Frédégonde

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Chilpéric Ier et Frédégonde dans le Recueil des rois de France de Jean du Tillet (1602).

Frédégonde, née vers 545, morte en 597 à Paris[1], est reine de Neustrie après son mariage avec le roi mérovingien Chilpéric Ier.

Avec la reine Brunehilde (Brunehaut), elle est un des protagonistes essentiels de la longue période de guerres entre rois francs, commencée en 570 et achevée en 613 par la victoire de son fils Clotaire II.

Introduction[modifier | modifier le code]

Le contexte historique : les territoires francs au VIe siècle[modifier | modifier le code]

La vie de Frédégonde se déroule dans le cadre territorial et politique issu du partage du royaume franc effectué en 561 à la mort de Clotaire, fils de Clovis et père de Chilpéric.

À la mort de Clovis, en 511, quatre royaumes avaient été créés avec pour capitales : Reims, Soissons, Paris et Orléans, l'Aquitaine étant répartie séparément. Dans les années 550, Clotaire, dernier survivant des quatre frères reconstitue l'unité du royaume franc, augmenté du territoire burgonde (Burgundia, Burgondie, Bourgogne) conquis entre temps.

En 561, les quatre fils de Clotaire effectuent un partage analogue à celui de 511 : Sigebert à Reims (puis Metz), Chilpéric à Soissons, Caribert à Paris, Gontran à Orléans (puis Chalon), ce dernier royaume incluant maintenant le territoire burgonde conquis entre temps. Ils se répartissent de nouveau l'Aquitaine séparément.

À la mort de Caribert en 567, sa part est partagée entre les trois survivants : en particulier, Chilpéric (Soissons) reçoit Rouen et Sigebert (Metz) reçoit Paris.

Les sources[modifier | modifier le code]

Les principales sources d'époque sont la chronique de Grégoire de Tours et celle de Frédégaire ainsi que la vie en prose de Radegonde de Poitiers de Venance Fortunat.

Mais il faut savoir que leurs auteurs sont de parti pris, Grégoire, évêque de Tours, est même un acteur des conflits de l'époque.

L'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, de la fin du VIe siècle, s'arrête vers 572. Elle est favorable à la reine Brunehilde et à Sigebert et extrêmement hostile à Chilpéric et à Frédégonde. Grégoire de Tours décrit Frédégonde comme une femme cruelle et la rend personnellement responsable de la guerre qui déchire les Mérovingiens à son époque : « J'éprouve du dégoût à raconter la série des guerres civiles qui ont ruiné les nations des Francs… ».

La chronique de Frédégaire, du VIIe siècle, commence en 584, est en revanche hostile à Brunehilde.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'ascension de Frédégonde[modifier | modifier le code]

Frédégonde est d'abord probablement une suivante de la reine Audevère, première épouse de Chilpéric. Elle serait née à Haucourt (Pas-de-Calais, entre Arras et Cambrai) dans une famille de petite noblesse.

Elle séduit le nouveau roi par sa beauté qui en fait sa concubine. Frédégonde obtient de lui une promesse secrète de mariage[réf. nécessaire].

Mais, désirant une aussi noble alliance que celle de Sigebert, qui a épousé la princesse wisigothe Brunehilde (Brunehaut), fille d'Athanagild, Chilpéric épouse en 566 Galswinthe, sœur aînée de Brunehilde.

Déçue par son mariage, Galswinthe demande à retourner en Espagne. En 568, elle est trouvée étranglée dans son lit.

Peu après, Chilpéric épouse Frédégonde.

La faide royale jusqu'en 584[modifier | modifier le code]

Gravure du tombeau de Frédégonde dans l'Histoire populaire contemporaine de la France, tome 1 de Charles Lahure.

Pour apaiser la colère de la reine Brunehilde, Sigebert convoque Chilpéric à une assemblée présidée par leur frère Gontran. Celui-ci décide qu'à titre de compensation (wergeld), les cités[2] (Bordeaux, Limoges, Cahors, Béarn, Bigorre) reçues par Galswinthe à titre de douaire[3], deviendraient immédiatement la propriété de Brunehilde et de ses héritiers. Chilpéric semble se soumettre à la décision de ses frères pour gagner du temps, mais il ne tient pas son engagement et se lance au contraire dans une guerre contre Sigebert, d'abord en Aquitaine, puis dans le royaume de Metz.

En 575, Sigebert réplique en lançant à partir de Paris deux attaques, l'une vers Rouen, l'autre vers la Picardie. Chilpéric, après que son armée a fait défection, s'enferme dans Tournai, tandis que Sigebert obtient le ralliement d'une partie de son armée à Vitry, près d'Arras : il est même « hissé sur le pavois », c'est-à-dire reconnu comme roi. Mais il est assassiné juste après par deux leudes[4] envoyés de Chilpéric et de Frédégonde[5],[6].

La situation de la Neustrie se rétablit alors. Chilpéric s'empare de Paris ; le successeur de Sigebert, Childebert II, lui échappe, mais Brunehilde est faite prisonnière et emmenée à Rouen, dont l'évêque est Prétextat.

L'année suivante, Brunehilde réussit à séduire et à épouser le fils de Chilpéric, Mérovée, fils d'une première épouse, Audovère. Mérovée est par ailleurs le filleul de Prétextat. Chilpéric réagit à cet acte de rébellion en faisant déposer Prétextat par une assemblée d'évêques ; il fait aussi tonsurer Mérovée, qui est ensuite assassiné (577), peut-être à l'instigation de Frédégonde. Brunehilde réussit à s'échapper et rejoint Childebert II, devenant régente du royaume de Metz.

À la fin des années 570, disparaissent aussi un autre fils d'Audovère et Chilpéric, Clovis, puis Audovère (580) ; Basine subit de mauvais traitements[7]. Frédégonde est de nouveau soupçonnée d'être responsable de ces événements ; elle veut assurer à sa propre descendance la succession de Chilpéric. Mais ses propres enfants meurent en bas âge.

L'année 584 : naissance de Clotaire et mort de Chilpéric[modifier | modifier le code]

Au printemps 584, naît un fils de Chilpéric et Frédégonde : le futur Clotaire dont la naissance n'est pas annoncée pour protéger le seul héritier vivant et qui est d'abord placé à l'abri dans la villa de Vitry, en Artois.

En septembre 584, Chilpéric Ier est assassiné près de sa villa de Chelles, peut-être sur ordre de la reine Brunehilde par vengeance[8] ou de sa propre femme accusée d'adultère et dont le fils Clotaire non reconnu officiellement serait un bâtard[6], après une partie de chasse. Cet événement produit un désordre général dans le royaume de Neustrie et dans ses dépendances.

Désordres dans le royaume[modifier | modifier le code]

Les Grands de Neustrie pillent les trésors de Chilpéric, notamment son missorium d'or[9] et s'emparent de tous les documents importants, pour se réfugier en Austrasie. La princesse Rigonde, en chemin vers l'Espagne en vue d'épouser le prince Recarède, est attaquée à Toulouse par le duc Didier, lié à la conspiration de Gondovald, qui lui vole tout ce qui reste de sa dot, de sorte qu'elle est obligée de renoncer à son mariage avec Recarède[10]. Des guerres éclatent entre des cités rivales, ainsi Orléans et Blois se dressent contre Chartres et Châteaudun[11].

Rapprochement de Frédégonde avec Gontran[modifier | modifier le code]

Frédégonde réussit à conserver ses trésors personnels et quelques officiers, comme Ansoald et Audon[12], alors que d'autres l'abandonnent, comme le chambrier Eberulf[13]. Elle fait emmener son fils de Vitry à Paris et envoie un message à Gontran, roi de Bourgogne, pour qu'il accepte d'adopter l'enfant[14] et d'exercer la régence jusqu'à sa majorité.

Des pourparlers s'engagent entre Childebert II et Brunehilde d'une part, qui envisagent de s'installer à Paris, Gontran d'autre part : celui-ci refuse qu'ils entrent dans la ville. Il refuse également[15] de leur livrer Frédégonde, que Brunehilde réclame en invoquant le régicide de Sigebert Ier, des princes Mérovée et Clovis et même de Chilpéric.

L'assemblée de Neustrie et la reconnaissance de Clotaire[modifier | modifier le code]

Gontran convoque ensuite une assemblée des Grands de Neustrie, au cours de laquelle l'enfant de Frédégonde est reconnu comme fils de Chilpéric Ier, bien que des doutes sur sa paternité aient été évoqués[15],[16]. Ils décident de lui donner le nom de Clotaire[15], nom du grand-père du nouveau-né. Celui-ci est alors adopté par Gontran.

Le gouvernement de Gontran (584-586)[modifier | modifier le code]

Frédégonde écartée du pouvoir par Gontran[modifier | modifier le code]

L'ordre est progressivement rétabli dans les cités, qui font alors serment de fidélité à Gontran et à Clotaire[17]. Contre l'avis de Frédégonde et peut-être pour montrer son autorité[18], Gontran démet Melantius du siège épiscopal de Rouen, qui est rendu à Prétextat.

Frédégonde est même envoyée dans la villa de Vaudreuil, située dans le diocèse de Rouen[19], où elle est sous la surveillance de Prétextat.

Le baptême de Clotaire[modifier | modifier le code]

Durant l'été 585, Gontran revient à Paris pour être le parrain de Clotaire lors du baptême de l'enfant ; il fait jurer à Frédégonde, trois évêques et trois cents aristocrates de Neustrie, que Clotaire II est bien fils de Chilpéric Ier. Mais le baptême est annulé[réf. nécessaire]. Il est prévu de réunir un concile à Troyes, mais les Austrasiens refusent d'y participer si Gontran ne déshérite pas Clotaire. Le concile est donc déplacé à Mâcon (en Bourgogne) et a lieu le 23 octobre 585[20].

Frédégonde visite Prétextat sur son lit de mort par Lawrence Alma-Tadema.

Le rétablissement de Frédégonde (586) et le conflit avec Gontran (587-592)[modifier | modifier le code]

Alors que Gontran est occupé au loin en Septimanie wisigothique, Frédégonde tente d'échapper à la surveillance de l'évêque Prétextat pour fuir Rouen. Durant une messe dominicale, Prétextat est poignardé. Comme il ne meurt pas tout de suite, Frédégonde va se recueillir auprès de lui et lui demande s'il a besoin de ses médecins. L'évêque l'accuse ouvertement d'être à l'origine de ce meurtre et de celui des autres rois et il jette une malédiction sur elle. Il meurt peu après.

La reine utilise alors sa liberté pour rallier à son fils et à elle le plus possible de nobles et d'évêques. Elle réinstalle Melantius à Rouen malgré l'interdiction de Gontran[21].

Gontran s'efforce alors d'affaiblir Frédégonde en débauchant une partie de l'aristocratie neustrienne, afin d'au moins conserver les terres qu'il a accaparées entre Loire et Seine grâce au ralliement du duc Beppolène[22]. En 587, il réussit à reprendre les villes d'Angers, Saintes et Nantes[23].

Frédégonde propose alors de négocier la paix et envoie à Gontran des ambassadeurs, en réalité chargés de le tuer. Mais ils sont arrêtés et Gontran rompt ses relations avec Frédégonde[24], se rapprochant alors de Brunehilde et de Childebert II, avec lesquels il conclut le pacte d'Andelot : à la mort d'un des deux rois, l'autre héritera de son royaume. C'est effectivement ce qui survient en 592 : Gontran meurt et Childebert devient roi des deux royaumes d'Austrasie et de Bourgogne.

Le conflit avec l'Austrasie et la Bourgogne (592-597)[modifier | modifier le code]

Frédégonde et son fils Clotaire II à la tête de l'armée contre Childebert. Grandes chroniques de France. Bibliothèque municipale de Lyon.

L'union Austrasie-Bourgogne ne dure que jusqu'en 595 ; à la mort de Childebert II, l'Austrasie est attribuée à son fils Thibert et la Bourgogne à Thierry ; Brunehilde est toujours présente, mais son pouvoir et son rôle de régente ne sont pas toujours acceptés, et les deux frères sont loin d'être toujours en accord.

Clotaire II commence à jouer un rôle plus ou moins symbolique. En 593, il apparaît à la tête de ses armées qui mettent en déroute le duc austrasien Wintrio qui cherche à envahir la Neustrie. En 596, il ravage les environs de Paris.

Frédégonde meurt en 597, laissant Clotaire gouverner désormais seul.

Elle est inhumée auprès de Chilpéric dans l'église Saint-Vincent, rebaptisée depuis Saint-Germain-des-Prés[1].

La dalle funéraire, faite de pierre de liais, mosaïque de marbre, porphyre et serpentine et filets de cuivre, qui recouvrait sa tombe, a été par la suite transportée à Saint-Denis[25].

Points particuliers[modifier | modifier le code]

Les enfants de Frédégonde et Chilpéric[modifier | modifier le code]

Chilpéric Ieret Frédégonde sont les parents de[26] :

  • Rigonde (v. 569 - † 589), fiancée au prince wisigoth Réccared. Lorsque le convoi qui l'emmène en Espagne apprend la mort de son père, son escorte pille les richesses du convoi et l'abandonne. Elle se réfugie dans le palais de sa mère et se débauche.
  • Clodebert, mort de dysenterie en même temps que son frère Dagobert en 580.
  • Samson, né vers 573, mort de dysenterie en 577.
  • Dagobert, mort de dysenterie en même temps que son frère Clodebert en 580.
  • Théoderic, né en 583, mort de dysenterie en 584.
  • Clotaire II (584-629), roi de Neustrie, puis de tous les Francs.

Meurtres attribués à Frédégonde[modifier | modifier le code]

L'image de Frédégonde dans la littérature et l'art[modifier | modifier le code]

Frédégonde manque de tuer Rigonde en 589. Illustration tirée des Vieilles Histoires de la Patrie, 1887.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

La légende raconte que Frédégonde, profitant que le roi soit parti se battre en Saxe contre son frère Sigebert Ier, et espérant devenir reine à la place d'Audevère, ait abusé de la naïveté de la reine en lui faisant tenir elle-même son sixième enfant Chilsinde sur les fonts baptismaux. La reine ignorait qu'en agissant de la sorte, elle commettait une lourde faute aux yeux de l'Église. Devenue marraine de son propre enfant et donc la commère de son mari, elle ne pouvait plus partager sa couche avec le roi sous peine d'être accusée d'inceste.

Opéra[modifier | modifier le code]

  • Frédégonde, d'Ernest Guiraud et Camille Saint-Saëns, livret de Louis Gallet (1895)

Romans historiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources d'époque[modifier | modifier le code]

Études contemporaines[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Lebecq, Les Origines franques, Points/Seuil, 1990, pages 105-119 (première partie, chapitre 5 : « La faide royale (561-603) »).
  • Noêlle Deflou-Leca, Alain Dubreucq (dir.), Sociétés en Europe mi VIè-fin IXè siècle, Atlande, coll. Clefs Concours, 2003 (fiches biographiques : « Frédégonde », « Chilpéric », « Brunehaut »)

Sur Frédégonde[modifier | modifier le code]

Sur Brunehilde (Brunehaut)[modifier | modifier le code]

Sur Clotaire II[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Christian Bouyer, Dictionnaire des Reines de France, Librairie Académique Perrin, 1992 ISBN 2-262-00789-6, p. 78-79
  2. Le mot "cité" ne correspond pas à une ville, mais à l'ancienne civitas gallo-romaine, devenue diocèse épiscopal.
  3. Douaire : Morgengabe, don du lendemain (de la nuit de noces). L'épouse apporte une dot fournie par ses parents, mais reçoit de l'époux un douaire, qui devient effectif en cas de décès de l'époux. Le douaire de Galswinthe est le seul dont le contenu soit indiqué par les sources.
  4. Grégoire de Tours considère qu'il s'agit de pages de Frédégonde : Histoire des Francs, livre V, 51
  5. Il n'y a pas a priori de raison de penser que Frédégonde ait seule décidé cet assassinat.
  6. a et b Anne Bernet, « Ces drôles de Mérovingiens avec leur reine Frédégonde », Au cœur de l'histoire, 15 février 2012
  7. Basine, fille de Chilpéric Ier, est violée par les soldats de Frédégonde avant d'être recluse à l'Abbaye Sainte-Croix de Poitiers[réf. nécessaire].
  8. Frédégaire, Chronique, III, 93.
  9. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 4.
  10. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 9.
  11. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 2.
  12. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 15.
  13. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 21.
  14. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 5.
  15. a, b et c Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 7.
  16. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VIII, 9.
  17. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 8.
  18. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 16.
  19. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 19.
  20. Quelles décisions sont prises ?
  21. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VIII, 31.
  22. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VIII, 42.
  23. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VIII, 43.
  24. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VIII, 44.
  25. « Dalle funéraire (gisant) de Frédégonde, épouse de Chilpéric Ier, roi de France et mère de Clotaire II à Saint-Denis sur le site Patrimoine de France », sur www.patrimoine-de-france.org (consulté le 8 mai 2010)
  26. Christian Settipani, La Préhistoire des Capétiens (Nouvelle histoire généalogique de l'auguste maison de France, vol. 1), éd. Patrick van Kerrebrouck,‎ 1993 (ISBN 2-9501509-3-4), p. 91-2.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]