Victoire-Eugénie de Battenberg

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Victoire-Eugénie de Battenberg

Description de cette image, également commentée ci-après

Victoire-Eugénie de Battenberg

Titres

Reine consort d'Espagne

31 mai 190614 avril 1931
(24 ans, 10 mois et 14 jours)

Prédécesseur Marie-Christine d'Autriche
Successeur Sophie de Grèce

Épouse du prétendant légitimiste
aux trônes de France et de Navarre

29 septembre 193628 février 1941
(4 ans, 4 mois et 30 jours)

Prédécesseur Marie-des-Neiges de Portugal
Successeur Emmanuelle de Dampierre
Biographie
Dynastie Maison de Battenberg
Nom de naissance Victoire Eugénie Julie de Battenberg
Naissance 24 octobre 1887
Balmoral (Royaume-Uni)
Décès 15 avril 1969 (à 81 ans)
Lausanne (Suisse)
Père Henri de Battenberg
Mère Béatrice du Royaume-Uni
Conjoint Alphonse XIII d'Espagne
Enfants Alphonse de Bourbon
Jacques-Henri de Bourbon
Béatrice de Bourbon
Ferdinand de Bourbon
Marie Christine de Bourbon
Jean de Bourbon
Gonzalve de Bourbon
Description de l'image  Coat of Arms of Victoria Eugenie of Battenberg, Queen Consort of Spain.svg.

Victoire Eugénie Julie de Battenberg (née le 24 octobre 1887 et morte le 15 avril 1969 à Lausanne) fut reine consort d'Espagne (19061931), épouse du roi Alphonse XIII. Elle était la petite-fille de la reine Victoria et nièce d'Édouard VII. Le roi d'Espagne, Juan Carlos Ier, est son petit-fils.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Victoire Eugénie naquit à Balmoral. Son père, le prince Henri de Battenberg, était le fils du prince Alexandre de Hesse et de son épouse morganatique la comtesse Julie de Hauke. Sa mère, la princesse Béatrice de Grande-Bretagne, était la fille de la reine Victoria et du prince consort Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (voir l'article Descendance de Victoria Ire du Royaume-Uni). Victoire Eugénie reçut ses deux premiers prénoms en hommage à ses deux illustres marraines : sa grand-mère la reine Victoria et l'impératrice des Français, veuve de Napoléon III, Eugénie de Montijo.

Sa grand-mère maternelle lui transmit également le gène de l'hémophilie qui endeuilla tant de familles royales et finit par briser le couple royal espagnol.

La princesse Ena, comme elle était familièrement appelée, grandit à la cour de la reine Victoria. Elle passa son enfance au château de Windsor, à Osborne House et dans l'île de Wight. Son père mourut en 1896 des suites de fièvres contractées en Afrique. Après la mort de la reine Victoria en 1901, les Battenberg résidèrent au palais de Kensington à Londres.

En 1905, la princesse assista à une fête organisée par son oncle Édouard VII en l'honneur de Alphonse XIII d'Espagne. Le monarque espagnol était assis entre Alexandra de Danemark et Helena du Royaume-Uni, la sœur du roi Édouard. Soudain, il remarqua Victoire Eugénie et demanda à la princesse Helena qui était la princesse qui avait des cheveux presque blancs. Quand elle sentit le regard du roi sur elle, Victoire Eugénie se sentit confuse. Tout le monde savait que roi cherchait une épouse et une des prétendantes était la princesse Patricia de Connaught, fille de Arthur du Royaume-Uni et donc nièce du roi Édouard. Toutefois Victoire Eugénie avait attiré l'attention du roi et comme la princesse Patricia ne semblait pas très impressionnée par le souverain espagnol, l'intérêt d'Alphonse pour Victoire Eugénie grandit. Il commença à courtiser la jeune fille et, de retour en Espagne, lui envoya de nombreuses cartes postales.

La reine Marie-Christine, mère d'Alphonse XIII ne voyait pas cette union d'un bon œil étant données les origines obscures des Battenberg. De plus, Victoire Eugénie ne disposait que du titre d'Altesse sérénissime, titre que la reine Marie-Christine considérait comme inférieur. Les antécédents hémophiles de cette branche de la famille ne lui plaisaient pas non plus. En effet, le frère de Victoire, Léopold, était hémophile. Il y avait donc 50 % de chances que Victoire Eugénie soit porteuse de la maladie, même si l'ampleur du risque n'était pas connue à l'époque. Tout cela ne dissuada pas Alphonse.

Fiançailles[modifier | modifier le code]

Après une année de rumeur autour de la future reine d'Espagne, en janvier 1906, la reine Marie-Christine accepta finalement le choix de son fils et écrivit un lettre à la princesse Béatrice pour lui faire part de l'amour qu'Alphonse portait à sa fille et envisageant un contact non officiel avec le roi Édouard VII. Quelques jours plus tard, ce dernier félicita sa nièce.

La princesse Béatrice et sa fille arrivèrent à Biarritz le 22 janvier et séjournèrent à la villa Mauriscot où le roi Alphonse les rejoint quelques jours plus tard. Ensuite, Alphonse amena Victoire Eugénie et sa mère à Saint-Sébastien pour rencontrer Marie-Christine d'Autriche. Le 3 février, le roi quitta Saint-Sébastien pour Madrid et Victoire Eugénie se rendit à Versailles pour y recevoir de l'instruction catholique : en tant que future reine d'Espagne, elle devait se convertir à la foi catholique. La conversion officielle eut lieu le 5 mars 1906 au palais Miramar de Saint-Sébastien.

Les conditions du mariage furent fixées par deux contrats : un traité public et un contrat privé. Le traité entre l'Espagne et la Grande-Bretagne fut conclu à Londres le 7 mai 1906 par les plénipotentiaires respectifs des deux pays : l'ambassadeur espagnol Don Luis Polo de Bernabé et le secrétaire du Foreign Office Sir Edward Grey. Le traité était une reconnaissance explicite du fait qu'en épousant un catholique, Ena perdait ses droits sur la couronne britannique du fait de l'Acte d'établissement de 1701. Cette exclusion était personnelle et limitée, ses descendants non catholiques restaient dans la ligne de succession.

En prévision de son mariage, Ena fut élevée au rang d'Altesse royale.

Reine d'Espagne[modifier | modifier le code]

Victoire Eugénie épousa le roi Alphonse au monastère royal San Jeronimo à Madrid le 31 mai 1906. Sa mère ainsi que ses cousins, les princes de Galles, assistèrent à la cérémonie.

Un attentat eut lieu sur le trajet de retour vers le palais royal après la cérémonie. L'anarchiste Mateau Morral lança une bombe à partir d'un balcon. La vie d'Ena fut épargnée car au moment de l'explosion, elle tournait la tête vers l'église Sainte-Marie qu'Alphonse lui montrait. Sa robe fut tachée avec du sang d'un garde qui chevauchait à côté de la calèche.

Après ce début peu engageant, Ena fut tenue à l'écart du peuple espagnol et devint impopulaire dans son nouveau pays. Sa vie conjugale s'améliora après la naissance d'un fils et héritier de la couronne, Alphonse. Mais lors de sa circoncision, les médecins remarquèrent une hémorragie, premier signe que l'enfant était hémophile. Ena était la source de cet état, qui fut partagé par son ainé et son plus jeune fils. Contrairement à Nicolas II de Russie dont le fils souffrait de la même maladie, Alphonse semble n'avoir jamais pardonné sa maladie à Ena. En tout, le roi Alphonse et Ena eurent sept enfants, cinq fils et deux filles. Aucune des filles ne semblent être porteuses de la maladie.

Les sept enfants d'Alphonse XIII et de Victoire Eugénie sont :

  • Alphonse (10 mai 1907–6 septembre 1938), prince des Asturies puis « comte de Covadonga ». Il renonça à ses droits au trône pour lui-même et ses descendants en raison de son mariage morganatique avec Edelmira Sampedro y Robato en 1933. Après leur divorce, il convola en secondes noces en 1937 avec Marta Esther Rocafort y Altuzarra. Il mourut dans un accident de voiture en 1938.
  • Jacques-Henri (23 juin 1908–20 mars 1975), infant d'Espagne puis « duc de Ségovie », « duc d'Anjou », « duc de Madrid » et « duc de Tolède ». Il renonça à ses droits au trône en raison de son handicap physique le 21 juin 1933. Il épousa en 1935 Emmanuelle de Dampierre, puis en 1949, après son divorce, Charlotte Luise Auguste Tiedemann. À l'âge de quatre ans, il souffrit d'une mastoïdite et l'opération chirurgicale consécutive le rendit sourd.
  • Béatrice (22 juin 1909–22 novembre 2002), infante d'Espagne puis princesse Torlonia, princesse de Civitella Cesi. Elle épousa en 1935 Alessandro Torlonia.
  • Ferdinand (21 mai 1910–21 mai 1910), infant d'Espagne
  • Marie Christine (12 décembre 1911–23 décembre 1996), infante d'Espagne puis comtesse Marone-Cinzano. Elle épousa en 1940 le comte Enrico Eugenio Marone-Cinzano.
  • Jean (20 juin 1913–1er avril 1993), infant d'Espagne puis prince des Asturies, puis « comte de Barcelone ». Il fut reconnu héritier du trône d'Espagne le 21 juin 1933 mais renonça formellement à ses droits en faveur de son fils Juan Carlos en 1977. Il épousa en 1935 la princesse Maria de las Mercedes de Bourbon-Siciles.
  • Gonzalve (24 octobre 1914–13 août 1934), infant d'Espagne. Il était hémophile. Il mourut dans un accident de voiture en Autriche.

Après la naissance de ses enfants, les relations entre les époux se détériorèrent. Alphonse eut de nombreuses relations extra-conjugales. On raconte qu'il eut une liaison avec la cousine d'Ena, la princesse Béatrice mais cela n'est pas avéré. Il est probable qu'Alphonse tenta de séduire Béatrice mais que cette dernière ne céda pas. Le roi, en colère, l'exila elle et son mari. L'entourage du roi lança alors des fausses rumeurs sur le mauvais comportement de Béatrice. Toute l'affaire fut très pénible pour Ena mais elle ne put rien faire pour sa cousine.

Victoire Eugénie se consacra aux hôpitaux et à l'assistance aux nécessiteux. Elle fut impliquée également dans la réorganisation de la Croix-Rouge espagnole.

Exil[modifier | modifier le code]

La famille royale espagnole dut partir en exil le 14 avril 1931 après la tenue d'élections municipales ayant vu la victoire des Républicains dans la plupart des grandes villes espagnoles. Alphonse XIII espérait que cet exil volontaire allait permettre d'éviter la guerre civile entre républicains et royalistes. Après que son époux eut renoncé au trône, elle porta le titre de courtoisie de duchesse de Tolède, et devint à partir du 29 septembre 1936 (jusqu'au 28 février 1941) la « première dame » des légitimistes français et des carlistes espagnols. La famille vécut en France et plus tard, en Italie. Victoire Eugénie et Alphonse se séparèrent. Elle vécut quelque temps en Angleterre, puis, après avoir été priée par le gouvernement anglais de quitter le pays, en Suisse. Elle y acquit un château, Vieille Fontaine, dans les environs de Lausanne.

En 1938, la famille se réunit à Rome pour le baptême du fils aîné de Juan : Juan Carlos d'Espagne. Le 15 janvier 1941, sentant sa mort prochaine, Alphonse XIII transféra ses droits sur la couronne espagnole à son fils Jean. Le 12 février, il eut une première crise cardiaque. Il mourut le 28 février 1941.

Ena retourna brièvement en Espagne en février 1968. Elle assista au baptême de son filleul et arrière-petit-fils, Felipe d'Espagne, le fils de Juan Carlos et de Sophie de Grèce, qui devinrent plus tard roi et reine d'Espagne.

Ena mourut à Lausanne le 15 avril 1969, à l'âge de 81 ans, exactement 38 ans après avoir quitté l'Espagne. Elle fut enterrée dans l'église du Sacré-Cœur à Lausanne. Le 25 avril 1985, ses restes furent ramenés en Espagne pour être placés dans la crypte royale de l'Escurial auprès des dépouilles de son mari, Alphonse XIII et de ses fils, les infants Alphonse, Jacques et Gonzalve.

Victoire Eugénie était également la marraine d'Albert II de Monaco.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Gérard Noël, Ena, Spain's English Queen, Constable, New Ed edition, 1999. (ISBN 0094795207)