félix à Drouot où, le 22 octobre 1936, les musées nationaux mandatèrent Élie Fabius pour acquérir la suite de douze aquarelles de Fortuné et de Fournier représentant des vues intérieures des palais des Tuileries, Saint-Cloud et Fontainebleau, divers objets dus à Biennais provenant de la reine Hortense, et des accessoires de sellerie…mais l'antiquaire ne put acheter qu'en 1937 le buste de Napoléon III par Galbrunner d'après Iselin qui fut exposé dans la Galerie d'Apollon du Louvre avant d'être restitué à son épouse, qui l'offrit à Rainbeaux (musée d'Orsay - cf. Olivier Gabet, Élie Fabius, un marchand entre deux Empires, Skira Flammarion, 2011, p. 115 et suiv.).

On cite l'échange verbal de 1869 entre Eugénie et l'architecte Charles Garnier présentant au couple impérial la maquette du nouvel opéra parisien :

« Mais cela ne ressemble à rien, Monsieur Garnier, cela n'a pas de style !
C'est du... Napoléon III, Madame [19]! »

Eugénie et « la coquette »[modifier | modifier le code]

Eugénie de Montijo, appréciant fortement le village proche du lieu de sa lune de miel avec Napoléon III (parc de Villeneuve-l'Étang, territoire de la commune de Marnes-lès-Saint-Cloud), baptisa la commune avec le qualificatif « la coquette » et supprima le qualificatif « lès-Saint-Cloud ». D'ailleurs, l'église du village a été construite en son honneur et baptisée en son nom.

Coquette, elle lance la mode au Second Empire, abandonnant notamment la crinoline à la fin des années 1860 au profit de la tournure, sous l'influence de Charles Frederick Worth, couturier en faveur à la Cour.

Place des femmes[modifier | modifier le code]

Ses amitiés dans la mouvance saint-simonienne lui donnent l'occasion de faire avancer la cause des femmes. Elle est personnellement intervenue en faveur de Julie-Victoire Daubié pour la signature de son diplôme du baccalauréat[20] ainsi que pour la remise de la Légion d'honneur au peintre Rosa Bonheur[21]. Elle obtient que Madeleine Brès puisse s'inscrire en faculté de médecine.

Bijoux[modifier | modifier le code]

L'impératrice Eugénie parée d'un diadème de perles, de bracelets et colliers.

L'impératrice possédait une des plus importantes collections de bijoux de son temps ; Catherine Granger (op.cit.) rappelle que ses achats ont été globalement estimés à l'énorme somme de 3 600 000 francs, somme à rapprocher des 200 000 francs consacrés à l'achat d'œuvres d'art pour sa collection personnelle.

Charles Tiffany, qui avait déjà acquis en 1848 les joyaux de la Couronne de France, acheta au gouvernement la majeure partie des bijoux de l'ex-impératrice (Stuart Greespan, « Histoire d'une légende », « Vogue Décoration » no 11, septembre 1987, p. 162-163 - reproduisant une de ses broches en émeraude, diamants et perles devant son écrin) et les revendit aux dames de la haute société américaine.

La plupart d'entre eux ont ensuite appartenu à Aimée de Heeren[22],[23], qui collectionnait des bijoux et s'intéressait en même temps à la vie de l´impératrice.

Les deux femmes furent considérées comme les « Reines de Biarritz » car elles passèrent l´été sur la côte Basque, l´impératrice dans la « Villa Eugénie », aujourd'hui Hôtel du Palais que lui fit construire Napoléon III en 1854 - édifice reconstruit et agrandi en 1903, dont le plan est en forme de « E » majuscule - Aimée de Heeren séjourna elle dans la villa « La Roseraie ».

D'autres bijoux de l'impératrice se trouvent au Louvre, entre autres le diadème de perles (en argent doublé or, 212 perles d'Orient et 1998 diamants[24]) réalisé par le joailler Alexandre-Gabriel Lemonnie et qui appartenait auparavant à un ami d'Aimée de Heeren, le prince von Thurn und Taxis, possesseur par héritage d'un très important patrimoine artistique.

Chute[modifier | modifier le code]

Le prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, petit-fils de la grande-duchesse de Bade Stéphanie de Beauharnais, était un cousin de l'empereur mais aussi un prince prussien.

Les tensions avec la Prusse ressurgissent à propos de la succession d'Espagne quand le prince Léopold de Hohenzollern dont le frère a été élu prince souverain de Roumanie en 1866, se porte candidat le 21 juin 1870 au trône d'Espagne, vacant depuis deux ans[25].

Un Hohenzollern sur le trône espagnol placerait la France dans une situation d'encerclement similaire à celui que le pays avait vécu à l'époque de Charles Quint. Cette candidature provoque des inquiétudes dans toutes les chancelleries européennes. En dépit du retrait de la candidature du prince le 12 juillet 1870, ce qui constitue sur le moment un succès de la diplomatie française[26], le gouvernement de Napoléon III, pressé par les belliqueux de tous bords (la presse de Paris, une partie de la Cour, les oppositions de droite et de gauche[27]), exige un engagement écrit de renonciation définitive et une garantie de bonne conduite de la part de Guillaume Ier.

Le roi de Prusse confirme la renonciation de son cousin sans se soumettre à l'exigence française. Cependant, pour Bismarck, une guerre contre la France est le meilleur moyen de parachever l'unification allemande. La version dédaigneuse qu'il fait transcrire dans la dépêche d'Ems de la réponse polie qu'avait faite Guillaume de Prusse confine au soufflet diplomatique pour la France, d'autant plus qu'elle est diffusée à toutes les chancelleries européennes[28].

Tandis que la passion anti-française issu du premier empire français embrase les différents royaumes, grand-duchés et principautés Allemands, la presse et la foule parisiennes réclament la guerre[27]. Bien que tous deux personnellement favorables à la paix et à l'organisation d'un Congrès pour régler le différend, Ollivier et Napoléon III, qui ont finalement obtenu de leur ambassadeur la version exacte de ce qui s'était passé à Ems, se laissent dépasser par les partisans de la guerre, dont l'impératrice Eugénie, mais aussi de ceux qui veulent une revanche sur l'Empire libéral[29]. Les deux hommes finissent par se laisser entraîner contre leur conviction profonde[30]. Même s'il est de nature pacifique[29], Napoléon III est cependant affaibli par ses échecs internationaux antérieurs et a besoin d'un succès de prestige[29] avant de laisser le trône à son fils. Il n'ose pas contrarier l'opinion majoritairement belliciste, exprimée au sein du gouvernement et au parlement, y compris chez les républicains[31], décidés à en découdre avec la Prusse, alors que quelques semaines plus tôt il avait hésité à s'opposer à la décision d'Ollivier de réduire le contingent militaire, et ce malgré les avertissements lucides de Thiers[25].

Le cimetière de Saint Privat par Alphonse de Neuville.
Napoléon III lors de la bataille de Sedan par le peintre allemand Wilhelm Camphausen.
Napoléon III et Otto von Bismarck, après la défaite de Sedan, entrevue avec Bismarck à Donchery 1870 (peinture de 1878).

La guerre est déclarée le 19 juillet 1870 ; quand Napoléon III vint l'annoncer à ses proches se trouvant au château de Bagatelle à Paris, devant la joie manifestée par son épouse dansant avec son fils, leur ami le richissime collectionneur marquis d'Hertford aurait dit : « Cette femme nous mène à la ruine ! »

De fait, l'armée prussienne a d'ores et déjà l'avantage en hommes (plus du double par rapport à l'armée française), en matériels (le canon Krupp) et même en stratégie, celle-ci ayant été élaborée dès 1866[28].

Les premiers revers d'août 1870 sont imputés à Napoléon III et à Ollivier, ce qui fournit à la Chambre l'occasion de renverser le Premier ministre à une écrasante majorité, le 9 août 1870, laissant l'empereur seul sur la ligne de front, qu'elle soit politique ou militaire.

Pendant que Napoléon III cherche « la mort sur le champ de bataille »[32], l'impératrice, régente, nomme le bonapartiste autoritaire Cousin-Montauban, comte de Palikao, à la tête du gouvernement. Sous la pression de sa femme Napoléon III renonce à se replier sur Paris et marche vers Metz au secours du maréchal Bazaine encerclé[33].

Ses troupes sont elles-mêmes alors encerclées à Sedan ; le 2 septembre, n'ayant pu trouver la mort au milieu de ses hommes, Napoléon III dépose les armes au terme de la bataille de Sedan et tente de négocier les clauses de la capitulation avec Bismarck près du village de Donchery. Le lendemain l'empereur, désormais prisonnier, se rend en Belgique à Bouillon. Il prend ensuite le train pour être interné au château de Wilhelmshöhe à Kassel en Allemagne[34].

Le 4 septembre, la foule envahit le Palais Bourbon tandis que l'impératrice se réfugie chez le docteur Thomas W. Evans, son dentiste américain, qui organise sa fuite vers l'Angleterre[35]. Le gouverneur de Paris, Trochu, reste passif et le régime impérial ne trouve guère de défenseurs, les soutiens traditionnels qu'étaient l'armée et la paysannerie étant trop loin, le traumatisme lié à la capitulation et à la captivité de l'empereur trop important et la pression populaire à Paris et dans les grandes villes trop forte[36].

Des députés (dont Léon Gambetta et Jules Simon) se rendent à l'hôtel de ville de Paris et y proclament la République ; un gouvernement provisoire qui prend le nom de Gouvernement de la Défense nationale est alors formé[37].

Lettre du roi de Prusse Guillaume Ier[modifier | modifier le code]

Le 23 octobre 1870, l'ex-impératrice, réfugiée en Angleterre, écrit au roi de Prusse Guillaume Ier en tentant de l'amener à renoncer à l'Alsace ; dès le 26, le souverain allemand répond par un refus.

« Madame,

J'ai revu la lettre que Votre Majesté a bien voulu m'adresser et qui a évoqué des souvenirs du passé que je ne puis me rappeler sans regrets !
Personne plus que moi ne déplore le sang versé dans cette guerre qui, Votre Majesté le sait bien, n'a pas été provoquée par moi.
Depuis le commencement des hostilités ma préoccupation constante a été de ne rien négliger pour rendre à l'Europe les bienfaits de la paix, si les moyens m'en étaient offerts par la France. L'entente aurait été facile tant que l'Empereur Napoléon s'était cru autorisé à traiter et mon gouvernement n'a même pas refusé d'entendre les propositions de Jules Favre et de lui offrir les moyens de rendre la paix à la France. Lorsque à Ferrière des négociations parurent être entamées au nom de Votre Majesté, on leur a fait un accueil empressé et toutes les facilités furent accordées au Maréchal Bazaine pour se mettre en relation avec Votre Majesté, et quand le général Boyer vint ici il était possible encore d'arriver à un arrangement si les conditions préalables pouvaient être remplies sans délai. Mais le temps s'est écoulé sans que les garanties indispensables pour entrer en négociations eussent été données.
J'aime mon pays comme vous, Madame, vous aimez le vôtre, et par conséquent je comprends les amertumes qui remplissent le cœur de Votre Majesté et j'y compatis bien sincèrement. Mais, après avoir fait d'immenses sacrifices pour sa défense, l'Allemagne veut être assurée que la guerre prochaine la trouvera mieux préparée à repousser l'agression sur laquelle nous pouvons compter aussitôt que la France aura réparé ses forces et trouvé des alliés. C'est cette considération seule, et non le désir d'agrandir une patrie dont le territoire est assez grand, qui me force à insister sur des cessions de territoires, qui n'ont d'autre but que de reculer le point de départ des armées françaises qui, à l'avenir, viendront nous attaquer.
Je ne puis juger si Votre Majesté était autorisée à accepter au nom de la France les conditions que demande l'Allemagne, mais je crois qu'en le faisant Elle aurait épargné à sa patrie bien des maux et l'aurait préservée de l'anarchie qui aujourd'hui menace une nation dont l'Empereur pendant vingt ans avait réussi à développer la prospérité.
Veuillez croire, Madame, aux sentiments avec lesquels je suis de Votre Majesté le bon frère
Guillaume
Versailles, le 26 octobre 1870 »

47 ans plus tard, en 1917, sous l'influence des États-Unis, les Alliés firent savoir à la France qu'il n'était pas question de lui restituer de façon inconditionnelle l'Alsace-Lorraine qu'ils considéraient comme un territoire allemand ; même les socialistes français partageaient ce point de vue[38].

C'est alors que l'ex-impératrice écrivit[39] à Clemenceau pour lui apprendre l'existence de cette lettre qu'elle lui céda en 1918 par l'entremise d'Arthur Hugenschmidt[40].

Le Président du Conseil put ainsi la lire au cours d'une réunion interalliée. Les termes « C'est cette considération seule, et non le désir d'agrandir une patrie dont le territoire est assez grand, qui me force à insister sur des cessions de territoires, qui n'ont d'autre but que de reculer le point de départ des armées françaises qui, à l'avenir, viendront nous attaquer » prouvaient à l'évidence que le roi de Prusse ne réclamait pas l'Alsace en tant que territoire allemand, mais comme un glacis pour protéger l'Allemagne. Le retour de l'Alsace-Lorraine fut alors inscrit parmi les buts de guerre[41].

Exil[modifier | modifier le code]

L'impératrice Eugénie en 1880.

«  …un grand parc qui monte ; immenses prairies et très beaux arbres : à un tournant d'allée on aperçoit la maison très nombreuse et variée avec beaucoup de toits pointus (…) dans une sorte de jardin d'hiver, la grande statue du Prince impérial par Carpeaux avec le chien Nero (dont la nombreuse descendance est dans le chenil), maison peuplée de tant de gloires, de splendeurs, tous les portraits silencieux, toutes ces reliques, ces meubles, ces objets qui ont été associés à ces gloires et à ces splendeurs, et qui maintenant ne sont plus que des souvenirs. »

— Lucien Daudet, Dans l'ombre de l'impératrice Eugénie,1935[42].

Après la chute de l'Empire, elle devance son époux encore prisonnier en Allemagne pour louer Camden Place, à Chislehurst en Angleterre, demeure de l'exil du couple impérial. À Londres, elle séjourne au Brown's Hotel[43]. Trois ans après la mort de Napoléon III en Angleterre, elle laisse la direction du parti bonapartiste à Rouher, et se consacre à l'éducation de son fils.

Durant l'affaire Dreyfus, elle est dreyfusarde convaincue, à l'encontre des bonapartistes français, qui croyaient tous à la trahison et honnissaient les "complices du traitre"[44].

Le prince impérial Louis Napoléon Bonaparte est cadet de l'école militaire de Woolwich, puis versé dans un corps de cavalerie à destination de l'Afrique du Sud où il est tué par les Zoulous le 1er juin 1879 à Ulundi dans le Natal, lors d'une patrouille dans le bush ; une stèle commémorative y fut posée sur ordre de la reine Victoria.

Un an après, Eugénie fait un pèlerinage au Zoulouland ; elle voyage incognito sous son nom habituel de « comtesse de Pierrefonds ».

En 1892, afin de disposer de sa propre résidence au Cap Martin et ne plus y être l'invitée quasi permanente de l'impératrice Élisabeth d'Autriche (plus connue sous le surnom de « Sissi »), elle fait construire la Villa Cyrnos par Hans-Georg Tersling[45].

En 1904, elle donne au Musée Carnavalet, le berceau du prince impérial, dessiné par Victor Baltard, mais réalisé par les frères Grohé et la maison Froment-Meurice (1856). Après sa rencontre en 1911 avec Jean Ajalbert, conservateur du musée de La Malmaison, elle cède également des aquarelles et vues du château par Auguste Garneray.

En 1906, âgée de 80 ans, elle fut la marraine de la princesse Victoria de Battenberg, petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni, lorsqu'elle est baptisée dans la religion catholique romaine pour pouvoir épouser le roi Alphonse XIII d'Espagne.

Tombe de l'impératrice, de son époux et de leur fils.

Visitant vers 1910 son ancienne résidence du Château de Compiègne devenu musée, l'ex-impératrice octogénaire s'arrête près d'une fenêtre, se met à pleurer et ressent un malaise en se remémorant cette époque ; le guide l'interpelle pour continuer la visite : personne ne remarque qu'il s'agit de l'ex-impératrice des Français ; seul un homme la reconnaît et lui apporte un verre d'eau[46].

Plus tard, en 1914, voulant cueillir une fleur d'un des parterres du jardin des Tuileries, où elle a longtemps habité, elle se fit sermonner par le gardien qui ne l'avait pas reconnue[47].

Ayant survécu près d'un demi-siècle à son mari et à son fils unique, elle mourut à 94 ans au Palais de Liria à Madrid - qui conserve encore le portrait du jeune prince impérial sur la terrasse de Saint-Cloud par Winterhalter (1864), ayant orné le bureau de Farnborough hill et racheté à la vente de 1927 par ses neveux les ducs d'Albe. Le palais fut lui, incendié lors de la guerre civile espagnole de 1936, puis reconstruit après 1955 par la fille unique du 17e duc.

La veuve du dernier monarque français laissait comme héritiers le prince Victor Napoléon, chef de la maison impériale, titulaire d'un majorat lié à ce titre et nouveau détenteur de ses biens anglais, sa fille la princesse Marie-Clotilde pour ce qui restait en France du patrimoine de la famille impériale (encore en litige avec l'État), le duc d'Albe et la duchesse de Tamamès.

Elle est inhumée dans la crypte de la chapelle néo-gothique de l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, nécropole qu'elle avait fait édifier pour son époux et son fils, enseveli en 1879 dans l'uniforme anglais. Lors de son enterrement, aucun représentant officiel du gouvernement français ne vint, mais un drapeau français fut placé sur le cercueil ; l'abbé de Saint Michel l'enleva pour le remplacer par le drapeau anglais, et déclara : « Maintenant, reposez en paix, Votre Majesté »[48].

Christian Estrosi eut en 2007[49] l'idée de faire « rapatrier » en France ces trois dépouilles impériales, contre l'avis des religieux qui demeurent encore aujourd'hui responsables du site de l'abbaye Saint-Michel.

Granger (op.cit) indique que parmi ses très nombreuses constructions, Napoléon III avait fait édifier à Ajaccio une chapelle destinée à servir de sépulture à sa famille.

Un héritage dispersé[modifier | modifier le code]

L'impératrice Eugénie en 1920

La volonté de l'ex-impératrice de transmettre à des Bonaparte sa dernière demeure anglaise et son mobilier ne fut pas respectée car dès 1921 et 1922 deux ventes de tableaux anciens et modernes de ses collections furent organisées à Londres par Christie's… et à la suite de la mort en 1926 de Victor Napoléon laissant deux enfants mineurs, sa veuve, née Clémentine de Belgique, dut faire vendre en juillet 1927 par la maison londonienne Hampton le mobilier de Farnborough Hill sur place, mais auparavant le marchand d'art Joseph Duveen acquit à un prix resté secret les célèbres Pêcheur napolitain (National Gallery de Washington depuis 1943) et Jeune Fille à la coquille de Carpeaux (idem.) ayant appartenu à Eugénie.

Les autres sculptures par Carpeaux atteignirent des prix élevés, mais la sagacité de l'antiquaire parisien Elie Fabius, associé pour l'occasion à ses collègues Martin Bacri et Léon Bourdier, permit le retour en France d’œuvres emblématiques, dont Le Prince impérial et son chien Nero (marbre, 1865 - Paris, Musée d'Orsay), le "meuble serre-bijoux" de l'impératrice par Charon frères et Rivart (vers 1855, musée national du château de Compiègne) et plusieurs meubles de Grohé, qui font l'objet en 1928, avec des objets acquis à cette house sale par d'autres enchérisseurs, d'une exposition-vente inédite au pavillon Osiris de La Malmaison, organisée par ce trio de marchands (Gabet, op. cit, p. 68 et 70).

La collection de « peintures, sculptures, gravures, meubles et objets divers, manuscrits, souvenirs » (dont le jeu de petits chevaux de Mlle de Montijo) des derniers Bonaparte à avoir régné - constituée par le Docteur et Mme Gerrand, fut exposée au public sous le nom de "Musée de l'Impératrice" à Pierrefonds, et donné en 1950 à la ville de Compiègne (cf. la série de 10 cartes postales ds une pochette intitulée Documents sur l'Impératrice Eugénie Comtesse de Pierrefonds sur le Prince Impérial et la famille impériale - Paris, édit. Bi-Oxyne, s.d. - arch. pers.).

Postérité[modifier | modifier le code]

Le yacht Eugénie, commandé par marché du 15 juillet 1852 à Schneider, directeur des forges du Creusot, est acquis en 1863 pour la somme de 160 000 francs.

L'impératrice fait de Biarritz sa villégiature. Napoléon III y fait construire en 1854 la villa Eugénie, l'actuel Hôtel du Palais ; le bâtiment initial brûle le 1er février 1903, et est reconstruit dans l'esprit d'antan, mais en plus grand.

La station thermale d'Eugénie-les-Bains dans les Landes, créée en 1861, tient son nom de l'impératrice. Les eaux Saint-Loubouer, une des sources qui composera la nouvelle station sous le nom de « Source Saint-Loubouer Impératrice », profitent ainsi de la notoriété qu'apportait l'impératrice aux stations thermales des Pyrénées voisines[50].

Elle a donné son nom au « riz à l'Impératrice », dessert fait de riz au lait et fruits au sirop, mais aussi à l’archipel de l'impératrice Eugénie, dans le golfe de Pierre-le-Grand au nord-ouest de la mer du Japon. Ces îles relèvent de la ville de Vladivostok.

La fraise Empress Eugénia, obtenue par le docteur Knewett d'Isleworth[51], porte son nom, ainsi que la cerise Impératrice Eugénie[52].

Lors d'une de ses expéditions au Gabon, l'explorateur Paul Belloni du Chaillu découvre dans le sud du pays dans la localité de Fougamou des chutes qu'il nomme en son honneur « chutes de l'Impératrice Eugénie ».

La comptine L'Empereur, sa femme et le petit prince fait référence à Napoléon III, à l'impératrice Eugénie et au prince impérial[53].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Magazine Napoléon III, n°4 (4e trimestre 2008), article Elle ne s’appelait pas Eugénie de Montijo (pp. 58 à 63) de Jean-Claude Lachnitt (historien).
    Noms successifs : Eugénie de Guzman Palafox y Portocarrero (1826-1834) ; Eugénie Palafox y Portocarrero (1834-1839) ; Eugénie de Guzman y Palafox, comtesse de Teba (1836-1853) ; Impératrice Eugénie (1853-1920).
  2. Geneviève Chauvel, Inoubliable Eugénie, ed. Pygmalion, 1998, p. 17 et S.
  3. Sylvie Santini, « Dans la tête de l'impératrice Eugénie », sur Paris Match,‎ 16 août 2010
  4. Pierre Pellissier, « Stendhal et Mérimée », 3 février 2010
  5. Yannick Portebois, Les arrhes de la douairière : histoire de la dictée de Mérimée ou l'orthographe sous le Second Empire, Librairie Droz,‎ 2006 (lire en ligne), p. 161
  6. Les "Séries" à Compiègne
  7. Milza 2006, p. 293-294
  8. Lettres et mémoires du XIXe Communication relative au mariage de l'Empereur
  9. Milza 2006, p. 295-296
  10. Son médecin accoucheur est le docteur Henri Conneau.
  11. Milza 2006, p. 296-297
  12. La cour du Second Empire (1856-1858),Arthur Léon Imbert de Saint-Amand, ed. Dentu, 1898
  13. Moniteur universel, 20 juillet 1856
  14. Eugène de Mirecourt, Les femmes galantes des Napoléons Tome I, p. 215, Jules Abelsdorf, Berlin 1862. Publié aussi chez Amazon et disponible sur Kindle
  15. Yves Bruley, « Le rêve mexicain de Napoléon III vire au cauchemar », Historia
  16. Voir la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/rechercheconsultation/consultation/pog/consultationPogN3.action?nopId=c614wveili3--h3f2htzxn55m&pogId=FRAN_POG_03&search=
  17. Henri Clouzot, Le style Louis-Philippe - Napoléon III, Larousse, 1939, pp.38 et 39 - archives personnelles
  18. Fernand Calmettes, "Les tapisseries du Mobilier National" (La Revue de l'art ancien et moderne, n°68, 10/11/1902 p.378 - archives personnelles)
  19. L’Opéra de Charles Garnier sur le site du Musée d’Orsay.
  20. Julie-Victoire Daubié première bachelière en 1861
  21. Rosa Bonheur, première femme artiste à recevoir la Légion d'Honneur en 1865 de ses mains
  22. Les Marguerites de l´impératrice et Aimee de Heeren
  23. Aimee de Heeren portant les Marguerites
  24. [1]
  25. a et b Yon 2004, p. 99
  26. Girard 1986, p. 463
  27. a et b Girard 1986, p. 463-464
  28. a et b Jean-Michel Gaillard, « Sedan, 1870 : l'effondrement d'un rêve européen », L'Histoire no 211
  29. a, b et c Girard 1986, p. 466
  30. Girard 1986, p. 467
  31. Girard 1986, p. 465
  32. Anceau 2008, p. 562
  33. Sur le parcours de Napoléon III entre Metz et Sedan et la marche de l'armée de secours, voir Daniel Hochedez, « La guerre franco-allemande et l'occupation en Argonne (1870-1871) », revue Horizons d'Argonne, no 87, juin 2010, [lire en ligne]
  34. Anceau 2008, p. 527 et 532-533
  35. Girard 1986, p. 487
  36. Anceau 2008, p. 532
  37. Anceau 2008, p. 531
  38. Jean Jacques Becker, 1917 en Europe: l'année impossible, Editions Complexe, 1er janv. 1997, p. 137 et sqq.
  39. Cette lettre est conservée aux Archives nationales.
  40. G. Lacour-Gayet, L'Impératrice Eugénie, Morancé, Paris, 1925, p. 83.
  41. L'affaire est racontée en détail par André Besombes dans l'article « Odonto-Stomatologie et Diplomatie : de l'Impératrice Eugénie à Clemenceau » publié dans Histoire médicale, tome XVII, vol. 1 – 1983 et disponible en ligne . On retrouvera cette lettre dans novembre 18 en Alsace par Jacques Granier, publié en 1968 aux Éditions des Dernières Nouvelles de Strasbourg (p. 88), accompagnée de la photocopie de l'original.
  42. Cité par Olivier Gabet dans « Un marchand entre deux empires, Elie Fabius et le monde de l'art » (Skira/Flammarion, 2011, p.65, avec reprod. d'une photo du bureau de Farnborough hill par Mniszech, vers 1910).
  43. l'imératrice Eugénie dans l'histoire du Brown's Hotel
  44. Selon Léon Blum, Souvenirs sur l'Affaire, Gallimard, 1935, p. 114-116.
  45. Michel Steve, Hans Georg Tersling, architecte de la Côte d’Azur, S.A.H.M.-Serre, 1990, (ISBN 2-86410-144-0).
  46. Émission Secrets d'histoire, « Eugénie, la dernière impératrice », diffusée le 4 août 2010 sur France 2.
  47. "Aventure d'une ex-impératrice", La Patrie (Montréal), 15 juillet 1914 (http://collections.banq.qc.ca/erezFullScreen?erezLang=french&fsiFile=http://collections.banq.qc.ca/fsi/84048.fsi)
  48. Émission "Secrets d'Histoire, "Eugénie, la dernière impératrice", diffusée le 4 août 2010 sur France 2.
  49. dépêche A.F.P du 9/12/07 citée dans Cimetières de France et d'ailleurs
  50. Anne de Beaupuy, Charles Corta : le Landais qui servit deux empereurs, Claude Gay, éd. L'Harmattan, 2009.
  51. Bulletin de la Société pomologique de Londres, juillet 1856
  52. Société nationale d'horticulture de France, 1854
  53. Voir La Plume et le Rouleau.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Tulard (dir.), Dictionnaire du Second Empire (Paris, éd. Fayard, 1995);
  • Jean des Cars, Eugénie, la dernière impératrice (Perrin, 1997);
  • Philippe Cougrand, Le Voyage à Itelezi (Bordeaux, Pleine Page Éditeur, 2009);
  • (fr) Pierre Milza, Napoléon III, Perrin collection « Tempus »,‎ 2006
  • (fr) Jean-Claude Yon, Le Second Empire : politique, société, culture, Armand Colin,‎ 2004
  • (fr) Louis Girard, Napoléon III, Paris, Fayard,‎ 1986 (réédité en 2002)
  • (fr) Éric Anceau, Napoléon III, un Saint-Simon à cheval, Tallandier,‎ 2008 (ISBN 2847343431)
  • Eugène Rouyer, Les Appartements de S. M. l'Impératrice au Palais des Tuileries, Décorés par M. Lefuel, architecte de l'Empereur. Le Libraire Polytechnique, J Baudry, 1867, Classeur d'estampes. Consultable en ligne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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