Hippolyte Destailleur

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Barèges au XIXe siècle (collection Hippolyte Destailleur 1822-1893)

Hippolyte Alexandre Gabriel Walter Destailleur est un architecte, collectionneur, bibliophile et historien de l'art français né le 27 septembre 1822 et mort le 17 novembre 1893.

Fils de François-Hippolyte Destailleur (1787-1852), architecte, Hippolyte Alexandre Gabriel Walter Destailleur fut l'un des tenants de l'historicisme en France.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Son père François-Hippolyte Destailleur avait édifié entre autres le bâtiment du Ministère des Finances, situé rue de Rivoli (détruit lors de la commune) et le Passage Jouffroy à Paris.

Architecte de renommée internationale, restaurateur entre autres grandes demeures de Courances et de Vaux-le-Vicomte, Destailleur constitua une énorme collection de dessins d'architecture et d’ornements qui fut sa "base documentaire" professionnelle.

Cette connaissance aiguë lui permettait de s'inspirer pour ses œuvres des décors anciens. Il avait aussi coutume de réemployer des éléments de décors anciens notamment des boiseries, mis sur le marché au moment des aménagements urbains d’Haussmann, qui en perçant de nouvelles avenues et rues dans le vieux Paris, entraina la démolition et le "dépeçage" des décors intérieurs de maints hôtels particuliers du siècle précédent.

De 1866 à 1867, il édifie pour la comtesse Victoire-Félicie de Béhague, 24 avenue Bosquet, un hôtel de style Louis XV, construit parallèlement à l'avenue et relié à celle-ci par un vestibule vitré (détruit).

En 1868 pour la somme de 400 000 francs, il édifie également pour le comte Octave de Béhague, fils de la comtesse, un Petit Hôtel dans lequel il fait remonter un important ensemble de boiseries du XVIIIe siècle.

En 1880 il construit pour les Cahen d'Anvers un hôtel de style Louis XIV au 2 rue de Bassano (Paris, XVIe), dans lequel il fait remonter des boiseries exécutées en 1709 par Germain Boffrand pour l'hôtel de Mayenne.

Vers 1870 il transforme le parc du Courances pour le banquier Samuel de Haber, en parc "à l'Anglaise" et de 1873 à 1884 restaure le château du XVIIème dans le style néo-Louis XIII.

De 1875 à 1892 il restaure également le château de Vaux-le-Vicomte, pour l'industriel Alfred Sommier.

De 1875 à 1882 il édifie pour le duc de Massa le château de Franconville à Saint-Martin-du-Tertre sorte de réplique du château de Maisons-Laffitte, construit par François Mansart pour René de Longueil.

Entre 1887 et 1890 il construit son demi-frère le baron Eugène Roger, banquier à Paris, le château de Triboulette à Vouzeron, Cher

À l'étranger il participe à l'internationalisation de l'historicisme français.

En Angleterre, à la demande du Baron Ferdinand de Rothschild, il élève Waddesdon Manor dans le Bukhinghamshire, aujourd'hui propriété du National Trust. Ce château, pour lequel il s'inspire notamment des châteaux de Blois pour l'escalier et de Maintenon pour les tours, demandera à l'architecte près de dix ans de travaux qui seront poursuivis après lui par son fils, également architecte, Walter-André Destailleur.

À Vienne, c'est pour Albert de Rothschild qu'il construira un hôtel particulier où il reproduira à l'intérieur le célèbre escalier dit "des Ambassadeurs" de Versailles, tandis qu'à Berlin il édifie l'hôtel particulier du Prince de Pless.

Proche de la noblesse du Second Empire, il sera appelé en Angleterre par l'impératrice déchue et exilée qui lui confiera l'édification de la chapelle funéraire de Napoléon III et de leur fils unique, le prince impérial, et d'elle-même à Farnborough, et la construction d'une abbaye destinée à accueillir une communauté de moines français qui veilleraient au repos de leurs âmes.


Ses collections d'art[modifier | modifier le code]

Doté d'un goût très sûr, Hippolyte Destailleur forma sa vie durant ce qui devait devenir l'une des plus importantes collections privées d'art graphique (dessins et estampes), ainsi qu'une bibliothèque composée de plusieurs milliers d'ouvrages.

Après avoir vendu en 1879 la majeure partie de sa collection à Berlin, où elle devait servir de fondement à la "Kunstbibliothek", il entreprit d'en composer une seconde, pour laquelle il fit preuve, selon certains témoignages, d'un souci plus particulier de l'état de conservation et de la provenance des œuvres achetées.

Cette seconde et extraordinaire bibliothèque fut dispersée en partie de son vivant sur plusieurs années :

en 1890, les estampes de l'Ecole Française du XVIIIème siècle; en 1891, les livres rares et précieux; en 1893 (année de sa mort) les dessins originaux réunis en recueils dont des "oeuvres importantes de Saint-Aubin"; en 1894, les livres et estampes relatifs à l'histoire de la ville de Paris et de ses environs, les livres et estampes relatifs aux Beaux-Arts (architecture, peinture, gravure, ornementation); en 1896, les dessins et tableaux, les dessins d'architecture et de décoration, vues de Paris et des environs, dessins de différents genres,

documents contenus dans six catalogues présentés reliés en trois volumes par le libraire Léonce Laget en 1987 (cat. n°71 - arch.pers.); Patrice de Vogüé, reprenant les informations parues dans l'article de Cédric Rabeyrolles-Destailleur, n'évoque quant à lui que les ventes posthumes :

"(...) l'un des plus remarquables architectes français du XIXe siècle, qui a œuvré dans toute l'Europe pour une clientèle riche et qui voyait grand (...) A temps perdu (il) s'adonne à sa seconde passion: collectionner dessins, livres, gravures et documentation. C'est probablement penchés sur ces précieuses références du XVIIe siècle que dix-sept années durant, les deux hommes (lui et son client Alfred Sommier) arrêtèrent les programmes annuels de travaux à réaliser à Vaux (...) l'entrepreneur en maçonnerie Houzeau facturait des fournitures inexistantes mettant en péril la solidité des restaurations. L'affaire passa en justice. (il) se retrancha derrière l'attestation de conformité délivrée par Destailleur, maître-d'œuvre (...) condamné à des dommages considérables, il ne disposait pas des liquidités nécessaire et fut contraint d'envisager de se séparer d'une grande partie de ses admirables collections (...) Ce n'est qu'après sa mort en 1893, que ses héritiers vendirent cette exceptionnelle documentation pour honorer la dette de leur père".

("Mémoire d'un chef-d'œuvre, Vaux-Le-Vicomte, 1875-2008", Imprimerie Nationale, 2008, p. 27 à 29 - illustré d'un portrait gravé de Destailleur assis dans sa bibliothèque).

Lors de ces vacations la Bibliothèque nationale acquit plus de 5 000 dessins liés à la topographie parisienne.

On notera notamment la présence dans cette collection du "Livre des Saint-Aubin", recueil où chacun des membres de cette grande famille d'artistes du XVIIIe siècle ont dessiné et qui fut acquis en 2001 par le Musée du Louvre ou encore le nombre impressionnant de dessins d'Androuet du Cerceau.

Ses ouvrages[modifier | modifier le code]

Destailleur dirigea enfin la publication de plusieurs ouvrages :

  • Recueil d’estampes relatives à l’ornementation des appartements aux XVI, XVII et XVIIIe siècles

publiées sous la direction et avec un texte explicatif par M. H. Destailleur, architecte du gouvernement. Gravées en fac-similé par MM. R. Pfnor et Riester d’après les compositions de du Cerceau, Le Pautre, Berain, Daniel Marot, Meissonnier, La Londe etc. 2 Tomes, (Paris, Rapilly, 1863 et 1871, in-folio);

  • Jacques Androuet du Cerceau. Les plus excellens bâtiments de France.

Sous la direction de H. Destailleur, architecte du gouvernement. Gravé en fac-similé par M. Faure-Dujarric, architecte. Nouvelle édition augmentée de planches inédites de du Cerceau. 2 tomes (Paris. A. Levy, 1868 et 1870, in-folio);

  • Mathurin Jousse. La Fidelle ouverture de l'art du serrurier, composée par Mathurin Jousse, accompagnée d'une notice historique par H. Destailleur (A. Lévy, 1874, in-folio).

Hippolyte Destailleur fut quelque peu délaissé par l'histoire de l'art pendant près d'un siècle.

Une exposition de portraits d'artistes provenant de sa collection au Musée Carnavalet de mars à juin 2006, ainsi que la mise en ligne du fonds Destailleur du "Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale de France" (sur le site gallica) éclairèrent d'un jour nouveau cette personnalité riche pour l'histoire de l'art et de l'architecture.

Une thèse d'histoire de l'art portant sur l'ensemble de sa carrière et de sa personnalité est actuellement en préparation à l'université de Nantes sous la direction d'Alexandre Gady.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Cédric Destailleur, Hippolyte Destailleur (1822-1893): architecte et collectionneur. In L'artiste collectionneur de dessins I. Sous la direction de Catherine Monbeig Goguel (5 Continents, 2006.) Daniel Baduel, Le nouveau château de Franconville-aux-Bois. In Saint-Martin-du-Tertre : un village, une histoire, (Seugy, 2000.)

Le Château de Vouzeron