Restauration bourbonienne en Espagne

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La Restauration bourbonienne (en espagnol, Restauración borbónica en España) en Espagne désigne la période historique qui suit le pronunciamiento du général Arsenio Martínez Campos de 1874, qui marque la fin de la Première République espagnole et rétablit la dynastie bourbonne en la personne d'Alphonse XII, fils d'Isabelle II. Elle prend fin avec la proclamation de la Seconde République le 14 avril 1931.

Elle se caractérise par une certaine stabilité institutionnelle, la construction d'un modèle d'État libéral et le développement de mouvements sociaux et politiques issus de la Révolution industrielle. Mais la crise agraire, le retard industriel, les revendications nationalistes en Catalogne, les grèves et l'anarchisme secouent le pays et le régime entre dans une phase de décadence progressive qui aboutit à la dictature de Miguel Primo de Rivera en 1923. Sous la régence de la reine-mère Marie-Christine d'Autriche, mère du roi mineur Alphonse XIII, l'Espagne se trouve engagée dans la guerre hispano-américaine contre les États-Unis d'Amérique et perd Cuba, Porto Rico et les Philippines en 1898.

Drapeau d'Espagne (1785-1873; 1875-1931)

Début du processus de Restauration[modifier | modifier le code]

Alors qu'Alphonse XII était en exil en Grande-Bretagne après l'échec de la Première République, Antonio Cánovas del Castillo prit contact avec lui afin de restaurer la monarchie en Espagne. Cánovas fit à la classe politique la promesse que le nouveau régime tirerait un trait sur la République mais aussi sur les usages très critiqués du règne d'Isabelle II. Le Roi convaincu proclama le 1er décembre 1874 le Manifeste de Sandhurst, dans lequel il affirmait que la nation était orpheline, que nombreux étaient ceux qui l'avaient contacté pour l'établissement d'une monarchie constitutionnelle, et que, se considérant comme l'héritier légitime du trône à la suite de l'abdication de sa mère Isabelle II, il se mettait à la disposition des Espagnols.

À travers le Pacte du Pardo, Cánovas mit alors en place un fonctionnement politique bipartiste entre le Parti libéral-conservateur, mené par lui-même, et le Parti libéral fusionniste, dirigé par Práxedes Mateo Sagasta (mais dans la création duquel Cánovas avait également été significativement impliqué). Ce nouveau panorama permit de dépasser le régime de parti unique qui avait provoqué la délégitimation et par suite la destitution d'Isabelle II, et amena une plus grande stabilité institutionnelle. Cependant, ce système étriqué et à l'alternance politique fictive, dépréciativement surnommé turnismo ou turno pacífico et reposant sur les réseaux d'influence clientélistes du caciquisme, finit par connaître de graves problèmes, notamment de corruption politique.

Jusqu'au désastre de 1898[modifier | modifier le code]

Armoiries de l'Espagne, récupérées en 1875 uniquement comme symbole personnel du monarque.

La légitimité du nouveau régime fut établie par la Constitution de 1876. Le pouvoir législatif était réparti sur deux chambres : le Congrès des députés, dont les membres étaient élus par la voie du suffrage censitaire, et le Sénat, nommé par le Roi. Le monarque conservait une bonne partie des fonctions de chef d'État et du pouvoir exécutif. Antonio Cánovas del Castillo fut l'artisan de ce processus, qui permit par ailleurs de mettre fin à la guerre carliste.

Une fois la République dissoute, les dénommés « partis dynastiques », conservateurs et libéraux, respectivement menés par Cánovas et Sagasta, alternèrent au pouvoir.

La mort d'Alphonse XII donna lieu à la régence de Marie-Christine de Teschen, période qui débuta avec le gouvernement de Sagasta et qui se démarqua par l'approbation de la Loi des associations (« Ley de Asociaciones »), la liberté de la presse, l'extension du suffrage universel aux hommes (1890[1]) et la création de l'institution judiciaire de jury, entre autres avancées. La nouvelle réglementation permit l'apparition d'un autre parti sur la scène politique, le « parti républicain espagnol », qui eut une grande influence par la suite. Cette même période connut l'essor de l'anarchisme et du socialisme à travers le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), fondé en 1879, avec les premiers mouvements ouvriers résultant de la révolution industrielle.

Développement économique[modifier | modifier le code]

L'émigration en Amérique, le faible accroissement démographique (l'Espagne ne comptait que 18,5 millions d'habitants en 1900), les famines et les épidémies entraînèrent une dégradation croissante de la situation de l'Espagne par rapport aux autres pays européens.

79 % de sa population active était employée dans une agriculture à faible rendement et dans la manufacture de produits agricoles. Le système protectionniste empêchait la modernisation du secteur, incapable de suivre la concurrence. Le latifundium conditionnait la vie des paysans d'une grande partie de la péninsule, en particulier en Andalousie et en Estrémadure. Seuls quelques secteurs comme le vin, l'huile d'olive et les fruits (en particulier les oranges) commençaient à se développer, avec des exportations toutefois peu significatives en Europe.

Le développement de l'industrie et des communications restait faible. Pendant que l'Europe vivait pleinement la révolution industrielle, seuls la Catalogne (avec l'implantation du chemin de fer et de l'industrie textile), certaines zones du Pays basque (sidérurgie à Bilbao) et les exploitations minières en Andalousie (fer, cuivre et plomb) et aux Asturies (charbon) suivaient la voie du progrès. Tout ceci accentua les disparités régionales.

En 1888 fut célébrée l'Exposition universelle de Barcelone.

Une société changeante[modifier | modifier le code]

La Restauration fut accompagnée d'une profonde centralisation administrative et judiciaire, à laquelle les nationalismes catalan et basque ne tardèrent pas à réagir. Le premier avait pour fer de lance sa révolution bourgeoise propre et son identité culturelle ; le second, qui avait perdu les fors après les guerres carlistes, se cherchait encore. Le Parti national basque, la Lliga Regionalista et l'Unió Catalanista faisaient leur entrée en scène.

Le mouvement ouvrier se regroupa autour du PSOE, qui défendait la lutte pacifique et la participation électorale, l'UGT (fondée en 1888) et l'anarchisme dans la Fédération des travailleurs de la région espagnole. La monarchie réprima durement ces mouvements, avec une virulence toute particulière envers l'anarchisme[2]. La Catalogne fut souvent le terrain de ces affrontements.

L'Église évolua depuis une première position intransigeante vers une plus grande conciliation. Avec l'approbation de la Constitution de 1876 se présenta un conflit lié à l'application de l'article II, qui disait :

« La religion catholique, apostolique, romaine, est celle de l'État. La Nation s'oblige à maintenir le culte et ses ministres. Personne ne sera ennuyé sur le territoire espagnol pour ses opinions religieuses, ni pour l'exercice de son culte respectif, sauf le respect dû à la morale chrétienne. On ne permettra pas, cependant, d'autres cérémonies ou manifestations publiques que celles de la religion de l'État[3]. »

Au début, les gouvernements conservateurs adoptèrent une interprétation restrictive, qui suscita de nombreuses protestations de la part des ambassadeurs étrangers. Le débat se raviva avec la question de l'enseignement, les évêques exigeant la garantie de l'éducation doctrinale, du contrôle et de la censure des contenus enseignés comme un droit reconnu par le concordat, au détriment de la fonction de superviseur qui revenait normalement à l'État.

Le conflit prit de l'ampleur avec la règlementation du mariage civil, qui était prévu à l'origine mais n'aboutit pas en raison de l'opposition de l'Église. En novembre 1886, Alonso Martínez prit l'initiative d'autoriser le mariage aux non catholiques. Après d'intenses négociations fut conclu un accord avec le Saint-Siège dans lequel était reconnu à l'État le pouvoir de réguler le versant civil du mariage.

La société était ainsi divisée en plusieurs secteurs. Premièrement un secteur traditionnel, représenté par les partis de Cánovas et Sagasta : monarchiques, défenseurs d'un modèle d'ouverture modérée et étrangers aux aspirations des nouvelles classes sociales. Ensuite des mouvements républicains et nationalistes, représentants d'une nouvelle bourgeoisie qui n'avait pas encore trouvé son espace national. Et enfin le prolétariat, regroupé autour d'un parti politique, le PSOE, et de deux syndicats de classe, l'UGT et la CNT. Tout ceci sous l'œil attentif de l'Église.

Gouvernements depuis la restauration jusqu'en 1898[modifier | modifier le code]

L'importante nouveauté des gouvernements successifs de la Restauration fut l'instauration d'une alternance politique convenue entre les deux partis dynastiques (phénomène désigné sous le nom de « turno », « turno pacífico » ou « turnismo »), selon un procédé simple : le roi destituait le gouvernement en place, nommait un nouveau premier ministre issu de l'autre camp, puis ordonnait la dissolution du parlement, et l'on s'arrangeait pour que les élections donne une majorité confortable au nouveau gouvernement. Pour ce faire, on recourait à l'influence des caciques locaux ou à la falsification des scrutins. Un procédé courant était surnommé encasillado, qui consistait pour le ministère de l'intérieur à n'inclure dans les listes électorales que des personnes favorables au gouvernement. Dans certaines circonscriptions rurales, seul un candidat (affilié au nouveau parti au gouvernement) était autorisé à se présenter. La carte électorale était conçue de manière à donner une sur-représentation aux zones rurales, peu peuplées et où la fraude électorale était la plus massive. Grâce à ce système, les résultats étaient convenus et même certaines fois annoncés à l'avance.

Les premières élections de la Restauration, encore célébrées sous le régime de la Constitution de 1869, eurent lieu le 20 janvier 1876. Les libéraux conservateurs de Cánovas obtinrent la majorité avec 333 sièges. En 1876, une commission présidée par Manuel Alonso Martínez fut chargée de l'élaboration d'une nouvelle Constitution.

L'arrivée au pouvoir du général Martínez Campos déboucha sur une convocation d'élections le 20 avril 1879, desquelles sortirent vainqueurs les conservateurs avec 293 sièges. Cánovas revint au pouvoir en décembre de la même année à cause de la division dans les rangs de son parti autour de la loi d'abolition de l'esclavage aux Antilles. Il centra ses effort sur l'obtention d'une alternance stable avec les constitutionnalistes fidèles au régime menés par Sagasta, qui fonda le Parti libéral fusionniste en mars 1880. Ce dernier accéda au pouvoir le 10 février 1881, à la suite d'une première tentative d'alternance pacifique des partis au pouvoir. Il lança la dissolution Cortès et convoqua de nouvelles élections au cours desquelles sa formation obtint la majorité avec 297 sièges.

Sagasta gouverna jusqu'au 13 octobre 1883, où il laissa la place à un gouvernement de Posada Herrera du même parti, qui dut finalement démissionner en raison de l'hostilité des propres partisans de Sagasta. Le gouvernement fut confié à Cánovas, qui, après la dissolution l'assemblée obtint de nouveau la majorité en avril 1884. Au cours de ces élections se définit l'esprit du nouveau système électoral, avec une falsification massive des résultats[4]. Les rouages du « turno pacífico » étaient en place.

La mort prématurée d'Alphonse XII le 24 novembre 1885 décida Cánovas à confier le pouvoir au Parti libéral, avec la signature d'un accord connu comme le pacte du Pardo visant à la consolidation du régime, mais qui entraîna le rejet du « canovisme » de la part du groupe mené par Romero Robledo. Le premier gouvernement de la Régénce, mené par Sagasta, fut nommé le 25 novembre 1885, des élections étant convoquées le 4 avril de l'année suivante. Les fraudes déjà habituelles furent reconduites et les libéraux obtinrent 278 sièges, parmi lesquels pour la première fois Álvaro de Figueroa y Torres, Comte de Romanones, obtenait celui de Guadalajara.

Le 26 juin 1890, le gouvernement libéral changea la Loi électorale et rétablit le suffrage universel masculin pour les hommes âgés de plus de 25 ans. Ceci n'entraîna cependant pas de changement substantiel des vices du système, mais amena de nouvelles conduites politiques qui, à la longue, conduiraient à sa crise et à son démantèlement.

À la suite de la dissolution des Cortès en décembre 1890, un gouvernement Cánovas prit le pouvoir et convoqua des élections pour février 1891. Le ministre de l'Intérieur, Francisco Silvela, utilisa dans une moindre mesure les méthodes scandaleuses de son prédécesseur Romero Robledo mais cela n'empêcha pas le Parti conservateur d'obtenir une majorité, certes moins confortable qu'habituellement, de 253 sièges. Les républicains obtinrent un succès relatif avec 31 sièges.

L'unité des conservateurs chancelait; ils avaient déjà connu une dissidence avec Romero Robledo, bien qu'il soit depuis revenu au bercail. Ce fut cette fois au tour de Silvela, au nom de la moralité. Sa défection amena la démission de Cánovas en décembre 1892 et le troisième « turno » libéral.

Sagasta composa un gouvernement qui convoqua des élections le 5 mars 1893, obtenant la rituelle majorité (281 sièges). La surprise vint des républicains, avec 47 sièges, pour l'occasion le second groupe parlementaire, dépassant même les conservateurs « officiels », affectés par les divisions internes.

Le conflit au Maroc et le dernier épisode la guerre coloniale d'outre-mer amenèrent Sagasta à céder le pouvoir à Cánovas en mars 1895. Le dirigeant conservateur gouverna un an avec l'appui de la majorité libérale, jusqu'aux élections du 12 avril 1896, célébrées avec l'abstention de l'Union républicaine. Cette dernière était divisée à la suite de la mort de Ruiz Zorrilla, au passage de nombreux républicains dans le camp libéral, et à la position des fédéralistes de Pi i Margall, qui soutenaient l'autonomie ou l'indépendance de Cuba. Pour la première fois les socialistes présentèrent des candidats, mais ne remportèrent aucun siège. Comme prévu la majorité alla aux conservateurs, bien que l'ampleur des victoires des « partis dynastiques » allât en s'amenuisant.

L'assassinat de Cánovas, au moment le plus tragique de la guerre de Cuba, additionné aux querelles internes dans les rangs conservateurs, précipita le retour au pouvoir de Sagasta. Après la dissolution consacrée du Parlement, les nouvelles élections fournirent une confortable majorité aux libéraux (284 sièges), devant un Parti conservateur qui était toujours divisé après la disparition de son leader indiscutable entre l'Unión Conservadora loyaliste de Silvela et la dissidence menée par Robledo, alors en plein déclin. L'Union républicaine renonça à l'abstentionnisme, mais ses dissensions internes ne lui amenèrent que de maigres résultats.

La culture espagnole s'ouvre sur le monde[modifier | modifier le code]

Le développement industriel, la stabilité institutionnelle et l'amélioration des échanges avec les autres pays européens donnèrent lieu à de légers mais toutefois significatifs changements dans la culture espagnole.

L'Église catholique, appuyée par la politique dynastique, continuait à jouer un rôle fondamental dans la culture populaire de la fin du XIXe siècle, à une époque où la population espagnole était encore à 65 % analphabète. Cependant le mouvement ouvrier commençait à montrer sa vigueur, avec l'ouverture d'athénées et d'écoles populaires, très impliquées idéologiquement mais qui permirent néanmoins à bon nombre d'hommes et de femmes des zones rurales d'accéder à un minimum de connaissance.

Dans les arts, l'éducation et la littérature on remarque une ouverture vers l'Europe. La croissance des grandes villes, fruit de l'industrialisation, donna lieu à un urbanisme moderne qui connut son summum avec le mouvement moderniste catalan, dont Antoni Gaudí fut la figure de proue. Les républicains, convaincus de l'importance de l'éducation pour le futur de l'Espagne, s'unirent autour du projet de l'Institution libre d'enseignement (Institución Libre de Enseñanza), qui cherchait à favoriser l'émergence d'une classe dirigeante moderne et ouverte vers l'Europe. Dans la littérature, le romantisme céda le pas au réalisme, avec des auteurs comme Benito Pérez Galdós, Emilia Pardo Bazán et Leopoldo Alas Clarín.

L'Amérique et l'Europe: deux regards[modifier | modifier le code]

En Europe se dessinent deux tendances de développement qui conditionneront l'avenir : d'un côté la Grande-Bretagne, le France, la Belgique, les pays nordiques et la Confédération germanique poursuivent résolument le processus d'industrialisation ; d'un autre côté, l'Europe méridionale et orientale maintient les structures sociales traditionnelles dans lesquelles prédomine l'agriculture. Chez les premiers, le libéralisme et la bourgeoisie industrielle donnent le ton du développement ; chez les seconds, le vieux modèle d'organisation politique continue de prévaloir.

L'Espagne se situe alors à un carrefour crucial qui ne cessera de la conditionner. En Catalogne et au Pays basque la présence, certes discrète, des apports de la révolution industrielle est très appréciée. Dans le reste du pays l'économie rurale persiste. De plus, le système du pouvoir politique reste fondé sur les partis dynastiques, et non sur les nouvelles classes émergentes.

En Amérique, les États-Unis commencent à apparaître comme une grande puissance, à laquelle l'Espagne ne prêtera attention que trop tard. Les anciennes colonies espagnoles ont acquis leur indépendance et sont de plus en plus liées économiquement aux États-Unis et au Royaume-Uni, au détriment de l'ancienne métropole.

De 1898 à la dictature de Primo de Rivera[modifier | modifier le code]

En 1898, dans le cadre d'un système politique relativement stable, advient soudainement la perte des derniers territoires espagnols en Amérique et en Asie (Cuba, Porto Rico et les Philippines), à la suite d'une guerre vécue comme une profonde humiliation par l'ensemble de la société espagnole. Cet évènement est encore aujourd'hui désigné comme le « désastre de 98 ».

La politique de Cánovas avait adopté une position défensive face aux autres puissances, y compris avec l'Allemagne et les États-Unis émergents. La flotte espagnole ne s'était jamais rétablie de la bataille de Trafalgar et la volonté affichée de garder les colonies ne correspondait plus avec les capacités du pays et l'énergie que cela aurait requis.

La Guerre hispano-américaine[modifier | modifier le code]

Naufrage de l'USS Maine
Article détaillé : Guerre hispano-américaine.

À Cuba, le général Martínez Campos essaya d'écraser l'insurrection de 1895 menée par José Martí et Máximo Gómez dès sa phase initiale. Mais le soutien de la population, y compris de la classe moyenne créole, était patent. Le général Valeriano Weyler remplaça Martínez Campos, en essayant d'isoler les appuis populaires à la révolution. Aux Philippines, le soulèvement de 1896 mené par José Rizal se poursuivait, en dépit de l'exécution de ce dernier par les troupes espagnoles et de la paix de Biac-na-Bató signée en 1897.

Le naufrage du navire américain USS Maine le 15 février 1898, dans des conditions mal définies, déclencha en riposte une guerre dans laquelle l'escadre de l'Atlantique attaqua Cuba, et celle du Pacifique prit les Philippines depuis Hong Kong.

Le 15 juillet 1898, Santiago de Cuba capitula, le 25 juillet, c'était Porto Rico, et le 15 août c'était au tour de Manille, capitale des Philippines. Dans le traité de Paris signé le 10 décembre de la même année, l'Espagne cédait toutes ses possessions aux États-Unis.

Le régénérationnisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Régénérationnisme.

À la suite de la perte des colonies, l'Espagne connut une forte agitation intellectuelle, dans un sursaut pour tenter de surmonter une crise qui est aussi identitaire. Surgit alors ce que l'on a désigné sous le nom de « régénérationnisme » (« regeneracionismo »), un processus de remise en question qui cherchait à donner la nouvelle voie pour une Espagne considérée comme décadente après la disparition de tout ce qui avait fait sa grandeur passée (voir Siècle d'or espagnol).

En 1902 Alphonse XIII accéda au trône, avec Antonio Maura au poste de chef de l'exécutif. Il essaya d'impulser une politique d'ouverture qui permît d'éviter la redoutée révolution ouvrière : élimination ou du moins atténuation du caciquisme électoral et décentralisation administrative. Mais l'armée, mise à mal par la défaite et les fortes critiques de l'opinion publique après la guerre, maintenait une forte pression sur le système, notamment en formulant de constantes menaces contre le processus de modernisation engagé.

Benito Pérez Galdós unit son krausisme initial au mouvement « régénérationniste »

Le gouvernement occupait les militaires en Afrique, au Maroc, où il partageait la colonisation avec la France. En 1908 se produisirent des affrontements avec la population marocaine. La « Semana Trágica » (« Semaine tragique ») de Barcelone fut la réplique populaire à l'envoi de troupes. Maura perdit le pouvoir et le gouvernement libéral de José Canalejas arriva au pouvoir. C'est tout juste s'il put adopter quelques mesures de décentralisation avant son assassinat en 1912 des mains d'un anarchiste. Suivirent les gouvernements du Comte de Romanones et d'Eduardo Dato. L'Espagne décida de rester neutre durant la Première Guerre mondiale, mais ne sut saisir l'opportunité qui se présentait alors de se placer en position de force d'un point de vue économique dans un contexte d'économie de guerre. Les partis dynastiques restaient déconnectés de la société civile et le Parti socialiste, les républicains, les nationalistes catalans et basques représentaient mieux les aspirations populaires. L'année 1917 fut celle des révoltes : l'armée s'aggloméra autour d'associations dénommées Comités militaires de défense (Juntas militares de defensa) ; républicains et socialistes s'unirent pour offrir une alternative au système politique; les nationalistes catalans et basques firent de même et l'état d'urgence fut déclaré. La grève révolutionnaire d'août-septembre provoqua de graves affrontements entre les syndicats et les forces de l'ordre. La grave épidémie de grippe de 1918 (surnommée la « grippe espagnole ») n'arrangea en rien la situation.

Les gouvernement successifs ne parvinrent pas à apaiser les esprit. La Révolution russe influençait les syndicats, en particulier la CNT, qui maintint jusqu'en 1921 des foyers de révolte dans toute l'Espagne, de l'Andalousie à la Catalogne. Cette année Eduardo Dato fut assassiné dans un autre attentat anarchiste et les gouvernements se succédèrent jusqu'en 1923 (treize gouvernements en six ans). Le désastre d'Anoual au Maroc finit par amener le gouvernement de García Prieto à une ultime tentative de « régénérationnisme » en 1922, qui échoua avec les demandes de responsabilités politiques de la gauche. Le 13 septembre 1923, Miguel Primo de Rivera, capitaine général de Catalogne, fit un coup d'État qui triompha immédiatement en étant reconnu par Alphonse XIII comme la réponse de l'Armée au défi que devait relever la nation.

Les gouvernements jusqu'à la dictature[modifier | modifier le code]

Répartition de l'évolution démographique de l'Espagne par provinces (1900)

La défaite face aux États-Unis et la perte des derniers vestiges de l'empire colonial à la suite du traité de Paris ouvrirent la voie à une critique, plus globale que systématique, de la réalité nationale. À ce moment furent révélées deux attitudes réformistes qui avaient pourtant préexisté au désastre. Un désir de changement auquel ne se déroba pas le régime politique, usé par son incapacité à intégrer les nouvelles forces émergentes au processus de modernisation qu'il essayait d'enclencher.

Les tentatives de réformes contrôlées par le système (Maura, Canalejas) échouèrent par leur incapacité à intégrer franchement les idées du régénérationnisme et les nouvelles tendances démocratiques qu'imposait l'irruption des masses populaires dans la vie publique. À cette impuissance politique s'ajouta la crise interne du système due à la fragmentation des partis du « turno » après la disparition de leurs meneurs historiques, Cánovas et Sagasta, respectivement en 1897 et en 1903.

Après le retrait de Silvela, les conservateurs trouvèrent en Maura un leader indiscutable, mais à la suite de la « semaine tragique » de juillet 1903 le parti connut une scission entre les partisans de Dato, ceux de Maura et d'autres factions plus autoritaires et opportunistes qui se regroupèrent dans le « ciervisme » (sous la houlette de Juan de la Cierva y Peñafiel). Pour leur part, les libéraux semblèrent trouver un nouveau chef de file en Canalejas, mais sa mort prématurée en 1912 divisa le parti entre les libéraux orthodoxes de Romanones et les libéraux-démocrates de García Prieto.

Après le gouvernement de Sagasta et le rôle qu'il joua dans le désastre de 1898 s'imposa un changement de gouvernement confié aux conservateurs, menés par Silvela. Après la dissolution des Cortès, des élections furent convoquées le 16 avril 1899 avec un léger remaniement au ministère de l'Intérieur, confié à Dato. La majorité résultante, de 222 sièges, bien que confortable, était moins tranchée qu'habituellement, tandis que les libéraux, avec 93 élus, récoltaient le meilleur résultat jamais obtenu sous la Restauration par le parti qui n'était pas programmé au « turno » gouvernemental. Dans ce nouveau cabinet, les problèmes du Trésor public dirigé par Raimundo Fernández Villaverde marquèrent dans une large mesure le passage au nouveau siècle et mirent à bas le gouvernement en octobre 1900. Après un gouvernement de transition confié au général Azcárraga, Sagasta accéda pour la dernière fois à la présidence de l'exécutif. Comme de coutume il décida la dissolution du Parlement et convoqua des élections pour mai 1901, obtenant une grande dispersion des votes, si bien que les libéraux s'en tirèrent commodément avec 233 sièges. Les républicains commençaient leur lente récupération, avec des tentatives de rénovation marquées par l'alliance des radicaux de Alejandro Lerroux avec les républicains historiques de Nicolás Salmerón.

En 1902, le début du règne d'Alphonse XIII fut marqué par l'ascension des forces politiques régionalistes, ouvrières et républicaines, ainsi que d'une recrudescence de l'anticléricalisme et l'apparition au grand jour d'un militarisme jusqu'alors latent. Sagasta, le vieux leader libéral, laissa le pouvoir le 6 décembre 1902 pour mourir moins d'un mois plus tard. Il fut suivi d'un gouvernement conservateur dirigé par Silvela, assisté d'Antonio Maura au ministère de l'Intérieur. Après cinq mois de préparatifs au cours desquels Maura commença à entreprendre le démantèlement des réseaux du caciquisme, qui resta inachevé, des élections furent célébrées le 8 mars. Le résultat fut une classique consécration du parti au pouvoir avec 230 sièges, et 93 pour les libéraux « officiels ». Une grande avancée se produisit pour les républicains (36 sièges) ainsi que pour les régionalistes et les carlistes (7 sièges pour chacun d'eux). Ces résultats irritèrent fortement le Roi, qui reprocha à Maura son « honnêteté électorale », bien qu'il manifestât publiquement de la satisfaction.

Au cours des années qui suivirent les leaderships respectifs des grands partis du « turno » se clarifièrent. Silvela retiré de la course à la présidence du gouvernement, la bataille pour la succession entre Fernández Villaverde (président fugace jusqu'en novembre) et Antonio Maura se solda en faveur de ce dernier, qui dirigea un gouvernement conservateur jusqu'à un incident avec le jeune Roi, qui l'obligea à démissionner en décembre 1904. Le « turno » était aux libéraux, qui après deux « interrègnes » de Azcárraga et Fernández Villaverde, accédèrent au gouvernement le 23 juin 1905. Montero Ríos, homme politique survivant du Sexenio Democrático, prit la présidence. Il était en réalité à la tête d'une dissidence, le Parti démocrate radical, inspirée par José Canalejas, face au libéralisme radical incarné par Segismundo Moret. Cependant, les libéraux se présentèrent unis aux élections de septembre 1905 et obtinrent sans difficulté une majorité aisée avec 229 députés, en raison d'une faible participation et de la stagnation des républicains et des régionalistes.

Plusieurs gouvernements libéraux fugaces se succédèrent (Montero Ríos, Moret, López Domínguez, Vega de Armijo), illustrant leur manque de leadership, ce qui conduisit finalement à céder le pouvoir à Maura, alors meneur indiscuté des conservateurs, disposé, en principe tout au moins, à continuer la politique régénérationniste entamée en 1904. Toutefois, les élections du 21 avril 1907 furent truquées de façon scandaleuse par le Ministre de l'Intérieur Juan de la Cierva, qui surpassa même pour l'occasion les méthodes de Romero Robledo. Les conservateurs obtinrent une écrasante victoire (252 députés), qui provoqua le retrait des libéraux en guise de protestation face aux méthodes de De la Cierva.

Antonio Maura, au cours du dénommé « long gouvernement » (« gobierno largo »), se mit en devoir de réaliser d'importants projets réformistes, sa « révolution d'en haut » (« revolución desde arriba »), comme, par exemple, le règlement du conflit avec les autonomistes catalanes et le démantèlement du caciquisme à travers les réformes des lois municipale et électorale. En particulier sur ce dernier point, on essaya de mettre en pratique un système électoral proportionnel et d'éliminer les circonscriptions uninominales, propices au caciquisme; cependant la nouvelle loi électorale adoptée, bien qu'introduisant quelques nouveautés comme le vote obligatoire ou certaines méthodes permettant de surveiller la régularité du déroulement du scrutin comme la constitution d'assemblées de décompte (« Juntas del Censo »), ne corrigea pas de façon substantielle les défiances du système. Il les aggrava même avec le tristement célèbre « article 29 », par lequel se trouvaient automatiquement élus, sans nécessité de vote, les candidats se présentant seuls à une circonscription, ce qui signifiait de fait la reconnaissance légale de l'invétérée coutume du candidat unique, généralement d'accointances avec le gouvernement, très fréquente dans les zones rurales.

En plus du rassemblement de libéraux et républicains dans l'opposition, à travers un bloc de la gauche, l'implication croissante au Maroc dégénéra en une guerre coloniale ouverte durant l'été 1909, et fut la cause de l'éclatement de la violence populaire pendant la « semaine tragique » de Barcelone fin juillet, due à la mobilisation des réservistes. La répression qui suivit, notamment l'exécution de Francisco Ferrer Guardia, fondateur d'une école anarchiste, provoqua non seulement une condamnation sévère de la part de l'opinion publique étrangère, mais aussi de l'opposition qui réclama et obtint la démission de Maura.

Segismundo Moret, à la tête du front antimauriste, accéda au pouvoir le 22 octobre, bien que le Roi, fait sans précédent, lui refusât le Décret de Dissolution du Parlement. Le nouveau gouvernement resta donc dans une situation provisoire jusqu'à ce que José Canalejas, à l'origine d'une véritable restauration de l'unité du Parti libéral, accédât à la présidence du Conseil des ministres en février 1910. Alors seulement il obtint la dissolution. Les élections convoquées pour le mois de mai se distinguèrent par un fort affrontement des partis dynastiques, une situation inédite sous la Restauration. De plus les deux partis se présentaient unis, avec deux leaders forts, Antonio Maura et José Canalejas. Toutefois, par application de l'article 29 susmentionné, 30 % de la population fut privée de vote, ce dont bénéficia le parti du gouvernement en place, qui était alors libéral. Ce dernier obtint 219 députés, résultat le plus faible jamais vu durant la Restauration, et l'opposition conservatrice 102, le meilleur résultat de l'opposition non seulement jusqu'alors, mais aussi jusqu'à la chute du système. Le résultat fut très bon pour les républicains avec 37 sièges; ils s'étaient présentés pour l'occasion alliés aux socialistes, qui obtinrent pour la première fois un siège, occupé par Pablo Iglesias.

Durant le gouvernement de Canalejas, pour éluder la question de la laïcité fut promulguée la Ley del candado (« loi du cadenas »), qui interdisait l'implantation de nouveaux ordres religieux en Espagne. Des tentatives pour pallier les déficiences du système parlementaire en rectifiant le système électoral furent faites, notamment un projet de loi visant à réduire le poids des districts ruraux, dont la représentation était manifestement excessive (tout cela faisant partie du système caciquiste). Mais ces réformes ne furent jamais menées à bien, et les contradictions entre le système politico-électoral et la réalité socioéconomique continuèrent à s'aggraver.

Le gouvernement de Canalejas agit avec résolution pour tenter de résoudre la question marocaine, en entamant des négociations avec la France pour délimiter les zones d'influence respectives. Cependant, en 1912, les travaux de rénovation du système menés par Canalejas furent stoppés net avec l'attentat qui mit fin à ses jours le 12 novembre 1912.

Après plusieurs gouvernements de transition de Manuel García Prieto et du Comte de Romanones, le gouvernement fut confié au conservateur Eduardo Dato, qui convoqua des élections en mars 1914. L'article 29 était encore pleinement en vigueur, raison pour laquelle le gouvernement gagna cette fois encore, bien qu'avec une majorité exigüe de 188 sièges, qui pour la première fois n'était pas suffisante pour gouverner, en dépit de la fragmentation importante de l'opposition. Dato dut chercher l'appui d'autres minorités conservatrices pour obtenir une majorité parlementaire lui permettant de se maintenir péniblement au pouvoir jusqu'en décembre 1915. Suivit un gouvernement libéral présidé par Romanones. Les élections de mars 1916 donnèrent cette fois une large majorité aux libéraux, même s'il convient de signaler que 35 % des députés furent élus sans qu'un vote ait lieu.

Le système est alors dans une phase de décomposition avancée: le gouvernement s'octroie les majorités, et bouche les trous en les attribuant aux minorités; le népotisme atteint également des niveaux scandaleux: 54 députés sont parents avec les grandes figures de la politique. Parmi eux, Romanones comptait son fils et son beau-fils.

Les libéraux, au bout de leurs possibilités, furent contraints de céder à l'autre camp. Dato assuma de nouveau la présidence dans un climat conflictuel croissant dû aux ingérences des militaires, aux revendications régionalistes catalanes et aux répercussions socioéconomiques contradictoires de la Grande Guerre, à laquelle l'Espagne n'avait pourtant pas participé. Il faut encore ajouter la « grève générale révolutionnaire » de l'été 1917, un processus désigné sous le nom de crise de 1917 par l'historiographie espagnole, qui conduisit Dato à la démission. Cette crise majeure fut conjurée au moyen d'un gouvernement concentrant les partis dynastiques, parmi lesquels furent inclus pour la première fois les catalanistes. Le gouvernement fut présidé par García Prieto, qui convoqua en février 1918 des élections caractérisées par une sincérité électorale inédite, traduite dans un résultat incertain. Les libéraux furent vainqueurs, avec 167 sièges, mais leurs dissensions firent des conservateurs officiels la minorité la plus importante. Les républicains historiques continuèrent et leur décadence, toutefois compensée par l'essor des socialistes et des républicains réformistes.

Curieusement, cette sincérité contribua encore à aggraver la crise du système et un gouvernement d'union nationale présidé par Maura fut formé, avec la présence de tous les chefs parlementaires des partis monarchistes. Il ne dura que sept mois, à cause des divergences et de l'hétérogénéité de ses membres. Le nouveau gouvernement conservateur de Maura dut convoquer de nouvelles élections en juin 1919 et suspendit les garanties constitutionnelles. Les minorités de gauche déclarèrent les nouvelles Cortès factieuses. La situation des conservateurs, divisés en deux factions égales, rendit le nouveau Parlement totalement ingouvernable. Dato convoqua encore des élections en décembre 1920, truquées selon les anciennes méthodes, et réussit à obtenir une majorité solide de 232 sièges, dont 185 étaient des suiveurs du chef du gouvernement.

Après la mort de Dato en mars 1921 se succédèrent plusieurs gouvernements conservateurs, qui s'avérèrent incapables de remédier à la décomposition du régime parlementaire. Enfin, le gouvernement libéral de García Prieto, formé en décembre 1922 avec l'appui des républicains réformistes de Melquíades Álvarez, convoqua en avril 1923 les dernières élections générales de la Restauration. La revue La Voz présentait dans son édition du 6 mars de curieuses statistiques sur les liens familiaux qui unissaient les candidats : 59 fils, 14 beaux-fils, 16 neveux et 24 ayant d'autres liens de parenté avec les fondateurs de dynasties politiques, 52 pour les conservateurs et 61 pour les libéraux; sans compter les assistants et les protégés. De plus, les candidats élus sans vote en vertu de l'article 29 battirent un record avec 146 sièges.

Les libéraux en coalition avec les réformistes obtinrent 223 sièges et les conservateurs 108 (81 pour les officialistes de Sánchez Guerra, 16 pour les partisans de Juan de la Cierva et 11 pour les mauristes). Les critiques du journal ABC, pourtant monarchiste et conservateur, sont une illustration édifiante du degré de lassitude à laquelle était parvenue l'opinion publique à cause des manipulations réitérées de la volonté populaire : « Les élections ont été arrangées ; presque tous les candidats de l'opposition, officiels et protégés ou de mèche. Les convocations se répètent d'année en année, ou après deux ans dans le meilleur cas et, cependant, n'importe quel gouvernement, quel que soit son nom ou sa couleur, dispose toujours de la majorité, aussi grande qu'il le souhaite, et même sans rompre la tradition des accords préétablis. La fiction électorale n'a pas de prétentions de finesse. »[5]

Les projets rénovateurs de García Prieto furent gênés par de nombreux secteurs et par les tentations autoritaires du Roi. On pouvait sentir dans l'opinion un climat favorable à une dictature, jugée seule capable de remettre sur pied un régime en phase avancée de décomposition.

Une culture engagée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Génération de 98.

La « génération de 98 » (« generación del 98 »), terme popularisé par Azorín, représente mieux que tout autre mouvement la rupture de l'élite intellectuelle avec le système politique. Déçus par la monarchie, ils ne tardent pas à promouvoir un nouveau modèle, depuis les lettres avec des hommes comme Joaquín Costa, Miguel de Unamuno (qui devra s'exiler à Fuerteventura) ou Vicente Blasco Ibáñez, dont la plume sera implacable contre Alphonse XIII. Depuis la philosophie, le meilleur représentant sera José Ortega y Gasset.

La revue España fondée par Manuel Azaña met fin à ses activités, Ramón María del Valle-Inclán est sanctionné et les universités subissent d'incessantes fermetures.

Picasso invente le cubisme à Paris avec l'un de ses plus grands chefs-d'œuvre : Les Demoiselles d'Avignon.

La Dictature de Primo de Rivera[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dictature de Primo de Rivera.

Pouvant compter sur l'appui de l'Armée et de la bourgeoisie, la dictature de Primo de Rivera fut toutefois contestée par les syndicats ouvriers et les républicains, dont les protestations furent immédiatement étouffées par la censure et la répression. Un directoire militaire fut créé avec neuf généraux et un amiral, avec l'objectif de « mettre l'Espagne en ordre » (« poner España en orden »), selon ses propres dires, et de la rendre ensuite aux mains des civils. La constitution fut suspendue, les conseils municipaux furent dissous, les partis politiques furent interdits et on rétablit les somatén, sorte de milices urbaines.

La démocratie chancèle en Europe. Le fascisme s'implante en Italie en 1925, le parti nazi est fondé en Allemagne, la révolution russe est sous le joug de la dictature de Staline et les régimes totalitaires atteignent le Portugal et la Pologne.

La campagne militaire au Maroc fut un succès pour l'Armée dans la Guerre du Rif avec le Débarquement à Alhucemas et la reddition d'Abd el-Krim en 1926. Le syndicalisme de la CNT et le jeune Parti communiste espagnol furent réprimés ; la dictature toléra le PSOE et l'UGT réticents, afin de pouvoir maintenir certains contacts avec les leaders ouvriers. La bourgeoisie catalane commença à donner son appui à la dictature. La législation sociale limita les possibilités de travail des femmes, construisit des logements ouvriers et institua un nouveau modèle de formation professionnelle. Une politique d'importants investissements publics fut mise en marche pour améliorer les communications (routes et chemins de fer), mais aussi dans les domaines de l'irrigation et de l'énergie hydraulique.

Ces premiers succès conférèrent une grande popularité au nouveau régime. L'Union patriotique (parti unique) fut créée, dans le but d'agglutiner toutes les aspirations politiques, ainsi que l'Organisation corporative nationale, syndicat vertical qui suivait le modèle fasciste italien. Le directoire militaire fut remplacé par un directoire civil en 1925.

Cependant, les premiers appuis faiblirent rapidement. La bourgeoisie catalane vit ses désirs de décentralisation réduits à néant par une politique qui se révéla plus centraliste encore et qui finalement en vint à favoriser les oligopoles. Les conditions de travail empirèrent encore et la répression subie par les ouvrier éloigna l'UGT et le PSOE du projet du dictateur. L'économie du pays se révéla incapable d'assumer la crise mondiale de 1929. Primo de Rivera démissionne et s'exile en janvier 1930.

La monarchie, complice de la dictature, fut remise en question par l'union de toute l'opposition en août 1930 dans l'accord de Saint-Sébastien. Les gouvernements de Dámaso Berenguer, dont le régime fut qualifié de « dictablanda » (« dictamolle », jeu de mot sur l'espagnol « dictadura » signifiant « dictature », « dura » signifiant « dure ») et de Juan Bautista Aznar-Cabañas ne feront rien d'autre qu'allonger la décadence. Après les élections municipales de 1931, les grandes villes tombent dans le camp républicain, la Seconde République est proclamée et le Roi quitte le pays, mettant fin à la restauration bourbonienne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (es) El régimen de la restauración 1875-1902 sur Historiasiglo20.org
  2. Un bon exemple est l'affaire de la Mano Negra.
  3. « La religión Católica, Apostólica, Romana, es la del Estado. La Nación se obliga a mantener el culto y sus ministros. Nadie será molestado en territorio español por sus opiniones religiosas, ni por el ejercicio de su respectivo culto, salvo el respeto debido a la moral cristiana. No se permitirán, sin embargo, otras ceremonias ni manifestaciones públicas que las de la religión del Estado. »
  4. selon les mots du député José Mª Celleruelo : « se ha falsificado la Junta del Censo; ésta ha falsificado los interventores; el alcalde falsificó las presidencias de las mesas, y las mesas, después de estas tres gravísimas falsificaciones, falsificaron el resultado de la elección »
  5. « Las elecciones han sido convenidas; casi todos los candidatos de oposición, oficiales y protegidos o consentidos. Se repiten las convocatorias de año en año, o a los dos años las más distantes y, sin embargo, cualquier Gobierno, como se llame o como se pinte, dispone siempre de la mayoría, tan grande como quiera, y aún sin romper la tradición de los convenios. La ficción electoral no tiene pretensiones de finura. »

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Raymond Carr, España 1808-1975, Barcelone, Ariel,‎ mars 2003, 1e éd., 826 p. (ISBN 84-344-6615-5)
  • (es) Josep Fontana (dir.) et Ramón Villares (dir.), Historia de España, vol. 7 : Restauración y Dictadura, Barcelone, Crítica / Marcial Pons,‎ 2009, 1e éd., 760 p. (ISBN 978-84-4423-921-8[à vérifier : isbn invalide])
  • (es) Pedro Molas Ribalta, Pedro, Manual de Historia Moderna de España, Madrid, 1988
  • (es) Divers auteurs, Historia Política y Social Moderna y Contemporánea, Madrid, 2001

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie dédiée à ce sujet : Restauration bourbonienne en Espagne.

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Lien externe[modifier | modifier le code]