Anne de Kiev
| Anne de Kiev | |
La reine Anne (vue d'artiste) |
|
| Titre | |
|---|---|
| Régente du Royaume de France | |
| 4 août 1060 – 1063 | |
| Monarque | Philippe Ier |
| Reine de France | |
| 19 mai 1051 – 4 août 1060 | |
| Monarque | Henri Ier |
| Prédécesseur | Mathilde de Frise |
| Successeur | Berthe de Hollande |
| Biographie | |
| Dynastie | Maison de Kiev |
| Nom de naissance | Анна Ярославна |
| Date de naissance | 1024 |
| Lieu de naissance | Kiev (Rus' de Kiev) |
| Date de décès | vers 1079 |
| Père | Iaroslav er de Rus de Kiev (Ukraine) |
| Mère | Ingigerd de Suède |
| Conjoint | Henri Ier de France Raoul IV de Vexin |
| Enfants | Avec Henri Ier : Philippe de France Robert de France Emma de France Hugues de France |
|
|
|
| Reines de France | |
| modifier |
|
Anne de Kiev[1] (également appelée Agnès), en russe et ukrainien : Анна Ярославна (Anna Iaroslavna), est la fille de Iaroslav le Sage, grand-prince de Kiev et de sa seconde épouse, Ingigerd de Suède. Elle serait née à Kiev, selon certaines sources vers 1024, 1032 ou en 1036. Elle fut reine de France de 1051 à 1060. Les manuels d'histoire l'ont longtemps appelée Anne de Russie[2].
Sommaire |
Biographie [modifier]
Quelques généalogies nomment son arrière-grand-père paternel Romain II, empereur de Constantinople, lequel affirmait descendre des rois de Macédoine[3], mais la fille de Romain II, Anne de Byzance, n'était que la seconde épouse de Vladimir Ier, père de Iaroslav le Sage, et n'était donc pas la grand-mère d'Anne de Kiev.
Unions et descendance [modifier]
Appartenant, par sa confession, à l'Église des sept conciles, elle épouse à Reims en premières noces, le 19 mai 1051[4], le roi Henri Ier de France qui relève, quant à lui, de l'Église catholique romaine. Ces deux églises forment encore l'Église indivise, puisque cet événement a lieu avant le schisme de 1054.
Ils ont ensemble quatre enfants :
- Philippe Ier (1052-1108)
- Robert (1054-vers 1063)
- Emma[5](1055-vers 1109)
- Hugues le Grand (1057-1102)
Elle introduit le prénom Philippe
à la cour de France en le donnant au fils aîné de son premier mariage qui régnera sous le nom de Philippe Ier.
Devenue veuve d'Henri Ier, elle devient régente de son fils Philippe jusqu'en 1063, date de son remariage[6] avec le comte de Valois, Raoul de Crépy, après que celui-ci a répudié son épouse légitime. Cette union suscite la colère des évêques ainsi qu'une brouille passagère avec son fils Philippe Ier[7], et le couple est excommunié en 1064[8],
Anne fait reconstruire à Senlis une église ou chapelle ruinée qui est consacrée en 1065, et y fonde en même temps l'abbaye Saint-Vincent.
Elle meurt entre 1076 et 1089, peut-être en 1079, et aurait été inhumée à l'abbaye de Villiers-aux-Nonnains[9] à Cerny près de La Ferté-Alais dans l'Essonne. Étant donné que l'abbaye de Villiers n'a été fondée que vers 1220, soit près de 140 ans après cette inhumation, et qu'aucun texte ne parle d'un transfert des restes d'Anne dans l'abbaye, il est difficile d'admettre qu'elle y fut inhumée dès sa mort. Cette abbaye fut détruite à la Révolution française consécutivement au vote par l'assemblée nationale d'une loi/décret sur la destruction des mausolées. Les pierres de l'abbaye ont été utilisées pour la construction de certaines maisons de La Ferté-Alais.
La prétendue tombe de Villiers-aux-Nonnains [modifier]
En 1682, le Journal des savants rendait compte brièvement d'une série de "nouvelles découvertes" historiques faites par le père Menestrier, savant jésuite qui était alors une autorité en matière d'histoire nobiliaire. En tête de celles-ci, figurait la description d'une pierre tombale trouvée dans l'église abbatiale de Villiers-aux-Nonnains, près de la Ferté-Alais : le père Menestrier s'était persuadé qu'elle appartenait à la reine malencontreusement appelée Anne plutôt qu'Agnès, épouse de Henri Ier.
« C’est une tombe plate dont les extrémités sont rompues. La figure de cette Reine y est gravée, ayant sur sa tête une couronne à la manière des bonnets que l’on donne aux Électeurs. il y a un retour en demi-cercle, où commence son épitaphe en ces termes : Hic jacet Domina Agnes uxor quondam Henrici Regis, le reste est rompu, et sur l'autre retour on lit : eorum per misericordiam Dei requiescant in pace… »
Les auteurs de la Gallia Christiana revinrent sur le sujet dans leur notice sur l'abbaye de Villiers. Ils firent remarquer que deux informateurs de leur ordre avaient examiné cette épitaphe à un siècle d'intervalle et qu'aucun n'y avait vu le mot Regis ; Magdelon Theulier, qui avait visité l'abbaye dès 1642, croyait même que les mots uxor quondam Henrici avait été rajoutés à l'inscription primitive. D'ailleurs les Bénédictins du XVIIIe siècle, pas plus que les frères de Sainte-Marthe au siècle précédent, n'imaginaient qu'Anne de Russie pût apparaître sous le nom d'Agnès ; ils s'étonnaient que l'abbaye de Villiers ayant été fondée un bon siècle et demi après sa mort, il aurait fallu qu'elle y fût transférée après 1220 sans que cet évènement ne laissât de trace ; ils pensaient enfin, ayant sans doute consulté Duchesne ou dom Bouquet, qu'Anne, veuve de Raoul, était retournée mourir en Russie.
La pierre tombale ayant disparu depuis la Révolution, il faut bien nous contenter de ces deux textes et on ne pourra plus établir, même par hypothèse, d'où vient cet improbable mot Regis qui paraît avoir trompé Menestrier. Car, en dehors de lui, rien ne résiste : personne n'a jamais pu expliquer de manière convaincante comment la dépouille d'Anne de Kiev serait arrivée dans cette obscure abbaye de femmes du Gâtinais ni par quelle autre église ou chapelle elle aurait transité auparavant ; le type de pierre décrit par le Journal des Savants, avec l'effigie de la défunte entourée d'une épitaphe, n'existait certainement pas au milieu du XIe siècle, comme le souligne R.-H. Bautier ; enfin, l'utilisation du pluriel : eorum… requiescant… signifie que la défunte n'était pas seule. L'hypothèse de loin la plus vraisemblable est donc que cette femme en bonnet, épouse - pourquoi pas ? - d'un certain Henri qui n'était pas roi et qui partageait peut-être sa tombe, était une bienfaitrice de l'abbaye ayant vécu au XIIIe siècle et qui fut accueillie à sa mort dans l'église des religieuses.
L'article du Journal des Savants ainsi qu'une traduction de la notice latine des Bénédictins ont été republiés avec soin à la fin du Recueil de Labanoff. Une autre copie de ce petit dossier se trouve parmi les annexes d'une traduction de la Chronique de Nestor donnée par Louis Paris en 1834.
Postérité littéraire [modifier]
- Régine Deforges, Sous le ciel de Novgorod (roman).
Notes et références [modifier]
- Sa généalogie sur le site Medieval Lands
- Du IXe au XIIIe siècles, la principauté de Kiev est le premier État organisé de ce qui va devenir la Russie.
- Françoise Guérard, Dictionnaire des Rois et Reines de France, Vuibert (ISBN 2-7117-4436-1)
- Christian Bouyer, Dictionnaire des Reines de France, Librairie Académique Perrin, 1992 ISBN 2-262-00789-6. Christian Bouyer nuance : le mariage « a sans doute lieu le 19 mai 1051 »
- Selon F.Guérard (op.cit), Emma serait morte à quelques mois.
- ou 1062 selon C. Bouyer, op.cit.
- C.Bouyer, op.cit.
- F.Guérard, op.cit.
- Toutefois, selon Françoise Guérard (op.cit.), elle serait retournée mourir à Kiev. Christian Bouyer (op.cit.) évoque également la même hypothèse, une « tradition [qui] veut qu'elle soit retournée dans son pays. »
Bibliographie [modifier]
- Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • WorldCat
- Bautier, Robert-Henri. Anne de Kiev, reine de France, et la politique royale au XIe siècle : étude critique de la documentation. In: Revue des études slaves, Tome 57 /4, 1985, p. 539-564. - doi : 10.3406/slave.1985.5520
- Bautier, Robert-Henri, Sacres et couronnements sous les Carolingiens et les premiers Capétiens. Recherches sur la genèse du sacre royal français. In : Annuaire-bulletin de la Société de l'Histoire de France, années 1987-1988 (paru en 1989), p. 7 -56.
- (en) Bogomoletz, Wladimir V., Anna of Kiev: An Enigmatic Capetian Queen of the Eleventh Century: A Reassment of Biliographical Sources, French History, vol. 19, n° 3, September 2005, pp. 299-323 (Résumé).
- Caix de Saint-Aymour, Amédée. Causeries du Besacier. Mélanges pour servir à l'histoire des pays qui forment aujourd'hui le département de l'Oise … Tome 2. Paris , A. Claudin / H. Champion, 1892-1895. - La « causerie » concernant Anne de Kiev occupe les p. 1-48.
- Couderc, C. Une signature autographe d'Anne de Russie, femme de Henri Ier, roi de France. In : La Russie… Paris, 1892, p. 473-475, pl.
- Fliche, Augustin. Le Règne de Philippe Ier, roi de France, 1060-1108, Paris, 1912 . - Réimpr. : Genève, Slatkine Reprints, 1975. Spécialement p. 16-25, 96-97.
- Gallia Christiana… Opera et studio Monachorum Congregationis S. Mauri… [Tome 12]. Paris, Imprimerie royale, 1750.
- Hallu, Roger. Anne de Kiev, reine de France. Rome, Edit. Universitatis Catholicae Ucrainorum, 1973. (Università cattolica ucraina. Opera, 24).
- Hellmann, M. Die Heiratspolitik Jaroslavs des Weisen. In : Forschungen zur Osteuropäischen Geschichte, 8, 1962, p. 7-25.
- Labanoff de Rostoff, Alexandre. Recueil de pièces historiques sur la reine Anne ou Agnès, épouse de Henri Ier, roi de France, et fille de Iaroslav Ier, grand-duc de Russie, Paris, Firmin-Didot, 1825.
- Lewis, Andrew W. Le Sang royal. La famille capétienne et l'État, France, XeXIVe siècle av. J.-C.. [Paris], Gallimard, 1986. (Coll. Bibliothèque des Histoires).
- Olivier-Martin, F. Études sur les régences I. Les régences et la majorité des rois sous les Capétiens directs et les premiers Valois (1060-1375). Paris, 1931.
- Prou, Maurice (ed.), Recueil des actes de Philippe Ier, roi de France (1059-1108)… Paris, Impr. nationale, 1908. (Chartes et diplômes relatifs à l'histoire de France, 1).
- Soehnée, Frédéric. Catalogue des actes d'Henri Ier, roi de France, 1031-1060. Paris, H. Champion, 1907. (Bibliothèque de l'École des hautes études. Sciences historiques et philologiques, 161).
- Vajay, Szabolcs de. Mathilde, reine de France inconnue. In: Journal des savants. 1971 /4, p. 241-260. - doi : 10.3406/jds.1971.1254
Voir aussi [modifier]
Articles connexes [modifier]
- Abbaye Saint-Vincent de Senlis
- Collège français Anne de Kiev, école française de Kiev qui a pris le nom d'Anne de Kiev en 2005.
Liens externes [modifier]
| Précédé par | Anne de Kiev | Suivi par | |
|---|---|---|---|
| Mathilde de Frise |
|
Berthe de Hollande |