Bien commun

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Le bien commun, en philosophie, correspond à un partage de ressources ou d'intérêts qui soudent les membres d'une communauté et participe à son existence. Si une réflexion philosophique sur ce qui nous constitue en tant que communauté s'est amorcée dès Platon, le concept de bien commun est thématisé pour lui-même à partir de Thomas d'Aquin. Ce concept s'avère plus ou moins transversal selon les auteurs, qui l'articulent à une réflexion sur l'ordre social, la notion de propriété ou la vie vertueuse.

Histoire[modifier | modifier le code]

De Platon à Aristote[modifier | modifier le code]

Platon introduit dans la République l'idée que les gardiens de la cité idéale ne possèdent rien en propre, hormis les objets de première nécessité, mais partagent l'habitat, les possessions matérielles et les repas, reçoivent leur nourriture des autres et ne sont pas autorisés à acquérir de l'or[1].L'éducation des enfants et des jeunes, la procréation et la propriété des femmes appartiennent à l'ensemble des citoyens. Le bien commun définit un mode de propriété conçu pour assurer l'harmonie collective.

Aristote s'attaque directement à Platon, arguant que la communauté des biens génère plus de différends que l'appropriation privée[2]. Affirmant que la cité implique la diversité de ses membres, il élargit la notion de bien commun à la recherche de l'intérêt général ou encore de la vie vertueuse[3]. Le rapport du souverain avec le bien commun départage la nature despotique, oligarchique ou démocratique du régime.

Un droit de propriété romain[modifier | modifier le code]

Le droit romain apporte à la notion une portée juridique. Les romains distinguent deux catégories majeures du droit : les personnes et les choses (res). Un bien se définit comme une chose appropriable. L'empereur Justinien Ier le divise en quatre catégories dans les Institutes : les choses sacrées, propriété des dieux ; les choses publiques, qui appartiennent à l’État ou à la cité ; les choses communes[4], comme la mer ; les choses privées, propriété des personnes, qui sont précisément organisées par le droit privé. La théorie du bien commun ne s'accompagne alors plus de préoccupations morales ou politiques.

La théorie classique du droit (Domat) distinguera outre la chose publique (res publica) : la chose qui appartient à tous et ne peut appartenir à personne en particulier, ou res communis = chose commune ; et la chose qui n’appartient à personne en particulier, mais pourrait appartenir à quelqu’un, ou res nullius = chose de personne. Soit : la mer, chose commune, et les poissons, chose de personne.

De l'aristotélisme au thomisme[modifier | modifier le code]

Albert le Grand, dans son deuxième commentaire de l'Éthique à Nicomaque , discerne deux significations du bien commun, l'une portée sur la perfection morale, l'autre sur la sécurité matérielle, la première étant supérieure à la seconde.

Alain Giffard attribue à Thomas d'Aquin l'une des premières références à ce terme, bonus communis, comme bien (au sens matériel) commun[5]. Thomas d'Aquin affine en effet l'idée d'Albert le Grand dans son propre commentaire en incluant l'idée de participation : c'est en prenant part au bien commun que l'individu fait preuve de bonté. Le bien commun politique vise l'autarcie en vue du bien commun universel qui consiste en l'honnestas, le salut éternel de chacun[3]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Platon, La République, Paris, GF Flammarion,‎ 1966 (ISBN 2-08-070090-1), p. Livre III 416a-147b
  2. Aristote, Les Politiques, traduction et notes par Pierre Pellegrin, GF Flammarion, 2e éd., 1993, Livre II, chap. 5
  3. a et b Bénédicte Sère, « Aristote et le bien commun au Moyen Âge : une histoire, une historiographie », Revue Française d'Histoire des Idées Politiques, 2/2010 (no 32), p. 277-291. [1]
  4. "L'air, l'eau courante, la mer et ses rivages sont choses communes en ce sens qu'il n'existe à leur égard aucune distinction de propriété ; d'où il suit que chacun peut en user librement, et par l'usage qu'il en fait, s'approprier l'air qu'il respire, l'eau qu'il puise." Justinien, trad. et explication par Adolphe Marie Du Caurroy de la Croix, Institutes, Livre 2, titre 1, §1. [2]
  5. Alain Giffard, « Distinguer bien commun et bien(s) commun(s) »,‎ octobre 2005 (consulté le 26 mars 2010)

Voir aussi[modifier | modifier le code]