Cervin

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Cervin
Vue du Cervin avec l'arête du Hörnli qui sépare la face nord (à droite) de la face est (à gauche).
Vue du Cervin avec l'arête du Hörnli qui sépare la face nord (à droite) de la face est (à gauche).
Géographie
Altitude 4 478 m
Massif Alpes pennines (Alpes)
Coordonnées 45° 58′ 35″ N 7° 39′ 30″ E / 45.97639, 7.658345° 58′ 35″ Nord 7° 39′ 30″ Est / 45.97639, 7.6583
Administration
Pays Drapeau de la Suisse Suisse
Drapeau de l'Italie Italie
Canton
Région autonome
Valais
Vallée d'Aoste
District
Commune
Viège
Valtournenche
Ascension
Première par Edward Whymper, Charles Hudson, Francis Douglas et Douglas Hadow, avec Peter Taugwalder père, Peter Taugwalder fils, Michel Croz
Voie la plus facile depuis Hörnlihütte et par l'arête du Hörnli (AD)
Géologie
Roches Roches métamorphiques
Type pic pyramidal

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Cervin

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Cervin

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Cervin

Le Cervin (Grand'Bèca en arpitan, Cervino en italien, Matterhorn en allemand) est un sommet alpin de 4 478 mètres d'altitude, situé sur la frontière italo-suisse, entre le canton du Valais et la Vallée d'Aoste.

Le Cervin est la montagne la plus connue de Suisse, notamment pour l'aspect pyramidal qu'elle offre depuis le village de Zermatt, dans la partie alémanique du canton du Valais.

L'ascension de la face nord, le , par l'arête du Hörnli, fut considérée comme le dernier des grands exploits de l'alpinisme dans les Alpes, avec celle de l'Eiger et celle des Grandes Jorasses qui forment ensemble les trois grandes faces nord des Alpes. Mais cette ascension se solda, au début de la descente, par la mort de 4 des 7 membres de la cordée victorieuse[1].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Cervin vient de « mont Servin » qui, jusqu'en 1855, désignait le col de Saint-Théodule (Mons Silvanus, en latin, où le terme mons indiquait les cols, et n'acquit la signification de « sommet » que par la suite), d'une grande forêt traversée par le chemin du col du côté du Valtournenche[2]. Le changement du 's' au 'c' fut causé par une simple faute commise par Horace-Bénédict de Saussure, l'un des premiers cartographes du royaume de Sardaigne[3]. Ce toponyme fut inventé pendant l'« Optimum » climatique de l'époque romaine, lorsque les cols alpins étaient ouverts pendant la plupart de l'année. Ce fait fut entre autres la cause de la conquête romaine de la Vallée d'Aoste, de la fondation d'Augusta Prætoria Salassorum (aujourd'hui, Aoste), et de l'importance de cette région au cours des siècles, surtout pour les cols du Grand (en latin, Summus Pœninus, Alpes pennines) et Petit-Saint-Bernard (en latin, Alpis Graia, Alpes grées).

En arpitan, plus spécifiquement dans le patois valtournain, le mont est appelé la Grand Bèca, c'est-à-dire le « Grand pic ».

Le toponyme en allemand, Matterhorn, dérive de Matt (« pré » en suisse allemand et en langue walser - cf. le titsch de Gressoney-Saint-Jean Wisso Matto, en allemand Weissmatten, en français « Prés blancs ») ; et de Horn, c'est-à-dire « corne », le nom de la plupart des sommets des Alpes valaisannes et des Alpes valdôtaines limitrophes, surtout entre la vallée du Lys et le val d'Ayas (traduits en français par « Tête »). Par conséquent, la vallée de Zermatt, en allemand « Mattertal » est la « vallée des prés », et Zermatt est « le pré » (zer étant l'article défini masculin en langue walser).

Le premier terme Matter- pourraît provenir du substrat pré-indoeuropéen *MATRA[4],[5], que l'on retrouve dans de nombreux oronymes de la zone ligure du sud des Alpes (Côme, Varèse, Piémont, Ligurie, Valteline, val Bregaglia, comme le mont Máter (3 023 m à Madesimo), le mont Matrá (2 206 m Samolaco), Monte Materio (1 465 m Val Masino), Piz Mader (3 001 m, qui domine le val Maroz, dans le val Bregaglia) avec le sens de pointe (all. Spitze). Piz, Horn, Matterhorn et Piz Mader pourraient ainsi représenter un exemple d'agglutination de la traduction postérieure d'un oronyme pré-indoeuropéen dont on ne connaissait plus le sens, comme les nombreux Moncucco dans le Sud des Alpes et jusque dans le Sud de la France (Moncucq), qui signifie « Mont-Mont ». L'origine pré-indoeuropéenne de Matterhorn est d'autant plus plausible que le voisin mont Rose provient du même substrat paléolinguistique : le terme *rosa signifiant « glacier »[6], « neige pérenne », c'est-à-dire un mont qui reste blanc pendant toute l'année.

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

En dépit de l'appellation des deux sommets, ceux-ci sont partagés entre la Suisse et l'Italie, car la frontière suit la ligne de partage des eaux qui coïncide en ce point avec l'arête sommitale[7].

On peut accéder au mont Cervin soit par le Valtournenche, en Italie, soit par la vallée de Zermatt, en Suisse.

Il est situé non loin du mont Rose, et comme ce dernier, il est constitué de roches cristallines correspondant à des fragments de socle géologique africain remonté à haute altitude[8] (klippe).

Topographie[modifier | modifier le code]

Le Cervin vu du lac Bleu du Breuil.

Le Cervin est un pic pyramidal, à la forme reconnaissable entre toutes, et pour cette raison régulièrement utilisée à des fins publicitaires. Ses quatre faces se rejoignent à environ 400 mètres en dessous du sommet dans une pyramide sommitale, appelée « le toit ». Son sommet est une arête large d'environ deux mètres, sur laquelle se distinguent en réalité deux sommets : celui appelé « sommet suisse », le plus à l'est, qui culmine à 4 477,8 mètres d'altitude, et le « sommet italien », légèrement plus bas (4 476 mètres), sur la partie ouest de l'arête. Les deux sont séparés par une échancrure au creux de laquelle une croix a été posée en septembre 1901[9].

Géologie[modifier | modifier le code]

La géologie du Cervin a été étudiée dès le début du XXe siècle par Émile Argand, précurseur de la géologie des Alpes. Les connaissances actuelles ne diffèrent que légèrement de celles d'Argand[10].

Les couches superposées du Cervin sont, en partant de la base :

  • du schiste lustré datant du Cénomanien ;
  • la série du Frilihorn : mince série stratigraphique allant du Trias inférieur au Crétacé supérieur, contenant de la quartzite et des marbre ;
  • une grosse intercalation d'ophiolites dans les schistes lustrés de l'arête nord-est et à la base de la pyramide ; ce sont les restes d'une ancienne croûte océanique ;
  • le corps principal de la pyramide, formé du gneiss de la série d'Arolla ;
  • la base de la paroi sud contient des gabbros datant d'environ 250 millions d'années, proche de la limite Permien-Trias ;
  • la partie sommitale est formée de gneiss de la Valpeline surmontés de gabbros. Une partie de ces roches provient du socle : c'est le cœur anticlinal de la nappe, qui fait parfois dire que « le Cervin est africain »[11].

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1865, deux cordées britannique et italienne attaquent à peu près en même temps le Cervin. L'expédition britannique en sort victorieuse.

Le 10 juillet 1865, l'alpiniste Edward Whymper rencontre le valtournain Jean-Antoine Carrel, guide italien qui rêve lui aussi de réussir la première ascension mais par l'arête italienne, les deux hommes ayant déjà tenté son ascension, sans succès. Wymper veut engager Carrel mais ce dernier refuse car il est déjà engagé dans ce projet avec le club alpin. Le 12 juillet, Wymper constate que la cordée de Carrel a déjà entamé l'ascension, si bien qu'il bouleverse ses plans et décide de tenter la sienne à partir de Zermatt, côté suisse du Cervin, par l'arête du Hörnli (arête nord-est) qui est réputée plus difficile mais qui se révélera plus facile finalement. Il forme alors sa cordée avec Lord Francis Douglas (jeune aristocrate anglais qui finance l'expédition), Peter Taugwalder fils et Peter Taugwalder père, paysans qui complètent leurs revenus en jouant les guides. Arrivés à l'hôtel du Mont-Rose, ils rencontrent le révérend Charles Hudson et son jeune et très inexpérimenté compagnon Douglas Robert Hadow (en) qui ont engagé le guide chamoniard Michel Croz (réputé pour son sens de l'itinéraire) pour eux aussi tenter cette première ascension. Les deux cordées britanniques décident alors d'unir leurs forces pour essayer de gravir ensemble l'arête du Hörnli et partent de Zermatt le 13 juillet pour la redoutable cime. Le 14 juillet, la cordée des sept hommes atteint le sommet vers 13 h 40, Wymper et Croz s'étant désencordés dans la dernière pente pour arriver premier et deuxième. Dans la descente, vers 15 h 10, Douglas Hadow glisse en renversant Michel Croz. Charles Hudson puis Lord Douglas ne parviennent pas à retenir la chute et sont à leur tour emportés. La corde d'assurage se rompt, permettant ainsi à Edward Whymper, au guide Peter Taugwalder père et à Peter Taugwalder fils de ne pas être emportés à leur tour. Le journal viennois Neue Freie Presse émet l'hypothèse que Whymper a coupé la corde avec un couteau, ce qui suggère un homicide volontaire ou un état de nécessité pour sauver la vie des trois hommes qui étaient en fin de cordée. Les autorités suisses déclenchent une enquête qui se termine par un non-lieu. Edward Whymper, très marqué par ce drame, ne tenta ensuite plus aucune première majeure[9].

La conquête du Cervin, qui passait pour inaccessible, marque la fin de l'âge d'or de l'alpinisme (au cours duquel le but était de conquérir tous les sommets des Alpes) par l'atteinte d'un sommet par une voie délibérément choisie pour sa difficulté mais aussi par le premier grand drame de l'histoire alpine[12].

La paroi méridionale et l'« Arête du lion » (sud-ouest), vus du Breuil (haut Valtournenche).

Le , trois jours à peine après la première ascension, le cordée italienne menée par Jean-Antoine Carrel, comprenant Jean-Baptiste Bich, l'abbé Amé Gorret et Jean-Augustin Meynet, réalise la première ascension du Cervin par l'arête du Lion (arête sud-ouest), plus difficile que l'arête du Hörnli[9].

En 1879, l'arête de Zmutt (arête nord-ouest) est gravie pour la première fois par Albert F. Mummery, Alexandre Burgener, J. Petrus et A. Gentinetta[9].

En 1941, la dernière arête du Cervin, celle de Furggen (arête sud-est) est gravie pour la première fois de manière complète par Louis Carrel, A. Perrino et G. Chiara. En 1911, cette arête avait déjà été escaladée, mais les alpinistes avaient contourné les surplombs[9].

En 1966, les guides de Zermatt René Arnold et Sepp Graven parcourent les quatre arêtes du Cervin dans la même journée : ils montent au sommet par l'arête de Furggen, redescendent par celle du Hörnli jusqu'à la cabane atteint vers h 30, traversent ensuite le glacier du Cervin (situé au pied de la face nord) pour atteindre à nouveau le sommet par l'arête de Zmutt, avant de redescendre par l'arête du Lion. En août 1992, Diego Wellig et Hans Kammerlanden montent et redescendent chaque arête en 24 heures, soit quatre montées et quatre descentes pour 8 500 mètres de dénivelé : après être montés au sommet par l'arête de Zmutt, ils descendent par celle du Hörnli, pour monter à nouveau par l'arête de Furggen, nouvelle descente par l'arête du Lion, immédiatement gravie à nouveau, avant de descendre et remonter par l'arête du Hörnli, puis de descendre une dernière fois à la cabane du Hörnli[9].

L'ascension des différentes faces du Cervin présenta aussi de grands défis pour les alpinistes. La première à être vaincue fut la face nord, escaladée pour la première fois en 1931, exploit qui valut à Franz et Toni Schmid le Prix olympique d'alpinisme aux Jeux olympiques de Los Angeles de 1932. Quelques mois plus tard, c'est la face sud (face italienne) qui est conquise. En 1932, la dangereuse face orientale est gravie à son tour. En 1962, la face ouest, la plus haute des quatre avec ses 1 400 mètres, est vaincue. Enfin, la face nord-nord-ouest, située entre l'arête de Zmutt et la face ouest (après le Nez de Zmutt, l'ascension se poursuit par l'arête), n'est gravie qu'en 1969 : les deux voies qui la parcourent sont les itinéraires les plus récents et les plus difficiles pour gravir le Cervin[9].

La première face gravie en hiver est la face nord, vaincue le par trois cordées suisses[13] par une température inférieure à −20 °C. Trois ans plus tard, en février 1965, Walter Bonatti est le premier à réussir l'ascension de la face nord du Cervin en solitaire et en hivernale, ouvrant au passage une nouvelle voie (qui porte aujourd'hui son nom). Une ascension de quatre jours, entrée dans la légende de l'alpinisme.

Il fallut ensuite attendre 1971 pour voir la face sud vaincue en hiver, les 22 et 23 décembre, par Arturo et Oreste Squinobal. La face Est est à son tour vaincue en hiver le par trois guides valaisans, René Arnold, Guido Bumann et Candide Pralong, après un bivouac à 4 300 mètres d'altitude.

Durant l'hiver 1977-1978, Ivano Ghirardini réalise un exploit hors norme : l'ascension des faces Nord du Cervin, des Grandes Jorasses et de l'Eiger, en solo, et sans aucune assistance. Cette trilogie hivernale, bien que tentée par quelques-uns des plus grands alpinistes, notamment Daudet en 2002, reste à ce jour inégalée[9].

Devant, l'arête de Zmutt (entre les faces Nord à gauche et Ouest à droite) du Cervin, vue depuis l'arête sud de la Dent Blanche.

La première hivernale de la face ouest est réalisée en 1978, seize ans après la première ascension hivernale de la face nord. Une cordée de sept Italiens (parmi lesquels trois des quatre vainqueurs de la face sud en hiver) atteint le sommet après trois jours d'ascension le 11 janvier. Leur descente sera dramatique : Rolando Albertini se tue dans une chute, et un autre alpiniste est blessé par un éboulement[9].

La face nord-nord-ouest est gravie pour la première fois en hiver par les guides Daniel Anker et Thomas Wüschner entre le 26 et le . Quelques mois plus tard, en mars 1983, une cordée de deux Bulgares atteint à son tour le sommet par cette voie après une ascension record de dix-sept jours et seize bivouacs. La face sud-sud-est avait elle été gravie les 3 et par Louis Carrel, l'abbé Louis Maquignaz et Italo Muzio, qui durent utiliser plus de soixante pitons dans les quatre cents derniers mètres[9].

En 1992, Patrick Gabarrou et Lionel Daudet achèvent la voie Aux Amis disparus dans la face nord du Zmut. Patrice Glairon-Rappaz et Cédric Périllat-Merceroz en font la première hivernale en janvier 2010[14].

Les 31 juillet, 1er et , une nouvelle voie baptisée Free Tibet est ouverte dans la face nord par Patrick Gabarou et Cesare Ravaschietto.

En mars 2009, les guides valtournains Marco Barmasse et son fils Hervé ouvrent le couloir de l'Enjambée dans la face sud[15].

Du 17 au 19 juin 2009, Jean Troillet, Martial Dumas et Jean-Yves Fredriksen ont ouvert une voie en face nord, la voie Sébastien Gay[16].

L'alpiniste valtournain Hervé Barmasse a ouvert deux nouvelles voies sur la paroi est : le couloir Barmasse (première ascension le 13 mars 2010) et la voie Barmasse (ouverte du 6 au 8 avril 2011).

Ascensions[modifier | modifier le code]

Itinéraires[modifier | modifier le code]

Voie Départ Temps de l'ascension Difficulté
Arêtes Arête Hörnli Hörnlihütte 6 heures AD+/III+
Arête Zmutt Hörnlihütte (ou Schönbielhütte) 7 heures ou (10 heures) D/IV
Arête du Lion Refuge Jean-Antoine Carrel 5 heures AD+/III
Arête Furggen Bivouac Bossi 7 heures TD/V+
Faces Face nord Hörnlihütte 14 heures TD/V
Face ouest Schönbielhütte 12 heures TD/V+
Face sud Refuge Duc des Abruzzes à l'Oriondé 15 heures TD+/V+
Face est Hörnlihütte 14 heures TD

Voie normale suisse[modifier | modifier le code]

La voie normale part de la cabane du Hörnli, située à 3 260 mètres. On y accède depuis Zermatt par la télécabine de Schwarzsee ; il y a 700 mètres de dénivelé jusqu'à la cabane puis 1 200 mètres de dénivelé jusqu'au sommet.

Difficulté (arête du Hörnli)[17] : AD (assez difficile), passage de 3 en escalade ; des cordes fixes ont été installées près du sommet pour faciliter son ascension[18].

Voie normale italienne[modifier | modifier le code]

La voie normale italienne, prenant son départ au Breuil, suit presque entièrement l'arête sud-ouest, dénommée arête du Lion. Elle a été inaugurée par le guide valtournain Jean-Antoine Carrel le 17 juillet 1865.

L'ascension du côté italien prévoit trois étapes :

Au Breuil on emprunte le sentier no 13 (côtoyé par une route de terre) pour rejoindre le refuge Duc des Abruzzes à l'Oriondé en deux heures de marche.

On peut atteindre le refuge également en rejoignant d'abord Plan Maison (2 561 mètres) par les remontées mécaniques et en poursuivant à pieds pendant une heure et demie environ.

La durée est de quatre heures environ. On procède vers nord jusqu'à la Croix Carrel (2 920 mètres). Après avoir franchi la croix, on côtoie un névé pour aborder un canal rocheux. On contourne ensuite la tête du Lion et on atteint le col du Lion (3 581 mètres), qui sépare la tête du Lion du Cervin.

On monte depuis à la base de l'arête (3 650 mètres) où se situe le départ de l'ascension. Des cordes permettent de franchir les passages les plus difficiles, telles que la plaque Seiler, qui remplace l'ancienne Cheminée.

Après ces passages, on rejoint le refuge Jean-Antoine Carrel (3 830 mètres), près duquel se situe la plate-forme où se trouvait la cabane Louis-Amédée de Savoie avant l'éboulement de 2003 (le même qui a détruit la Cheminée), utilisée aujourd'hui pour les hélicoptères.

La montée au sommet commence derrière le refuge Jean-Antoine Carrel, aux pieds de la Grande Tour. La première corde se dénomme « corde du réveil », on passe ensuite à côté des ruines de la cabane de la Tour et par le vallon des Glaçons. L'arête du Coq marque le parcours qui suit, pour franchir ensuite le Mauvais Pas et côtoyer la plaque dénommée rocher des Écritures, où Jean-Antoine Carrel aurait gravé son nom.

Des cordes métalliques permettent de dépasser le glacier du Linceul, et à l'aide de la « corde Tyndall » on atteint le pic Tyndall (4 241 mètres). On rejoint ensuite l'Enjambée.

On arrive au col Félicité, où plusieurs cordes ont été fixées, parmi lesquelles l'échelle Jordan. Plus loin, la « corde Piovano » permet de remonter un dièdre et la dîte Wentworth.

On atteint donc le sommet italien (4 476 mètres) et la croix du sommet, où sur chaque bras sont marqués les toponymes en latin : du côté suisse, Pratumbor, nom en latin de Zermatt, du côté italien, Vallistornench, nom en latin du Valtournenche.

Le sommet suisse (4 478 mètres) se trouve à 60 mètres environ vers l'est.

Les différentes faces[modifier | modifier le code]

Vue de la face est du Cervin en août.

Les faces les plus célèbres du Cervin sont les faces est et nord, visibles depuis Zermatt. La première, haute de 1 000 mètres, présente de grands risques de chutes de pierres, ce qui rend son ascension dangereuse. La face nord, haute de 1 100 mètres, est une des faces les plus dangereuses des Alpes, en raison notamment des risques d'éboulements et de tempêtes. La face sud, qui domine le Breuil, (haut Valtournenche) est haute, elle, de 1 350 mètres. C'est la face qui offre le plus de voies. Et enfin, la face ouest, la plus haute avec ses 1 400 mètres, est celle qui fait l'objet du moins de tentatives d'ascensions. Entre la face ouest et la face nord se trouve aussi la face nord-nord-ouest, qui ne s'étire pas jusqu'au sommet mais s'arrête au Nez de Zmutt, sur l'arête du même nom. C'est l'itinéraire le plus dangereux pour l'ascension du Cervin. Il existe aussi une face sud-sud-est, réputée être l'itinéraire le plus difficile de la face sud, qui aboutit au Pic Muzio, sur l'Épaule de Furggen[9].

Les arêtes[modifier | modifier le code]

Le Cervin vu depuis le Breuil (haut Valtournenche) en hiver

Du fait de sa forme pyramidale, le Cervin est doté de quatre arêtes principales, par où passent la plupart des itinéraires d'ascension. L'arête la plus facile, celle qu'emprunte la voie normale, est l'arête du Hörnli (Hörnligrat en allemand) : elle se situe entre les faces est et nord, faisant face à la vallée de Zermatt. Plus à l'ouest se trouve l'arête de Zmutt (Zmuttgrat)[19], entre les faces nord et ouest. Entre les faces ouest et sud se trouve l'arête du Lion (Liongrat)[20], dite aussi arête italienne, qui passe par le pic Tyndall, sommet de la partie sud de la face ouest, au niveau duquel commence la partie supérieure de face. Enfin, la face sud est séparée de la face est par l'arête de Furggen (Furggengrat).

Les records[modifier | modifier le code]

Le point de départ fixé sur la place de la chapelle Notre-Dame de la Vallée d'Aoste au Breuil (2 025 m), et l'arrivée à la croix près du sommet italien (4 476 m), 110 cm plus bas que le sommet suisse, les records suivants ont été enregistrés au fil des années :

  • les guides valtournains Jean Pellissier et Camille Hérin en 1946 - h 40 ;
  • Valerio Bertoglio, le 10 août 1990 - h 16 min 26 s (h 49 en ascension et h 27 en descente) ;
  • le skyrunner valdôtain Bruno Brunod, le 17 août 1995 - h 14 min 44 s (h 12 min 29 s en ascension et h 2 min 15 s en descente) ;
  • Kilian Jornet Burgada, le 21 août 2013 - h 52 min 2 s (h 56 min 15 s en ascension et 55 min 47 s en descente)[21].

Le , le Suisse Ueli Steck pulvérise le record d'ascension de la face Nord en une heure et 56 minutes[22].

Le guide Ulrich Inderbinen a gravi le Cervin 371 fois et pour la dernière fois à 90 ans et est décédé à 103 ans[23].

Le 22 avril 2015, le guide de montagne suisse Dani Arnold bat le record de vitesse d'ascension du Cervin en h 46 par la voie Schmidt, sur la face nord[24].

À ce jour, environ cinq cents alpinistes ont perdu la vie sur le Cervin[25].

Le Cervin dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Le Matterhorn, ou mont Cervin, peint par John Ruskin
  • Le Cervin est le logo de la marque de chocolat Toblerone.
  • Le Cervin figure souvent dans le logo de la marque Ricola.
  • Le Cervin figure sur la boite de muesli Alpen (Weetabix)
  • Le Cervin est aussi le logo de la station de sports d'hiver suisse de Zermatt.
  • Le Cervin est le logo de la marque de montres suisses Matterhorn-1865.
  • Walt Disney s'inspira de cette montagne, réduite au 100e, pour héberger l'attraction Matterhorn Bobsleds situé dans Fantasyland à Disneyland[27].
  • Le parc d'attractions Europa Park, situé en Allemagne, s'est aussi inspiré de cette montagne pour nommer un parcours de montagnes russes, le Matterhorn Blitz[réf. nécessaire].
  • Le poète et peintre John Ruskin, qui représenta ce mont sur toile, le décrivait comme « the most noble cliff in Europe », ce qui est généralement traduit par les francophones par « le plus noble rocher d'Europe »[28],[8].
  • Le mont Cervin est au centre d'un arc narratif du manga de Tadashi Agi et Shu Okimoto intitulé Les Gouttes de Dieu, plus précisément dans les tomes 16 et 17, lors de la recherche du cinquième apôtre.
  • Le Cervin est représenté sur la pochette de l'album Construction Time Again du groupe de musique anglais Depeche Mode. La photo est de Brian Griffith. Elle représente un ouvrier sur une montagne essayant de frapper le pic du Cervin à coup de masse.
  • La montagne figurant sur la couverture du livre Le Souffle des dieux de Bernard Werber est une vue d'artiste du Cervin sans neige[réf. souhaitée].
Vue panoramique du Cervin.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Beat P. Truffer, L'Histoire du Cervin – Les premières ascensions, projets et aventures, 2e édition, Aroleit-Verlag, Zermatt 2015 (ISBN 978-3-905097-23-8)
  • Yvan Hostettler, Cervin, top model des Alpes, Éditions Olizane, Genève, 2006 (ISBN 978-2880863494) : utilisation du Cervin dans la publicité, la communication, le cinéma, la peinture et les arts.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charlie Buffet, « Le Cervin ou l'invention de l'alpinisme », Le Monde,‎ , p. 18-19 (lire en ligne).
  2. Cervin - Toponymie
  3. Rodolfo Soncini-Sessa et alii, Ayas e la scomparsa della Krämerthal, video Documenta, Milan, 1997. Documentaire fondé sur les études de l'équipe de Rodolfo Soncini-Sessa (août 1996).
  4. (it) F. Abis de Clari, Sull' etimologia del fiume Mera, Clavenna XXXIII (1994), p. 245-258.
  5. (it) Lanfranco de Clari, Il mito della celticità dei Leponti. Riesame di un'ipotesi senza gambe, Milan, 2004, p. 88-94.
  6. V. Rouja en patois valdôtain - www.patoisvda.org
  7. Convention du 24 juillet 1941 entre la Confédération suisse et le Royaume d'Italie sur la détermination de la frontière italo-suisse entre le Run Do ou Cima Garibaldi et le mont Dolent.
  8. a et b Collectif (1982) Dictionnaire illustré des merveilles naturelles du monde p. 98-99, Reader's Digest
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Sylvain Jouty et Hubert Odier, Dictionnaire de la montagne, Arthaud, p. 137-138-139
  10. « Travaux du Comité français d'Histoire de la Géologie - Deuxième série - T.2 (1984) - Arthur Escher et Henri Masson - Le Cervin : un dessin géologique inédit d'Emile Argand (1929) et son interprétation actuelle - Comité français d'Histoire de la Géologie (COFRHIGEO) (Complément à la séance du 30 novembre 1983) »
  11. Michel Marthaler, Le Cervin est-il africain?, Éditions Great, 1998
  12. Olivier Hoibian, Jacques Defrance, Deux siècles d'alpinismes européens, L'Harmattan,‎ 2002, p. 165
  13. Une cordée formée par Paul Etter et Hilti von Allmen, une seconde cordée formée par E. Krempe et Leo Schlommer, la troisième cordée formée par Werner Bittner, Rainer Kauschke et Peter Siegert
  14. Montagnes Magazine, no 362, janvier 2011, p. 55
  15. Montagnes Magazine, no 362, janvier 2011, p. 50
  16. Montagnes Magazine, no 350, janvier 2010, p. 60
  17. Topo de l'arête Hörnli
  18. Photo de l'arrivée au sommet ; on peut voir la corde fixe
  19. Topo de l'arête Zmutt
  20. Topo de l'arête du Lion
  21. « kilian-jornet-bat-le-record-du-cervin-en-2h5202 », sur http://www.u-trail.com,‎ (consulté le 21 août 2013)
  22. « Ueli Steck: New record on the Matterhorn », sur http://petzlcrew.petzlteam.com,‎ (consulté le 22 janvier 2009)
  23. Urlich Indebinen sur NZZ.ch
  24. « Il s'offre la face Nord du Cervin en 1h46 »
  25. Le rocher superbe sur l'Express.fr
  26. Photos de presse, site Swissmint, consulté le 28 août 2010.
  27. (en) « Matterhorn Mountain and Matterhorn Bobsleds at Disneyland », sur http://www.disneylandnews.com/,‎ (consulté le 15 mai 2011)
  28. (en) Hilary Sharp, Tour of the Matterhorn : A Cicerone guide, Mountain Walking Series, Cicerone Press Limited,‎ , 169 p. (ISBN 1852844728, lire en ligne), p. 11