Basine de Thuringe

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Basine

Description de l'image  Basina Childeric.jpg.

Titre

Reine des Francs saliens

Biographie
Conjoint Childéric Ier
Enfants Clovis Ier
Audoflède
Lanthilde
Alboflède

Basine (en latin Basina), est une princesse de la ligue des Thuringes, puis une reine des Francs saliens par son mariage avec Childéric Ier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le premier historien à mentionner la reine Basine est l'évêque Grégoire de Tours qui raconte :

« Childéric, roi des Francs, s’abandonna à une honteuse luxure, déshonorant les femmes de ses sujets. Ceux-ci, s’indignant de cet outrage ; le détrônèrent (457). Ayant découvert qu’on en voulait même à sa vie, il se réfugia dans la Thuringe, laissant dans son pays un homme qui lui était attaché pour qu’il apaisât, par de douces paroles, les esprits furieux. Il lui donna aussi un signe pour qu’il lui fît connaître quand il serait temps de retourner dans sa patrie, c’est-à-dire qu’ils divisèrent en deux une pièce d’or, que Childéric en emporta une moitié, et que son ami garda l’autre, disant : Quand je vous enverrai cette moitié, et que les deux parties réunies formeront la pièce entière, vous pourrez revenir en toute sûreté dans votre patrie. Étant donc passé dans la Thuringe, Childéric se réfugia chez le roi Basin et sa femme Basine. Les Francs, après l’avoir détrôné, élurent pour roi, d’une voix unanime, Ægidius qui, ainsi que nous l’avons dit plus haut, avait été envoyé par la république romaine comme maître de la milice. Celui-ci était déjà dans la huitième année de son règne lorsque le fidèle ami de Childéric, ayant secrètement apaisé les Francs, envoya à son prince des messagers pour lui remettre la moitié de la pièce qu’il avait gardée. Celui-ci, voyant par cet indice certain que les Francs désiraient son retour, et qu’ils le priaient eux-mêmes de revenir, quitta la Thuringe, et fut rétabli sur son trône. Tandis qu’il régnait, Basine, dont nous avons parlé plus haut, abandonna son mari pour venir auprès de Childéric. Comme il lui demandait avec empressement par quel motif elle venait d’un pays si éloigné, on dit qu’elle répondit : J’ai reconnu ton mérite et ton grand courage ; je suis venue pour rester avec toi : sache que si j’avais connu, dans des régions au-delà des mers, un homme plus méritant que toi, j’aurais désiré d’habiter avec lui. Celui-ci, enchanté, l’épousa. Il en eut un fils qu’on appela du nom de Clovis. Ce fut un grand prince et un redoutable guerrier  »[1].

De ce chapitre, Godefroid Kurth estime que tout ce que l'on peut en retenir est que Childéric a épousé une thuringienne du nom de Basine, et que tout le reste relève du récit populaire[2].

Postérité[modifier | modifier le code]

Il est difficile de dire si Basine a réellement épousé le roi Basin de Thuringe[3] et, si tel est le cas, quelle a été sa postérité. Basin a bien un successeur homonyme[4], mais même si ce successeur est fils du premier Basin, rien ne permet de dire si Basine en est la mère.

De son mariage avec Childéric, Basine a donné naissance à :

Origine[modifier | modifier le code]

Aucun document contemporain ne permet d'établir formellement l'origine de Basine.

Si la thèse du mariage entre Basin et Basine relève de l'invention par la tradition populaire, alors l'onomastique suggère une parenté, voire une fraternité[citation nécessaire] entre les deux[3].

  • En 1909, Joseph Depoin a proposé de voir en Basine une princesse franque rhénane, s'appuyant sur le récit de Grégoire de Tours dans lequel Clovis qualifie Sigebert le Boiteux de parens meus. Il en déduit que Basine est une sœur de Sigebert le Boiteux, tous deux fils de Clodwig, roi de Cologne et de Basine de Saxe[8] Mais la signification de parens n'est pas aussi restrictive que le sens que lui donne Depoin, qui donne également une filiation erronée pour Sigebert le Boiteux. De plus, la parenté entre Clovis et Sigebert peut s'expliquer autrement.
  • En 1991, Eugen Ewig, sur la base de l'allusion aux « régions au-delà des mers » que Grégoire de Tours met dans la bouche de Basine, suggère une origine dans des établissements thuringiens situés dans la sud de la Bretagne, ou parmi quelques tribus thuringiennes encore situés en Scandinavie[9].

Légende fondatrice mérovingienne[modifier | modifier le code]

Le conditionnel semble indispensable, car ce que nous connaissons de la vie de Basine tient plus de la légende que des certitudes historiques. Il y a bien eu un roi des Thuringes portant le nom de Basin, et il est également certain que la mère de Clovis s'appelait Basine. Mais ont-ils réellement vécu ce que racontent les récits des chroniqueurs, qui semblent basés sur des croyances populaires un peu naïves ? C'est peu vraisemblable.

« Visions de Childéric Ier et de la reine Basine ».
Grandes Chroniques de France de Charles V, Paris, XIVe siècle (FR 2813, fol. 7v).

Basine aurait, d'après les récits de Grégoire de Tours, de Frédégaire et de l'auteur du « Liber Historiæ » (qui écrit au VIIIe siècle en s'appuyant sur les récits de Grégoire de Tours), rencontré Childéric Ier, roi des Francs saliens.

Lors de leur nuit de noces, Basine demanda à Childéric de regarder par la fenêtre et de dire ce qu'il voyait.

Childéric dit : « Je vois un lion avec une licorne et des animaux sujets qui sont très heureux et qui respectent le lion. »
Basine lui répondit : « Retourne à la fenêtre, que vois-tu ? »
Childéric dit : « Je vois un ours et un léopard et des chacals qui leur mordent les pattes et des sujets qui baissent la tête et ne font plus la fête. »
Basine lui demande : « Que vois-tu maintenant ? »
Childéric dit : « Je vois des chacals des chiens et des vautours qui se battent et des sujets malheureux ! »
Au matin de la nuit de noces, Basine lui révéla la signification des visions qu'il avait eu : « Tu auras un fils, il s’appellera Clovis. Il sera puissant, il fera un grand royaume où il sera respecté, où les gens se respecteront et seront heureux. Puis viendront ses descendants qui essayeront de maintenir les règles mais de mauvaises gens chercheront à leur voler le pouvoir, puis des chiens, des chacals et des vautours cupides se battront pour avoir le pouvoir et les sujets seront malheureux. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Grégoire de Tours, Histoires, livre II.
  2. Godefroid Kurth, Clovis, le fondateur, Paris, Éditions Tallandier,‎ 1896 (réimpr. 2000) (ISBN 2-235-02266-9).
  3. a et b Émilienne Demougeot, La formation de l'Europe et les invasions barbares, vol. 2 (De l'avènement de Docliétien à l'occupation germanique de l'Empire romain au début du VIe siècle, Paris,‎ 1979, p. 747-8.
  4. Christian Settipani, Les Ancêtres de Charlemagne, Paris,‎ 1989, 170 p. (ISBN 2-906483-28-1), p. 109.
  5. Grégoire de Tours, Histoire, Livre II : « On baptisa aussi sa sœur Alboflède, qui, quelque temps après, alla joindre le Seigneur. Comme le roi était affligé de cette perte, saint Remi lui envoya, pour le consoler, une lettre qui commençait ainsi : Je suis affligé autant qu’il faut de la cause de votre tristesse, la mort de votre sœur Alboflède, d’heureuse mémoire ; mais nous pouvons nous consoler, car elle est sortie de ce monde plus digne d’envie que de pleurs ».
  6. Grégoire de Tours, Histoire, Livre II : « L’autre sœur de Clovis, nommée Lantéchilde, qui était tombée dans l’hérésie des Ariens, se convertit ; et ayant confessé que le Fils et le Saint-Esprit étaient égaux au Père, elle fut rebaptisée ».
  7. Jordanès, Histoire des Goths (lire en ligne), chapitre LVIII.
  8. Joseph Depoin, « Études mérovingiennes. I. La légende de Saint-Goar et les rois francs de Cologne. II. L'informateur de Grégoire de Tours sur la vie privée des premiers rois francs », Revue des études historiques, vol. 75,‎ 1909, p. 370.
  9. Eugen Ewig, « Die Namengebung bei den ältesten Frankenköningen und in merowingischen Königshaus », Francia, vol. 18,‎ 1991, p. 49.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]