Hippolyte Destailleur

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Barèges au XIXe siècle (collection Hippolyte Destailleur 1822-1893)

Hippolyte Alexandre Gabriel Walter Destailleur est un architecte, collectionneur, bibliophile et historien de l'art français né en 1822 et mort en 1893.

Fils de François-Hippolyte Destailleur (1787-1852), architecte, Hippolyte Alexandre Gabriel Walter Destailleur fut l'un des tenants de l'historicisme en France.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Son père François-Hippolyte Destailleur avait édifié entre autres le bâtiment du Ministère des Finances, situé rue de Rivoli (détruit lors de la commune) et le Passage Jouffroy à Paris.

Architecte de renommée internationale, restaurateur de Courances et de Vaux-le-Vicomte, Destailleur possédait une impressionnante collection de dessins d'architecture et d’ornements.

Cette connaissance aiguë lui permettait de s'inspirer pour ses œuvres des décors anciens. Il avait aussi coutume de réemployer d'anciennes boiseries et éléments de décor mis sur le marché au moment des aménagements urbains d’Haussmann, qui en perçant de nouvelles avenues et rues dans le vieux Paris, entraina la démolition et le "dépeçage" des décors intérieurs de maints hôtels particuliers du siècle précédent.

De 1866 à 1867, il édifie pour la comtesse Victoire-Félicie de Béhague, 24 avenue Bosquet, un hôtel de style Louis XV, construit parallèlement à l'avenue et relié à celle-ci par un vestibule vitré (bâtiment aujourd'hui détruit).

En 1868, pour une somme de 400 000 francs, il édifie également pour le comte Octave de Béhague, fils de la comtesse, un Petit Hôtel dans lequel est remonté un important ensemble de boiseries du XVIIIe siècle.

En 1880, il construit pour les Cahen d'Anvers un hôtel de style Louis XIV au 2 rue de Bassano (Paris, XVIe), dans lequel il remonte des boiseries exécutées en 1709 par Germain Boffrand pour l'hôtel de Mayenne.

À Courances, pour le compte du banquier Samuel de Haber, dans les années 1870, il transforme le parc en parc "à l'Anglaise" et transforme le château dans le style néo-Louis XIII (1873-1884).

De 1875 à 1892, il restaure également le château de Vaux-le-Vicomte, pour l'industriel Alfred Sommier.

Pour le duc de Massa, il édifie le château de Franconville à Saint-Martin-du-Tertre, 1875-1882, directement inspiré du château de Maisons-Laffitte, construit par François Mansart pour René de Longueil.

Pour le baron Eugène Roger, banquier à Paris, demi-frère du duc de Massa, entre 1887 e 1890, il construisit le château de Triboulette, commune de Vouzeron, Cher

À l'étranger Destailleur participe à l'internationalisation de l'historicisme français.

En Angleterre, à la demande du Baron Ferdinand de Rothschild, il élève Waddesdon Manor dans le Bukhinghamshire, aujourd'hui propriété du National Trust. Ce château, pour lequel Destailleur s'inspire notamment des châteaux de Blois pour l'escalier et de Maintenon pour les tours, demandera à l'architecte près de dix ans de travaux qui seront poursuivis après lui par son fils, également architecte, Walter-André Destailleur.

En Angleterre, à Farnborough, il est aussi l'auteur du mausolée de Napoléon III.

À Vienne, c'est pour Albert de Rothschild qu'il construira un hôtel particulier où il reproduira à l'intérieur l'escalier dit des Ambassadeurs de Versailles tandis qu'à Berlin il édifie l'hôtel particulier du Prince de Pless.

Proche de l'ancienne noblesse du Second Empire, Destailleur sera appelé en Angleterre par l'impératrice déchue et exilée qui lui confiera l'édification de la chapelle funéraire de Napoléon III et de leur fils unique, le prince impérial, à Farnborough, et la construction d'une abbaye destinée à accueillir une communauté de moines français qui veilleraient au repos de leurs âmes.

Ses collections d'art[modifier | modifier le code]

Doté d'un goût très sûr, Hippolyte Destailleur forma sa vie durant ce qui devait devenir l'une des plus importantes collections privées d'art graphique (dessins et estampes), ainsi qu'une bibliothèque composée de plusieurs milliers d'ouvrages.

Après avoir vendu en 1879 la majeure partie de sa collection à Berlin, où elle devait servir de fondement à la "Kunstbibliothek", Destailleur entrepris d'en composer une seconde, pour laquelle il fit preuve, à en croire les témoignages parvenus, d'un souci plus particulier de l'état de conservation et de la provenance des œuvres achetées.

L'ensemble de cette collection fut dispersé dans les dernières années de sa vie et après son décès (1893). Patrice de Vogüé évoque ainsi Destailleur et, reprenant les informations parues dans l'article de Cédric Rabeyrolles-Destailleur, évoque les ventes posthumes :

"(...) l'un des plus remarquables architectes français du XIXe siècle, qui a œuvré dans toute l'Europe pour une clientèle riche et qui voyait grand (...) A temps perdu (il) s'adonne à sa seconde passion: collectionner dessins, livres, gravures et documentation. C'est probablement penchés sur ces précieuses références du XVIIe siècle que dix-sept années durant, les deux hommes arrêtèrent les programmes annuels de travaux à réaliser à Vaux (...) l'entrepreneur en maçonnerie Houzeau facturait des fournitures inexistantes mettant en péril la solidité des restaurations. L'affaire passa en justice. (il) se retrancha derrière l'attestation de conformité délivrée par Destailleur, maître-d'œuvre des chantiers délictueux (...) condamné à des dommages considérables, il ne disposait pas des liquidités nécessaire et fut contraint d'envisager de se séparer d'une grande partie de ses admirables collections (...) Ce n'est qu'après sa mort en 1893, que ses héritiers vendirent cette exceptionnelle documentation pour honorer la dette de leur père".

("Mémoire d'un chef-d'œuvre, Vaux-Le-Vicomte, 1875-2008", Imprimerie Nationale, 2008, p. 27 à 29 - illustré d'un portrait gravé de Destailleur assis dans sa bibliothèque).

La Bibliothèque nationale acquit plus de 5 000 dessins liés à la topographie parisienne et à la province tandis que les autres œuvres (dessins, estampes et livres) furent dispersées au cours d'une dizaine de ventes publiques entre 1891 et 1901.

On notera notamment la présence dans cette collection du "Livre des Saint-Aubin", recueil où chacun des membres de cette grande famille d'artistes du XVIIIe siècle ont dessiné et qui fut acquis en 2001 par le Musée du Louvre ou encore le nombre impressionnant de dessins d'Androuet du Cerceau.

Ses ouvrages[modifier | modifier le code]

Destailleur dirigea enfin la publication de plusieurs ouvrages :

  • Recueil d’estampes relatives à l’ornementation des appartements aux XVI, XVII et XVIIIe siècles

publiées sous la direction et avec un texte explicatif par M. H. Destailleur, architecte du gouvernement. Gravées en fac-similé par MM. R. Pfnor et Riester d’après les compositions de du Cerceau, Le Pautre, Berain, Daniel Marot, Meissonnier, La Londe etc. 2 Tomes, (Paris, Rapilly, 1863 et 1871, in-folio);

  • Jacques Androuet du Cerceau. Les plus excellens bâtiments de France.

Sous la direction de H. Destailleur, architecte du gouvernement. Gravé en fac-similé par M. Faure-Dujarric, architecte. Nouvelle édition augmentée de planches inédites de du Cerceau. 2 tomes (Paris. A. Levy, 1868 et 1870, in-folio);

  • Mathurin Jousse. La Fidelle ouverture de l'art du serrurier, composée par Mathurin Jousse, accompagnée d'une notice historique par H. Destailleur (A. Lévy, 1874, in-folio).

Hippolyte Destailleur fut quelque peu délaissé par l'histoire de l'art pendant près d'un siècle.

Une exposition de portraits d'artistes provenant de sa collection au Musée Carnavalet de mars à juin 2006, ainsi que la mise en ligne du fonds Destailleur du "Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale de France" (sur le site gallica) éclairèrent d'un jour nouveau cette personnalité riche pour l'histoire de l'art et de l'architecture.

Une thèse d'histoire de l'art portant sur l'ensemble de sa carrière et de sa personnalité est actuellement en préparation à l'université de Nantes sous la direction d'Alexandre Gady.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Cédric Destailleur, Hippolyte Destailleur (1822-1893): architecte et collectionneur. In L'artiste collectionneur de dessins I. Sous la direction de Catherine Monbeig Goguel (5 Continents, 2006.) Daniel Baduel, Le nouveau château de Franconville-aux-Bois. In Saint-Martin-du-Tertre : un village, une histoire, (Seugy, 2000.)

Le Château de Vouzeron