Louis-Napoléon Bonaparte (1856-1879)

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Louis-Napoléon Bonaparte

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Le prince impérial en 1878.

Titres

Prétendant au trône impérial français

9 janvier 18731er juin 1879
(&&&&&&&&&&&023346 ans, 4 mois et 22 jours)

Nom revendiqué « Napoléon IV »
Prédécesseur Napoléon III Bonaparte
empereur des Français
Successeur Victor Napoléon

Prince impérial de France

16 mars 18561er mars 1871
Proclamation de la République le 4 septembre 1870
(&&&&&&&&&&&0546314 ans, 11 mois et 15 jours)

Prédécesseur Napoléon-Charles Bonaparte (indirectement)
Successeur Abolition de l’Empire
Biographie
Dynastie Maison Bonaparte
Nom de naissance Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte
Naissance 16 mars 1856
Paris (France)
Décès 1er juin 1879 (à 23 ans)
Ulundi (Royaume zoulou)[1]
Sépulture Crypte impériale de l’abbaye Saint-Michel (Farnborough)
Père Napoléon III de France
Mère Eugénie de Montijo
Religion Catholicisme romain
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Prétendants au trône impérial de France

Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte, prince impérial, dit Louis-Napoléon, né le 16 mars 1856 à Paris et mort le 1er juin 1879 à Ulundi (Natal, actuelle Afrique-du-Sud), est le seul enfant de Napoléon III, empereur des Français, et de son épouse, l’impératrice Eugénie.

Appelé Louis par ses parents, il signa Napoléon après la mort de son père, le 9 janvier 1873, au lieu de Louis-Napoléon précédemment[2]. Il fut parfois désigné sous le nom de « Napoléon IV »[3].

En exil, il fit parfois usage du titre de courtoisie de « comte de Pierrefonds » auparavant utilisé par Napoléon III[4].

Vie sous le Second Empire[modifier | modifier le code]

Naissance et baptême du prince impérial[modifier | modifier le code]

L’arrivée au monde de cet héritier fut pénible pour l’impératrice Eugénie qui a beaucoup souffert en lui donnant la vie. Il fallut recourir aux fers, dont l’enfant porta au front les traces, tandis qu'ils provoquaient une fracture du bassin de la mère. Pour la naissance du prince, la ville de Paris lui offrit un berceau aux armes de l’Empire (ce berceau est toujours visible au musée Carnavalet à Paris).

Le 14 juin 1856, le prince impérial fut baptisé en grande pompe à Notre-Dame de Paris. Napoléon III dit de la cérémonie et des réjouissances qui s’ensuivirent : « Un tel baptême vaut bien un sacre.» La famille impériale fut conduite dans le carrosse qui servit à Reims, lors du sacre de Charles X. Le parrain est le pape Pie IX et la marraine est la reine Victoria d’Angleterre. Cependant, celle-ci étant de religion anglicane, c'est la reine de Suède, Joséphine, fille d’Eugène de Beauharnais, cousine de l’empereur, qui la représente. Le pape se fit représenter par le cardinal-légat Patrizi, qui baptisa l’enfant.

Dans l’acte officiel, conservé sur le registre des baptêmes de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, dont dépendait la chapelle des Tuileries, il fut déclaré « fils de France », titre que Napoléon Ier avait utilisé pour son fils, le roi de Rome, et repris de l’Ancien régime[5]. Il fut question de lui donner un titre royal, celui de roi d’Alger[6], mais cette idée fut abandonnée[7].

Éducation du prince impérial[modifier | modifier le code]

Le prince impérial et sa mère par Franz Xaver Winterhalter, 1857.

L’éducation du prince impérial devait être irréprochable. La reine de Grande-Bretagne, Victoria, amie de l'impératrice Eugénie lui conseilla de prendre une nurse. Miss Shaw, venue d'Angleterre, devint ainsi la nurse du Prince impérial[8] ; elle lui apprit l'anglais dès son plus jeune âge.

Napoléon III adorait son fils et se refusait à le réprimander mais l'impératrice Eugénie sut compenser la faiblesse paternelle de l’Empereur en imposant des règles d'éducation strictes.

L'empereur voulut mettre tout de suite l'héritier sous la protection de l'armée. Dès le 26 avril 1856, le prince est inscrit au registre des enfants de troupe, au 1er régiment des grenadiers de la garde impériale. À deux ans, le couturier Staub lui confectionna un uniforme de grenadier de la Garde Impériale. Par ailleurs, un ancien cuirassier, Xavier Ulhmann, est attaché au prince comme valet de pied depuis le 1er janvier 1857[9]. Il ne le quittera plus jusqu'à sa mort.

Pour le petit prince, il n'y avait pas d'étiquette, pas de préséance et l'enfant pouvait entrer à toute heure dans le cabinet de l'empereur. On devait cependant vouvoyer le Prince impérial et les Cent-gardes le saluer.

Louis devait assister aux cérémonies officielles comme l'ouverture de la session législative, ou bien encore la réception d'ambassadeurs comme en 1861 et l'accueil des ambassadeurs de Siam. Très jeune il fut associé aux manifestations de prestige du régime. On le vit accompagner l'Impératrice régente à un Te Deum, à Notre-Dame de Paris, en 1860, pour célébrer les victoires d'Italie. Au retour de la campagne d'Italie, c'est assis sur le devant de la selle de Napoléon III, qu'il assista le 14 août, au long défilé triomphal des troupes, place Vendôme. La foule s'habitua à le voir et l'acclamait à chaque cérémonie publique. Incontestablement il était très populaire et sa popularité servit le régime[10]. Enfin, l'Empereur l'emmena régulièrement en août au camp de Châlons, autant pour le familiariser avec les troupes que pour le montrer à l'armée. Il n'avait que quatre ans lorsqu'il s'y rendit pour la première fois. Louis suivit d'abord les manœuvres dans une voiture minuscule, mais bientôt, il se tint à côté de l'empereur sur son poney.

Il ne fréquenta pas l'école publique et lui fut attribué un précepteur à l'âge de sept ans, Francis Monnier, professeur au collège Rollin qui appliqua une méthode pédagogique contestable qui n'eut d'autre effet que de faire prendre au prince un retard sur les enfants de son âge. Devant l'échec de la méthode Monnier, il fut le 16 mars 1867, remis entre les mains d'un gouverneur, le général Frossard, officier du génie, homme froid et sévère. Le gouverneur fut, heureusement, assisté par un jeune universitaire de qualité, Augustin Filon, qui prend son service en octobre 1867 et, en quelques années va faire rattraper au prince son retard. Un autre professeur participa à l'éducation du Prince impérial : Ernest Lavisse, celui qui devint plus tard un des hauts responsables de l'université républicaine.

Le prince avait une sensibilité artistique certaine et totalement innée. Il était doué pour le dessin et le piano. Cependant, on ne chercha pas à favoriser cette disposition.

En dépit du fait qu'il n'allait pas à l'école publique, le prince impérial jouait avec des amis de son âge comme Louis Conneau, fils du médecin et ami de Napoléon III, Henri Conneau. Ces enfants se livraient à leur jeux dans une immense pièce, au premier étage du Pavillon de Flore.

Pour son treizième anniversaire, le prince impérial fut promu sous-lieutenant, ce qui lui permit de revêtir un uniforme d'officier lors des cérémonies officielles.

Le 7 mai 1869, le prince fit sa première communion. Le service du protocole alla chercher dans les Mémoires de Saint-Simon le cérémonial qui avait été utilisé pour celle du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV[11].

En 1869, le prince impérial et l'Impératrice se rendirent en Corse pour célébrer le centenaire de la naissance de son grand-oncle. À Ajaccio, le 29 août, lorsque le prince impérial débarqua des dizaines de milliers de voix entonnèrent l'Ajaccienne[12]. Quand il visita la maison natale de Napoléon Ier, l'enthousiasme fut à son comble, la foule le pressa à l'étouffer, mal contenue par la police débordée. Le prince dit alors calmement : « Laissez-les entrer, ils sont de la famille. »

La guerre de 1870[modifier | modifier le code]

Le prince impérial en juin 1870 vêtu de son uniforme de sous-lieutenant d'infanterie.

Lorsque survint la guerre entre le France et la Prusse en 1870, le prince avait 14 ans. La victoire d’Iéna de 1806 était encore présente dans les esprits.

Napoléon III décida d'emmener son fils avec lui et le 22 juillet 1870, il l'annonça dans une proclamation au peuple français : « J'emmène mon fils avec moi malgré son jeune âge. Il sait quels sont les devoirs que son nom lui impose, il est fier de prendre sa part dans les dangers de ceux qui combattent pour la patrie. » Pour le jeune prince comme pour la plupart des Français, l'issue de la guerre ne fait aucun doute, la France sera rapidement victorieuse de la Prusse.

Le 28 juillet 1870, il partit avec son père Napoléon III pour Metz. Le prince impérial revêtit son uniforme de sous-lieutenant avec la plaque de la Légion d'honneur. Peu avant de quitter Paris qu'il voyait pour la dernière fois, le prince fit avec sa mère deux pèlerinages : l'un à la Malmaison, demeure préférée de son arrière-grand-mère l'impératrice Joséphine et de sa grand-mère la reine Hortense ; l'autre à Notre-Dame-des-Victoires où devant la statue de la Vierge Marie, brûle en permanence une lampe offerte par l'impératrice lors de la guerre d'Italie[13]. Voulant éviter tout cérémonial pour son départ vers une guerre qu’il ne souhaitait pas, Napoléon III et son fils partirent vers le front depuis la petite gare de Saint-Cloud. L’empereur n'était pas en état physique du fait de ses calculs dans la vessie pour mener une campagne militaire.

Pendant que l'empereur et le prince impérial partaient pour le front, l'impératrice Eugénie assura la régence. Le 30 juillet 1870, le prince impérial passa en revue les Lanciers de la Garde impériale alors stationnés à Metz sur l'île de Chambière.

La suite de Louis se compose de deux aides de camp, le commandant Lamey et le commandant Clary, petit-neveu des reines d'Espagne et de Suède, auquel l'Empereur tenait à manifester sa confiance[14].

Le 1er août, Louis accompagne son père à un conseil de guerre. Quelques jours après son arrivée au front, Louis, au comble de l'exaltation assista à une bataille devant Sarrebruck au cours duquel il reçut son baptême du feu. Un milliers de Prussiens tenaient garnison à Sarrebruck, la première ville de l'autre côté de la frontière. Tous les soldats furent unanimes à saluer le courage et le sang froid du jeune garçon ce jour-là. Napoléon III envoya un télégramme à l'impératrice restée à Paris :

« Deux août. Louis vient de recevoir le baptême du feu: il a été admirable de sang-froid, il n'a été nullement impressionné... Nous étions en première ligne et les balles et les boulets tombaient à nos pieds. Louis a conservé une balle qui est tombée auprès de lui. »

Il s'agissait là d'un combat mineur. Mais la campagne se poursuivit mal. Le jeune prince suivit d'abord son père, de Metz à Rethel. Le 23 août à Reims, l'Empereur quitta le Prince impérial en lui disant : « Ne pleure pas, lui dit-il, nous nous retrouverons à Rethel. » Le 27 août à Tourteron, il se sépara à nouveau de son père qu'il ne reverra qu'une fois vaincu et déchu de son titre impérial, en mars 1871.

Vie après le Second Empire[modifier | modifier le code]

Le prince impérial au début des années 1870.
La famille impériale en exil en Angleterre, 1872.

L'exil[modifier | modifier le code]

Après la défaite de Sedan et la proclamation de la IIIe République le 4 septembre 1870, le prince impérial se réfugia en Belgique. Il débarqua à Douvres avec ses trois aides de camp, puis gagna Hastings où sa mère le rejoint le 8 septembre 1870. Ils logent dans un hôtel de second ordre, le Marine Hôtel, où Napoléon III avait couché trente ans auparavant. La première chose que Louis demanda fut que l'on hisse le drapeau français. Le prince de Galles leur offrit Chiswick House, sa maison de campagne.

Finalement, l'impératrice et le prince déménagèrent pour Camden Place, petite propriété qui se situe à proximité de Londres, le 20 septembre 1870. Louis resta attentif à ce qui se passe en France, à la poursuite de la guerre. Le 30 novembre 1870, la reine Victoria et sa fille la princesse Béatrice rendirent visite aux exilés. Le 28 janvier 1871, l'armistice fut signé avec l'Allemagne et le 20 mars 1871, l’empereur déchu arriva à Douvres.

Louis fut très affecté par les tragiques évènements de la Commune de Paris, en mars 1871, en particulier par la mort de l'abbé Deguerry, qui lui avait fait faire sa première communion et qui fut fusillé par les communards après avoir été pris en otage.

Formation militaire[modifier | modifier le code]

Louis ayant visité la garnison de Woolwich et assisté à une démonstration d'artillerie, il s'inscrivit à l'Académie militaire royale de Woolwich. Il y entra le 17 novembre 1872 après avoir passé l'examen d'entrée avec son ami Louis Conneau.

Le prince se destinait à l'artillerie, l'arme dans laquelle débuta son grand-oncle.

Beaucoup des partisans du Prince auraient souhaité qu'après la fête de sa majorité, célébrée le 16 mars 1874, le nouveau Napoléon quittât l'uniforme anglais pour se consacrer uniquement à ses devoirs de prétendant officiel. Mais Louis pense qu'il lui faut d'abord terminer ses études qui affermiront sa maturité politique par le sérieux des connaissances acquises et surtout feront de lui l'officier qu'il doit être pour honorer son nom et être capable, en cas de besoin, d'être un chef militaire. Dès le 20 mars 1874, il reprit ses efforts pour améliorer ses résultats[15].

Le prince et son ami Louis Conneau durent se séparer le 17 octobre 1874 car ce dernier fut admis à Saint-Cyr ce qui ne fut pas possible au prince impérial. Finalement, le prince obtint le grade d'officier artilleur. À l'examen final en 1875, il fut classé 7e sur 34. Le soir du 19 février 1875, jour de la proclamation des résultats, lors du bal, il est porté en triomphe par ses camarades. Il a terminé ses examens avec un bon rang et ses camarades savent qu'il est difficile de lui ravir la première place en équitation et en escrime[16].

Représentant de la cause impériale[modifier | modifier le code]

Héritier de la quatrième dynastie[modifier | modifier le code]

Les quatre Napoléons, collage vers 1858.

Avec la mort de Napoléon III en 1873 et la majorité dynastique du prince en 1874, les bonapartistes reconnaissent en Louis l'héritier de son père et de la tradition impériale française incarnée par la famille Bonaparte, quatrième dynastie. De fait, après la mort de son père, le prince impérial assuma son rôle de représentant de la cause impériale et il ne signa plus que du seul prénom Napoléon.

Les bonapartistes, qui se nommaient parfois à cette époque impérialistes, reconnaissaient la souveraineté du peuple. De fait, si certains désignent le prince impérial le nom de « Napoléon IV », ce n'est pas en vertu du droit divin, mais au nom des plébiscites ayant à plusieurs reprises manifesté la volonté du peuple de voir la dignité impériale maintenue héréditairement dans la famille Bonaparte, sans qu'il y ait eu d'autres consultations du pays annulant ces votes et se prononçant sur la nature du régime.

Pendant les années 1870, fut évoqué l'éventualité d'un mariage avec une fille du roi de Danemark. L'impératrice Eugénie et la reine Victoria envisagèrent un mariage entre la fille de cette dernière, la princesse Béatrice et le prince impérial[17]. À ses proches, le prince impérial fit savoir qu'il souhaitait trouver une épouse qui lui plaise vraiment et à laquelle il pourrait être fidèle[18].

Idées politiques et sociales[modifier | modifier le code]

Bien que très jeune et encore au stade des lectures, de la réflexion, des interrogations, le Prince impérial souhaita mettre par écrit certaines de ses idées. Il a pleine conscience de la gravité des problèmes et ses notes, ses cahiers, sont remplis d'ébauches, de projets qui donnent un aperçu de ses idées politiques et sociales.

  • Il s'exprime ainsi pour l'égalité des citoyens face au service militaire et souhaite la fin du remplacement alors en vigueur.
  • Il désire également faire émerger une aristocratie du mérite.
  • Il affirme son souhait de mettre en place une réelle décentralisation et souhaite voir la création de 18 régions chacune votant le budget.
  • Il élabore un projet de Constitution pour un Troisième Empire : la Chambre des députations provinciales, élue par les États provinciaux, partage la puissance législative avec la Chambre des pairs composée des illustrations politiques du pays déléguées par le clergé, la magistrature, l'armée et l'ordre civil. De plus cette Chambre des provinces voterait le budget annuel et posséderait un droit de veto à déterminer.

Les idées sociales du Prince ont été grandement influencées par celles de Napoléon III. Il jugeait nécessaire de faire disparaître « l'ouvrier esclave pour qui le travail est odieux, sans intérêt, sans espoir, dont l'âme est écrasée ». Pour le prince, il fallait améliorer « l'état du salarié sans cesse menacé par une misère imméritée et dont la tâche est une corvée », il fallait surtout « intégrer l'ouvrier dans les profits de l'entreprise ». On reconnaît là l'écho des préoccupations paternelles. « Il faut donner à la classe ouvrière des droits et un avenir », avait dit Napoléon III. À la fin de son règne, ce dernier avait fait étudier par le Conseiller d'État Robert un projet de participation aux bénéfices. De plus, le Prince, bien que hors de France, se fit envoyer de nombreux rapports sur la situation sociale et politique des Français pour pouvoir mieux appréhender les problèmes de son temps. Mais il n'eut pas le temps de développer de façon précise ses idées sociales qui en restèrent aux principes.

Chef du parti de l'Appel au peuple[modifier | modifier le code]

Le prince impérial en 1878.

À partir de 1872, le parti bonapartiste, de l'« Appel au peuple », a un groupe parlementaire redouté[19]. Après l'échec de la Commune, quelques dignitaires de l'Empire, sont rentrés en France afin de reformer une force politique nationale. Peu à peu se reconstitue un réseau bonapartiste soutenu par une presse active et offensive. Devenu chef d'un parti politique encore important au début de la Troisième république, le parti de l'Appel au Peuple, le prince donne ses consignes à ses sympathisants.

Entre 1876 et 1879, l'implication du Prince s'accrut. Louis donne ses directives pour les élections et les fait parvenir à Rouher. Ainsi, il décide seul des candidatures en Corse. À cette époque, le parti de l'Appel au peuple connut un regain de faveur ; en 1877, cent sept députés bonapartistes siégeaient à la Chambre des députés. Louis veut unifier les différentes tendances du parti :

  • les conservateurs cléricaux menés par les Cassagnac, père et fils qui prônent l'alliance avec les légitimistes ;
  • les populistes menés par Jules Amigues en rapport avec d'anciens communards ;
  • les libéraux menés par l'ancien garde des Sceaux, Emile Ollivier, proche des orléanistes ;
  • les fidèles d'Eugène Rouher, partisans de l'Empire autoritaire ;
  • les bonapartistes proches de la gauche républicaine, anticléricaux et sympathisants du prince Jérôme Napoléon.

À cette fin, Louis eut le projet de refondre la presse bonapartiste. Il souhaitait faire appel aux « meilleures plumes »[20]. En 1876, il affirma : « Je tiens par-dessus tout à posséder un journal de doctrine qui pourra traduire et expliquer ma pensée et donner la note juste sur toutes les questions ». Des changements intervinrent dans la presse du parti qu'il souhaitait refondre, en particulier dans des journaux comme L'ordre ou Le Petit Caporal qui vit rentrer au sein de sa direction le député de la Sarthe Haentjens en 1877, peut-être pour mieux contrôler l'un de ses principaux rédacteurs, Jules Amigues, dont l'agitation inquiétait le Prince[20].

Il pensait que la République s'effondrerait d'elle-même. Face à son nouveau président Jules Grévy, il préconisa une « sympathique abstention » au motif que ce dernier était l'un des seuls républicains ayant répondu en septembre 1870 à l'appel de l'Impératrice pour l'union nationale.

La mort du prince impérial[modifier | modifier le code]

Le prince impérial vers 1879.

Le départ pour l'Afrique du Sud[modifier | modifier le code]

En 1879, alors qu'il avait 23 ans, il demanda avec insistance à être intégré dans les troupes britanniques d'Afrique australe. Si le prince impérial a voulu gagner l'Afrique du Sud et participer, avec ses camarades de Woolwich, au combat contre les Zoulous, c'est parce qu'il se souvenait qu'il était Bonaparte[21] : « Lorsqu'on appartient à une race de soldat, avait-il écrit, ce n'est que par le fer qu'on se fait connaître ». Depuis la mort de Napoléon III, son père, son souhait a été de se préparer, d'abord à devenir un homme, ensuite à servir son pays. Peu avant de partir pour l'Afrique du Sud, il dit à sa mère, qui le suppliait de renoncer à son dessein : « Quand j'aurai fait voir que je sais exposer ma vie pour un pays qui n'est pas le mien, on ne doutera plus que je sache la risquer mieux encore pour ma patrie ».

La reine Victoria l'y autorisa finalement et il embarqua en février. Après un passage au Cap, il fut versé dans une unité d'éclaireurs au Natal. Il y arriva au moment où les Britanniques, battus quelques mois plus tôt à Isandhlwana par les Zoulous, reprenaient l'offensive.

La journée fatale du 1er juin 1879[modifier | modifier le code]

Le 1er juin, il participe à une mission de reconnaissance, menée à cheval avec quelques hommes dans une région située à une trentaine de kilomètres de Vryheid et à environ 50 kilomètres à l'ouest de Dundee, un lieu-dit nommé Itelezi (à l'est du site de la bataille de Blood River).

Mort du prince impérial, par Paul Jamin.

Lors d'une halte au bord d'une rivière, dans un endroit qui lui semble désert, la patrouille est surprise par un groupe de guerriers zoulous. Des coups de feu sont tirés et deux soldats britanniques perdent la vie. La troupe prend la fuite à cheval à l'exception du Prince. En effet, celui-ci court et tente de sauter en selle en voltige pour remonter sur son cheval, mais la sangle hors d'usage de sa selle (selle que son père possédait lors de la bataille de Sedan en 1870) cède sous son poids. Il se retrouve à terre, ne pouvant échapper aux Zoulous.

Dans sa chute violente, il s'est fait piétiner le bras droit. Son sabre parti avec le cheval, il ne lui reste que son pistolet, qu’il ne réussit à maîtriser de la main gauche. Il est transpercé de dix-sept coups d'iklwa. Les guerriers éviscérèrent et mutilèrent le corps des deux soldats britanniques morts au début de l'attaque, mais épargnèrent celui du prince car c'était le seul qui se fût battu[9]. Ils se contentèrent de le déshabiller et de lui prendre ses armes. Le chef des guerriers ordonna de lui laisser sa chaîne d'or au bout de laquelle pendaient deux médailles et un cachet de cornaline, souvenir de sa grand-mère la reine Hortense, qu'il avait lui-même hérité de son père. Les guerriers zoulous portaient autour du cou des amulettes et ils respectèrent celles du prince. Quelques semaines après, les Zoulous vaincus témoignèrent de la bravoure du jeune prince. « Il ressemblait, diront-ils, à un lion. » - « Pourquoi un lion ? » - « C'est l'animal le plus courageux que nous connaissions ! » En hommage, ils rendront les objets personnels et l'uniforme.

Le rapport du capitaine Molyneux, du 22e régiment A.D.C. précise éloquemment : « Le cadavre portait dix-sept blessures, toutes par-devant, et les marques sur le sol, comme sur les éperons, indiquaient une résistance désespérée ».

La nouvelle de la mort du Prince impérial suscita la stupeur en France. D'après Ernest Renan[22], l'émotion fut vive « dans toutes les classes de la société, surtout dans les classes populaires ».

Sa dépouille fut transportée à Dundee, puis à Pietermaritzburg avant d'être rapatriée en Europe pour être inhumée à Chislehurst, dans le Kent. Elle fut ensuite transférée à l'abbaye Saint-Michel à Farnborough, dans le sud de l'Angleterre, que l'impératrice avait fait bâtir pour que puissent y reposer Napoléon III et son fils.

L'année suivante, l'impératrice Eugénie va se recueillir sur les lieux même où son fils avait perdu la vie (28° 07′ 56″ S 30° 47′ 50″ E / -28.13222, 30.7972 ()[23]).

Dans sa monographie Dans l'ombre de l'impératrice Eugénie (Gallimard, 1935, p. 132 et 133), Lucien Daudet raconte comment ce sombre événement fut révélé à l'Impératrice. Dans ce même passage, il affirme que la mort du Prince fut douteuse, et s'appuie sur plusieurs arguments matériels. Les commanditaires auraient mis le prince dans une situation telle qu'il ne pouvait échapper aux Zoulous (voir notamment la note 1 p. 133 de l'édition citée).

Le testament du prince impérial[modifier | modifier le code]

Photomontage.
Carte à la mémoire du prince.

Dans son testament rédigé le 26 février 1879, à Chislehurst, le prince impérial affirme mourir dans la religion catholique et formule le souhait que son corps soit déposé auprès de celui de son père, en attendant qu’on les transporte tous deux là où repose Napoléon Ier. Il affirme que sa dernière pensée sera pour sa patrie et que c’est pour elle qu'il voudrait mourir. Il y exprime le sentiment de sa profonde gratitude pour la reine Victoria, pour toute la famille Royale britannique et pour le pays où il a reçu pendant huit ans une cordiale hospitalité.

Son testament eut aussi une dimension politique en ce qu'il y demandait à sa mère de veiller à soutenir la cause de l'Empire. Il affirme ainsi : « Je n’ai pas besoin de recommander à ma mère de ne rien négliger pour défendre la mémoire de mon grand Oncle et de mon père. Je la prie de se souvenir que tant qu’il y aura des Bonaparte, la Cause Impériale aura des Représentants. »

Il demande à l'impératrice Eugénie de soutenir son cousin, le prince Victor Napoléon, qu'il désigna comme continuateur de l'œuvre des deux empereurs des Français. Ce dernier point eut pour conséquence de diviser profondément le parti bonapartiste car selon les constitutions impériales ratifiées par le peuple français, ce n'est pas le prince Victor Napoléon, mais son père, le prince Napoléon qui est l'héritier dynastique. Cette division affaiblit grandement le parti bonapartiste. De fait, le prince Napoléon était partisan d'un régime laïc et suspecté de républicanisme.

La prière du prince impérial[modifier | modifier le code]

Dans les affaires du Prince, on trouva une prière qu'il avait rédigée avant son départ[24]. Elle révèle la foi profonde qui l'animait, mais aussi une résignation et un esprit de sacrifice rares chez un jeune homme de vingt-trois ans. On peut y lire : « Mon Dieu ! Je vous donne mon cœur, mais vous donnez-moi la foi. Sans foi, il n'est point d'ardentes prières, et prier est un besoin de mon âme... Le bonheur est empoisonné par cette pensée amère : je me réjouis et ceux que je chéris mille fois plus que moi sont en train de souffrir. » Des objets retrouvés dans ses affaires personnelles témoignent également de sa foi ardente : un livre de messe en latin et en anglais, dans une reliure de parchemin bleu foncé et un bénitier en émail cloisonné, portant un médaillon peint d'une image de la Vierge à l'Enfant ; l'un et l'autre étaient parsemés des abeilles d'or de l'Empire français.

Hommages[modifier | modifier le code]

Buste du prince mort par Prosper d'Épinay.
  • Le satellite naturel de l'astéroide (45) Eugénie, ainsi nommée en l'honneur de l'impératrice Eugénie, fut baptisé Petit-Prince en l'honneur du Prince impérial Louis Napoléon[25]. Son diamètre mesure environ 13 km.
  • La reine Victoria fit au prince impérial l'honneur insigne et affectueux de lui édifier un monument dans la chapelle royale du château de Windsor. Celui-ci fut financé par une souscription nationale, et le gisant fut réalisé par un sculpteur officiel de la couronne britannique, Sir Joseph Boehm. L'artiste a représenté le jeune lieutenant, les mains jointes sur la poignée de son épée, comme un chevalier du Moyen Âge reposant pour l'éternité[26].
  • La reine Victoria fit également ériger un monument à l'endroit où le prince était tombé. Ce monument, constitué d'un tas de pierres, analogue aux cairns écossais, marque la place du dernier combat et est surmonté d'une croix sur laquelle est gravé le nom du Prince impérial[27].
  • À Woolwich, une souscription ouverte dans l'armée britannique a permis d'ériger une statue de bronze sur le dessus d'un piédestal flanqué d'aigles et orné du N au centre d'un anneau de laurier surmonté de la couronne impériale française. Elle est due au comte Gleichen, sculpteur de l'école anglaise qui exposait régulièrement à l'Académie royale de Woolwich. Cette statue a été déplacée pour être mise devant l'actuelle grande école militaire de Sandhurst[26].
  • Parmi les œuvres rendant hommage au prince et à sa mort, on peut également citer le projet de monument de Prosper d'Épinay : le prince impérial y est représenté mourant et recueilli par l'ange Gabriel[28].
  • La mort tragique et courageuse du Prince inspira également plusieurs peintres. On peut citer la peinture originale et spectaculaire que le comte Ludovic Lepic exposa au Salon de 1880. Son sujet, Le Retour, c'est-à-dire le voyage du cercueil des côtes de l'Afrique à celles de l'Angleterre, illustre le moment où, placé dans une barque, le corps est transféré de L'Orontes à L'Enchantress, en rade de Porsmouth[24].
  • Quand la nouvelle de la mort du Prince impérial fut connue, le comte de Chambord, petit-fils de Charles X et Henri V pour les légitimistes, fit dire une messe à Frohsdorf en mémoire du Prince impérial, à laquelle il assista, en deuil, entouré de toute sa maison[29]. Il fit exprimer à l'impératrice Eugénie ses sentiments très attristés et ses condoléances ; il fut le premier à lui télégraphier et conserva toujours auprès de lui les fleurs cueillies par l'impératrice sur la tombe de son fils, que la reine Isabelle II l'avait engagé à adopter[30]. Par ailleurs, une délégation de royalistes se rendit symboliquement de la Chapelle Expiatoire, lieu de mémoire cher aux légitimistes, à l’église Saint-Augustin, église emblématique du Second Empire, avec une couronne qui fut déposée au pied de l’autel.
  • Un poème à la mémoire du prince fut aussi composé par Giosuè Carducci, le grand poète italien.
  • Dans sa bande dessinée Cato Zoulou, Hugo Pratt relate la mort du Prince impérial dans un mode fictionnel.
  • Dans son recueil Sagesse, Paul Verlaine consacra un poème à la mémoire du Prince impérial, « fier jeune homme si pur tombé plein d'espérance ». Dans Prince mort en soldat (Sagesse, XIII), le poète affirme :
« J'admire ton destin, j'adore, tout en larmes
Pour les pleurs de ta mère,
Dieu qui te fit mourir, beau prince, sous les armes,
Comme un héros d'Homère. »

Armoiries et drapeau[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Le prince impérial enfant[modifier | modifier le code]

Le prince impérial adulte[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La ville appartient aujourd’hui à l’Afrique-du-Sud.
  2. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 73.
  3. Alain Frerejean, Napoléon IV, un destin brisé (1856-1879), éd. Albin Michel, 1997.
  4. Certains ouvrages lui attribuent le prénom Napoléon-Eugène comme les Histoires héroïques des Français racontés à S.A. Napoléon-Eugène, Prince impérial paru en 1863.
  5. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 1997, p. 21.
  6. Ce titre est inspiré de celui de roi de Rome.
  7. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 1997, p. 24.
  8. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 1997, p. 18.
  9. a et b Christian Fileaux, Revue du Souvenir napoléonien, numéro 479, avril-mai-juin 2009, pages 51 à 59.
  10. La chanson L'empereur, sa femme et le petit prince témoigne de la popularité de la famille impériale à cette époque.
  11. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 1997, p. 114.
  12. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 1997, p. 120.
  13. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 132.
  14. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 133.
  15. La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 217.
  16. La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 218.
  17. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 284.
  18. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 268.
  19. La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 220.
  20. a et b La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 223.
  21. Alain Decaux, Revue du Souvenir Napoléonien, numéro 308, novembre 1979, page 2.
  22. Frédéric Bluche, Le bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses Universitaires de France, 1981, p. 113.
  23. Princeimperial.co.za
  24. a et b La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 235.
  25. Origine du nom du satellite Petit-Prince
  26. a et b La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 238.
  27. La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 236.
  28. La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 237.
  29. Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, Napoléon IV, éd. Perrin, 2004, p. 303.
  30. Jean-François Chiappe, La France et le Roi de la Restauration à nos jours, éd. Perrin, 1994, p. 575.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Lachnitt - Philippe Munch, Le Prince Impérial - Un Héritier Le Rubicon Éditeur, 2011
  • Léonce Dupont, Le Quatrième Napoléon, éd. Lachaud & Burdin, 1874
  • André Martinet, Le Prince impérial, éd. Léon Chailley, 1895
  • Augustin Filon, Le Prince impérial : souvenirs et documents, Hachette, 1912
  • Clément Vautel, Le Prince impérial, éd. Albin Michel, 1946
  • Suzanne Desternes, Henriette Chandet, Louis Prince impérial, éd. Hachette, 1957
  • Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial : Napoléon IV, éd. Perrin, 1997
  • Ouvrage collectif, La pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éd. de la Réunion des musées nationaux, 2004