Pierre-René Rogue

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Pierre René Rogue
Image illustrative de l'article Pierre-René Rogue
Statue de Pierre-René Rogue, par Salomon Boisecq, en la cathédrale de Vannes.
Bienheureux
Naissance 11 juin 1758
Vannes
Décès 3 mars 1796  (37 ans)
Vannes
Nationalité Française
Vénéré à Vannes
Béatification 10 mai 1934
Fête 3 mars
4e dimanche de septembre

Pierre René Rogue (né le 11 juin 1758 à Vannes - décédé le 3 mars 1796 à Vannes (Morbihan) est un prêtre catholique français, martyr de l'eucharistie et bienheureux de l'église catholique romaine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre René Rogue nait à Vannes, près de la place des Lices et de la cathédrale, en 1758. Il ne connaitra jamais son père, mort lors d'un voyage peu de temps après sa naissance. Pierre René Rogue achève, à 17 ans, ses études au collège Saint-Yves de Vannes (Collège Jules Simon) et entre au grand séminaire Lazariste de la ville en 1776[1]. L'évêque de Vannes, Sébastien-Michel Amelot, l'ordonne prêtre le 21 septembre 1782 en l’église de Notre Dame du Mené. Aumônier à la Retraite des Femmes, il entre le 25 octobre 1786 dans Congrégation de la Mission. Après un séjour dans la maison-mère de la congréation à Paris, il devient professeur de théologie au séminaire de Vannes en 1787

Sous la Révolution[modifier | modifier le code]

Pendant la Révolution, Pierre-René Rogue refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Monseigneur Amelot suit l'exemple du prêtre réfractaire et convoque ses diocésains à Sainte-Anne-d'Auray. Celui-ci leur demande de suivre les ordres du Pape et non de l'État. Même avant le condamnation de Rome, le clergé de l'évêché de Vannes s'est en majorité prononcé contre la constitution civile. Monseigneur Amelot est convoqué par la Convention nationale en raison du faible nombre de prêtres assermentés dans son diocèse, le plus faible de tous. Par la suite il quittera le pays pour la Suisse. Monseigneur Le Masne, un évêque constitutionnel est nommé à sa place le 27 mars 1791. Le séminaire de Vannes est dispersé et fermé, son supérieur s'exile en Espagne[1].

Clandestinité et procès[modifier | modifier le code]

La prison criminelle de Vannes en 1811 (Porte Prison)

La Paroisse de Notre-Dame du Mené où le prêtre Rogue exerce son ministère, est supprimée le 30 avril 1791. Le 2 janvier 1792, Pierre René Rogue se réfugie chez sa mère. Il entre dans la clandestinité, changeant souvent de domicile et se déguisant afin de pouvoir exercer son ministère d'une façon la plus discrète possible. À Vannes, le culte est organisé par quelques prêtres sous sa direction. Il refuse de prêter le serment Égalité Liberté du 14 août 1792 et réussi à passer inaperçu lors de la Terreur. Alors que la situation se calme, il rouvre ouvertement son ministère mais l'accalmie ne dure qu'un an (1794-1795).

Suite à l'échec du débarquement de Quiberon, Vannes est en état de siège et la répression est terrible et vise particulièrement les prêtres réfractaires. Le soir du 24 décembre 1795, alors qu'il portait le viatique à un malade, il est arrêté et emprisonné dans la prison criminelle de Vannes (Porte Prison) et pendant deux mois il réconforte ses codétenus parmi lesquels se trouvent quelques prêtres. Le 2 mars 1796, un tribunal révolutionnaire, siégeant dans l'église où il fut ordonné[1], le condamne à mort comme prêtre réfractaire. Son exécution a lieu le lendemain sur la place du Marché (actuellement place Maurice Marchais) face à la chapelle Saint-Yves. Sur le chemin de l'échafaud il chante un cantique qu'il avait écrit en prison. De fervents croyants se précipitent afin de recueillir des linges trempés de son sang. Ses reliques sont aussitôt vénérées et sa tombe devient un lieu de pèlerinage, de nombreux miracles ont lieu.

Postérité[modifier | modifier le code]

La vox populi fait de Pierre-René un saint mais il faut attendre le 10 mai 1934 pour que son procès en béatification fasse de lui un bienheureux[1], Martyr de l'Eucharistie. Depuis lors, son corps repose dans la cathédrale de Vannes. Le bienheureux est fêté le 3 mars, jour de sa mort. La paroisse Saint-Pierre de Vannes célèbre son martyre le 4ème dimanche de septembre, au plus proche de la date anniversaire de son ordination sacerdotale.

Cantique[modifier | modifier le code]

Que mon sort est charmant,

Mon âme en est ravie !

Je goûte en ce moment

Une joie infinie.

Que tout en moi publie

Les bontés du Seigneur;

Ma misère est finie,

Je touche à mon bonheur.

J'ai servi Dieu mon Roi,

En imitant son zèle;

J'ai conservé la foi,

Je vais mourir pour elle.

Que cette mort est belle

Et digne d'un grand cœur !

Prier, peuple fidèle,

Pour que je sois vainqueur.

O vous tous, que mon sort

Affecte et intéresse,

Loin de pleurer ma mort,

Tressaillez d'allégresse;

Tournez votre tendresse

Sur mes persécuteurs;

Sollicitez sans cesse

La fin de leurs erreurs.

Hélas ! Ils ne sont plus

Les enfants de lumière,

Puisqu'ils n'écoutent plus

Le successeur de Pierre.

Mais, puisqu'ils sont nos frères,

Chérissons-les toujours;

N'opposons à leur guerre

Que douceur et amour.

O Monarque des cieux,

O Dieu, plein de clémence,

Daignez arrêter les yeux

Sur les maux de la France !

Puisse ma pénitence,

Egale à ses forfaits,

Désarmer ta vengeance,

Te la tendre à jamais !

« Une âme qui chante
J'ai aimé passionnément ce Christ, qui est là présent au milieu de nous dans le Très-Saint-Sacrement, et qui s'est dit présent aussi dans chacun des êtres qui nous entourent. A vous qui voulez m'honorer, je redis les mots de ma dernière lettre à mes frères les prêtres de ma bonne ville de Vannes :
"Aimons-nous toujours pour le temps et pour l'éternité ! »

— Cantique écrit et chanté par le Bienheureux Pierre-René Rogue en montant à l'échafaud[2]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Revue d'histoire de l'Église de France, 1939, Volume 25, Numéro 108, pp. 379-381.
  2. Cantique de Pierre-René Rogue sur www.amour-et-verite.com

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léon Brétaudeau, Un martyr de la révolution à Vannes: Pierre-René Rogue prêtre de la mission de Saint-Vincent de Paul (1758-1796), Société Saint-Augustin, 1908, 208 pages.
  • Eugène Le Garrec, Jérôme Buleon, Un Martyr vannetais: Pierre-René Rogue, 1758-1796, imp. de Galles, 1934, 98 pages.
  • Lucien Misermont, Le bienheureux Pierre-René Rogue: prêtre de la mission, directeur de Grand séminaire, confesseur de la foi, martyr de refus des serments pendant la Révolution, J. Gabalda, 1937, 284 pages.
  • Jean Gonthier, Un martyr de la fidélité: le bien-heureux Pierre-René Rogue, prêtre de la mission, Ed. Salvator, 1979, 105 pages.
  • Roger Dupuy, Jean-Christophe Auger, Philippe Portier, Les Catholiques et la Révolution française: autour de Pierre-René Rogue, prêtre réfractaire vannetais, 1758-1796, Questions historiques, Archives municipales de Vannes, 1998, 153 pages

Liens externes[modifier | modifier le code]