Deoteria

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Deoteria
Reine des Francs
Naissance Vers 533
Décès Vers 548 
Autres noms Deuteria

Deoteria (ou Deuterie) est une reine des Francs (v.533 à +536) de par son deuxième mariage avec Thibert Ier, roi de Reims et d’Austrasie. Elle succède à ce titre à Radegonde, épouse de Clotaire 1er, et y précède Wisigarde, seconde épouse de Thibert 1er[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Originaire d'Auvergne, issue d'une grande famille aristocratique gallo-romaine, Deoteria est probablement apparentée à Sidoine Apollinaire, saint Avit et à l'empereur Avitus[citation nécessaire][2]. Elle a d’abord vécu (avant v.533) en Septimanie (aujourd’hui correspondant approximativement à la région du Languedoc-Roussillon en France)[3] qui était alors une possession wisigothique. Elle y avait un mari et une fille, Adia[4].

Reine des Francs[modifier | modifier le code]

Septimanie.jpg

Afin de conquérir la région de la Septimanie, Thibert 1er y mena une campagne militaire en 533. Il s’empara d’abord des cités de Die, de Lodève, puis de Béziers, avant d’envoyer un lieutenant vers Cabrières pour réclamer la capitulation du peuple local. Pour éviter un conflit avec les guerriers francs, Deoteria remettra alors une missive au messager autrasien, envoyé de Thibert, et dont le contenu fut rapporté par l’historien Grégoire de Tours : « Très bon seigneur, nul ne peut vous résister. Nous vous reconnaissons comme notre noble maître. »[5]. Cette missive amènera Thibert à Cabrières pour y rencontrer Deoteria dont il s’éprendra.

Thibert doit cependant quitter précipitamment la Septimanie pour retourner en Austrasie afin d’assister à la mort de son père agonisant, Thierry 1er (†534), et pour s’assurer le titre de successeur, c'est-à-dire de roi d’Austrasie, face à ses rivaux, ses oncles Clotaire 1er et Childebert 1er. Lorsqu'il obtint son titre de roi, bien que Deoteria fut déjà mariée, Thibert la fit venir en Austrasie où il la prit comme concubine officielle. Deoteria laissa son mari derrière elle, mais sa fille, Adia, la suivit. Ils se marièrent (v.533-534) alors que Thibert était pourtant déjà fiancé à Wisigarde (Wisigardis), la fille du roi des Lombards Waccho[6].

Vers 535-536, Deoteria mettra au monde un fils, Thibaut 1er (aussi appelé Thibaut ou Thibaud), héritier de Thibert 1er[7]. Elle lui donnera aussi une fille[réf. nécessaire], Berthoara.

Notes[modifier | modifier le code]

L’identité de la mère de Thibaut 1er est souvent questionnée; plusieurs sources prétendent que la mère serait Deoteria[8], alors que certaines autres présentent Wisigarde (seconde épouse de Thibert 1er) comme mère de l’enfant héritier.

Il est cependant plus probable que la mère soit effectivement Deoteria, car la naissance de Thibaut1er est indiquée vers 534-535 alors que Deoteria fut chassée de la cour par Thibert 1er après le meurtre de sa fille (+536) (voir section suivante, « Infanticide ») et qu’il épousa Wisigarde en second mariage en 540[9].

Autre fait à noter, il n'est pas certain que Thibert 1er contracta réellement un mariage avec Deoteria. Celle-ci s'était déjà marié en Septimanie et aucune mention de la fin de son mariage avec cet époux n'est faite. De plus, les titres de concubine et de favorite du roi Thibert 1er qui sont régulièrement employés pour parler de Deoteria à son arrivée en Austrasie sont souvent utilisés même jusqu'à ce qu'elle quitte la Cour (voir section « Répudiation »). Or le terme « concubine » fait référence à une relation semblable à une relation maritale, mais sans réel mariage, l'homme ayant des concubines ayant habituellement aussi une épouse. La désignation de « favorite » fait quant à elle normalement référence à la maîtresse favorite du roi, ce qui exclurait donc la possibilité d'une union maritale. D'ailleurs, aucune mention concernant une rupture de l'entente avec Waccho pour les fiançailles de Thibert 1er avec Wisigarde n'est faite, ce qui aurait dû être le cas si Thibert 1er avait contracté une union de mariage légitime avec Deoteria.

Il est cependant important de constater que le titre de reine des Francs est attribué à Deoteria par une grande partie des sources malgré l'incertitude concernant son union avec le roi d'Austrasie. Effectivement, comme concubine officielle connue de tous et comme mère probable (début de la présente section) de Thibaut 1er, successeur de Thibert 1er, ainsi que pour sa vie à la Cour et son influence sur le roi, le rôle de Deoteria est interprété comme celui d'une réelle reine des Francs.

Infanticide[modifier | modifier le code]

Vers 536(+536), pensant que sa fille Adia, qui est alors une adolescente, représentait une rivale et craignant que Thibert la prenne comme favorite à sa place, Deoteria tua sa fille aînée.

Le meurtre eut lieu dans les environs de Verdun. Deoteria fit monter sa fille dans un char tiré par des bœufs sauvages qu’elle excita volontairement alors que le char traversait un pont au-dessus du fleuve de la Meuse. Cela eut pour effet de faire tomber le char du pont et Adia se noya dans le fleuve.

Répudiation[modifier | modifier le code]

Après ce meurtre, le statut de Deoteria de reine des Francs et de favorite du roi Thibert 1er ne suffit plus. L’aristocratie austrasienne attendait depuis longtemps déjà la célébration selon les traditions de l'union qui avait été prévue 7 ans auparavant entre Thibert et la princesse lombarde Wisigarde, sa fiancée officielle.

Sous la pression, Thibert 1er répudia donc Deoteria qui fut chassée de la Cour royale, laissant derrière elle son fils Thibaut (le futur roi Thibaut 1er) qui restera auprès de son père en tant qu’héritier. Thibert épousa alors Wisigarde. Celle-ci mourut quelques années plus tard, mais le roi n’osa pas rappeler Deoteria à la Cour et prit une troisième épouse (inconnue)[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lejeune, Paule. Les reines de France, éd. Vernal et P. Lebaud, Paris, 1989, ISBN 2-02-011552-2.
  2. Lebecq, Stéphane. Nouvelle histoire de la France médiévale, tome 1: Les origines franques VeIXe siècle av. J.-C., Éditions du Seuil, 1990, ISBN 2-02-011552-2.
  3. Drioux, Claude-Joseph, Leroy, Charles. Atlas classique de géographie ancienne et moderne, à l'usage des institutions et des autres établissements d'instruction publique, éd. Librairie Classique Eugene Belin, 1850, Paris
  4. Auteurs multiples, Le Grand Atlas, Les rois de France, éditions Atlas, 2003, France, ISBN 2-7234-4475-9, 415 pages, p.13
  5. Traduction française de : Gregory of Tours. History of the Franks, trans. Ernest Brehaut (extended selections), Records of Civilization 2, (New York: Columbia University Press, 1916)
  6. Eugen Ewig, Die Merowinger und das Frankenreich. Verlag W. Kohlhammer Stuttgart, Berlin, 1993, p.34-35
  7. a et b Idem note 4
  8. "Then [Theodebert] was alarmed, and abandoning Deoteria, by whom he had a little son named Theodobald, he married Visigard."Traduction abrégée de Gregory of Tour's History of the Franks par Earnest Brehaut, 1916, Livre III, Chapitre 27
  9. Idem note 6

Articles connexes[modifier | modifier le code]