Gaston Paris

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Bruno-Paulin-Gaston Paris, né à Avenay-Val-d'Or le et mort à Cannes le , est un médiéviste et philologue romaniste français. Il fait ses études à Bonn et à l'École des chartes de Paris. Il succède à son père Paulin Paris au Collège de France, d’abord comme professeur à la chaire de langue et littérature françaises du Moyen Âge, de 1872 à 1903, puis en tant qu'administrateur à partir de 1894. Il participe à la création de la Revue critique en 1866 et de Romania en 1872. Il est élu membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1876 et de l'Académie française en 1896.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dès l'enfance son père, Paulin Paris (1800-1881) lui inculqua le goût de la littérature française du Moyen Âge en lui lisant des histoires sur Roland, des fabliaux et des romans arthuriens de la matière de Bretagne. Il passa son enfance entre les murs de la Bibliothèque nationale et du collège Rollin où il commença à étudier. Il se fit remarquer comme un lecteur passionné de poésie française et un traducteur habile des langues classiques. À l'âge de dix-sept ans il fit à Moscou un voyage avec sa famille, ce qui déclencha chez lui une curiosité presque maladive pour la philologie et l'étude des langues qui ne devait jamais l'abandonner. Sur les conseils de son ami Ferdinand Wolf, qui était aussi bibliothécaire à Vienne et philologue, Paulin Pâris envoya son fils étudier la philologie classique en Allemagne, à Bonn, puis Göttingen (1856 - 58).

« Je lis présentement de l'allemand, à savoir, deux ouvrages de Goethe, Hermann et Dorothée, dont je n'ai encore vu que peu de choses ; puis Reineke Fuchs, autrement dit le Roman de Renard [sic], dont je lis aussi l'original en français du XIIIe siècle ; cela m'amuse et m'interresse beaucoup. L'étude du français ancien facilite considérablement celle de l'italien. Dans ce temps là, ces deux langues, sorties de la même souche, avaient une foule de mots communs ; l'italien depuis lors a peu changé ; mais le français s'est tout à fait transformé, en sorte que l'italien moderne ressemble plus au vieux français qu'au nouveau. Quand je connaîtrai bien le roman[Note 1] et l'italien, le provençal sera peu de chose ; et avec le provençal et l'italien, qu'est-ce que l'espagnol ? Je voudrais savoir autant de langues que peut en contenir mon cerveau : c'est autant de cercles concentriques qui agrandissent et les connaissances et l'étendue du jugement. En attendant, je devrais travailler un peu plus que je ne le fais l'allemand, pour lequel je suis ici, et qui est la clef de bien des choses. J'ai un fort grand malheur, qui est de me trouver dans une maison peuplée de français ou d'allemands sachant ou étudiant le français, et qui veulent profitiren, comme ils disent, en parlant français avec moi. Ce qu'il y a de commode en allemand, c'est la foule de verbes venus du français ; on en fait presque à volonté ; quelquefois je ne puis m'empêcher de rire en les entendant dire promeniren, marchiren, recommandiren, meubliren, et une foule d'autres aussi grotesques. Il y en a qui prétendent que dans quelques siècles l'allemand sera une langue morte et sera remplacée par un patois français. »

— Lettre à son ami Amédée Durande, 18 janvier 1857[1]

Malgré son caractère misanthrope, Diez remarqua certainement quelque chose d'exceptionnel chez cet élève[non neutre], qu'il avait invité à son cours privé d'italien où il lisait la Gerusalemme Liberata du Tasse. C'est le hasard, donc, qui fit que l'étudiant français devint un disciple du romaniste allemand et eut le privilège d'être traité par lui avec une certaine familiarité, car il l'accompagnait tout en conversant avec lui pendant de longues promenades. Une fois terminées ses études à Bonn et préoccupé d'approfondir son allemand, Gaston Paris décida avec l'accord de son père de rester en Allemagne, cette fois à Göttingen où il suivit un cours sur Thucydide donné par Georg Curtius[réf. nécessaire] (et non par Ernst Robert C.) et un autre cours sur la littérature allemande qui éveilla son intérêt pour les légendes médiévales et la mythologie germanique, particulièrement l'épopée des Nibelungen. À dix-neuf ans il revint en France et fut admis à l'École des chartes, connue comme l'une des plus ouvertes au progrès en France, et où il obtint le diplôme d'archiviste-paléographe grâce à sa thèse présentée en 1862 sous le titre Étude sur le rôle de l'accent latin dans la langue française[réf. nécessaire]. Cette thèse, ainsi que la traduction en français de la Grammaire des langues romanes de Diez, remplissait la promesse faite au maître de faire connaître son œuvre en France[réf. nécessaire], en même temps qu'elle marquait le début de sa longue carrière de romaniste. Il obtint le doctorat ès lettres avec l'Histoire poétique de Charlemagne (1865)[réf. nécessaire], œuvre pionnière dans les études de l'épopée médiévale où il mettait en pratique la méthodologie historique apprise en Allemagne.

C'est ainsi qu'il devint un médiéviste expert et inséparable de son père, avec son ami Paul Meyer, dans le domaine de la philologie des langues romanes en France ; contre l'académisme séculaire qui régnait dans son pays, il soutint la valeur de la littérature médiévale française. La théorie des cantilènes défendue par Gaston Paris dans l'Histoire poétique de Charlemagne fut à l'origine d'un débat profond sur le sujet de l'épopée médiévale[réf. nécessaire], débat où la figure du maître français se dresse comme celle d'un des principaux théoriciens. Sa théorie, en faveur des origines populaires et collectives de la poésie romane épique, a donné naissance à la tendance qu'on a fini par nommer traditionalisme, héritière dans une certaine mesure du romantisme, comme l'était lui-même Gaston Paris[Qui ?] que devait revitaliser le père de la philologie romane espagnole, Ramón Menéndez Pidal[Quoi ?].

Il fonda la Revue critique d'histoire et de littérature (1866) avec la collaboration de son inséparable ami et collègue Paul Meyer et en collaboration avec Hermann Zotenberg et Charles Morel ; et Romania (1872), également avec Meyer. La première revue voulait doter la France d'une publication bibliographique qui donnerait des informations sur les recherches historiques et philologiques étrangères dans le but de faire connaître certaines méthodes scientifiques que, parce qu'elles étaient allemandes, le pays semblait ignorer[non neutre]. La deuxième traitait seulement de philologie et se concentrait sur la littérature médiévale considérée comme un tout partagé entre les pays de langues romanes ; il s'agissait donc d'une revue qui se proposait d'être l'axe de la Romanística[Quoi ?] qui venait d'être fondée.

Après son doctorat il remplaça un court moment son propre père au Collège de France en 1866[réf. nécessaire], et fit en Sorbonne un cours sur la grammaire historique de la langue française. En 1868, le ministre Victor Duruy créa l'École Pratique des Hautes Études, où il fut nommé « répétiteur de philologie française », charge qu'il partagea avec sa chaire au Collège de France qu'il reçut à titre définitif après la retraite de Paulin Paris. Comme professeur il jouissait d'un excellent renom, puisqu'il était affable, intéressant, clair et d'accès facile[non neutre], si bien qu'il eut toute une cohorte de disciples de toutes nationalités, passionnés de romanistique et parmi lesquels il faut citer Joseph Bédier… Par ailleurs il organisait chez lui de petites réunions du soir fréquentées le dimanche par des élèves intéressés à dépasser les sujets des cours, et où l'on voyait quelques écrivains français connus, comme Sully Prudhomme, Albert Sorel, Ernest Renan, Hippolyte Taine et Dumas fils[réf. nécessaire]. Sa réputation en Scandinavie fut considérable, mais il n'en connut pas moins quelques frustrations, comme celle de ne pas avoir réussi à susciter en France la création d'une académie de linguistique comparée et historique des langues romanes. Il n'en déploya pas moins une activité fertile et prodigieuse dans d'autres projets sans négliger son enseignement ni ses recherches personnelles : la Société des Anciens Textes, la direction du Journal des Savants ou la Revue de Paris. Sa bibliographie, qui comprend des centaines de titres, fait de lui le premier spécialiste de philologie française médiévale. Il a écrit également des essais intéressants[non neutre], comme ceux qui sont compilés dans Penseurs et Poètes (1896) où il raconte la vie et l'œuvre d'érudits comme Ernest Renan ou James Darmesteter, d'artistes comme Alessandro Vida ou de poètes modernes qu'il a connus personnellement comme Frédéric Mistral. En 1896 il entra à l'Académie française[réf. nécessaire]. Il s'affirmait comme libéral en politique[réf. nécessaire] et ne manifesta jamais la moindre sorte d'antagonisme ethnique ni de ressentiment politique, à ce point qu'il invita des romanistes allemands à participer à Romania même après la défaite de 1870-71[non neutre]. Il fit de nombreux voyages en Italie et fut sur le tard père d'une petite fille, à qui dans sa vieillesse il racontait l'histoire de Don Quichotte[Quoi ?]. Il obtint deux fois le grand prix Gobert de l'Académie des inscriptions et belles-lettres : en 1866 avec son Histoire poétique de Charlemagne et en 1872 avec son édition de la Vie de saint Alexis[réf. nécessaire]. Il traduisit en collaboration avec d'autres philologues la Grammaire des langues romanes de Friedrich Diez. Il fut nommé administrateur du Collège de France. Élu à l'Académie française le 28 mai 1896 sans concurrents, au siège de Pasteur, il fit partie de la Commission du dictionnaire de l'Académie[réf. nécessaire].

C'est lui qui a créé, en 1883, l'expression « amour courtois »[2], en remplacement de l’expression médiévale occitane fin’amor[3], qui désigne de façon générale l’attitude à tenir en présence d’une femme de la bonne société.

Principales publications[modifier | modifier le code]

Il fonde en 1872 avec Paul Meyer la revue Romania.

  • Étude sur le rôle de l'accent latin dans la langue française (1862)
  • Histoire poétique de Charlemagne (1865)
  • Dissertation critique sur le poème latin du Ligurinus attribué à Gunther (1872)
  • La Vie de saint Alexis, poème du XIe siècle et renouvellements des XIIe, XIIIe, et XIVe siècles, publié avec préfaces, variantes, notes et glossaires par Gaston Paris et Léopold Pannier (1872)
  • Chansons du XVe siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris par Gaston Paris et accompagnées de la musique transcrite en notation moderne par Auguste Gevaert (1875)
  • Le Petit Poucet et la Grande Ourse (1875)
  • Deux rédactions du Roman des Sept Sages de Rome (1876)
  • Miracles de Nostre-Dame, par personnages, publiés d'après le ms. de la Bibliothèque nationale, par Gaston Paris et Ulysse Robert (9 volumes, 1876-1897)
  • Le Mystère de la Passion, d'Arnoul Greban, publié d'après les manuscrits de Paris, avec une introduction et un glossaire, par Gaston Paris et Gaston Raynaud (1878)
  • La Vie de saint Gilles, poème du XIIe siècle par Guillaume de Berneville, publié d'après le manuscrit unique de Florence par Gaston Paris et Alphonse Bos (1881)
  • De la prononciation française depuis le commencement du XVIe siècle, d'après les témoignages des grammairiens (2 volumes, 1881-1883)
  • La Poésie du Moyen Âge (1885-1895)
  • Trois versions rimées de l'Évangile de Nicodème, par Chrétien, André de Coutances et un anonyme, publié d'après les ms. de Florence et de Londres, par Gaston Paris et Alphonse Bos (1885)
  • Les Romans en vers du cycle de la Table ronde (1887)
  • Manuel d'ancien français : la littérature française au Moyen Âge (XIe-XIVe siècle) (1888)
  • Extraits de la Chanson de Roland et de la Vie de saint Louis, par Jean de Joinville publiés avec introduction, notes et glossaires complets, par Gaston Paris (1889)
  • Extraits des chroniqueurs français : Villehardouin, Joinville, Froissart, Comines, publiés avec des notices, des notes, un glossaire des termes techniques, par Gaston Paris et Alfred Jeanroy (1892)
  • Penseurs et poètes : James Darmesteter, Frédéric Mistral, Sully-Prudhomme, Alexandre Bida, Ernest Renan, Albert Sorel (1896)
  • Récits extraits des poètes et prosateurs du Moyen Âge, mis en français moderne, par Gaston Paris (1896)
  • Chrestomathie du Moyen Âge, extraits publiés avec des traductions, des notes, une introduction grammaticale et des notices littéraires (1897)
  • Jean, sire de Joinville (1897)
  • Aventures merveilleuses de Huon de Bordeaux, pair de France, et de la belle Esclarmonde, ainsi que du petit roi de féerie Auberon '1898)
  • Orson de Beauvais : chanson de geste du XIIe siècle, publié d'après le manuscrit unique de Cheltenham par Gaston Paris (1899)
  • Poèmes et légendes du Moyen Âge (1899)
  • François Villon (1901)
  • Légendes du Moyen Âge : Roncevaux ; le paradis de la reine Sybille ; la légende du Tannhäuser ; le Juif errant ; le lai de l'Oiselet (1903)
  • Mélanges linguistiques : latin vulgaire et langues romanes, langue française, notes étymologiques, appendice, index (1906-1909)
  • Esquisse historique de la littérature française au Moyen Âge (depuis les origines jusqu'à la fin du XVe siècle) (1907)
  • Mélanges de littérature française du Moyen Âge : la littérature française au Moyen Âge, l'épopée, le roman, l'histoire, la poésie lyrique, la littérature du quinzième siècle (1910-1912)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme de « Roman » pour désigner l' « ancien français » était courant jusque dans les années 1870.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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