Thomas W. Evans

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Thomas W. Evans.

Thomas Wiltberger Evans, né à Philadelphie le 23 décembre 1823, mort à Paris le 14 novembre 1897, est un dentiste et un médecin américain du XIXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

De Philadelphie à Paris : formation et ascension sociale[modifier | modifier le code]

Thomas Wiltberger[1] Evans est né dans une famille quaker de Philadelphie. Après un apprentissage auprès du docteur De Haven White et des études au Jefferson Medical College, Evans fut diplômé docteur en médecine en 1843 et exerça le métier de dentiste dans le Maryland et à Lancaster (Pennsylvanie) jusqu'en 1847.

Il s'installa ensuite à Paris à l'invitation d'un compatriote, le docteur Christopher Starr Brewster (1799-1870), qui y exerçant depuis 1833, comptait parmi ses patients des artistes et écrivains George Sand, Mérimée, Delacroix, et Balzac ainsi que les monarques Louis-Philippe et Nicolas Ier [2]. D'abord associé à Brewster, Evans reprit la clientèle de ce dernier et dirigea son cabinet dentaire, situé rue de la Paix, à partir de 1850.

Réputé pour sa science et son savoir-faire (notamment l'utilisation de feuilles d'or), Evans devint le dentiste de hautes personnalités telles que le président Louis-Napoléon Bonaparte et la comtesse Eugénie de Montijo, futurs empereur et impératrice des Français.

Arthur Hugenschmidt (1862-1929), fils illégitime de l'empereur et disciple du docteur Evans.

Proximité avec la famille impériale[modifier | modifier le code]

Employé comme conseiller officieux par Napoléon III (qui l'envoya en mission diplomatique auprès du Président Lincoln et du secrétaire d'État Seward en 1864), Evans contribua à dissuader l'empereur d'intervenir en faveur du Sud dans la Guerre de Sécession.

Personnalité influente du Second Empire, Evans resta fidèle à la famille impériale après Sedan et la proclamation de la République. Ainsi, il protégea l'impératrice déchue lors de sa fuite de Paris vers l'Angleterre (4-8 septembre 1870), avant d'aller rendre visite à Napoléon III captif au château de Wilhelmshöhe (octobre 1870).

Il accepta également de prendre sous sa protection un fils naturel de l'empereur, Arthur Hugenschmidt, qui deviendra son associé puis son successeur.
Membre du comité international de la Croix-Rouge, il organisa et finança une « ambulance américaine » lors du siège de Paris (1870)[3].

Clientèle couronnée et innovations techniques[modifier | modifier le code]

Dentiste des têtes couronnées d'Europe, il eut l'occasion de toutes les soigner, à l'exception du Sultan, de la reine Victoria[4] et des Habsbourg. Il prolongea ainsi de 90 jours la vie de l'empereur Frédéric III d'Allemagne en pratiquant sur lui une trachéotomie[4].

N'hésitant pas à innover il fut l'un des premiers dentistes à utiliser le protoxyde d'azote lors d'une opération (1860 ou 1866) et du caoutchouc vulcanisé pour la réalisation de prothèses dentaires (1865). Il a également utilisé de la pyroxiline pour fabriquer des dentiers, et on lui attribue l'invention de l'occluseur rectificateur destiné à améliorer l'articulation des dentiers doubles. D'autres innovations d'Evans sont plus discutables, comme ses amalgames en alliage d'étain et de cadmium (1848).

Mode de vie[modifier | modifier le code]

L'actrice Méry Laurent (ici peinte par Manet, dont Evans collectionnait les œuvres) fut la maîtresse du dentiste américain.

Membre notable de la communauté américaine de Paris, Evans créa pour elle un hebdomadaire anglophone, l'American Register (1868) et participa largement au financement de la construction de l'église américaine de l'avenue de l'Alma (n°23 avenue George-V).

Très riche - il aurait amassé une fortune de 35 millions de dollars[4]) - il se fit construire un luxueux palais dans le XVIe arrondissement au 43 de l'avenue du Bois-de-Boulogne, à l'angle de l'avenue de Malakoff, appelé « Bella Rosa ». Doté d'un grand escalier en marbre conçu par Garnier, l'édifice contenait notamment son importante collection d'œuvres d'art, qui comprenait des tableaux de Manet.

Utilisée en 1900 pour y loger des souverains étrangers en visite à l'exposition universelle, la demeure fut démolie six ans plus tard.

Evans eut pour maîtresse Anne-Rose Loupiot, dite Méry Laurent (1849-1900), qui l'avait été auparavant du général Canrobert, gouverneur de Nancy; celle-ci interrompit alors sa carrière d'actrice de comédies légères et devint la muse de nombreux artistes, dont Edouard Manet dont elle devint l'amie dès 1876 et le modèle - sur ce tableau de 1882 (musée des Beaux-Arts de Nancy) elle prête ses traits à l'Automne, une des allégories des Saisons commandées par son ami Antonin Proust, secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts de Gambetta - et Mallarmé, qui fut un autre de ses amants.

Legs : The Thomas W. Evans Museum and Dental Institute[modifier | modifier le code]

Ébranlé par la mort de son épouse Agnès Joséphine (née Doyle), en juin 1897, Evans mourut quelques mois plus tard d'une angine ou d'une crise cardiaque.

Il légua d'importants moyens pour l'établissement d'une école de chirurgie dentaire au sein de l'Université de Philadelphie, legs qui sera effectif plus d'une décennie après sa mort, son testament de ce dernier ayant fait l'objet d'une bataille judiciaire du fait qu'Evans, qui n'eut d'enfants[4], avait déshérité son neveu, John Henry Evans quand ce dernier fut anobli par bref apostolique (1876). Finalement, les travaux du Thomas W. Evans Museum and Dental Institute pourront démarrer en 1912, et l'école sera inaugurée en 1915.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Certaines sources, et notamment l'acte de décès du docteur (Registre des décès du XVIe arrondissement de Paris, 16 novembre 1897), lui attribuent pour second prénom « William » et non « Wiltberger », qui est le nom de jeune fille de sa mère.
  2. Marguerite Zimmer, Histoire de l'anesthésie : méthodes et techniques au XIXe siècle, EDP, 2008, p. 653, n. 98. D'autres auteurs, comme Davenport ou Cohen (cf. bibliographie), attribuent à Brewster le prénom Cyrus.
  3. Le Comte d'Hérisson, Journal d'un officier d'ordonnance, Ollendorff, Paris, 1885, p. 96.
  4. a, b, c, d et e Nécrologie du New York Times, 16 novembre 1897.
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Distinctions mentionnées en 1867 sur le frontispice d'un ouvrage d'Evans, De la Découverte du caoutchouc vulcanisé et de la priorité de son application à la chirurgie civile et militaire et aux opérations dentaires, Raçon, Paris, 1867.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dr. W. S. Davenport Jr., « The Pioneer American Dentists in France », Revue d'histoire de l'art dentaire, n°7, 1965, pp. 100–106.
  • Gerald Carson, « The Dentist and the Empress – The Adventures of Dr. Tom Evans in Gas-lit Paris », 1983.
  • D. Walter Cohen, « Dr. Thomas W. Evans, A Nineteenth-Century Renaissance Man », Proceedings, American Philosophical Society, vol. 139, N°2, 1995, pp. 135–145.
  • Samuel Hugues, « Crowns and Confidences », Pennsylvania Gazette, novembre-décembre 1999.
  • Flore Collette, « Modernités du XIXe siècle » ds Le musée des beaux-arts de Nancy (Dossier de l'Art, n° 202, décembre 2012, p 44).

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Thomas W. Evans, Lettres d'un oncle à son neveu sur le gouvernement des États-Unis, Dentu, Paris, 1866.
  • Thomas W. Evans, La Commission sanitaires des États-Unis, Dentu, Paris, 1867.
  • Thomas W. Evans, Les Institutions sanitaires pendant le conflit austro-prussien-italien, Masson, Paris, 1867.
  • Thomas W. Evans, De la Découverte du caoutchouc vulcanisé et de la priorité de son application à la chirurgie civile et militaire et aux opérations dentaires, Raçon, Paris, 1867.
  • Thomas W. Evans, La Fin du Second Empire, avec l'Empereur et l'Impératrice. Mémoires, Plon, Paris, 1935.