Apparitions de Lourdes

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Apparitions Mariales à Lourdes
Notre-Dame de Lourdes par Joseph-Hugues Fabisch, 1864.
Notre-Dame de Lourdes par Joseph-Hugues Fabisch, 1864.

Nom officiel Apparitions à Lourdes en 1858 de l'Immaculée Conception
Observé par Catholiques
Commence 11 février 1858
Finit 16 juillet 1858
Lié à Bernadette Soubirous

En 1858, une jeune fille prénommée Bernadette déclara avoir assisté à 18 apparitions de l'Immaculée Conception à Lourdes. Ces apparitions s’étalèrent dans le temps (sur 6 mois), même si 12 d'entre elles sont rassemblées en une quinzaine de jours. Suscitant de vives polémiques, les apparitions que seule la jeune fille vit furent rapidement l'objet d'enquêtes et contre-enquêtes. Le 18 janvier 1862, (soit quatre ans plus tard) au nom de toute l'Église, l'évêque du lieu, Mgr Laurence, publie un mandement par lequel il reconnaît officiellement les apparitions de Lourdes. " Nous sommes [...] convaincus que l'Apparition est surnaturelle et divine, et que, par conséquent, ce que Bernadette a vu, c'est la Très Sainte Vierge."

Les trois premières apparitions[modifier | modifier le code]

Bernadette devant la grotte de Massabielle, le 11 février 1858. Gravure de Charles Mercereau.

Jeudi 11 février 1858, en compagnie de sa sœur Marie (1846-1892), dite Toinette, et de Jeanne Abadie, une amie, Bernadette se rend sur la rive gauche du gave pour ramasser des os et du bois mort[1]. Du fait de sa santé précaire, elle hésite à imiter sa sœur et son amie qui traversent l'eau glaciale du canal du Moulin. « Fais comme nous ! » lui lancent les deux filles. Elle est alors surprise par un bruit, comme un coup de vent (« coumo u cop de bén[2] »). Elle lève la tête vers la grotte de Massabielle[3]. Elle y aperçoit une « lumière douce ». Dans cette lumière, apparaît une très belle enfant, de petite taille[4], vêtue de blanc, souriante, qui fait le signe de la croix. Bernadette récite son chapelet. La vision lui fait signe d'approcher. Bernadette n'ose pas[3]. La vision disparaît, sans qu'aucune parole ait été prononcée. Bernadette raconte son aventure à ses deux compagnes. Et Toinette, qui a promis de ne rien dire, rapporte tout à sa mère. Les deux sœurs reçoivent une volée de coups de bâton[5].

Dimanche 14 février, ses parents interdisent à Bernadette de retourner à Massabielle. Elle insiste, ils cèdent. Bernadette revient à la grotte en compagnie d'une douzaine d'amies de son âge[6]. Sur place, elle récite le chapelet[7] et voit apparaître la jeune fille en blanc. Comme la fois précédente, elle est seule à la voir. Pour s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une créature du diable, elle lui lance de l'eau bénite. Aqueró sourit, incline la tête[6].

Le lendemain, lundi 15 février, toute l'école est informée. La supérieure, mère Ursule, vient inspecter la classe où se trouve Bernadette et lui dit : « Tu as fini tes carnavalades ? ». Vers midi, Bernadette est attendue à la sortie de l'école par sœur Anastasie, qui voudrait savoir qui est celle dont tout le monde parle. Elle a demandée à Madame Pailhasson de la lui indiquer. Celle-ci met une gifle à Bernadette tout en disant à sœur Anasthasie : « tenez, la voilà, la drôle ! ». La sœur attrape Bernadette par le bras et la secoue en lui disant : « Drôle ! drôle ! Si tu retournes encore à la grotte tu seras enfermée[8]. » L'après-midi, lorsque Bernadette retourne à l'école pour les travaux de couture, ses récits commencent à inspirer quelques moqueries : « la va-nu-pied » à propos de l'objet de sa vision, tandis que la grotte se trouvant à proximité du lieu ou était habituellement pacqué le troupeau communal de porcs est appelée « la tute-aux-cochons ».

Madame Milhet

Le 16 février à midi, une domestique vient trouver Bernadette à la sortie de l'école pour lui dire que Madame Milhet veut lui parler. Bernadette refuse mais cette dame qui est une des employeuses de Louise, la mère de Bernadette, insiste. Elle renvoie sa domestique le soir pour dire à Bernadette : « Ta mère te prie de passer chez Madame Milhet. » Madame Milhet était une ancienne domestique qui avait épousé son maître. Excentrique et déterminée, elle est intriguée par le récit de Bernadette et elle a décidé, avec son amie Antoinette Peyret, la fille de l'huissier, de tirer cela au clair. Elle convainc Bernadette de les amener à la grotte. Antoinette Peyret et Madame Mihlet ont fait des hypothèses. Selon leurs conjectures, la grotte pourrait être la porte du purgatoire tandis que celle qui apparaît à Bernadette pourrait être Élisa Latapie, la présidente des Enfants de Marie, qui était morte l'année précédente, et dont la personnalité avait fortement marqué les esprits des paroissiens de Lourdes[9]. Le jeudi 18 février, elles partent toutes trois avant l'aube pour échapper aux curieux. Elles ont apporté un cierge, car il fait encore nuit, tandis qu'Antoinette a pris le nécessaire de l'huissier : papier, encre et plume. À l'approche de la grotte, Bernadette accélère le pas tandis que ces dames ont quelques difficultés à descendre le « casse-cou », ce chemin glissant et raviné qui est le seul accès à la grotte si l'on veut y arriver à pieds secs. L'apparition commence. Bernadette dit le chapelet, après quoi, Antoinette fournit plume et papier à Bernadette qui, sur l'instance de Madame Milet, demande à Aqueró : « Boulet aoue era bouentat de mettre voste noum per exriout ? (Voulez-vous avoir la bonté de mettre votre nom par écrit ? » Aqueró rit, et parle pour la première fois : « N'ey pas necessari (Ce n'est pas nécessaire.) » De même que Bernadette est seule à voir Aqueró, elle est seule à l'entendre. Aqueró demande : « Boulet aoue la gracia de bié aci penden quinze dias[10]. (Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant quinze jours ?) » Bernadette le promet, et l'apparition lui répond par une autre promesse : « Nous proumeti pas deb hé urousa en este mounde, mès en aoute. (Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais en l'autre.)[11] ». Bernadette se déclarera touchée par le recours au vouvoiement et les paroles prévenantes de l'objet de sa vision[12] : « Qu'em parlo en patouès et quem dits bous, (Elle me parle patois et me dit vous.)[13] ».

La quinzaine des apparitions[modifier | modifier le code]

Chez Madame Milhet[modifier | modifier le code]

Suite à l'apparition du 18 février, Madame Milhet vient trouver Louise et lui dit : « Je me charge de votre fille. Je la prends chez moi. » C'est donc de la maison de Madame Milhet que vendredi 19 février vers six heures du matin Bernadette part pour ce qui sera la quatrième apparition. Cependant, la tante Bernade, marraine de Bernadette, n'entend pas laisser Madame Milhet exercer seule son patronage sur sa filleule. Quelques membres de la famille de Bernadette se joignent donc à l'équipée que Madame Milhet aurait voulu pouvoir garder secrète ou au moins discrète. Bernadette vient ainsi à la grotte, accompagnée de sa mère, de sa marraine, de Madame Mihlet et de quatre ou cinq autres femmes[14]. Aqueró lui apparaît brièvement et silencieusement. Bernadette, lorsqu'on l'interroge, ne parle toujours que d’Aqueró, d’uo pétito damizélo[15] (« une petite demoiselle »), d'une « fille blanche », d'une « petite fille »[16]. Au bourg, les suppositions vont bon train. S'agit-il de la très pieuse Élisa Latapie ou de la Sainte Vierge[16] ?

L'idée qu'il pourrait s'agir de la Vierge fait son chemin. Le samedi 20 février, aux curieux qui accompagnent Bernadette à Massabielle, se mêlent cette fois des Enfants de Marie Immaculée[17]. Une trentaine de personnes sont présentes lors de cette apparition. Elle est brève et silencieuse comme la veille.

Interrogatoire par le commissaire Jacomet[modifier | modifier le code]

Dominique Jacomet.

Le dimanche 21 février, pour déjouer les curieux, Bernadette vient encore plus tôt que la veille. Mais une centaine de personnes sont là. Elles assistent à son extase silencieuse. Les Lourdais sont convaincus désormais que c'est bien la Vierge qui apparaît à Bernadette[18]. Ce même jour le Lavedan se fait écho des apparitions. L'affaire ayant dès lors à Lourdes un caractère public tel qu'elle ne pouvait plus être ignorée des autorités, le commissaire de police Dominique Jacomet convoque l'adolescente pour un interrogatoire.

Interrogeant Bernadette sur la base des rumeurs qui circulaient, le commissaire Jacomet la presse de dire qu'elle a vu la sainte Vierge. Bernadette s'y refuse : elle dit ignorer de qui il s'agit, elle a vu Aqueró, qui a la forme d'une petite fille[19]. Les soupçons du commissaire portent ensuite sur les femmes qui pourraient avoir influencé Bernadette pour accréditer les apparitions comme d'autres avaient discrédité son ami l'abbé Clouchet l'année précédente[20]. C'est d'abord le rôle de Mme Milhet qui intéresse Jacomet, mais celle-ci est en quelque sorte revenue « bredouille » des apparitions, n'ayant pas la moindre révélation ou information un peu précise sur la nature des apparitions, bien qu'elle eût disposé sur place du papier et l'encre sur lequel il aurait été possible les consigner si elles avait été données ou inventées. Jacomet interroge ensuite Bernadette sur les autres femmes de son entourage. Les réponses de Bernadette signalent que, sa mère, ses tantes et les sœurs de la charités considéraient à ce moment qu'elle avait rêvée, qu'il s'agissait d'une illusion. Elles demandaient à Bernadette de ne pas retourner à la grotte, sachant que tout cela attirait beaucoup d'ennuis, mais Bernadette est persuadée d'avoir vu et entendu, et maintient son témoignage. Le commissaire accuse ensuite Bernadette de mentir. Il tente de la piéger en lui lisant ses déclarations dont il modifie les détails. Celle-ci s'énerve autant que le commissaire : « Non, Monsieur ... Vous m'avez tout changé. — Si ! tu m'as dit cela. — Non, monsieur ! — Si ! — Non ! » L'interrogatoire s'éternise et le ton monte. Jacomet insulte Bernadette : « tu fais courir tout le monde, tu veux devenir une petite p... ». Pierre Callet, le garde champêtre, croit entendre derrière la porte : « Ivrognasse, couquino, putarotto... », tandis que le commissaire menace Bernadette de prison[21]. Pendant ce temps une petite manifestation s'est formée devant la salle de police. Le commissaire comme la foule savent que cet interrogatoire ne respecte pas la forme légale dans la mesure où, pour une mineure, il ne peut avoir lieu sans la présence du père. Celui-ci ayant été alerté, se rend au commissariat. Jacomet, qui l'avait arrêté l'année précédente à cause du vol de farine au moulin Dozou, le fait entrer. Il lui affirme que Bernadette lui a avoué que ses parent l'obligeaient à aller à la grotte et a raconter ces histoires, ce contre quoi Bernadette proteste immédiatement. Ayant vainement tenté de faire promettre à Bernadette qu'elle n'irait plus à la grotte, il obtient de son père qu'il interdise à sa fille de s'y rendre. François Soubirous déclare qu'il ne demande pas mieux étant fatigué de cette affaire.

Une curiosité grandissante[modifier | modifier le code]

Le Pont Vieux au début du XIXe siècle. C'est en 1858, l'unique passage sur le Gave de Pau pour aller de Lourdes à la grotte de Massabielle.

Le lendemain, 22 février, Bernadette a d'abord résolu de ne pas aller à la grotte. Mais l'après-midi, alors qu'elle est sur le chemin de l'école des sœurs, elle dévie sa route pour aller vers Massabielle. Deux gendarmes la voient, alertent le maréchal des logis et la rejoignent à la grotte. Bernadette dit le chapelet tandis que, l'alerte ayant été donnée, entre cinquante et cent personnes affluent vers Massabielle. Il n'y a cependant pas d'apparition[22]. Le soir, Bernadette est défaite. On l'invite à loger au moulin de Savy pour se reposer. Elle va voir l'abbé Pomian, l’aumônier de l'Hospice des sœurs de la charité, pour lui demander des conseils sur son problème : d'une part elle a promis de venir quinze jour à Aqueró, d'autre part elle doit obéir à ses parents qui lui interdisent de retourner à la grotte. L'abbé Pomian lui dit qu'on n'a pas le droit de l'empêcher d'y aller. Ce même soir, François Soubirous qui s'émeut du désarroi de sa fille, retire sa défense.

Le 22 février, les membres du conseil municipal ont commencé a délibérer du problème de l'affluence de la foule à la grotte, tout en sachant que rien dans la démarche de Bernadette ne tombe sous le coup de la loi. Le mardi 23 février parmi ceux qui se rendent encore un peu plus nombreux à la grotte, se trouvent non plus seulement des femmes et des pauvres[23] mais aussi pour la première fois quelques notables : Jean-Baptiste Estrade, Monsieur Dufo, avocat et conseiller municipale, M. Dozous, Médecin, et un intendant militaire à la retraite, membre d'une célèbre famille aristocratique, Monsieur de La Fitte[24]. Un peu avant six heures, environ 150 personnes sont ainsi présentes. Jean-Baptiste Estrade, qui ira faire le récit de l'apparition à l'abbé Peyramale, le curé de Lourdes, a laissé de cette extase un récit « important, bien qu'inexact », dit Ruth Harris[25]. L'apparition dure environ une heure. Jean-Baptiste Estrade s'étonne de la proximité à laquelle Bernadette tient sa main de la flamme du cierge.

Dans l'après-midi, beaucoup de monde se presse au cachot pour y interroger Bernadette. Elle est ensuite conduite chez Monsieur Dupas, le chapelier, pour y recevoir les remontrances du maître de maison, mais aussi les compliments de Madame et des ses amies qui s’enthousiasment pour ces apparitions. Anna Dupas veux offrir une pomme à Bernadette, cadeau qu'elle refuse. Elle rentre au cachot où son père l'attend. La sœur de son patron, Dominiquette Cazenave, lui avait dit : « Vous m'amènerez votre petite ce soir après le travail. » Dominiquette Cazenave est à la fois attirée et agacée par l'affaire de l'apparition. Elle tente de démasquer Bernadette en l'assaillant de questions. Bernadette y répond en quatre mots puis se tait. Par politesse, François tente de suppléer aux silences de sa fille. Dominiquette les renvoie en se demandant pourquoi tant de monde court après « cette drôle »[26]. Pourtant, le lendemain, elle viendra elle-aussi assister à l'apparition puis en deviendra l'une de plus ferventes.

« Pénitence ! »[modifier | modifier le code]

Mercredi 24 février, près de 300 personnes sont présentes devant la grotte. Durant l'apparition, Bernadette s'approche de la crevasse intérieure qui communique avec la cavité dans laquelle se tient ce qu'elle voit. Elle est en extase et semble converser avec quelqu'un qui se tiendrait dans le creux du rocher sans que personne n'entende un mot. Elle fait des signes d'approbation et de dénégations. Un témoin raconte : « Les yeux encore mouillés de larmes, elle éclate en rire d'une grande suavité[27]. » Bernadette se prosterne ensuite visage contre terre[28]. Sa tante Lucile qui se tient à côté d'elle pousse alors un cri et s'effondre. Bernadette s’interrompt et se tourne vers sa tante pour lui dire : « Ma tante, n'aï pa peno. » façon de lui dire que rien ne justifie de se mettre dans un pareil état. L'apparition est terminée. Sur le chemin du retour, elle demande à Lucile de ne plus revenir pour les prochaines apparitions. De retour à Lourdes, elle apprend que l'abbé Pène, un vicaire de la paroisse, veut la rencontrer. Elle lui raconte l'apparition. Aqueró lui aurait dit : « Pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs. Allez baiser la terre en pénitence pour les pécheurs[29]. », ce que faisait Bernadette au moment où elle fut interrompue par sa tante. Les témoignages sur la journée du 24 février, rapportent aussi le regard de tristesse de Bernadette, elle-même disant que l'apparition avait un visage triste lorsqu'elle demandait de prier pour les pécheurs.

Dans ses réponses aux questions sur les apparitions, il devient clair que, pour Bernadette, il y a des choses qu'elle peut raconter ou répéter, celles qui lui semblent avoir été dites à haute voix pour que tout le monde entende, et d'autres qui lui sont confiées de façon plus intime, de sorte que cela peut rester entre elles deux.

Découverte de la source[modifier | modifier le code]

Jeudi 25 février, les curieux affluent dès deux heures du matin. Quand Bernadette arrive, 350 personnes sont présentes[30]. Dès le début de l'apparition, Bernadette reprend l'exercice de pénitence interrompu la veille et qui consiste à marcher à genoux et à baiser la terre. Elle manifeste une agitation inhabituelle. Elle va vers le Gave, puis se ravise et repart debout vers le fond de la grotte. Elle se courbe pour monter sur le pan incliné jusqu'à atteindre l'endroit où le sol rejoint la voûte. Le sol est très humide, boueux. Elle regarde vers l'apparition, puis se met à creuser. Elle tente à plusieurs reprises de prendre l'eau boueuse qui sort de la source qu'elle était en train de dégager, puis elle parvient à prendre un peu d'eau sale dans sa main et la boit. Elle se lave ensuite le visage avec cette eau sale, puis elle cueille une feuille de dorine qui poussait là et la mange.

L'apparition est terminée. Bernadette se retourne la figure barbouillée de limon. Tante Bernade essaye de nettoyer au plus vite et au mieux le visage de sa filleule, tandis qu'elle sort de la grotte et que le public est désappointé. Jean-Baptiste Estrade qui avait entraîné ses amis en leur parlant de la beauté des extases de Bernadette est consterné. On traite Bernadette de folle[31]. Elle dit n'avoir fait tout cela que sur ordre d’Aqueró, « pour les pécheurs[32] ». Au bourg, les esprits forts exultent, les croyants sont déconcertés[33]. Suite à cette apparition, le Lavedan parlera de catalepsie à propos de Bernadette.

Parmi ceux qui sont dans la perplexité et qui demandent des explications à Bernadette sur son comportement du matin, se trouvent l'abbé Pène et Jean-Baptiste Estrade. Elle leur dit :

« — Aqueró me dit d'aller boire et de me laver à la fontaine. N'en voyant pas, j'allais boire au Gave. Mais elle me fit signe avec le doigt d'aller sous la roche. J'y fus et j'y trouvai un peu d'eau comme de la boue, si peu qu'à peine je pus en prendre au creux de la main. Trois fois, je la jetai tellement elle était sale. A la quatrième fois, je pus.
— Pourquoi t'a-t-elle demandé cela ?
— Elle ne me l'a pas dit.
— Mais que t'a-t-elle dit ?
— « Allez boire à la fontaine et vous y laver »
— Et cette herbe que tu as mangée ?
— Elle me l'a demandé aussi ...
— Mais ce sont les animaux qui mangent l'herbe[34]. »

Dans l'après midi, les visiteurs se font plus rare, mais ceux qui y vont s’intéressent à la source. Ils creusent, puisent et boivent à leur tour. En dégageant plus largement le limon, ils découvrent une source un peu plus claire et les premières bouteilles remontent vers Lourdes l'après-midi même.

Même si cette source n'avait pas été remarquée, sa présence au bord du Gave et dans le fond humide de la grotte n'avait rien d'étonnant[35], et elle existait avant les apparitions. Ce n'est que plus tard, avec l'inflation des récits faisant des moindres faits et gestes de Bernadette l'occasion d'un miracle, qu'il sera question d'une source qui aurait jailli ce jour-là d'un sol sec, un sol « anhydre » écrira le docteur Vallet[36], alors que c'est dans un sol déjà extrêmement boueux à cause de la présence de cette source que Bernadette a creusé.

Interrogatoire du procureur[modifier | modifier le code]

Vital Dutour, procureur impérial de Lourdes.

Tandis que l'on commence à boire de l'eau de la grotte dans des maisons de Lourdes, le Procureur impérial de Lourdes, Vital Dutour, convoque Bernadette[37]. François Soubirous était parti au marché de Tarbes et c'est Louise qui doit l'accompagner. Impressionnée par cette convocation, elle demande à son cousin Sajous de venir avec elles. Celui-ci laisse sa pioche de carrier pour enfiler son costume du dimanche et les accompagner. Le procureur ne laisse pas entrer Sajous, mais lui promet néanmoins qu'elles ressortiraient libres. Louise et sa fille restent debout devant le bureau auquel s'est installé le procureur pour un long interrogatoire, comparable à celui effectué quelques jours plus tôt par le commissaire et dont le procureur avait les notes. Il s'y produit une discussion sur ce qu'aurait dit ou pas Bernadette dans ses précédente déclarations : « Tu m'as dit ceci, tu as dit cela au commissaire. — Non, monsieur. — Si ! — Non ! etc. » Le procureur questionne aussi Bernadette sur les profits ou les avantages qu'elle tirerait de cette situation. Enfin, comme Jacomet, Dutour lui demande de promettre de ne plus retourner à la grotte. Bernadette refuse. Au bout de deux heures de discussions et de questions, le procureur sonne son épouse : qu'elle fasse appeler le commissaire, afin qu'il mette Louise et sa fille en prison. Entendant cela, Louise éclate en sanglot. Le Procureur propose alors des chaises et Madame Dutour aide Louise à s'asseoir. Mais Bernadette s'installe à terre en disant à propos de la chaise proposé par le Procureur : « Non, on la salirait. » Dans le même temps, Sajous qui s'impatiente au café d'en face de ne pas voir sortir Louise et Bernadette, vient frapper à la porte du procureur pour crier avec d'autres carriers : « faites les sortir ! ». Alors que la situation devient épique, le procureur tente encore d'obtenir de Bernadette, toujours assise à terre, la promesse qu'elle n'ira plus à la grotte, en vain. Il n'a pas l'air de savoir si son épouse a vraiment fait demander le commissaire, ou si elle a pris cet ordre pour une feinte destinée à impressionner les Soubirous. Il sort un instant de la pièce, revient en disant que le commissaire n'a pas le temps et que l'affaire est renvoyée à demain, puis il congédie les visiteuses[37].

En sortant, Sajous et les carriers offrent un verre de blanc à Louise et Bernadette dans le café où ils les attendaient pour qu'elles se remettent de leurs émotions et qu'elles leur racontent l’interrogatoire. Elles rentrent ensuite au cachot, où d'autres personnes viennent leur demander ce qui s'est passé. Il ne reste de cet interrogatoire que le témoignage de Louise et de Bernadette car le procureur a détruit les notes qu'il avait prises. Bernadette déclare ce même jour à Dominiquette Cazenave, devenu fervente des apparitions : « Quand on n'écrit pas bien, est-ce qu'on fait des croix ? M. le procureur faisait toujours des croix. » L'évènement se raconte dans le milieu populaire lourdais et au marché où l'on prend massivement le parti de Louise et de sa fille. Le récit est enjolivé, jusqu'à devenir fantastique, au détriment du procureur[37].

De son côté, Dutour apprendra que Louise et Bernadette sont passées au café en sortant de chez lui. Dans son rapport du 1er mars, plutôt que d'évoquer l'interrogatoire, il décrit la famille Soubirous en faisant à Louise une réputation d’alcoolique  :

« Bernadette appartient à une famille pauvre. Son père fut arrête en 1857 sous l'inculpation de vol qualifié. La moralité de la mère n'est guère moins douteuse. De notoriété publique, cette femme se livre à l'ivrognerie. Le concours de ces misérables personnages, leur langage, surtout leurs mœurs et leur réputation, étaient certes de nature à détruire le charme, à inspirer, non seulement le doute, mais le dégoût ; ce sont là en effet des intermédiaires biens vils, pour Celle qui est regardée comme l'être pur par excellence[37]. »

En attendant « le grand jour »[modifier | modifier le code]

Le lendemain, vendredi 26 février, Aqueró n'apparaît pas à Bernadette, elle prie à genoux, dit le chapelet, mais il ne se passe rien. Ce jour là se produit ce que l'on a longtemps présenté comme la première guérison miraculeuse de Lourdes, celle de Louis Bouriette[38]. À Lourdes, tout le monde sait que Bernadette déclare avoir promis à l'objet de sa vision qu'elle viendrait pendant quinze jours. Le dernier jour de cette quinzaine, ce sera le jeudi de la semaine suivante, et des spéculations commencent à naître sur ce qui pourrait se produire ce jour-là.

Samedi 27 février, un millier de personnes venues de Lourdes et des villages environnants observent l'extase de Bernadette[33]. Aucune parole de Bernadette n'a été conservée sur cette apparition, la dixième.

Le dimanche 28 février, onze cent cinquante personnes sont présentes, dont des officiers supérieurs qui ont fait le déplacement depuis Tarbes[39]. Ce jour là Bernadette est interrogée par le juge. L'interrogatoire vise le même but que les précédents : convaincre Bernadette de ne plus aller à la grotte, en la menaçant d'aller en prison. Il n'existe cependant aucune base légale pour interdire à Bernadette d'aller à Massabielle et d'y avoir des extases. L'après midi, Clarens, le directeur de l'école supérieure de Lourdes, vient voir Bernadette. Il consigne ses remarques et réflexions sur Bernadette et les apparitions dans un cahier qu'il fait parvenir à son ami le Baron Oscar Massy, le préfet de Tarbes.

Lundi 1er mars. La foule arrive dès minuit. Mille cinq cents personnes observent Bernadette[40], dont, pour la première fois, un prêtre. Il s'agit du jeune abbé Antoine Désirat qui séjournait à Omex et qui passa outre l'interdiction faite aux prêtres par le curé de Lourdes, Peyramale, de se rendre à la grotte[41]. Ce matin-là, Catherine Latapie, qui a deux doigts de la main droite « pliés et paralysés[42] », les trempe dans l'eau de la source : ils y auraient retrouvé leur mobilité[43]. Ce sera l'une des « sept guérisons de 1858 » reconnues quatre ans plus tard pour miraculeuses par Mgr Laurence, évêque de Tarbes[43].

Demandes à l'abbé Peyramale[modifier | modifier le code]

Dominique Peyramale est un homme réputé pour ses colères sans lendemain. Il est perplexe concernant les apparitions et n'a jamais rencontré Bernadette avant le 2 mars. Peyramale deviendra ouvertement favorable aux apparitions dans les mois qui suivront, mais il est d'autant plus difficile de savoir ce qu'il en pensait en mars 1858 qu'il a lui-même détruit dans ses notes et ses rapports les critiques qu'il jugera plus tard dépassées[44]. Le fait qui témoigne le plus clairement de ses dispositions est qu'il a fermement interdit aux prêtres, qu'ils soient de Lourdes ou de passage, de se rendre à la grotte pour ne pas que ce soit pris comme un signe d'approbation. Dans le même temps, il constate que, depuis qu'il est question de ces apparitions, les offices connaissent une affluence inhabituelle et beaucoup plus de paroissiens qu'à l'ordinaire viennent se confesser.

Mardi 2 mars, on compte 1 650 personnes lors de l'apparition, la treizième. Après l'extase, des témoins exaltés par le phénomène demandent à Bernadette : « Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? » Elle répond : « D'aller dire aux prêtres qu'on vienne ici en procession[45]. » Entendant cela, des dévotes courent au presbytère pour porter en premier le message au curé. Elles pensent que la procession doit avoir lieu jeudi, elles imaginent, puisque ce sera le dernier jour des apparitions, que cette procession sera accompagnée d'évènements fantastiques. Les femmes arrivent ainsi toutes essoufflées chez le curé pour lui annoncer que la sainte Vierge veut une procession vers la grotte dans deux jours. Elles le mettent immédiatement en colère et il les chasse sans ménagement. Pendant ce temps, Bernadette qui n'ose pas aller directement chez le curé s'est rendue chez l'abbé Pomian qui lui dit d'aller voir le curé. Bernadette se fait accompagner de ses tantes. Dominique Peyramale, qui vient de tonner contre ses paroissiennes, joue l'entrevue de façon intimidante :

« C'est toi qui va à la grotte ?
— oui, monsieur le curé.
— Et tu dis que tu vois la sainte Vierge ?
— Je n'ai pas dit que c'est la sainte Vierge.
— Alors qu'est-ce que c'est que cette dame ?
— Je ne sais pas !
— Ah, tu ne sais pas, menteuse ! Et pourtant le journal l'écrit, et tous ceux que tu fais courir après toi le disent, que c'est la sainte Vierge. Alors, qu'est-ce que tu vois ?
— Quelque chose qui ressemble à une dame.
— Quelque chose !
— Monsieur le curé Aqueró demande qu'on vienne en procession à la grotte.
— Menteuse ! Comment veux-tu que je commande une procession ? C'est monseigneur [l'évêque] qui décide des processions. Si ta vision était quelque chose de bon, elle ne dirait pas de telles bêtises. Et pour quand la veut-elle cette procession ? c'est jeudi que tu as dit[45]. »

Bernadette s'embrouille, elle dit qu'elle ne sait plus pour quand, et continue de se faire « gronder » par le curé. Celui-ci interpelle les tantes de Bernadette : « C'est malheureux d'avoir une famille comme ça qui met le désordre dans la ville[45]. » Puis il met fin à la discussion en leur disant : « Retirez-vous, mettez-la à l'école et ne la laissez plus aller à la grotte. Que ce soit fini[45]. » Sur le chemin du retour, Bernadette déclare que le plus important n'est pas pour elle que le curé la croie, mais qu'elle ait fait la commission. Puis elle se rappelle qu'elle a oublié la moitié de la demande d’Aqueró : « construire une chapelle. » Les tantes refusent de retourner au Presbytère et Bernadette a du mal à trouver quelqu'un qui accepte de l'y accompagner. Dominiquette Cazenave lui arrange alors un rendez-vous pour sept heures. Tout le clergé de Lourdes est là, c'est-à-dire le curé, les deux vicaires et Pomian, l'aumônier de l'hospice. Bernadette leur dit qu’Aqueró veut une chapelle à l'endroit de la grotte. Et elle suggère qu'il pourrait même s'agir d'une chapelle « toute petite ». L'ambiance est plus détendue. Il n'est plus question d'une procession pour jeudi, cette procession semblant dépendre de la construction d'une chapelle qui ne se fera pas dans l'immédiat. L'abbé Peyramale dit à Bernadette que la dame doit donner son nom[46].

Le lendemain, mercredi 3 mars. Trois mille personnes sont là, dans un lieu où il est impossible qu'une telle foule se tienne[47]. Bernadette arrive à sept heures. La vision ne se manifeste pas. Après l'école, Bernadette revient à la grotte. Cette fois, Aqueró apparaît. Lorsque le soir Bernadette retourne voir le curé, elle lui dit que sa vision réclame toujours une chapelle, mais refuse de donner son nom, se contentant de sourire[48]. L'abbé Peyramale lui dit : « Elle se moque joliment de toi ! Si elle veut la chapelle, qu'elle dise son nom et qu'elle fasse fleurir le rosier de la grotte ! ».

L'affaire préoccupe les autorités. Ce jour-là, le procureur général de Pau la fait remonter jusqu'au garde des Sceaux[49].

Le dernier jour de la quinzaine[modifier | modifier le code]

Jeudi 4 mars, c'est jour de marché. Environ huit mille personnes sont à la grotte. L'attente du public qui s'est amassé durant la nuit sur le site est grande car c'est le dernier jour de la quinzaine. Les spéculations vont bon train sur les miracles ou phénomènes extraordinaires auxquels la foule pourrait assister. À la grotte les gens se sont entassés d'une façon indescriptible, accrochés aux rochers ou entassés sur les rives. Un service d'ordre a été organisé. Tarbes a construit une sorte de passerelle pour faciliter l'accès, tandis que le Commissaire assisté d'un gendarme fait passer Bernadette au travers de la foule. La vision est silencieuse, elle dure trois quarts d'heure[50].

Dans une ambiance pourtant « incandescente », selon René Laurentin, il ne se passe rien de remarquable, si ce n'est qu'au retour, Bernadette qui reste au centre de toutes les attentions, se montre sensible au sort d'une petite fille que son père a amenée et qui avait interpellé Bernadette à l'aller. Cette petite fille porte un bandeau sur les yeux, elle est presque aveugle et la lumière lui fait mal. Bernadette s'approche, lui prend les mains et l'embrasse. La petite Eugénie est touchée, elle rit, Bernadette aussi qui l'embrasse une seconde fois et repart. Eugénie veut alors voir celle qui l'a embrassée. Elle retire son bandeau et, remplie d'enthousiasme, tente d’apercevoir Bernadette. La foule qui est autour se met à crier au miracle. Joyeuse, Eugénie se persuade d'être guérie. Son père y croit aussi et Eugénie est amenée devant le procureur qui restera plus que perplexe. Il faudra plusieurs semaines pour dissiper l'illusion née de ce moment de bonheur, tandis que la petite Eugénie décèdera le 5 juin 1859.

Le reste de la journée, au bourg, Bernadette est harcelée par la foule. Le cachot est pris d'assaut. On veut la toucher, lui faire toucher des objets de piété, lui donner de l'argent — qu'elle refuse[51]. On la prie de guérir des enfants infirmes[52]. Certains coupent subrepticement des fils dans la doublure de sa robe, d'autres réclament d'échanger son chapelet contre le sien. Lourdes bruisse de miracles.

Le temps des trois dernières apparitions[modifier | modifier le code]

Déceptions au lendemain de la quinzaine[modifier | modifier le code]

Au lendemain du 4 mars, le « grand jour » tant attendu, la foule est déçue. Ce qui paraissait hier être des miracles dans l’excitation générale se révèle être sans fondement. Le Lavedan écrit : « Quelle déception ! que de pauvres crédules ont été humiliés... Combien de personnes ont compris alors, mais trop tard, hélas ! le ridicule de la démarche et déploré leur excessive crédulité[53]. »

Une certaine affluence perdure à Massabielle mais Bernadette n'y va plus[54]. Elle semble elle-même découragée. Elle récuse avoir fait ou vouloir faire croire à de quelconques miracles. Elle ne dit toujours pas avoir vu la Vierge, bien que plus personne n'envisage les choses autrement. Alors qu'elle continue d'aller à l'école chez les sœurs, elle a du mal à se mettre au travail. Enfin, elle se détourne des conversations sérieuses sur la grotte et les apparitions, préférant ostensiblement les gamineries et les jeux de son âge : la marelle, les cache-cache, etc. Bernadette a tenu sa promesse : aller quinze jours à la grotte, et semble maintenant se désintéresser de l'affaire[55].

Le rétablissement de Jean-Marie Doucet[modifier | modifier le code]

Le 9 mars Bernadette est sollicitée par Joséphine Doucet qui est en classe avec elle pour venir au chevet de son petit frère. Celui-ci a un problème que les médecins n'identifient pas clairement, ils parlent d'un « névralgique incurable », ce qui veut dire qu'ils ne savent pas ce qu'il a, mais qu'il leur semble ne plus en avoir pour longtemps à vivre. Jean-Marie dépérit depuis Noël. Pris de hoquet et de soubresauts, il garde la bouche ouverte, offrant un spectacle dégoûtant avec la bave qui lui dégouline. Il ne s'alimente plus, ne parle plus, ne sait plus marcher et ses parents l'ont placé sur un matelas à côté de la cheminée où il est entouré de ses propres dessins dans lesquels il exprime un certain talent, mais aussi le monde dans lequel il s'enferme. Le « courant » passe immédiatement entre Bernadette et Jean-Marie. Elle revient le voir et parvient à le faire manger. Il se remet à parler. Au cours des visites suivantes, selon son tempérament, Bernadette l'entreprend de façon à la fois chaleureuse et autoritaire. Après quelques jours, elle se met à le traiter de fainéant : « Alors tu ne veux jamais te lever, c'est toujours moi qui dois venir te voir. — Oh ! Si je pouvais me lever, je me lèverais bien, oui ! — Oh ! Tu es un fénian, autrement tu te lèverais, oui ! et tu ferais des sauts dans ta chambre. Tiens, tu es un fripon, tu fais le malade pour manger ce qui est bon. Eh bien moi, je ne t'aime plus parce que tu es un fénian[56]. » Jean-Marie se prend au jeu de ce « chantage affectif », il mange et sa santé s'améliore rapidement. En ville la nouvelle d'un « miracle » se répand, tandis que chez ceux qui ont besoin d'un miracle pour croire aux apparitions, l'espoir renaît après la déception concernant Eugénie Troy. Le 15 mars, l'abbé Peyramale vient avec ses deux vicaires et constate une amélioration notable, tout en considérant qu'il faut attendre un rétablissement complet pour se prononcer[56].

Interrogatoire du 18 mars[modifier | modifier le code]

L'avocat Romain de Capdevielle, rédacteur au Mémorial des Pyrénées et fiancé de Marie Dufo, une lourdaise fervente admiratrice de Bernadette, publie les 9 et 16 mars deux articles par lesquels il fait l'éloge de la voyante de Lourdes qui reste, selon lui, « toujours aussi simple et aussi naïve qu’auparavant[57]. » Ces articles associés aux nouvelles concernant Jean-Marie Doucet, relancent la ferveur populaire. Les cierges se font plus nombreux à la grotte, on y laisse des dons[58], on boit l'eau de la source, une Vierge de plâtre est déposée dans la cavité où apparaissait Aqueró. La grotte est devenue un lieu de culte illicite[59].

Le procureur Vital Dutour s'inquiète aussi de ce que désormais, des notables de Lourdes font preuve d'un intérêt pour Bernadette qui peut aller jusqu'à la ferveur. Dans un rapport du 17 mars, il note ainsi à propos de M. Dufo, batonnier des avocats et conseiller municipal : « Il lui baise la main et l'appelle la sainte[60]. » Dutour semble surtout avoir été gêné par l'attitude de M. Pougat, le président du tribunal. C'est la personne la plus haut-placée dans la petite administration judiciaire de Lourdes, et il a commencé à donner des conseils à la famille Soubirous pour faire face aux menaces judiciaires que continuait d'agiter le procureur à leur encontre. Le procureur ne s'autorise pas à le dénoncer autrement qu'à mots couverts[60].

C'est dans ce contexte que, le 18 mars, Bernadette est convoquée pour un nouvel interrogatoire devant un aréopage qui rassemble le procureur, le commissaire, le maire et le secrétaire de Mairie. Les articles de Romain de Capdevielle servent de base à l'interrogatoire et Bernadette en confirme les affirmations : cela lui a demandé de faire bâtir une chapelle et lui a confié des secrets. La rumeur et la curiosité enfle au sujet de ces secrets et Bernadette indique : « Cela m'a défendu de les révéler à qui que ce soit, Cependant je puis dire qu'ils n'ont rien de terrible et qu'ils ne regardent que moi[60]. » On lui pose des questions sur les guérisons. Elle déclare « Je ne crois pas avoir guéri qui que ce soit, et je n'ai du reste rien fait pour cela[60]. » Viennent ensuite les habituelles questions concernant le physique de l'apparition : sa taille, son âge, son allure, sa position, avait-elle des souliers, etc. Concernant les demandes faites aux prêtres pour la procession et la chapelle, Jacomet qui a remplacé le secrétaire de Mairie à l'écritoire au cours de l'interrogatoire note une réponse incertaine : « je ne sais pas si c'est une procession ou une chapelle, je n'en suis pas sûre. Je fus trouver Monsieur le curé qui me dit qu'on ne pourrait rien faire jusqu'à ce qu'il y ait une remarque quelconque, que la Vierge, par exemple, fît fleurir le rosier qui est devant la grotte[60]. » Les interrogatoires ayant eu lieu durant la quinzaine des apparitions débouchaient sur l'injonction faite à Bernadette de ne plus se rendre à la grotte. La question n'est plus vraiment à l'ordre du jour dans la mesure où Bernadette n'y va plus. Jacomet note cette réponse prudente : « Je ne sais pas si je reviendrai davantage à la grotte[60]. »

Cet interrogatoire s'est déroulé de façon très conciliante. Le procureur Dutour semble être rassuré et se croit autorisé à écrire au procureur général : « Elle a promis de ne plus y reparaître [à la grotte] et de ne plus prêter à l'abus que la crédulité et la mauvaise foi font de ses actions et de sa personne[60]. » Cette remarque du procureur, même si elle force le trait par rapport aux déclarations de Bernadette, témoigne de ce que sa sincérité n'est plus guère remise en cause. À défaut d'être convaincu de la réalité des apparitions, les interlocuteurs de Bernadette se persuadent qu'elle croit sincèrement avoir vu et entendu quelque chose. Cette enquête établit aussi que les Soubirous ne tirent aucun profit de la ferveur populaire[60].

Apparition du 25 mars[modifier | modifier le code]

Jeudi 25 mars, c'est le jour de l'Annonciation. Le bruit circule que Bernadette se rendra à la grotte à l'occasion de cette fête mariale, ce qui se produit effectivement. Dès cinq heures du matin, alors qu'elle rejoint la grotte avec quelques membres de sa famille, une centaine de personnes et le commissaire Jacomet s'y trouvent déjà[61]. L'apparition dure plus d'une heure. Bernadette qui était venue avec le cierge de sa tante Lucile voudrait laisser quelque chose à la grotte. Elle obtient la permission de laisser ce cierge qu'elle cale parmi ceux qui s'y trouvent déjà[62]. Sur le chemin du retour, elle est pressée de questions et confie que l'apparition lui a dit : « Que soy era Immaculada Councepciou[63]». » (Je suis l'Immaculée Conception.) Bernadette court répéter ces paroles au curé, l'abbé Peyramale, qui se montre perplexe : « Une dame ne peut pas porter ce nom là. » Les mots « Immaculée Conception » font penser au dogme de Marie conçue exempte de la souillure du péché originel, dogme proclamé quatre ans plus tôt par le pape Pie IX. Mais ces mots ne sauraient désigner une personne : on appelle Marie « Mère immaculée » ou « Vierge immaculée »[64],[65]. Le curé ne sait pas quoi lui dire. Attendant sa réponse, Bernadette lui précise « Elle veut toujours sa chapelle ». Peyramale dit à Bernadette de rentrer chez elle, qu'il la verra plus tard[62].

Le soir, Bernadette va chez Jean-Baptiste Estrade, à qui elle décrit la scène : l'apparition lui sourit, elle lui demande par quatre fois : « Mademoiselle, voulez-vous avoir la bonté de me dire qui vous êtes s'il vous plaît ? ». Bernadette mime ensuite l'apparition qui étend ses mains vers le sol, les lève pour les rejoindre sur la poitrine, monte son regard vers le ciel et dit « Je suis l'Immaculée conception. » Estrade est très ému, et il explique à Bernadette que ces mots s'appliquent à la Vierge Marie[62].

Visite médicale du 27 mars[modifier | modifier le code]

Le préfet Oscar Massy.

Le baron Oscar Massy, préfet de Tarbes, est au fait de ce qui se passe à Lourdes depuis le mois de février par les nombreux rapports qu'il reçoit sur le sujet. Il craint que ce « fatras de superstitions » ne déconsidère la « vraie » religion[66]. Sa première initiative dans cette affaire est de demander à trois médecins d'examiner Bernadette en vue d'établir un certificat pour son internement comme malade mentale. Le 27 mars, les médecins examinent Bernadette, constatent son asthme et cherchent une maladie nerveuse ou psychique pour répondre à la question du préfet : « Cette enfant est-elle sous le coup d'une maladie mentale ? Y a-t-il nécessité de la faire traiter [67]? » La réponse sur laquelle les médecins mettront quatre jours à s'accorder est extrêmement embarrassée. Ils y inventent la notion de « maladie » qui « ne peut faire courir aucun risque à la santé[67]. » Et ils estiment qu'il n'est pas indispensable d'envisager de la traiter : « Il est vraisemblable, au contraire, que, lorsque Bernadette ne sera plus harcelée par la foule, qu'on ne lui demandera plus des prières, elle cessera de songer à la grotte et aux choses merveilleuses qu'elle raconte[67] ». Pour René Laurentin les embarras de la réponse des médecins relèvent de la diplomatie : il s'agit d'une part de ne pas aller contre l'hypothèse du préfet, pour qui Bernadette est indubitablement atteinte d'une maladie mentale, tout en recommandant d'ajourner un internement qui ne se justifiait pas à leurs yeux[67].

Apparition du 7 avril[modifier | modifier le code]

Début avril, après un temps où les Soubirous se sont fait aussi discrets que possible, des bruits commencent à courir selon lesquels Bernadette se rendra prochainement à la grotte. Le 2 avril, 300 personnes l'y attendent, mais Bernadette n'y vient pas. Même chose le 6 avril. Ce jour-là, Bernadette se rend avec sa famille au village d'Adé, à l’invitation de l'ancien Maire, Blaise Verger dit « Blazy », qui s'était senti soulagé de ses rhumatismes par l'eau glaciale de Massabielle. Bernadette désirait se rendre à la grotte mais elle ne pouvait pas échapper à la surveillance dont elle était l'objet à Lourdes. Le fils de Blaise Verger propose alors de l'amener à la grotte depuis Adé le lendemain matin. Le mercredi 7 avril, Bernadette est agenouillée à Massabielle où une centaine de personnes sont présentes.

Blazy a fourni à Bernadette un gros cierge dont elle pose la base à terre tandis qu'elle joint les mains à son sommet pour en protéger la flamme. Ce cierge sera le centre de toutes les attentions. En cours d'apparition, le docteur Dozous constate que la flamme du cierge lèche sa main sans la brûler. Il se convertira ce jour là aux apparitions, faisant grand cas et grand bruit de cette affaire de mains et de flamme : « Miracle pour certains, hallucination pour d'autres ou encore phénomène naturel explicable, ce mince évènement devint l'un des aspects les plus contestés des visions. »[68]. Le soir une paroissienne vient trouver Bernadette, lui fait fermer les yeux, et lui place, sous le regard médusé des témoins qui sont là, un cierge entre les mains. Bernadette retire immédiatement ses mains en criant qu'elle se brûle et s'en va. D'autres tenteront la même expérience : lui mettre une flamme sous la main pour voir si ça la brûle, mais Bernadette ne se laissera plus avoir une seconde fois.

L'affaire du cierge a éclipsé toutes autres considérations sur cette dix-septième apparition. Dans ses témoignages, Bernadette évoque une conversation dont elle ne donne pas le teneur si ce n'est qu'elle répète qu'« Elle veut toujours sa chapelle. »

Épidémie de visionnaires et séjour à Cauterets[modifier | modifier le code]

Bernadette ne donne pas satisfaction à une attente de merveilleux grandissante[69]. Elle répond de façon laconique et continue de décevoir ceux qui, parmi les fervents des apparitions, voudraient des miracles et des signes, comme ceux qui attendaient de Bernadette une attitude qui, selon leurs vues, par sa piété, sa délicatesse ou son élégance, conviendrait à celle à qui la Reine des cieux daignerait se montrer.

Une jeune fille en extase à Lourdes, lors de l'« épidémie de visionnaires » entre avril et juillet 1858.

Le 11 avril, quatre jours après la précédente apparition, cinq femmes prises dans l’effervescence qui saisissait nombre de personnes à Lourdes, se rendent à la grotte[69]. Cette grotte comporte trois cavités : celle du bas, la plus large, là où coule la source ; celle du haut, visible aussi de l'extérieur, dans laquelle se tient l'apparition et qui communique avec la cavité inférieure, et enfin, une troisième cavité qui s'enfonce dans le rocher depuis un boyaux étroit qui s'ouvre à trois mètres du sol, au fond de la cavité principale. Cette cavité possède une stalactite qui a approximativement les proportions d'une personne debout. Étant parvenues à se glisser dans cette cavité, les femmes y voient la lumière de leur cierge vaciller sur la stalactite et reviennent profondément bouleversées à Lourdes raconter leur apparition. Commence alors une « épidémie de visionnaires », durant laquelle des jeunes filles de Lourdes se tenaient en extase un chapelet dans les mains. Jean-Baptise Estrade déclarait de l'extase de Joséphine Albario : « Ceux qui n'y croient pas sont de la canaille[69] ». La multiplication du nombre de visionnaires à Lourdes donne du repos à la famille Soubirous chez laquelle les visiteurs se font plus rares. Pendant ce temps Bernadette est malade et alitée. Profitant de ce calme, quelques religieux dont le frère Léobard, directeur de l'école, viennent recueillir ses propos pour établir des récits suivis et détaillés des faits et de ses déclarations[69].

Le 4 mai, le préfet se rend à Lourdes. Durant cette visite, le commissaire Jacomet fait retirer de la grotte les objets religieux[70] tandis que le préfet déclare dans son discours que : « Toute personne qui se dit visionnaire sera immédiatement arrêtée et conduite à l'hospice de Lourdes[69]. » Cette menace est la réaction officielle à l'épidémie de visionnaires, mais elle pourrait aussi atteindre Bernadette dans la mesure où il suffirait qu'on lui demande si elle a vu pour obtenir d'elle la déclaration qui permettrait de la faire interner.

Cauterets.

C'est probablement sur les conseils du président du tribunal, M. Pougat, que Bernadette est mise à l'abri en étant envoyée se reposer aux bains de Cauterets à partir du 8 mai[69]. Le préfet n'est informé de ce départ que le 15 mai. Il ordonne immédiatement à la police locale de la surveiller et de le tenir informé. Dans son rapport le commissaire de Cauterets écrit : « Plusieurs personnes l'ont questionnée sur ses prétendues visions. Elle persiste dans son premier dire. Plusieurs malades s'y sont adressés ; mais elle s'est bornée à leur répondre que, s'ils croyaient en Dieu, ils obtiendraient leur guérison ; elle a toujours refusé toute rétribution[69] ».

Lorsqu'elle revient à Lourdes, le 22 mai, Bernadette redevient le centre de l'attention et des conversations. Le commissaire Jacomet qui en informe le préfet note cependant aussi dans son rapport : « Pas de trouble. Pas de désordre à constater[69] ». Bernadette poursuit sa préparation à la première communion en essayant de mémoriser le catéchisme questions-réponses tel qu'il s'enseignait à l'époque. L'abbé Peyramale qui avait interdit à Bernadette de retourner à la grotte note avec satisfaction la réponse qu'elle fait devant lui lorsqu'une dame de la paroisse lui demande ce qu'elle ferait si le sainte Vierge lui ordonnait d'aller à la grotte : « Je viendrais demander la permission à Monsieur le curé. »

Lorsque, le 3 juin, Bernadette fait sa première communion dans la chapelle de l'hospice, elle est très observée par les fervents des apparitions[71]. Dans Le Rosier de Marie publié la semaine suivante, des admirateurs s'épanchent sur leur adulation : « Il fallait la voir, Monsieur l'abbé ! C'est un ange du ciel. Je la vois tous les jours et je n'en suis pas satisfait, car je voudrais sans cesse l'étreindre dans mes bras, elle aussi est une petite rose mystique qui nous enivre de ses parfums d'innocence et de candeur[72] ».

L'installation de barrières et la dernière apparition[modifier | modifier le code]

Lorsque le préfet Oscar Massy avait fait enlever les objets de culte de la grotte, il agissait au motif que leur présence relevait de l'établissement illégal d'un lieu de culte. Le commissaire Jacomet se rendait depuis régulièrement à la grotte pour y ramasser les images, les cierges et les chapelets y revenant sans cesse. Le 7 juin, un ordre de la préfecture parvient à la Mairie de Lourdes : il faut interdire l'accès à la grotte. Le Maire exécute cet ordre en rédigeant un arrêté prescrivant la fermeture de la grotte. Le 15 juin des barrières sont installées devant la grotte. Ceux qui avaient été réquisitionnés par le commissaire pour les installer retournent de nuit à Massabielle pour jeter poutres et planches dans le Gave. Reconstruite le 28 juin, cette barrière est à nouveau démolie dans la nuit du 4 au 5 juillet puis rétablie le 10 juillet[73].

Des procès verbaux sont dressés à ceux qui s'approchent de la grotte. Des pétitions contre les autorités circulent alors dans Lourdes où, selon René Laurentin, « on s'honore d'un procès verbal comme d'un diplôme de confesseur de la foi[73] ». Dans ce contexte, Bernadette incite à ne pas braver l'autorité et à faire preuve de patience[73]. Sur les conseils de Pougat, le président du tribunal de Lourdes, celles qui avaient été condamnées à Lourdes pour s'être rendu à la grotte font appel à Pau. Elles sont acquittées le 15 juillet. Dans l'esprit des Lourdais, le préfet avait perdu son procès.

Le 16 juillet, Bernadette qui ne voulait pas avoir de permission à demander, ni enfreindre une interdiction quelle qu'elle soit, se sentait néanmoins attirée d'aller prier à la grotte. Sans en parler au reste de sa famille, elle convient avec sa tante, Lucile Castérot, d'enfiler une pèlerine sous laquelle elle se cache, puis avec deux autres congréganistes, elles vont dans le pré de Ribière, en face de la grotte, de l'autre côté du Gave. D'autres Lourdais avaient pris l'habitude de venir prier en ce lieu d'où l'on voit très bien la grotte et qui n'était soumis à aucune interdiction. Elles se mettent à genoux pour dire le chapelet. Bernadette dira qu'elle a été comme transportée vers la grotte, « sans plus de distance qu'autrefois », et qu'elle ne voyait que la sainte Vierge[74]. Celles qui l'accompagne lui demandent : « Que t'a-t-elle dit ? » - « Rien » répond Bernadette. Cette apparition est passée totalement inaperçue à Lourdes[75]. Selon Ruth Harris, « L'éloignement de Bernadette lors de cette dernière rencontre préfigure sa marginalisation croissante. Sa mission était achevée et la direction du sanctuaire passa très vite dans des mains plus orthodoxes[76]. »

Lourdes entre 1858 et 1866[modifier | modifier le code]

Les visiteurs de juillet 1858[modifier | modifier le code]

Paul-Armand Cardon de Garsignies, évêque de Soissons.

Durant l'été, saison à laquelle les stations thermales des Pyrénées sont fréquentées par une clientèle aisée, Lourdes reçoit la visite de nombreuses personnalités qui n'ont qu'une halte ou un petit détour à faire pour voir la grotte et Bernadette. Le 17 juillet, Thibault, évêque de Montpellier, décide de s'arrêter à Lourdes en revenant de Cauterets. Ce prélat parle occitan et n'a ainsi aucune difficulté à communiquer avec Bernadette. Elle l'appelle « Monsieur le curé », c'est la première fois qu'elle rencontre un évêque. Au terme d'un entretien au cours duquel l'évêque s'est pris de sympathie pour Bernadette, il veut lui offrir quelque chose et lui donne son chapelet, un chapelet précieux à monture d'or. Bernadette le refuse tout en trouvant les mots pour ne pas l'offenser. Deux heures à peine après être arrivé à Lourdes, Thibault décide de se rendre à Tarbes pour y rencontrer Mgr Laurence et lui parler de Bernadette. Le 20 juillet c'est au tour de Paul-Armand Cardon de Garsignies, l'évêque de Soissons de venir à Lourdes. Comme l'évêque de Montpellier, il décide, suite à sa rencontre avec Bernadette, de se rendre immédiatement à Tarbes pour pousser l'évêque, Mgr Laurence, à « faire quelque chose ». Les deux évêques vont ensuite ensemble consulter l'archevêque d'Auch Antoine de Salinis, qui était alors en repos à Bagnères. Sur place ils sont rejoints par la plume la plus influente de la presse catholique française : Louis Veuillot, rédacteur du quotidien ultramontain L'Univers, qui vient de passer à Lourdes pour y prendre des contacts et des renseignements. Le 22 juillet, les trois évêques et le journaliste quittent ensemble Bagnères pour aller tenir conseil à Tarbes.

Louis Veuillot

Le 28 juillet fut une journée décisive. Alors que l'évêque de Tarbes signait une « Ordonnance constitutive d'une commission d'enquête sur les apparitions », Louis Veuillot retourne à Lourdes, déjà très informé des tenants et aboutissants de l'affaire. Cette fois il veut rencontrer Bernadette. Veuillot, « publiciste » au sommet de sa célébrité (on dit aujourd'hui « écrivain-journaliste »), est suivi par de nombreux admirateurs. Il organise une réunion publique au cours de laquelle il interroge Bernadette, l'abbé Pomian faisant l'interprète. Au terme de l'entretien, lorsque Bernadette a pris congé, Veuillot déclare « C'est une ignorante. Mais elle vaut mieux que moi. Je suis un misérable. » Le 28 août suivant, Veuillot publie dans L'Univers, en première page et sur cinq colonnes, une relation détaillée des apparitions de Lourdes, assurant ainsi une célébrité internationale à ces évènements.

Le 28 juillet, Louis Veuillot s'est aussi rendu à la grotte. Devant la barrière il s'exclame : « On veut donc empêcher les gens de prier le Bon Dieu, ici ! » Il n'est pas la seule personnalité à venir y prier ce jour-là. Parmi celles présentes à Lourdes, se trouve une dame de la cour, la veuve de l'Amiral Bruat, Caroline Félicité Peytavin d'Aulx, alors gouvernante des enfants du couple impérial. Il est difficile pour un fonctionnaire de police locale de dresser un procès-verbal à de telles personnalités. Ainsi Pierre Callet le garde-champêtre se contente de relever les noms. Après avoir écrit sur son carnet : « La Mirale Bruat, Gouverneuze des enfants de France », il l'accompagne aimablement à la grotte, puis il va raconter ses aventures au maire. Le maire consulte alors le préfet pour lui demander ce qu'il faut faire en pareil cas. Le préfet répond qu'il ne faut surtout pas engager de poursuites. Le maire lui fait alors savoir qu'il a bien compris que les ordres étaient de ne pas appliquer la loi avec la même rigueur pour tous.

Réouverture de la grotte[modifier | modifier le code]

Depuis les acquittements du 15 juillet, les procès verbaux ne donnent plus lieu à aucune poursuite, mais, dans la mesure du possible, ils continuent à être établis pour leur rôle dissuasif. Le 9 septembre, le bruit court à Lourdes que l'empereur a envoyé un télégramme de Biarritz, demandant de rouvrir le sanctuaire. La visite à la grotte du comte de Tascher, un cousin de l'empereur, ne fait qu'attiser la rumeur[77]. Le 18 septembre, la grotte ouvre brièvement, puis est à nouveau fermée[77]. Le 24 septembre, Achille Fould, ministre d'État, arrive à Lourdes. Les autorités locales en déduisent que la grotte ne constitue pas une menace aux yeux de l'empereur. Le 5 octobre, elles donnent l'ordre de la rouvrir définitivement[78].

l'impératrice et le prince impérial

Il été affirmé, dans les biographies et les hagiographies de Bernadette Soubirous, que Napoléon III avait finalement ordonné au préfet Massy de faire libérer l'accès à la grotte sous la pression de son entourage : celle de l'impératrice Eugénie notamment. Des bruits ont aussi couru sur la guérison miraculeuse de l'unique fils de l'empereur grâce à une herbe cueillie par l'Amirale Bruat lors de sa visite à la grotte. Il est certain que Louis Napoléon, alors âgé de deux ans, n'est pas mort en 1858, mais rien n'atteste non plus qu'il ait été en péril de mort ou même seulement malade à ce moment-là. La présence de personnes de l'entourage de la famille impériale à Lourdes au moment où l'accès à la grotte était entravé d'une barricade est un fait, mais la raison pour laquelle Napoléon III a donné l'ordre de l'enlever semble lié à des considérations plus stratégiques et politiques. Paul-Armand Cardon de Garsignies, l'évêque de Soissons qui au mois de juillet avait poussé l'évêque de Tarbes à mettre en place la commission d'enquête, s'est rendu ensuite à Biarritz où le couple impérial passait ses vacances. Au moment où l'opinion publique française était agitée par la question romaine, Napoléon III souhaitait ménager les catholiques français, parce qu'il voulait désengager les troupes françaises qui protégeaient l'État pontifical et s'engager militairement aux côté de Cavour. L'état Pontifical était alors réduit à la seule ville de Rome et n'avait aucun moyen de résister à la poussée des partisans de l'unité italienne sans le soutien de l'armée française. Le retrait des troupes françaises signifiait donc automatiquement la fin de l'État pontifical, et peut-être celle de la papauté. En demandant à l'Empereur qu'il fasse lever l'interdiction qui pesait sur la grotte, Garsignies offrait à Napoléon III l'occasion de faire un geste favorable envers les catholiques : Lourdes contre Rome.

Au niveau des autorités locales, Mgr Laurence était brouillé avec le préfet Massy depuis que celui-ci avait permis la construction d'une écurie à Tarbes sur le site d'un sanctuaire catholique confisqué et détruit pendant la Révolution. Il n'y a ainsi eu aucune concertation entre l'évêque et le préfet sur l'affaire de Lourdes, l'un et l'autre ayant suivi leur propre voie sans s'accorder, mais sans s'opposer non plus. En appliquant les consignes du ministère des cultes, le préfet avait été amené à s'enfermer de façon de plus en plus rigide dans une attitude de rejet, tandis que l'évêque était resté sur la réserve en établissant une procédure d'enquête qui lui permettait de différer autant que nécessaire le moment où il aurait à se prononcer. Durant le deuxième semestre de l'année 1858, des divergences de vue entre le ministre de l'Intérieur et le ministre du Culte avaient ajouté à la confusion. Nul ne savait plus quelle était la position officielle du préfet, du ministre ou de l'empereur au sujet de la grotte. Au moment où Napoléon III intervient pour faire lever l'interdiction en vigueur jusque là, le préfet est, de fait, désavoué. Dès lors, l'évêque est la seule autorité en situation de donner un avis officiel. L'affaire voit ainsi, plus de quarante ans avant la loi de séparation entre l'Église et l'État, le pouvoir civil abandonner ses prérogatives aux autorités religieuses sur une question religieuse.

Déconsidéré dans son département, Oscar Massy est déplacé à Grenoble[79] où il meurt quelques mois plus tard[80]. Il emporte avec lui tous les documents qui permettraient de savoir comment il a géré cette affaire. Ces archives resteront inconnues jusqu'à ce que René Laurentin les retrouve un siècle plus tard[80]. Le commissaire Jacomet est lui aussi muté, avec une promotion. Il va en Avignon où il poursuit sa carrière et s'illustre par ses compétences. Selon Ruth Harris, l'empereur dont la politique protégeait les possédants de toute explosion sociale, a laissé des fonctionnaires tels que le préfet endosser l'impopularité, tout en prenant soin de se façonner une image de protecteur des humbles[81]). Elle estime aussi que la réouverture de la grotte est l'aboutissement d'une coïncidence d'intérêts entre les Lourdais, un nouvel électorat catholique et la politique régionale de l'empereur. Sur le plan national, l'alliance entre les Lourdais et l'élite parisienne signifie que le monde pyrénéen, riche de son histoire, imprime sa marque spirituelle et politique sur le reste du pays[82].

Commission d'enquête et reconnaissance des apparitions par l'évêque[modifier | modifier le code]

Bertrand-Sévère Laurence, évêque de Tarbes.

L'abbé Pomian déclarait « La meilleure preuve de l'apparition, c'est Bernadette elle-même. » Il exprimait ainsi un sentiment qui avait aussi été celui de Veuillot, des évêques de Soissons ou de Montpellier et d'un grand nombre de ceux qui sont allés à Lourdes et y ont rencontré Bernadette avant de se prononcer en faveur des apparitions. Bertrand-Sévère Laurence, l'évêque de Tarbes, rencontra Bernadette pour la première fois le 5 février 1860, soit environ deux ans après les apparitions, et il n'a laissé dans ses notes où il signale cette entrevue, aucune remarque ou impression sur celle qu'il avait rencontrée. Dans l'ordonnance du 28 juillet 1858 qu'il avait rédigée pour établir une commission d'enquête, il distinguait trois types de personnes : celles qui estimaient a priori qu'il ne pouvait pas y avoir de faits surnaturels ou de miracle, celles qui suspendaient leur jugement et celles qui se déclaraient d'ores et déjà convaincues de la surnaturalité des faits et qui espéraient un avis favorable de l'évêque. Incitant ces derniers à s'en remettre au jugement de l'Église « quel qu'il soit » l'évêque orientait les futurs travaux de la commission sur le problème de la constatation de « faits surnaturels ». Il s'agissait selon Jacques Perrier de « vérifier la santé mentale de Bernadette, la permanence de l'impact spirituel des apparitions et la solidité des guérisons[83] ».

Les travaux de la commission d'enquête se poursuivent durant trois ans et demi, puis, le 18 janvier 1862, l'évêque de Tarbes publie un mandement : « Nous jugeons que l'Immaculée Marie, Mère de Dieu, a réellement apparu à Bernadette Soubirous, le 11 février 1858 et les jours suivants, au nombre de dix-huit fois, dans la grotte de Massabielle, près de la ville de Lourdes ; que cette apparition revêt tous les caractères de la vérité, et que les fidèles sont fondés à la croire certaine[84]. Nous soumettons humblement notre jugement au Jugement du Souverain Pontife, qui est chargé de gouverner l'Église universelle. » Dans le même texte, Mgr Laurence explique sa décision. Il estime que jamais durant l'enquête Bernadette n'a cherché à le tromper, il juge son récit cohérent : « Notre conviction s’est formée sur le témoignage de Bernadette, mais surtout d’après les faits qui se sont produits et qui ne peuvent être expliqués que par une intervention divine[84]. » Il détaille alors les « faits merveilleux » survenus à Lourdes depuis la première apparition, produits par une apparition « surnaturelle et divine[84] ». Les attendus de ce mandement entérinent l'idée selon laquelle la constatation de la probité de Bernadette était importante, mais que c'est « surtout[85] » la constatation de fait « qui ne s'explique que par une intervention divine » qui justifie la reconnaissance de ces apparitions l'évêque. Les apparitions à Bernadette ne sont pas oubliées, mais ce sont désormais les miracles et les guérisons qui sont placés au centre du pèlerinage. La décision de l'évêque permet aussi de répondre aux deux demandes formulées au cours des apparitions : la procession et la chapelle. L'abbé Peyramale est chargé de mettre en place une infrastructure pour des pèlerinages officiels, et de lancer la construction de ce qui deviendra la basilique de l'Immaculée-Conception[86].

La réalisation de la statue[modifier | modifier le code]

Statue de l'Immaculée conception par Joseph-Hugues Fabisch.

En juillet 1863 Marie-Elfride et Marie-Sabine de Lacour, deux Lyonnaises qui consacraient leur fortune aux œuvres de charité, viennent en pèlerinage à Lourdes. Elles voient dans la niche supérieure de la grotte la petite statue de plâtre placée là par des habitants de Lourdes et ont l'idée que pourrait s'y trouver une « statue qui représenterait, d'une manière aussi exacte que possible, l'habillement et la pose de l'apparition ». Elles sont prêtes à dépenser la somme faramineuse de 7000 francs or plus tous les frais de l'artiste et elles proposent comme candidat le sculpteur Joseph-Hugues Fabisch, qui a déjà réalisé la statue de la Salette et celle de Notre-Dame de Fourvière. Dominique Peyramale est enthousiaste. Dans une lettre à l'évêque datée du 19 août 1863, il estime que « Cette statue sera remarquable du point de vue de l'art et reproduira la Vierge Immaculée de la même façon que Bernadette l'a vue. »

Lorsqu'il rencontre Bernadette pour la première fois, Fabisch lui montre une série de gravures reproduisant de célèbres représentations de la Vierge. Selon l'abbé Peyramale, elle regarde à peine ces images mais s'arrête sur une lithographie d'une « Vierge de saint Luc (en) » en disant : « Il y a quelque chose là. ... Mais ce n'est pas ça. Non, ce n'est pas ça[87] ». Cette anecdote est à l'origine de l'identification de l'icône Notre-Dame de Grâce de Cambrai à celle que Bernadette aurait reconnue comme la plus ressemblance à l'apparition[88].

Ce projet implique que l'artiste se fasse décrire l'apparition avec précision par Bernadette et le 17 septembre, elle est à sa disposition pour répondre à ses questions. L'artiste a une idée très élevée de la mission qui lui est confiée, il est persuadé qu'il lui faut « interpréter » les propos de Bernadette en fonction des représentations traditionnelles de la Vierge pour réaliser ce qui doit être une œuvre d'art. Dès le lendemain, le 18 septembre, il réalise un premier modelage, tandis que le 20 septembre il va à la grotte avec Bernadette pour faire des essais avec une silhouette en carton qu'il place dans la niche tandis que Bernadette donne ses impressions. Fabisch fait très bon accueil aux descriptions de Bernadette et semble persuadé d'en avoir saisi l'essence. Il écrit ce 20 septembre : « Elle m'a indiqué des corrections, qui, même du point de vue de l'art plastique, ont amélioré ma composition. Je défie le membre de l'Institut le plus fort d'avoir des idées plus justes sur la convenance de l'ajustement que celles de cette pauvre bergère. » En fait, Fabisch est fixé sur l'idéal qu'il envisage et n'écoute pas Bernadette. Ses rapports avec elle lui semblent excellents, mais le malentendu va croissant.

En novembre 1863, Fabisch envoie des photos de sa maquette à Lourdes et aux donatrices. Les réponses que Fabisch n'a pas attendues pour commencer à sculpter le marbre, contiennent quelques critiques mais Peyramale et les demoiselles Lacour y expriment surtout leur confiance en l'artiste. Peyramale conclut néanmoins sa lettre en écrivant « Moi qui n'ai pas eu le bonheur de voir la Reine des cieux, je trouve votre modèle parfait ; pour Bernadette c'est autre chose. Aussi je doute fort qu'en voyant votre statue elle s'écrie, si émerveillée qu'elle puisse être : c'est elle ! »

Le 30 mars 1864, Fabisch arrive à Lourdes avec la statue en bagage accompagné. La caisse est livrée à l'hospice où se réunit un petit comité pour son ouverture. On s'enquiert de la présence de Bernadette. Peyramale dit qu'elle ne peut pas être présente car elle est malade, tandis qu'on l’aperçoit « sous la fenêtre » en train de faire la ronde avec des enfants. Quelques instants plus tard, elle est devant la statue priée de rendre son verdict. Peyramale lui demande « Est-ce bien cela ? » Bernadette hésite un instant, elle dit « c'est bien cela... », puis ajoute « Non, ce n'est pas cela. » Fabisch est extrêmement déçu. Il écrira qu'il éprouva ce jour là un des plus grand chagrin de sa vie d'artiste.

Procession du 4 avril 1864 pour l'inauguration de la statue.

Cette réaction négative de Bernadette, qu'elle confirmera à maintes reprises, n'est pas publiée dans l'immédiat. La statue est inaugurée en grande pompe le 4 avril 1864. Ni Bernadette, ni le curé n'assistent à cette inauguration car ils sont malades l'un et l'autre. À Massabielle, la célébration est un triomphe. L'heure n'est pas aux critiques, mais celles-ci viendront avec les années et la publication des témoignages sur les réactions de Bernadette. La Vierge est représentée au moment où elle dit qu'elle est l'Immaculée conception. Bien que Bernadette eût précisé à Fabisch qu'en cet instant, la Vierge levait les yeux mais pas la tête, Fabsisch a tenu à ce qu'elle ait la tête levée vers le ciel. De ce fait, depuis que la statue est installée en hauteur, on lui en voit le cou plus que le visage. Fabisch n'a pas non plus cédé aux remarques de Peyramale qui souhaitait la voir sourire conformément aux témoignages de Bernadette. Cette statue suscitera ensuite des flots de critiques. Huysmans attribue à la piété de Fabisch son « manque absolu de talent » et parle pour sa statue d'une « effigie de première communiante ». Cette statue est aussi vue comme adéquate à l'office qu'elle remplit dans la mesure où, par ses déficiences, elle confirme l'idée qu'il est impossible de représenter convenablement l’ineffable.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ruth Harris, op. cit., p. 19 et 20.
  2. Bernadette Soubirous, interrogée par le commissaire Jacomet le 21 février 1858. Cité par René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 80.
  3. a et b René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 60.
  4. Bernadette parlait d'une fillette d'environ douze ans, d'une petite damisèle (demoiselle), d'une « jeune fille » ne mesurant pas plus que sa propre taille, (1,40 mètre). Elle subit une forte pression pour consentir à abandonner l'expression « jeune fille » et à fournir une description correspondant mieux à l'iconographie mariale traditionnelle. Elle jugea la statue érigée dans la grotte trop grande et trop vieille. Toute sa vie elle fut irritée par les représentations que l'on donnait de sa vision. Ruth Harris, op. cit., p. 108-121. L'expression « petite damisèle » est citée par René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 79.
  5. Ruth Harris, op. cit., p. 20.
  6. a et b Ruth Harris, op. cit., p. 21.
  7. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 69.
  8. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 42.
  9. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 60.
  10. Autographes de Bernadette Soubirous et de Léonard Cros, datés du 24 octobre 1865, in René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 270 et 284.
  11. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 64 et Bernadette vous parle, p. 49. Il ne cite pas cette phrase dans Vie de Bernadette, p. 74. Ruth Harris ne la cite pas non plus dans Lourdes, p. 22. René Laurentin reproduit deux autographes de Bernadette transcrivant sept ans plus tard les paroles de l'apparition, et notamment cette phrase.
  12. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 64.
  13. René Laurentin, Lourdes, p. 118.
  14. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 69.
  15. Ruth Harris, op. cit., p. 89.
  16. a et b René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 71.
  17. Ruth Harris, op. cit., p. 22.
  18. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 76.
  19. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 80 et 81.
  20. Cf. René Laurentin, Bernadette vous parle, pp. 54-69. Dominique Jacomet est un fonctionnaire soucieux de son devoir. S'il n'est pas particulièrement dévot, il n'avait rien d'un anticlérical et s'entendait très bien avec le clergé local. Il avait toutefois été échaudé du sort que des bigotes de Lourdes avait fait subir l'année précédente à son ami, l'abbé Clouchet, un missionnaire d'Amérique revenu à Lourdes et qu'il avait logé chez lui. Oubliant ce que c'était vendredi, ce dernier s'était laisser surprendre à chasser la palombe et à grignoter un bout de saucisse en ce jour de jeune. Des femmes de Lourdes s'en sont scandalisées à ce point que l'abbé Clouchet fut contraint de quitter Lourdes.
  21. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 86 et 87.
  22. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 95-97.
  23. Ruth Harris, op. cit., p. 24.
  24. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 91 : Berndatte vous parle p. 70.
  25. op. cit., p. 23.
  26. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 72
  27. Témoignage de Jacquette Pène, H 4, p. 309, Bernadette vous parle, p. 73
  28. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 116.
  29. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 92.
  30. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 94.
  31. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 95.
  32. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 95 et 96.
  33. a et b Ruth Harris, op. cit., p. 25.
  34. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 80.
  35. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 94 et 95
  36. Thérèse Valot, in Thérèse et Guy Valot, Lourdes et l'illusion, Paris, Maloine, 1956, p. 17. Auguste Vallet, La Vérité sur Lourdes, Flammarion, 1944, p. 6.
  37. a, b, c et d René Lautrentin, Bernadette vous parle, pp. 81-90
  38. Déclaré atteint d'une amaurose incurable par le docteur Dozous, « l'aveugle » Louis Bouriette se serait frotté l'œil de l'eau bourbeuse de la source et aurait recouvré la vue. En 1955, le docteur Thérèse Valot fragilise les conclusions du docteur Dozous en contrôlant les trois références médicales appuyant son argumentation : le docteur Valot affirme que les trois auteurs invoqués n'ont jamais rien dit de ce qui leur était attribué. Remarquant que la guérison de Bouriette survient le lendemain du comportement déroutant de Bernadette, le docteur Valot va jusqu'à dire, en parlant du docteur Dozous : « C'est lui qui, en inventant le premier miracle, au moment même où Bernadette sombrait dans le ridicule, sauva la situation et amorça la réaction en chaîne des guérisons spectaculaires. » Thérèse et Guy Valot, op. cit., p. 18-21 et 99.
  39. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 101.
  40. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 102 et 103
  41. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 152 et 153.
  42. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 157.
  43. a et b René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 158.
  44. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 148.
  45. a, b, c et d René Laurentin, Benradette vous parle, p. 95-100.
  46. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 108.
  47. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 109.
  48. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 178-182.
  49. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 187.
  50. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 112 et 113.
  51. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 199-203.
  52. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 193, 194, 198, 201, 204 et 205.
  53. Cité par René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 117.
  54. Ruth Harris, op. cit., p. 26.
  55. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 117-118.
  56. a et b René Laurentin, Bernadette vous parle, pp. 118-126.
  57. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 126.
  58. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 221.
  59. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 118.
  60. a, b, c, d, e, f, g et h René Laurentin, Bernadette vous parle, t. I « Lourdes », pp. 128-131.
  61. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 224.
  62. a, b et c René Laurentin, Bernadette vous parle, t. I, p. 136.
  63. En graphie classique occitane : « Que soi era Immaculada Concepcion.
  64. Ruth Harris, op. cit., p. 26 et 27.
  65. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 227.
  66. Ruth Harris, op. cit., p. 160 et 187.
  67. a, b, c et d René Laurentin, Bernadette vous parle, t. I « Lourdes », pp. 138-139.
  68. Ruth Harris, op. cit., p. 27.
  69. a, b, c, d, e, f, g et h René Laurentin, Bernadette vous parle, pp. 148-154
  70. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 128.
  71. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 139.
  72. René Laurentin, Bernadette vous parle, t. I, p. 157.
  73. a, b et c René Laurentin, Bernadette vous parle, t. I, Lourdes, p. 159-160.
  74. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 135.
  75. Bernadette Soubirous ne mentionne pas la dernière apparition dans le récit qu'elle écrit plus tard à Nevers.[réf. souhaitée]
  76. Ruth Harris, op. cit., p. 27. L'historienne paraphrase ici la formule de l'abbé Peyramale, en mai 1860 : « Sa mission est finie. » Id., p. 194.
  77. a et b Ruth Harris, op. cit., p. 188.
  78. Ruth Harris, op. cit., p. 189.
  79. Ruth Harris, op. cit., p. 159 et 160.
  80. a et b Anne Bernet, p. 236.
  81. Ruth Harris, op. cit., p. 163-165.
  82. Ruth Harris, op. cit., p. 160 et 161.
  83. Jacques Perrier, cité par Laurence Desjoyaux, « Lourdes fête les 150 ans de la reconnaissance des apparitions », sur la-croix.com, 17 janvier 2012.
  84. a, b et c Cité par Laurence Desjoyaux, art. cit.
  85. Dans le mandement de l'évêque de Tarbes, le terme « surtout » revient deux fois pour marquer l'importance de la constatation de « faits surnaturels » par rapport au témoignage de Bernadette. Voir Abbé Fourcade, L'apparition à la grotte de Lourdes en 1858. Paris, 1862, pp. 115 et 125. Lecture sur Google Books.
  86. J. M. J. Bouillat, « Mgr Peyramale, curé de Lourdes », sur hospitalite-rouen.cef.fr.
  87. René Laurentin, Bernadette vous parle, tome I, Lourdes, p. 296.
  88. « Une intrigue des cubistes : Bernadette Soubirous et Notre-Dame de Grâce de Cambrai », lecture sur malraux.org