Louis Duchesne

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Louis Duchesne, connu comme « Mgr Duchesne », né à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine) le et mort à Rome (Italie) le , est un chanoine, philologue et historien français. Il fut directeur de l'École française de Rome, directeur de l'Institut français d'archéologie orientale au Caire et membre de l'Académie française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Louis Marie Olivier Duchesne est issu d'une famille de marins et de corsaires originaire de Binic (actuel département des Côtes-d'Armor), dont l'un, Noël Duchesne, est compagnon de Surcouf. Louis est le dernier d'une fratrie de cinq enfants, née d'Anne-Marie Gourlay et de Jacques Duchesne, un capitaine terre-neuvas disparu au large de Terre-Neuve en 1849 lors du naufrage de l'Euphémie. Cette même année, son frère aîné Jean-Baptiste Duchesne (1832-1908), missionnaire à la Société de l'Océanie d'Auguste Marceau, fait aussi naufrage en territoire chinook dans l'Oregon. Le jeune Louis est en classe au futur Collège Sacré-Cœur (Saint-Malo), alors école des Frères. Il fut également élève au collège Saint-Charles de Saint-Brieuc, aujourd'hui également lycée et collège.

Prêtre[modifier | modifier le code]

Le jeune abbé Duchesne, photographié par Pierre Petit.

Après avoir longtemps hésité entre la science et la vocation religieuse, il est ordonné prêtre en 1867.

Il enseigne quelque temps au collège Saint-Charles de Saint-Brieuc, avant de venir à Paris suivre des cours à l'École des Carmes (Institut catholique de Paris), et à l'École pratique des hautes études. Amateur d'archéologie et élève de l'École française d'Athènes en 1874, il fréquente Gustave Bloch et organise plusieurs missions : en Epire et Thessalie (février-mai 1874 avec Charles Bayet, en particulier au mont Athos), en Syrie et en Asie mineure (voyage avec Maxime Collignon et le grec Nikolaki Hadji-Thomas, du au ).

Historien de l'Antiquité chrétienne[modifier | modifier le code]

Devenu docteur ès lettres, après avoir refusé une chaire en faculté, il obtient la nouvelle chaire d'histoire ecclésiastique de l'Institut catholique. Cependant, son enseignement très critique l'oblige à quitter cette faculté de théologie en 1883. Il enseigne alors à l'École pratique des hautes études de Paris les sciences historiques et philologiques, avant d'être nommé, en 1895, directeur de l'École française de Rome, école dont il avait été membre de 1873 à 1876.

Fondateur et collaborateur régulier du Bulletin critique de littérature, d'histoire et de théologie, Mgr Duchesne produit une abondante œuvre érudite sur l'histoire de l'Église : Le Liber Pontificalis en Gaule au VIe siècle, Origines du culte chrétien, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, Les premiers temps de l'État pontifical. Bien que ses livres lui aient valu de prestigieuses récompenses (chanoine honoraire de Paris, commandeur de la Légion d'honneur) et d'être reçu à l'Élysée par Émile Loubet en 1904, ils inquiètent la hiérarchie catholique à tel point que le pape Pie X, principal adversaire du modernisme qu'il condamne en 1907 dans l'encyclique Pascendi, juge son Histoire ancienne de l'Église trop moderniste et la met à l'Index en 1912. Il se soumet finalement.

Du reste, Mgr Duchesne ne cachait guère son opinion sur la politique, qu'il estimait un peu naïve, de Pie X. Lorsque parut l'encyclique Gravissimo officii munere, à la suite de la séparation de l'Église et de l'État, il déclara malicieusement : « Avez-vu lu la dernière encyclique du Saint-Père, Digitus in oculo (« doigt dans l'œil ») ? » Et toujours à propos de Pie X, qui avait été patriarche de Venise avant de devenir pape : « C'est un gondolier vénitien dans la barque de saint Pierre : il est naturel qu'il la conduise à la gaffe…»[1]. En 1902, il entame une importante correspondance avec Augustine Bulteau qui va durer jusqu'en 1922[2].

L'année 1913 voit arriver à Rome la famille Besnard. Le peintre Albert Besnard est en effet nommé directeur de l'Académie de France à Rome à la Villa Médicis. Louis Duchesne fréquente assidument les Besnard. Philippe Besnard évoque à plusieurs reprises dans ses Mémoires leurs rencontres. Ces rencontres finissent par déboucher en 1915 sur une commande d'un buste du prélat au jeune sculpteur. Les séances de pose et les appréciations de Rodin sur le buste sont relatées dans les Mémoires de l'artiste[3]. Le plâtre (aujourd’hui dans une collection particulière) fut exposé en 1920 à Paris à la Société nationale des beaux-arts (no 1387). Une version en marbre (aujourd'hui à l'Institut de France) fut exposée en 1922, également à la SNBA. Un masque en terre cuite (collection particulière) a été exposé en 1928 à Bruxelles à la Galerie des Artistes Français[4].

Controverse autour de son travail d'historien[modifier | modifier le code]

Son travail d'historien, rigoureux en ce qui concerne le fondé historique de certaines croyances populaires locales bretonnes, lui vaut des lettres anonymes, pleines de menaces particulièrement véhémentes, entre autres celles d'être pendu. Menaces non mises à exécution, donnant à Mgr Duchesne l'occasion de conclure que « dans le midi, il n'y a de bien pendues que les langues ». Son travail d'historien de l'Église fut critiqué par le pape Pie XI dans son encyclique Lux Veritatis (1931), commémorant le quinzième centenaire du Concile d'Éphèse. Pie XI juge durement son travail d'historien, mais sans le nommer explicitement, Mgr Duchesne étant déjà mort au moment de la publication de l'encyclique en 1931.

Académicien[modifier | modifier le code]

Membre de plusieurs académies étrangères (Berlin, Göttingen, Rome et Turin), Mgr Louis Duchesne est élu à l'Académie française le , lors de la remise du fauteuil du cardinal Mathieu. Appuyé notamment par Pierre Loti et s'opposant aux candidatures droitières, Mgr Duchesne triomphe par 17 voix sur 32 votants. Dans L'Humanité, Jean Jaurès salue sa nomination. Il est reçu le par Étienne Lamy, devenant le voisin sous la coupole de Raymond Poincaré et d'Anatole France. À cette occasion, le dessinateur Francisque Poulbot le caricature dans l'hebdomadaire parisien Les Hommes du jour du . À son tour, en , il reçoit le maréchal Lyautey.

Mgr Duchesne fut président de la Société des Antiquaires de France à partir de 1893.

Il meurt à Rome le , son corps est ramené en Bretagne, transitant dans sa maison de la Cité d'Aleth, à Saint-Servan. Il repose au petit cimetière marin du Rosais.

Décoration[modifier | modifier le code]

  • Commandeur de la Légion d'honneur[5]

Imagerie publicitaire[modifier | modifier le code]

Personnalité connue, Mgr Duchesne est appelé à faire la promotion du fameux vin d'Angelo Mariani en 1902, à l'image du pape Léon XIII et d'Émile Zola, par exemple.

Après 1910, Louis Duchesne est représenté sur une carte à collectionner (n°594), en chromolithographie, de la marque parisienne Chocolat Guérin-Boutron (1775-1942). Cette carte s'intégrait au Livre d'or des célébrités contemporaines (2 volumes).

Hommages[modifier | modifier le code]

À sa mort, le Times salue l'œuvre de ce « petit-neveu de Voltaire » selon Alfred Loisy, traduite en de nombreuses langues. Dans l'année suivant sa mort, paraît Monseigneur Duchesne chez lui en Bretagne d'Étienne Dupont. Encore aujourd'hui son œuvre est étudiée dans les universités et les séminaires, après avoir été réhabilitée par la hiérarchie. L'académicien et archéologue Jérôme Carcopino évoque longuement Mgr Duchesne dans ses Souvenirs romains, en 1968. Le , à l'occasion du cinquantenaire de sa disparition, une plaque commémorative est apposée sur la maison natale de Mgr Duchesne, place de la Roulais, par la Société d'histoire et d'archéologie de l'arrondissement de Saint-Malo. Le fruit d'un colloque consacré à Mgr Duchesne en 1973 au palais Farnèse est édité à Rome en 1975. Au cours de ce colloque, le pape Paul VI réhabilite sa mémoire.

Une thèse de doctorat d'histoire lui est consacrée en 1992 par Brigitte Waché. En , René Couanau inaugure une buste en bronze offert par Paul Miniac, légataire de Louis Duchesne, place Monseigneur Duchesne à Saint-Malo. En , Hélène Carrère d'Encausse évoque l'œuvre de Mgr Duchesne dans son discours de réception à l'Académie française du cardinal Lustiger.

Le , parallèlement à une exposition sur Louis Duchesne, la Société d'Histoire et d'Archéologie de l'Arrondissement de Saint-Malo, dont Duchesne fut le président d'honneur de 1899 à 1922, a organisé un Colloque Louis Duchesne au Théâtre Chateaubriand de Saint-Malo.

Une rue à Saint-Brieuc, une autre à Rennes et une place à Saint-Malo, anciennement à Saint-Servan-sur-mer, rendent hommage à Mgr Duchesne.

Élèves[modifier | modifier le code]

(Liste non exhaustive)

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Mémoire sur une mission au Mont Athos, avec Charles Bayet, 1870
  • Le Liber pontificalis, éditions Ernest Thorin, Librairie des écoles françaises de Rome et d'Athènes, Paris
  • Étude sur le Liber Pontificalis, éditions Ernest Thorin, Librairie des écoles françaises de Rome et d'Athènes, Paris
  • Origine du culte chrétien, éditions Ernest Thorin, Librairie des écoles françaises de Rome et d'Athènes, Paris
  • Les anciens catalogues épiscopaux de la province de Tours, éditions Ernest Thorin, Librairie des écoles françaises de Rome et d'Athènes, Paris, 1890
  • « La Légende de Ste Marie Madeleine »', un article dans les Annales du Midi, volume 5, 1893.
  • Les Premiers Temps de l'État pontifical (754-1073), Albert Fontemoing éditeur, 1898
  • « Saint Jacques en Galice », un article des Annales du Midi, 1900
  • Allocution prononcée par monseigneur Duchesne au service funèbre célébré dans l'église du Campo Santo dei Tedeschi pour le repos de l'âme de F.-X. Kraus, 1902
  • Origines du culte chrétien : étude sur la liturgie latine avant Charlemagne, 1889, 1903
  • Mémoire sur l'origine des diocèses épiscopaux dans l'ancienne Gaule, 1890
  • Histoire ancienne de l'Église, 3 vol., 1907-1910
  • Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, 2 vol., 1907-1910 Texte en ligne
  • Discours de réception à l'Académie française, suivi de la réponse d'Étienne Lamy, Fontemoing éditeurs, Paris, 1911
  • L’Église au VIe siècle, Boccard, 1925
  • Scripta minora : études de topographie romaine et de géographie ecclésiastique, reproduction en fac-simile de textes extraits de diverses revues et publications, 1886-1923, 1973
  • Correspondance avec madame Bulteau (1902-1922), Collection de l'École Française de Rome no 427, École française de Rome, Rome,

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rapporté par Adrien Dansette, Histoire religieuse de la France contemporaine, éd. Flammarion, 1965, p. 674
  2. Bruno Neveu, « Mgr Duchesne et Madame Bulteau : une amitié (1902-1922) », in: Publications de École française de Rome, no 23, Rome, École française de Rome, 1975, pp. 271-303lire sur Persée
  3. Souvenances, mémoires de Philippe Besnard, Éditions de l'Université d'Ottawa, 1975, p. 226 (ISBN 0-7766-4254-5)
  4. L'Atelier, Bulletin de l'Association Le temps d'Albert Besnard no 4 - 2008, numéro spécial Philippe Besnard, (ISSN 1956-2462)
  5. « Dossier de l'Ordre de la Légion d'honneur de Louis Marie Olivier Duchesne », base Léonore, ministère français de la Culture
  6. Son nom est inscrit au Panthéon.
  7. Simone, son épouse est Juste parmi les Nations.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Presse[modifier | modifier le code]

  • Le Monde illustré, no 2810, 1911
  • Raymond de Voguë, in Le Monde illustré no 3265, 1920
  • Annales de Bretagne, n° 35, 1921
  • Saint-Malo magazine no 114, , article « Patrimoine », page 9
  • Sarah Rey, Lettre du Collège de France, n° 25, Albert Grenier, héritier de Camille Jullian ou la succession des contraires, 2009

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]