Bernadette Soubirous

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Sainte Bernadette Soubirous
Image illustrative de l'article Bernadette Soubirous
Sainte
Naissance 7 janvier 1844
Lourdes, Hautes-Pyrénées, France
Décès 16 avril 1879  (35 ans)
Nevers, Nièvre, France
Nationalité Flag of France.svg France
Vénéré à Nevers
Béatification 14 juin 1925 Saint-Pierre du Vatican
par Pie XI
Canonisation 8 décembre 1933 Saint-Pierre du Vatican
par Pie XI
Vénéré par Église catholique romaine
Fête 16 avril (en France, le 18 février)

Bernadette Soubirous (Bernadeta Sobirós en occitan), de son vrai nom Marie-Bernade Soubirous (Maria Bernada Sobirós), née le 7 janvier 1844 à Lourdes, et décédée le 16 avril 1879 à Nevers, est une sainte catholique, célèbre pour avoir témoigné de 18 apparitions mariales à la grotte de Massabielle entre le 11 février et le 16 juillet 1858. Bernadette employait surtout le terme occitan « aquerò » (c'est-à-dire « cela »)[1] pour désigner l’objet de sa vision[2]. Elle ne dira pas elle-même avoir vu la Vierge avant de l’avoir entendu dire « Que sòi era Immaculada Concepcion », c'est-à-dire, « Je suis l'Immaculée Conception »[3]. Au cours d’une de ces apparitions, Bernadette a creusé le sol pour y prendre de l’eau. L’eau de cette source est rapidement réputée être miraculeuse et il commence à être question de guérisons. S'en tenant à ce qu'elle avait vu et entendu, Bernadette niera avoir été témoin de guérisons ou y avoir contribué : « On m'a dit qu'il y avait eu des miracles, mais à ma connaissance, non[4]. », déclare-t-elle en septembre 1858.

Dans un contexte post-révolutionnaire de vives polémiques sur les questions religieuses et, quelques années après les apparitions mariales de la rue du Bac et de La Salette, celles de Lourdes suscitent un engouement populaire important et croissant. La presse nationale commence à s'y intéresser, durant l'été 1858, notamment avec la publication, par Louis Veuillot, d'un article très remarqué dans L’Univers[5]. Le préfet de Tarbes, suivant les consignes du ministère des cultes, maintient une interdiction d'accès à la grotte jusqu'en octobre 1858, tandis qu'une commission d’enquête, mise en place par l'évêque de Tarbes, en juillet 1858, se prononce en faveur de ces apparitions en 1862. L’aménagement de la grotte et la construction d’une basilique sur le rocher qui la surplombe commencent alors.

En l'espace de quelques mois, Bernadette Soubirous, alors âgée de 14 ans, était devenue une célébrité internationale, tandis que la vie dans cette bourgade des Pyrénées commençait à être transformée par l'affluence de pèlerins, de curieux et de journalistes. Entre 1858 et 1866, Bernadette continue de vivre à Lourdes, où sa situation devient, cependant, de moins en moins tenable. Sans cesse sollicitée, tout en refusant de percevoir quoi que ce soit en rapport aux apparitions ou à sa célébrité, elle se pose la question d’une vie religieuse. En 1864, suivant la recommandation de l’évêque de Nevers, elle se décide à entrer chez les sœurs de la Charité. Deux ans plus tard, alors que la construction de la basilique est en cours, Bernadette a 22 ans et quitte Lourdes pour entrer au couvent Saint-Gildard, à Nevers. Elle y mène treize années d'une vie de « religieuse ordinaire », ayant néanmoins la particularité de recevoir la visite de nombres d’évêques, parmi ceux qui souhaitent se faire une opinion sur elle et sur les apparitions. Souvent malade et de santé fragile, elle s’occupe de l’infirmerie, quand elle n’y est pas elle-même soignée. Elle fait ses vœux perpétuels en 1878, puis meurt le 16 avril 1879, à l’âge de 35 ans.

En 1868, paraissait le livre de Henri Lasserre, intitulé Notre-Dame de Lourdes[6], qui connaît un grand succès et est traduit en 80 langues. En 1869, le pape Pie IX écrira une lettre à l'auteur pour l'en féliciter, reconnaissant ainsi implicitement ces apparitions[7]. À la fin du XIXe siècle, la foule qui afflue à Lourdes intéresse nombre d’intellectuels[8]. Parmi eux, Émile Zola (Lourdes), Joris-Karl Huysmans (Les Foules de Lourdes), François Mauriac (Les Pèlerins de Lourdes) ou encore Paul Claudel[9]. L’ensemble des archives et des témoignages sur Bernadette Soubirous a fait l’objet d’un travail de recensement et d’édition critique par René Laurentin, dans les années 1960-70.

Bernadette Soubirous est béatifiée le 14 juin 1925, puis canonisée le 8 décembre 1933 par le pape Pie XI. Sa fête est célébrée le 16 avril (en France, le 18 février)[10].

Le sanctuaire de Lourdes accueille environ 6 millions de personnes chaque année.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Au milieu du XIXe siècle, on trouvait à Lourdes un tribunal, un juge, des avocats, un procureur impérial, un commissaire de police, des gendarmes, un curé, deux vicaires, etc. De par leurs fonctions, ils furent amenés à jouer un rôle dans l'affaire des apparitions, pour devenir ensuite, avec les membres de la famille Soubirous, d'autres habitants de Lourdes, le préfet, l'évêque, etc., les personnages clés des récits sur Bernadette Soubirous et les apparitions de Lourdes. Dans une époque où se développaient les « images d'Épinal », ces personnages ont été dépeints de façon plus ou moins réaliste ou caricaturale dans des « vie de sainte Bernadette » émaillées de miracles et de merveilleux. Encore aujourd'hui, le seul nom de « Bernadette Soubirous » appelle une série de clichés sur la grotte, l'eau, la Vierge et les miracles de Lourdes au service desquels avaient été développées des considérations souvent légendaires sur la petite bergère des Pyrénées[11]. Les légendes et rumeurs sur Bernadette Soubirous et les apparitions ont commencé à se développer de son vivant, au moment même où avaient lieu les apparitions. De ce fait, l'entreprise qui consiste à établir aujourd'hui une biographie historique qui ferait la part de la légende et des faits court toujours le risque de « mythologiser sur les mythes[11] ». Néanmoins, grâce au travail de recensement des archives d'époque et à leur publication en édition critique par René Laurentin dans les années 1960[12], un consensus a pu s'établir sur la chronologie des faits, et les descriptions par des historiens de la vie et de la personnalité de Bernadette se sont considérablement renouvelées[11]. Cette vie de Bernadette n'est pas seulement l'histoire des apparitions, elle se prolonge par sa vie de religieuse à Nevers et elle peut être distinguée de l'histoire du pèlerinage de Lourdes qui, dès la fin du temps des apparitions, s'est développé de façon de plus en plus indépendante du devenir de Bernadette.

Lourdes au milieu du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Vue de Lourdes vers 1860, Charles Mercereau.

En 1844, date de la naissance de Bernadette Soubirous, Lourdes compte un peu plus de 4000 habitants. Cette bourgade se trouve dans la région historique de Bigorre, au pied des Pyrénées. Le site est en cuvette, dominé par un piton rocheux sur lequel se trouve un ancien château fort. Ce château qui avait servi de prison d'État jusqu'au début du XIXe siècle était désormais sans usage. Le Gave de Pau coule à l’Ouest du Château tandis que la ville est blottie à l’Est.

Lourdes est un point de passage pour accéder aux vallées du Lavedan lorsque l’on vient de Tarbes ou de Pau. Au XIXe siècle, cette route est appelée « la route des bains », des stations thermales s’étant développées dans les villages en amont de Lourdes[13]. Ces stations sont réputées pour leurs eaux ferrugineuses ou sulfureuses. Elles attirent une clientèle aisée qui vient de toute la France pour s’y reposer ou s’y soigner. Cependant, en 1858, Lourdes est encore « plus traversée que connue[14] » et n'est pas directement concernée par le développement de ces stations thermales. Elle reste principalement un bourg agricole avec des carrières de pierre et quelques moulins sur les cours d’eau, notamment sur le ruisseau du Lapacca.

La langue la plus parlée à Lourdes est l'occitan gascon, dans sa variante pyrénéenne. Bernadette Soubirous comme d’autres Lourdais de son temps ne parle et ne comprend qu’avec difficultés le français.

La mortalité infantile est extrêmement élevée. Louise Castérot-Soubirous, la mère de Bernadette, mettra au monde neuf enfants, dont quatre meurent en bas âge, un à l’âge de dix ans et quatre parviennent à l’âge adulte.

Anselme Lacadé (1804-1866), maire de Lourdes de 1848 à 1866.

Anselme Lacadé, « un homme serviable et avisé » selon René Laurentin, a été maire de Lourdes de 1848 à 1866. Il ne s'est jamais prononcé sur le fond de l’affaire des apparitions mais il a progressivement pris le parti des changements et des opportunités que ces événements ont apportés à Lourdes. Sous sa magistrature, la municipalité a lancé des travaux de modernisation de la ville avant que ceux-ci n’aient à être révisés à cause de l’affluence des pèlerins et de la création du sanctuaire. C'est aussi la municipalité Lacadé qui a mis en projet, dès 1854, la construction d’une ligne de train reliant Lourdes à Pierrefitte. Elle sera inaugurée en 1865 avec des trains de pèlerinage.

L'ancienne église paroissiale de Lourdes.

À Lourdes, sur un plan religieux, la diversité est principalement de l’ordre de la différence entre ceux qui, parmi les catholiques, sont pieux et fervents et ceux qui le sont moins. Il existe aussi un cercle de libres penseurs, quelques-uns se disent athées et, comme partout dans la France postrévolutionnaire, il y a une tension entre républicains et catholiques. Une feuille hebdomadaire d’informations locales, Le Lavedan, est rédigée et imprimée à Lourdes. Ce journal de tendance républicaine fut le premier à mentionner les apparitions.

À cette époque l’école n’est pas encore obligatoire. La loi Guizot de 1833 préconisait, sans obligation, que chaque commune de plus de 500 habitants ait une école de garçons. En 1850, la loi Falloux complète ce dispositif en prévoyant une école de filles pour les communes des plus de 800 habitants. La commune de Lourdes tente de suivre ces recommandations. Elle emploie depuis 1819, un instituteur qui fait la classe en divers lieux, notamment à la Mairie puis au tribunal. En 1849, en plus de la classe de primaire, une école supérieure est mise en place pour les garçons, tandis qu'en 1854 le maire Anselme Lacadé appelle les Frères de l’instruction chrétienne pour s'en occuper. Dans le même temps il fait financer par la commune l'ouverture d'une école de filles dans l’hospice que les Sœurs de la Charité de Nevers tiennent à Lourdes sur la route de Bartrès. Elle comporte deux classes dont une pour les indigents. Bernadette y sera admise en 1858 âgée de 14 ans.

Lourdes en 1858.

La famille et l’enfance de Bernadette[modifier | modifier le code]

Bernadette est la fille aînée de François Soubirous, né le 7 juillet 1807 et décédé le 4 mars 1871, et de Louise Castérot, née le 28 septembre 1825 et décédée le 8 décembre 1866. Bernadette a eu une sœur : Marie, dite Toinnette (1846-1892), et trois frères : Jean-Marie (1851-1919), Justin qui a vécu dix ans (1855-1865) et Bernard-Pierre (1859-1931), son filleul. Quatre autres enfants sont morts en bas âge[15].

Ses parents[modifier | modifier le code]

Claire et Augustin Castérot, les grands-parents maternels de Bernadette, étaient propriétaires du moulin de Boly. En 1841 Augustin Castérot se tue dans un accident. Son épouse, Claire, se retrouve veuve avec un moulin à faire tourner et cherche à marier sa fille aîné Bernarde. Elle invite alors François Soubirous, qui était encore célibataire à l’âge de 34 ans, à fréquenter le moulin de Boly. Il travaille dans la meunerie, étant employé au moulin Dozous. Contrairement à ce qui était « prévu », François tombe amoureux de la cadette, Louise, alors âgée de 17 ans[16]. Selon l’usage matriarcal du pays, il aurait du épouser Bernade Castérot, l’aîné. Claire Castérot lui accorda d’épouser Louise, mais Bernade, en tant qu’aînée, a gardé toute sa vie une place et une autorité importante sur le reste de la famille.

La date du mariage fut fixée au 19 novembre 1842. Le décès de la mère de François le 21 octobre, obligea à reporter le mariage. À la date initialement prévue, seul fut célébré le mariage civil sans festivités, tandis que le mariage à l’église eut lieu le 9 janvier 1843.

Au moulin de Boly (1844-1854)[modifier | modifier le code]

Le 8 janvier 1844 Louise donne naissance à une fille. Étant donné sa position dans la famille, Bernade, la sœur aînée de Louise, devient la marraine tandis que l’enfant s’appellera Bernade-Marie. Ce nom enregistré à l’état civil ne sera pas utilisé par ses proches. Pour que les deux « Bernade » ne soient pas confondues l’usage des diminutifs prévaudra pour la petite : Bernat, Bernata, Bernatou ou Bernadette.

Louise Soubirous entame une seconde grossesse avant que Bernadette ne soit sevrée, ce qui oblige à la placer chez une nourrice. Marie Lagüe, qui vient de perdre son nouveau-né, habite le village de Bartrès juste à côté de Lourdes et prend Bernadette chez elle. Après le temps du sevrage, Marie Laguë s’est attachée à l’enfant et propose de la garder sans frais. Bernadette restera chez sa « seconde mère » jusqu’à l’âge de 2 ans. Elle retourne dans sa famille à Lourdes en avril 1846.

Le moulin de Boly dont François avait la charge depuis son mariage est peu rentable tandis que François se révèle être mauvais gestionnaire. En 1849, en repiquant les meules, il perd son œil gauche à cause d’un éclat de pierre. Il continue d’exploiter le moulin jusqu'en 1854, date à laquelle l'entreprise familiale est ruinée[17]. La famille déménage pour s’installer dans la maison Laborde, un ancien moulin, juste à côté de celui de Boly. François s’embauche alors au jour le jour comme « brasier », c’est-à-dire qu’il loue la force de ses bras pour des travaux manuel. C’est le travail le moins bien payé qui soit. De son côté, Louise fait des ménages et des lessives.

Au XIXe siècle la France est marquée par des épidémies de choléra récurrentes. Celle de 1854-1855 aurait fait 150 000 morts en France dont une trentaine à Lourdes. Tout le monde craint cette maladie et lorsqu’à l’automne 1855, Bernadette âgée de 11 ans tombe malade, ses parents sont persuadés qu’elle a contracté le choléra. Cependant, cette maladie est extrêmement contagieuse. Selon Anne Bernet, l’absence d’autres cas dans l’entourage de Bernadette alors qu’aucune mesure particulière n’a été prise, rend improbable le diagnostic des parents. Quoi qu’il en soit, Bernadette est de santé fragile depuis l’enfance, elle souffre en particulier de fréquentes crises d’asthme.

Du moulin de Sarrabeyrouse au « cachot » (1855-1858)[modifier | modifier le code]

En 1855, à la mort de Claire Castérot, les Soubirous perçoivent un petit héritage de 900 francs, ce qui représente environ deux ans d’un salaire de manœuvre. François cherche alors un moulin à louer. Il en trouve un à quatre kilomètres de Lourdes : le moulin de Sarrabeyrouse à Arcizac-ez-Angles. Le loyer est un peu élevé, tandis que les Soubirous s’achètent aussi un petit cheptel. Moins d’un an plus tard, non seulement l’héritage est entièrement dépensé, mais le couple s’est endetté. En novembre 1856, ils sont expulsés du moulin de Sarrabeyrouse[18] et retournent à Lourdes.

L’année 1856 est une année de sécheresse et de disette. À Lourdes, les Soubirous s’installent dans la maison Rives, 14 rue du Bourg. Le loyer n’est pas élevé, mais c’est encore trop pour qu’ils puissent en plus subvenir correctement aux besoins alimentaires de la famille. En janvier 1857 François ne trouve plus du tout de travail. À bout de ressources, les Soubirous ne parviennent pas à payer le loyer. Le propriétaire les expulse en retenant l’armoire, le dernier meuble de valeur de la famille. Un cousin de Claire met alors à leur disposition le rez-de-chaussée d’un immeuble dont il est propriétaire à Lourdes. Cette pièce est appelée « le cachot », car elle a servi un moment pour la détention de prisonniers en attente de jugement au tribunal situé juste à côté. Assez sombre et insalubre, cette pièce n’est normalement pas louée à l’année mais sert plutôt l’été pour le logement de saisonniers espagnols. Les Soubirous logent à six dans ce « bouge infect et sombre[19] » de 3,72 × 4,40 m[20]. Louise demande alors à sa sœur, Bernade, d’accueillir Bernadette chez elle. Bernadette passera ainsi l’hiver chez sa marraine qui tient un cabaret. Elle y fait le service et le ménage et ne va toujours pas à l’école ni au catéchisme[21].

Le 27 mars 1857, deux sacs de farine sont volés au Moulin Dozou. Son propriétaire, excédé par ce vol qui vient compléter une série de larcins à répétition, connaît bien François Soubirous pour avoir été son employeur autrefois. Il le soupçonne sachant la nécessité dans laquelle se trouve la famille Soubirous. Sur sa dénonciation, François est arrêté. Il clame son innocence mais reste incarcéré huit jours au terme desquels, faute de preuves, le procureur décide de le libérer[22]. Le motif de la libération est le même que celui de son arrestation : la situation de misère de François et de sa famille que cette incarcération ne faisait qu’aggraver. La famille Soubirous se trouve alors dans une période de « détresse noire[23] ».

Le séjour à Bartrès (1857-1858)[modifier | modifier le code]

Petite Bergère, Stefan Luchian.

En septembre 1857, Bernadette est envoyée chez son ancienne nourrice, Marie Laguës, à Bartrès[24]. Elle y veille sur deux jeunes enfants, assure le ménage, les corvées d'eau et de bois, et garde les agneaux[25].

À Bartrès elle commence à préparer sa première communion. Elle suit pour cela les cours de catéchisme de l'abbé Ader, le desservant. Mais, le 3 janvier 1858, l'abbé Ader se retire dans un monastère. Le village de Bartrès se retrouve sans desservant, Bernadette n’a plus que son rôle de bergère à Bartrès et elle déclare alors s’ennuyer. Le 17 janvier 1857, Bernadette va à Lourdes, et demande ce qu’elle doit faire pour recevoir la communion. Pour cela il lui faut suivre le catéchisme à Lourdes. Elle prend donc la décision de rentrer chez ses parents. Le 20 janvier, elle vient dire au revoir à Marie Laguë puis retourne à Lourdes le 21 (ou le 28) janvier[26].

Fin janvier 1858, quelques jours avant les apparitions[27], elle est admise comme externe[28] dans la classe des indigents, tenue par les sœurs de la Charité de Nevers. C'est là qu'elle commence, mais de façon irrégulière[29], à s'instruire, et à s'initier au métier de couturière[27].

Apparitions[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Apparitions de Lourdes.

En juillet 1858 l'évêque de Lourdes a établi une commission d'enquête pour statuer sur les apparitions dont Bernadette Soubirous disait avoir été le témoin. Lorsqu'en 1862, cette commission rendra son verdict, elle reconnaîtra dix-huit apparitions de la Vierge à Bernadette entre le 11 février et le 16 juillet 1858 dans la grotte de Massabielle. Lors de la troisième apparition, le 18 février, Bernadette promet de venir à la grotte pendant quinze jours, s'ensuivra ce qu'il est convenu d'appeler « la quinzaine des apparitions », du 19 février au 4 mars 1858, au cours desquels Bernadette ira tous les jours à la grotte. L'apparition ne se produit cependant que douze fois au cours de cette quinzaine. Ce temps est aussi celui du début d'une affluence grandissante de pèlerins et de curieux vers la grotte, ce qui provoque quelques articles dans la presse locale, l'ouverture d'enquêtes par le commissaire puis par le procureur impérial de Lourdes, ainsi que l'embarras du conseil municipal et du curé. À la suite de cette quinzaine, Bernadette reste un long temps sans revenir à la grotte. Elle y retournera ponctuellement les 25 mars, 7 avril et 16 juillet pour les trois dernières apparitions. Pendant cette période, de mars à juillet 1858, la police, le procureur et le préfet tentent de mettre fin à l'affluence des pèlerins vers la grotte tandis que le conseil municipal se demande quelle attitude adopter et que le clergé reste sur la réserve.

Les trois premières apparitions[modifier | modifier le code]

Bernadette devant la grotte de Massabielle. Gravure de Charles Mercereau.

Jeudi 11 février 1858, en compagnie de sa sœur Marie (1846-1892), dite Toinette, et de Jeanne Abadie, une amie, Bernadette se rend sur la rive gauche du gave pour ramasser des os et du bois mort[30]. Du fait de sa santé précaire, elle hésite à imiter sa sœur et son amie qui traversent l'eau glaciale du canal du Moulin. « Fais comme nous ! » lui lancent les deux filles. Elle est alors surprise par un bruit, comme un coup de vent (« coumo u cop de bén[31] »). Elle lève la tête vers la grotte de Massabielle[32]. Elle y aperçoit une « lumière douce ». Dans cette lumière, apparaît une très belle enfant, de petite taille[33], vêtue de blanc, souriante, qui fait le signe de la croix. Bernadette récite son chapelet. La vision lui fait signe d'approcher. Bernadette n'ose pas[32]. La vision disparaît, sans qu'aucune parole ait été prononcée. Bernadette raconte son aventure à ses deux compagnes. Et Toinette, qui a promis de ne rien dire, rapporte tout à sa mère. Les deux sœurs reçoivent une volée de coups de bâton[34].

Dimanche 14 février, ses parents interdisent à Bernadette de retourner à Massabielle. Elle insiste, ils cèdent. Bernadette revient à la grotte en compagnie d'une douzaine d'amies de son âge[35]. Sur place, elle récite le chapelet[36] et voit apparaître la jeune fille en blanc. Comme la fois précédente, elle est seule à la voir. Pour s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une créature du diable, elle lui lance de l'eau bénite. Aqueró sourit, incline la tête[35].

Le lendemain, lundi 15 février, toute l'école est informée. La supérieure, mère Ursule, vient inspecter la classe où se trouve Bernadette et lui dit : « Tu as fini tes carnavalades ? ». Vers midi, Bernadette est attendue à la sortie de l'école par sœur Anastasie, qui voudrait savoir qui est celle dont tout le monde parle. Elle a demandé à Madame Pailhasson de la lui indiquer. Celle-ci met une gifle à Bernadette tout en disant à sœur Anasthasie : « tenez, la voilà, la drôle ! ». La sœur attrape Bernadette par le bras et la secoue en lui disant : « Drôle ! drôle ! Si tu retournes encore à la grotte tu seras enfermée[37]. » L'après-midi, lorsque Bernadette retourne à l'école pour les travaux de couture, ses récits commencent à inspirer quelques moqueries : « la va-nu-pied » à propos de l'objet de sa vision, tandis que la grotte se trouvant à proximité du lieu ou était habituellement pacqué le troupeau communal de porcs est appelée « la tute-aux-cochons ».

Madame Milhet

Le 16 février à midi, une domestique vient trouver Bernadette à la sortie de l'école pour lui dire que Madame Milhet veut lui parler. Bernadette refuse mais cette dame qui est une des employeuses de Louise, la mère de Bernadette, insiste. Elle renvoie sa domestique le soir pour dire à Bernadette : « Ta mère te prie de passer chez Madame Milhet. » Madame Milhet était une ancienne domestique qui avait épousé son maître. Excentrique et déterminée, elle est intriguée par le récit de Bernadette et elle a décidé, avec son amie Antoinette Peyret, la fille de l'huissier, de tirer cela au clair. Elle convainc Bernadette de les amener à la grotte. Antoinette Peyret et Madame Milhet ont fait des hypothèses. Selon leurs conjectures, la grotte pourrait être la porte du purgatoire tandis que celle qui apparaît à Bernadette pourrait être Élisa Latapie, la présidente des Enfants de Marie, qui était morte l'année précédente, et dont la personnalité avait fortement marqué les esprits des paroissiens de Lourdes[38]. Le jeudi 18 février, elles partent toutes trois avant l'aube pour échapper aux curieux. Elles ont apporté un cierge, car il fait encore nuit, tandis qu'Antoinette a pris le nécessaire de l'huissier : papier, encre et plume. À l'approche de la grotte, Bernadette accélère le pas tandis que ces dames ont quelques difficultés à descendre le « casse-cou », ce chemin glissant et raviné qui est le seul accès à la grotte si l'on veut y arriver à pieds secs. L'apparition commence. Bernadette dit le chapelet, après quoi, Antoinette fournit plume et papier à Bernadette qui, sur l'instance de Madame Milhet, demande à Aqueró : « Boulet aoue era bouentat de mettre voste noum per exriout ? (Voulez-vous avoir la bonté de mettre votre nom par écrit ? » Aqueró rit, et parle pour la première fois : « N'ey pas necessari (Ce n'est pas nécessaire.) » De même que Bernadette est seule à voir Aqueró, elle est seule à l'entendre. Aqueró demande : « Boulet aoue la gracia de bié aci penden quinze dias[39]. (Voulez-vous avoir la grâce de venir ici pendant quinze jours ?) » Bernadette le promet, et l'apparition lui répond par une autre promesse : « Nous proumeti pas deb hé urousa en este mounde, mès en aoute. (Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais en l'autre.)[40] ». Bernadette se déclarera touchée par le recours au vouvoiement et les paroles prévenantes de l'objet de sa vision[41] : « Qu'em parlo en patouès et quem dits bous, (Elle me parle patois et me dit vous.)[42] ».

La quinzaine des apparitions[modifier | modifier le code]

Chez Madame Milhet[modifier | modifier le code]

À la suite de l'apparition du 18 février, Madame Milhet vient trouver Louise et lui dit : « Je me charge de votre fille. Je la prends chez moi. » C'est donc de la maison de Madame Milhet que vendredi 19 février vers six heures du matin Bernadette part pour ce qui sera la quatrième apparition. Cependant, la tante Bernade, marraine de Bernadette, n'entend pas laisser Madame Milhet exercer seule son patronage sur sa filleule. Quelques membres de la famille de Bernadette se joignent donc à l'équipée que Madame Milhet aurait voulu pouvoir garder secrète ou au moins discrète. Bernadette vient ainsi à la grotte, accompagnée de sa mère, de sa marraine, de Madame Mihlet et de quatre ou cinq autres femmes[43]. Aqueró lui apparaît brièvement et silencieusement. Bernadette, lorsqu'on l'interroge, ne parle toujours que d’Aqueró, d’uo pétito damizélo[44] (« une petite demoiselle »), d'une « fille blanche », d'une « petite fille »[45]. Au bourg, les suppositions vont bon train. S'agit-il de la très pieuse Élisa Latapie ou de la Sainte Vierge[45] ?

L'idée qu'il pourrait s'agir de la Vierge fait son chemin. Le samedi 20 février, aux curieux qui accompagnent Bernadette à Massabielle, se mêlent cette fois des Enfants de Marie Immaculée[46]. Une trentaine de personnes sont présentes lors de cette apparition. Elle est brève et silencieuse comme la veille.

Interrogatoire par le commissaire Jacomet[modifier | modifier le code]
Dominique Jacomet.

Le dimanche 21 février, pour déjouer les curieux, Bernadette vient encore plus tôt que la veille. Mais une centaine de personnes sont là. Elles assistent à son extase silencieuse. Les Lourdais sont convaincus désormais que c'est bien la Vierge qui apparaît à Bernadette[47]. Ce même jour le Lavedan se fait écho des apparitions. L'affaire ayant dès lors à Lourdes un caractère public tel qu'elle ne pouvait plus être ignorée des autorités, le commissaire de police Dominique Jacomet convoque l'adolescente pour un interrogatoire.

Interrogeant Bernadette sur la base des rumeurs qui circulaient, le commissaire Jacomet la presse de dire qu'elle a vu la sainte Vierge. Bernadette s'y refuse : elle dit ignorer de qui il s'agit, elle a vu Aqueró, qui a la forme d'une petite fille[48]. Les soupçons du commissaire portent ensuite sur les femmes qui pourraient avoir influencé Bernadette pour accréditer les apparitions comme d'autres avaient discrédité son ami l'abbé Clouchet l'année précédente[49]. C'est d'abord le rôle de Mme Milhet qui intéresse Jacomet, mais celle-ci est en quelque sorte revenue « bredouille » des apparitions, n'ayant pas la moindre révélation ou information un peu précise sur la nature des apparitions, bien qu'elle eût disposé sur place du papier et l'encre sur lequel il aurait été possible de les consigner si elles avaient été données ou inventées. Jacomet interroge ensuite Bernadette sur les autres femmes de son entourage. Les réponses de Bernadette signalent que, sa mère, ses tantes et les sœurs de la charités considéraient à ce moment qu'elle avait rêvé, qu'il s'agissait d'une illusion. Elles demandaient à Bernadette de ne pas retourner à la grotte, sachant que tout cela attirait beaucoup d'ennuis, mais Bernadette est persuadée d'avoir vu et entendu, et maintient son témoignage. Le commissaire accuse ensuite Bernadette de mentir. Il tente de la piéger en lui lisant ses déclarations dont il modifie les détails. Celle-ci s'énerve autant que le commissaire : « Non, Monsieur ... Vous m'avez tout changé. — Si ! tu m'as dit cela. — Non, monsieur ! — Si ! — Non ! » L'interrogatoire s'éternise et le ton monte. Jacomet insulte Bernadette : « tu fais courir tout le monde, tu veux devenir une petite p... ». Pierre Callet, le garde champêtre, croit entendre derrière la porte : « Ivrognasse, couquino, putarotto... », tandis que le commissaire menace Bernadette de prison[50]. Pendant ce temps une petite manifestation s'est formée devant la salle de police. Le commissaire comme la foule savent que cet interrogatoire ne respecte pas la forme légale dans la mesure où, pour une mineure, il ne peut avoir lieu sans la présence du père. Celui-ci ayant été alerté, se rend au commissariat. Jacomet, qui l'avait arrêté l'année précédente à cause du vol de farine au moulin Dozou, le fait entrer. Il lui affirme que Bernadette lui a avoué que ses parents l'obligeaient à aller à la grotte et à raconter ces histoires, ce contre quoi Bernadette proteste immédiatement. Ayant vainement tenté de faire promettre à Bernadette qu'elle n'irait plus à la grotte, il obtient de son père qu'il interdise à sa fille de s'y rendre. François Soubirous déclare qu'il ne demande pas mieux, étant fatigué de cette affaire.

Une curiosité grandissante[modifier | modifier le code]
Le Pont Vieux au début du XIXe siècle. C'est en 1858, l'unique passage sur le Gave de Pau pour aller de Lourdes à la grotte de Massabielle.

Le lendemain, 22 février, Bernadette a d'abord résolu de ne pas aller à la grotte. Mais l'après-midi, alors qu'elle est sur le chemin de l'école des sœurs, elle dévie sa route pour aller vers Massabielle. Deux gendarmes la voient, alertent le maréchal des logis et la rejoignent à la grotte. Bernadette dit le chapelet tandis que, l'alerte ayant été donné, entre cinquante et cent personnes affluent vers Massabielle. Il n'y a cependant pas d'apparition[51]. Le soir, Bernadette est défaite. On l'invite à loger au moulin de Savy pour se reposer. Elle va voir l'abbé Pomian, l’aumônier de l'Hospice des sœurs de la charité, pour lui demander des conseils sur son problème : d'une part elle a promis de venir quinze jour à Aqueró, d'autre part elle doit obéir à ses parents qui lui interdissent de retourner à la grotte. L'abbé Pomian lui dit qu'on n'a pas le droit de l'empêcher d'y aller. Ce même soir, François Soubirous qui s'émeut du désarroi de sa fille, retire sa défense.

Le 22 février, les membres du conseil municipal ont commencé a délibérer du problème de l'affluence de la foule à la grotte, tout en sachant que rien dans la démarche de Bernadette ne tombe sous le coup de la loi. Le mardi 23 février parmi ceux qui se rendent encore un peu plus nombreux à la grotte, se trouvent non plus seulement des femmes et des pauvres[52] mais aussi pour la première fois quelques notables : Jean-Baptiste Estrade, Monsieur Dufo, avocat et conseiller municipale, M. Dozous, Médecin, et un intendant militaire à la retraite, membre d'une célèbre famille aristocratique, Monsieur de La Fitte[53]. Un peu avant six heures, environ 150 personnes sont ainsi présentes. Jean-Baptiste Estrade, qui ira faire le récit de l'apparition à l'abbé Peyramale, le curé de Lourdes, a laissé de cette extase un récit « important, bien qu'inexact », dit Ruth Harris[54]. L'apparition dure environ une heure. Jean-Baptiste Estrade s'étonne de la proximité à laquelle Bernadette tient sa main de la flamme du cierge.

Dans l'après-midi, beaucoup de monde se presse au cachot pour y interroger Bernadette. Elle est ensuite conduite chez Monsieur Dupas, le chapelier, pour y recevoir les remontrances du maître de maison, mais aussi les compliments de Madame et des ses amies qui s’enthousiasment pour ces apparitions. Anna Dupas veux offrir une pomme à Bernadette, cadeau qu'elle refuse. Elle rentre au cachot où son père l'attend. La sœur de son patron, Dominiquette Cazenave, lui avait dit : « Vous m'amènerez votre petite ce soir après le travail. » Dominiquette Cazenave est à la fois attirée et agacée par l'affaire de l'apparition. Elle tente de démasquer Bernadette en l'assaillant de questions. Bernadette y répond en quatre mots puis se tait. Par politesse, François tente de suppléer aux silences de sa fille. Dominiquette les renvoie en se demandant pourquoi tant de monde court après « cette drôle »[55]. Pourtant, le lendemain, elle viendra elle-aussi assister à l'apparition puis en deviendra l'une de plus ferventes.

« Pénitence ! »[modifier | modifier le code]

Mercredi 24 février, près de 300 personnes sont présentes devant la grotte. Durant l'apparition, Bernadette s'approche de la crevasse intérieure qui communique avec la cavité dans laquelle se tient ce qu'elle voit. Elle est en extase et semble converser avec quelqu'un qui se tiendrait dans le creux du rocher sans que personne n'entende un mot. Elle fait des signes d'approbation et de dénégations. Un témoin raconte : « Les yeux encore mouillés de larmes, elle éclate en rire d'une grande suavité[56]. » Bernadette se prosterne ensuite visage contre terre[57]. Sa tante Lucile qui se tient à côté d'elle pousse alors un cri et s'effondre. Bernadette s’interrompt et se tourne vers sa tante pour lui dire : « Ma tante, n'aï pa peno. » façon de lui dire que rien ne justifie de se mettre dans un pareil état. L'apparition est terminée. Sur le chemin du retour, elle demande à Lucile de ne plus revenir pour les prochaines apparitions. De retour à Lourdes, elle apprend que l'abbé Pène, un vicaire de la paroisse, veut la rencontrer. Elle lui raconte l'apparition. Aqueró lui aurait dit : « Pénitence ! Priez Dieu pour les pécheurs. Allez baiser la terre en pénitence pour les pécheurs[58]. », ce que faisait Bernadette au moment où elle fut interrompue par sa tante. Les témoignages sur la journée du 24 février, rapportent aussi le regard de tristesse de Bernadette, elle-même disant que l'apparition avait un visage triste lorsqu'elle demandait de prier pour les pécheurs.

Dans ses réponses aux questions sur les apparitions, il devient clair que, pour Bernadette, il y a des choses qu'elle peut raconter ou répéter, celles qui lui semblent avoir été dites à haute voix pour que tout le monde entende, et d'autres qui lui sont confiées de façon plus intime, de sorte que cela peut rester entre elles deux.

Découverte de la source[modifier | modifier le code]

Jeudi 25 février, les curieux affluent dès deux heures du matin. Quand Bernadette arrive, 350 personnes sont présentes[59]. Dès le début de l'apparition, Bernadette reprend l'exercice de pénitence interrompu la veille et qui consiste à marcher à genoux et à baiser la terre. Elle manifeste une agitation inhabituelle. Elle va vers le Gave, puis se ravise et repart debout vers le fond de la grotte. Elle se courbe pour monter sur le pan incliné jusqu'à atteindre l'endroit où le sol rejoint la voûte. Le sol est très humide, boueux. Elle regarde vers l'apparition, puis se met à creuser. Elle tente à plusieurs reprises de prendre l'eau boueuse qui sort de la source qu'elle était en train de dégager, puis elle parvient à prendre un peu d'eau sale dans sa main et la boit. Elle se lave ensuite le visage avec cette eau sale, puis elle cueille une feuille de dorine qui poussait là et la mange.

L'apparition est terminée. Bernadette se retourne la figure barbouillée de limon. Tante Bernade essaye de nettoyer au plus vite et au mieux le visage de sa filleule, tandis qu'elle sort de la grotte et que le public est désappointé. Jean-Baptiste Estrade qui avait entraîné ses amis en leur parlant de la beauté des extases de Bernadette est consterné. On traite Bernadette de folle[60]. Elle dit n'avoir fait tout cela que sur ordre d’Aqueró, « pour les pécheurs[61] ». Au bourg, les esprits forts exultent, les croyants sont déconcertés[62]. À la suite de cette apparition, le Lavedan parlera de catalepsie à propos de Bernadette.

Parmi ceux qui sont dans la perplexité et qui demandent des explications à Bernadette sur son comportement du matin, se trouvent l'abbé Pène et Jean-Baptiste Estrade. Elle leur dit  :

« — Aqueró me dit d'aller boire et de me laver à la fontaine. N'en voyant pas, j'allais boire au Gave. Mais elle me fit signe avec le doigt d'aller sous la roche. J'y fus et j'y trouvai un peu d'eau comme de la boue, si peu qu'à peine je pus en prendre au creux de la main. Trois fois, je la jetai tellement elle était sale. A la quatrième fois, je pus.
— Pourquoi t'a-t-elle demandé cela ?
— Elle ne me l'a pas dit.
— Mais que t'a-t-elle dit ?
— « Allez boire à la fontaine et vous y laver »
— Et cette herbe que tu as mangée ?
— Elle me l'a demandé aussi ...
— Mais ce sont les animaux qui mangent l'herbe[63]. »

Dans l'après midi, les visiteurs se font plus rares, mais ceux qui y vont s’intéressent à la source. Ils creusent, puisent et boivent à leur tour. En dégageant plus largement le limon, ils découvrent une source un peu plus claire et les premières bouteilles remontent vers Lourdes l'après-midi même.

Même si cette source n'avait pas été remarquée, sa présence au bord du Gave et dans le fond humide de la grotte n'avait rien d'étonnant[64], et elle existait avant les apparitions. Ce n'est que plus tard, avec l'inflation des récits faisant des moindres faits et gestes de Bernadette l'occasion d'un miracle, qu'il sera question d'une source qui aurait jailli ce jour-là d'un sol sec, un sol « anhydre » écrira le docteur Vallet[65], alors que c'est dans un sol déjà extrêmement boueux à cause de la présence de cette source que Bernadette a creusé.

Interrogatoire du procureur[modifier | modifier le code]
Vital Dutour, procureur impérial de Lourdes.

Tandis que l'on commence à boire de l'eau de la grotte dans des maisons de Lourdes, le Procureur impérial de Lourdes, Vital Dutour, convoque Bernadette[66]. François Soubirous était parti au marché de Tarbes et c'est Louise qui doit l'accompagner. Impressionnée par cette convocation, elle demande à son cousin Sajous de venir avec elles. Celui-ci laisse sa pioche de carrier pour enfiler son costume du dimanche et les accompagner. Le procureur ne laisse pas entrer Sajous, mais lui promet néanmoins qu'elles ressortiraient libres. Louise et sa fille restent debout devant le bureau auquel s'est installé le procureur pour un long interrogatoire, comparable à celui effectué quelques jours plutôt par le commissaire et dont le procureur avait les notes. Il s'y produit une discussion sur ce qu'aurait dit ou pas Bernadette dans ses précédente déclarations : « Tu m'as dit ceci, tu as dit cela au commissaire. — Non, monsieur. — Si ! — Non ! etc. » Le procureur questionne aussi Bernadette sur les profits ou les avantages qu'elle tirerait de cette situation. Enfin, comme Jacomet, Dutour lui demande de promettre de ne plus retourner à la grotte. Bernadette refuse. Au bout de deux heures de discussions et de questions, le procureur sonne son épouse : qu'elle fasse appeler le commissaire, afin qu'il mette Louise et sa fille en prison. Entendant cela, Louise éclate en sanglot. Le Procureur propose alors des chaises et Madame Dutour aide Louise à s'asseoir. Mais Bernadette s'installe à terre en disant à propos de la chaise proposé par le Procureur : « Non, on la salirait. » Dans le même temps, Sajous qui s'impatiente au café d'en face de ne pas voir sortir Louise et Bernadette, vient frapper à la porte du procureur pour crier avec d'autres carriers : « faites les sortir ! ». Alors que la situation devient épique, le procureur tente encore d'obtenir de Bernadette, toujours assise à terre, la promesse qu'elle n'ira plus à la grotte, en vain. Il n'a pas l'air de savoir si son épouse a vraiment fait demander le commissaire, ou si elle a pris cet ordre pour une feinte destinée à impressionner les Soubirous. Il sort un instant de la pièce, revient en disant que le commissaire n'a pas le temps et que l'affaire est renvoyé à demain, puis il congédie les visiteuses[66].

En sortant, Sajous et les carriers offrent un verre de blanc à Louise et Bernadette dans le café où ils les attendaient pour qu'elles se remettent de leurs émotions et qu'elles leur racontent l’interrogatoire. Elles rentrent ensuite au cachot, où d'autre personnes viennent leur demander ce qui s'est passé. Il ne reste de cet interrogatoire que le témoignage de Louise et de Bernadette car le procureur a détruit les notes qu'il avait prises. Bernadette déclare ce même jour à Dominiquette Cazenave, devenue fervente des apparitions : « Quand on n'écrit pas bien, est-ce qu'on fait des croix ? M. le procureur faisait toujours des croix. » L'évènement se raconte dans le milieu populaire lourdais et au marché où l'on prend massivement le parti de Louise et de sa fille. Le récit est enjolivé, jusqu'à devenir fantastique, au détriment du procureur[66].

De son côté, Dutour apprendra que Louise et Bernadette sont passées au café en sortant de chez lui. Dans son rapport du 1er mars, plutôt que d'évoquer l'interrogatoire, il décrit la famille Soubirous en faisant à Louise une réputation d’alcoolique  :

« Bernadette appartient à une famille pauvre. Son père fut arrête en 1857 sous l'inculpation de vol qualifié. La moralité de la mère n'est guère moins douteuse. De notoriété publique, cette femme se livre à l'ivrognerie. Le concours de ces misérables personnages, leur langage, surtout leurs mœurs et leur réputation, étaient certes de nature à détruire le charme, à inspirer, non seulement le doute, mais le dégoût ; ce sont là en effet des intermédiaires biens vils, pour Celle qui est regardée comme l'être pur par excellence[66]. »

En attendant « le grand jour »[modifier | modifier le code]

Le lendemain, vendredi 26 février, Aqueró n'apparaît pas à Bernadette, elle prie à genoux, dit le chapelet, mais il ne se passe rien. Ce jour là se produit ce que l'on a longtemps présenté comme la première guérison miraculeuse de Lourdes, celle de Louis Bouriette[67]. À Lourdes, tout le monde sait que Bernadette déclare avoir promis à l'objet de sa vision qu'elle viendrait pendant quinze jours. Le dernier jour de cette quinzaine, ce sera le jeudi de la semaine suivante, et des spéculations commencent à naître sur ce qui pourrait se produire ce jour-là.

Samedi 27 février, un millier de personnes venues de Lourdes et des villages environnants observent l'extase de Bernadette[62]. Aucune parole de Bernadette n'a été conservée sur cette apparition, la dixième.

Le dimanche 28 février, onze cent cinquante personnes sont présentes, dont des officiers supérieurs qui ont fait le déplacement depuis Tarbes[68]. Ce jour là Bernadette est interrogée par le juge. L'interrogatoire vise le même but que les précédents : convaincre Bernadette de ne plus aller à la grotte, en la menaçant d'aller en prison. Il n'existe cependant aucune base légale pour interdire à Bernadette d'aller à Massabielle et d'y avoir des extases. L'après midi, Clarens, le directeur de l'école supérieure de Lourdes, vient voir Bernadette. Il consigne ses remarques et réflexions sur Bernadette et les apparitions dans un cahier qu'il fait parvenir à son ami le Baron Oscar Massy, le préfet de Tarbes.

Lundi 1er mars. La foule arrive dès minuit. Mille cinq cents personnes observent Bernadette[69], dont, pour la première fois, un prêtre. Il s'agit du jeune abbé Antoine Désirat qui séjournait à Omex et qui passa outre l'interdiction faite aux prêtres par le curé de Lourdes, Peyramale, de se rendre à la grotte[70]. Ce matin-là, Catherine Latapie, qui a deux doigts de la main droite « pliés et paralysés[71] », les trempe dans l'eau de la source : ils y auraient retrouvé leur mobilité[72]. Ce sera l'une des « sept guérisons de 1858 » reconnues quatre ans plus tard pour miraculeuses par Mgr Laurence, évêque de Tarbes[72].

Demandes à l'abbé Peyramale[modifier | modifier le code]

Dominique Peyramale est un homme réputé pour ses colères sans lendemain. Il est perplexe concernant les apparitions et n'a jamais rencontré Bernadette avant le 2 mars. Peyramale deviendra ouvertement favorable aux apparitions dans les mois qui suivront, mais il est d'autant plus difficile de savoir ce qu'il en pensait en mars 1858 qu'il a lui-même détruit dans ses notes et ses rapports les critiques qu'il jugera plus tard dépassées[73]. Le fait qui témoigne le plus clairement de ses dispositions est qu'il a fermement interdit aux prêtres, qu'ils soient de Lourdes ou de passage, de se rendre à la grotte pour ne pas donner de signe d'approbation. Dans le même temps, il constate que, depuis qu'il est question de ces apparitions, les offices connaissent une affluence inhabituelle et beaucoup plus de paroissiens qu'à l'ordinaire viennent se confesser.

Mardi 2 mars, on compte 1 650 personnes lors de l'apparition, la treizième. Après l'extase, des témoins exaltés par le phénomène demandent à Bernadette : « Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? » Elle répond : « D'aller dire aux prêtres qu'on vienne ici en procession[74]. » Entendant cela, des dévotes courent au presbytère pour porter en premier le message au curé. Elles pensent que la procession doit avoir lieu jeudi, elles imaginent, puisque ce sera le dernier jour des apparitions, que cette procession sera accompagnée d'évènements fantastiques. Les femmes arrivent ainsi toutes essoufflées chez le curé pour lui annoncer que la sainte Vierge veut une procession vers la grotte dans deux jours. Elles le mettent immédiatement en colère et il les chasse sans ménagement. Pendant ce temps, Bernadette qui n'ose pas aller directement chez le curé s'est rendue chez l'abbé Pomian qui lui dit d'aller voir le curé. Bernadette se fait accompagner de ses tantes. Dominique Peyramale, qui vient de tonner contre ses paroissiennes, joue l'entrevue de façon intimidante :

« — C'est toi qui va à la grotte ?
— Oui, monsieur le curé.
— Et tu dis que tu vois la sainte Vierge ?
— Je n'ai pas dit que c'est la sainte Vierge.
— Alors qu'est-ce que c'est que cette dame ?
— Je ne sais pas !
— Ah, tu ne sais pas, menteuse ! Et pourtant le journal l'écrit, et tous ceux que tu fais courir après toi le disent, que c'est la sainte Vierge. Alors, qu'est-ce que tu vois ?
— Quelque chose qui ressemble à une dame.
— Quelque chose !
— Monsieur le curé Aqueró demande qu'on vienne en procession à la grotte.
— Menteuse ! Comment veux-tu que je commande une procession ? C'est monseigneur [l'évêque] qui décide des processions. Si ta vision était quelque chose de bon, elle ne dirait pas de telles bêtises. Et pour quand la veut-elle cette procession ? c'est jeudi que tu as dit[74]. »

Bernadette s'embrouille, elle dit qu'elle ne sait plus pour quand, et continue de se faire « gronder » par le curé. Celui-ci interpelle les tantes de Bernadette : « C'est malheureux d'avoir une famille comme ça qui met le désordre dans la ville[74]. » Puis il met fin à la discussion en leur disant : « Retirez-vous, mettez-la à l'école et ne la laissez plus aller à la grotte. Que ce soit fini[74]. » Sur le chemin du retour, Bernadette déclare que le plus important n'est pas pour elle que le curé la croie, mais qu'elle ait fait la commission. Puis elle se rappelle qu'elle a oublié la moitié de la demande d’Aqueró : « construire une chapelle. » Les tantes refusent de retourner au Presbytère et Bernadette a du mal à trouver quelqu'un qui accepte de l'y accompagner. Dominiquette Cazenave lui arrange alors un rendez-vous pour sept heures. Tout le clergé de Lourdes est là, c'est-à-dire le curé, les deux vicaires et Pomian, l'aumônier de l'hospice. Bernadette leur dit qu’Aqueró veut une chapelle à l'endroit de la grotte. Et elle suggère qu'il pourrait même s'agir d'une chapelle « toute petite ». L'ambiance est plus détendue. Il n'est plus question d'une procession pour jeudi, cette procession semblant dépendre de la construction d'une chapelle qui ne se fera pas dans l'immédiat. L'abbé Peyramale dit à Bernadette que la dame doit donner son nom[75].

Le lendemain, mercredi 3 mars. Trois mille personnes sont là, dans un lieu où il est impossible qu'une telle foule se tienne[76]. Bernadette arrive à sept heures. La vision ne se manifeste pas. Après l'école, Bernadette revient à la grotte. Cette fois, Aqueró apparaît. Lorsque le soir Bernadette retourne voir le curé, elle lui dit que sa vision réclame toujours une chapelle, mais refuse de donner son nom, se contentant de sourire[77]. L'abbé Peyramale lui dit : « Elle se moque joliment de toi ! Si elle veut la chapelle, qu'elle dise son nom et qu'elle fasse fleurir le rosier de la grotte ! ».

L'affaire préoccupe les autorités. Ce jour-là, le procureur général de Pau la fait remonter jusqu'au garde des Sceaux[78].

Le dernier jour de la quinzaine[modifier | modifier le code]

Jeudi 4 mars, c'est jour de marché. Environ huit mille personnes sont à la grotte. L'attente du public qui s'est amassé durant la nuit sur le site est grande car c'est le dernier jour de la quinzaine. Les spéculations vont bon train sur les miracles ou phénomènes extraordinaires auxquels la foule pourrait assister. À la grotte les gens se sont entassés d'une façon indescriptible, accrochés aux rochers ou entassés sur les rives. Un service d'ordre a été organisé. Tarbès a construit une sorte de passerelle pour faciliter l'accès, tandis que le Commissaire assisté d'un gendarme fait passer Bernadette au travers de la foule. La vision est silencieuse, elle dure trois quarts d'heure[79].

Dans une ambiance pourtant « incandescente », selon René Laurentin, il ne se passe rien de remarquable, si ce n'est qu'au retour, Bernadette qui reste au centre de toutes les attentions, se montre sensible au sort d'une petite fille que son père a amené et qui avait interpellé Bernadette à l'aller. Cette petite fille porte un bandeau sur les yeux, elle est presque aveugle et la lumière lui fait mal. Bernadette s'approche, lui prend les mains et l'embrasse. La petite Eugénie est touchée, elle rit, Bernadette aussi qui l'embrasse une seconde fois et repart. Eugénie veut alors voir celle qui l'a embrassée. Elle retire son bandeau et, remplie d'enthousiasme, tente d’apercevoir Bernadette. La foule qui est autour se met à crier au miracle. Joyeuse, Eugénie se persuade d'être guérie. Son père y croit aussi et Eugénie est amenée devant le procureur qui restera plus que perplexe. Il faudra plusieurs semaines pour dissiper l'illusion née de ce moment de bonheur, tandis que la petite Eugénie décèdera le 5 juin 1859.

Le reste de la journée, au bourg, Bernadette est harcelée par la foule. Le cachot est pris d'assaut. On veut la toucher, lui faire toucher des objets de piété, lui donner de l'argent — qu'elle refuse[80]. On la prie de guérir des enfants infirmes[81]. Certains coupent subrepticement des fils dans la doublure de sa robe, d'autres réclament d'échanger son chapelet contre le sien. Lourde bruisse de miracles.

Le temps des trois dernières apparitions[modifier | modifier le code]

Déceptions au lendemain de la quinzaine[modifier | modifier le code]
Des pèlerins à la grotte de Massabielle. André Gorse.

Au lendemain du 4 mars, le « grand jour » tant attendu, la foule est déçue. Ce qui paraissait hier être des miracles dans l’excitation générale se révèle être sans fondement. Le Lavedan écrit  : « Quelle déception ! que de pauvres crédules ont été humiliés... Combien de personnes ont compris alors, mais trop tard, hélas ! le ridicule de la démarche et déploré leur excessive crédulité[82]. »

Une certaine affluence perdure à Massabielle mais Bernadette n'y va plus[83]. Elle semble elle-même découragée. Elle récuse avoir fait ou vouloir faire croire à de quelconques miracles. Elle ne dit toujours pas avoir vu la Vierge, bien que plus personne n'envisage les choses autrement. Alors qu'elle continue d'aller à l'école chez les sœurs, elle a du mal à se mettre au travail. Enfin, elle se détourne des conversations sérieuses sur la grotte et les apparitions, préférant ostensiblement les gamineries et les jeux de son âge : la marelle, les cache-caches, etc. Bernadette a tenu sa promesse : aller quinze jours à la grotte, et semble maintenant se désintéresser de l'affaire[84].

Le rétablissement de Jean-Marie Doucet[modifier | modifier le code]

Le 9 mars Bernadette est sollicitée par Joséphine Doucet qui est en classe avec elle pour venir au chevet de son petit frère. Celui-ci a un problème que les médecins n'identifient pas clairement, ils parlent d'un « névralgique incurable », ce qui veut dire qu'il ne savent pas ce qu'il a, mais qu'il leur semble ne plus en avoir pour longtemps à vivre. Jean-Marie dépérit depuis Noël. Pris de hoquet et de soubresauts, il garde la bouche ouverte, offrant un spectacle dégoûtant avec la bave qui lui dégouline. Il ne s'alimente plus, ne parle plus, ne sait plus marcher et ses parents l'ont placé sur un matelas à côté de la cheminée où il est entouré de ses propres dessins dans lesquels il exprime un certains talent, mais aussi le monde dans lequel il s'enferme. Le « courant » passe immédiatement entre Bernadette et Jean-Marie. Elle revient le voir et parvient à le faire manger. Il se remet à parler. Au cours des visites suivantes, selon son tempérament, Bernadette l'entreprend de façon à la fois chaleureuse et autoritaire. Après quelques jours, elle se met à le traiter de fainéant : « Alors tu ne veux jamais te lever, c'est toujours moi qui doit venir te voir. — Oh ! Si je pouvais me lever, je me lèverais bien, oui ! — Oh ! Tu es un fénian, autrement tu te lèverais, oui ! et tu ferais des sauts dans ta chambre. Tiens, tu es un fripon, tu fais le malade pour manger ce qui est bon. Eh bien moi, je ne t'aime plus parce que tu es un fénian[85]. » Jean-Marie se prend au jeu de ce « chantage affectif », il mange et sa santé s'améliore rapidement. En ville la nouvelle d'un « miracle » se répand, tandis que chez ceux qui ont besoin d'un miracle pour croire aux apparitions, l'espoir renaît après la déception concernant Eugénie Troy. Le 15 mars, l'abbé Peyramale vient avec ses deux vicaires et constate une amélioration notable, tout en considérant qu'il faut attendre un rétablissement complet pour se prononcer[85].

Interrogatoire du 18 mars[modifier | modifier le code]

L'avocat Romain de Capdevielle, rédacteur au Mémorial des Pyrénées et fiancé de Marie Dufo, une lourdaise fervente admiratrice de Bernadette, publie les 9 et 16 mars deux articles par lesquels il fait l'éloge de la voyante de Lourdes qui reste, selon lui, « toujours aussi simple et aussi naïve qu’auparavant[86]. » Ces articles associés aux nouvelles concernant Jean-Marie Doucet, relancent la ferveur populaire. Les cierges se font plus nombreux à la grotte, on y laisse des dons[87], on boit l'eau de la source, une Vierge de plâtre est déposée dans la cavité où apparaissait Aqueró. La grotte est devenue un lieu de culte illicite[88].

Le procureur Vital Dutour s'inquiète aussi de ce que désormais, des notables de Lourdes font preuve d'un intérêt pour Bernadette qui peut aller jusqu'à la ferveur. Dans un rapport du 17 mars, il note ainsi à propos de M. Dufo, batonnier des avocats et conseiller municipal : « Il lui baise la main et l'appelle la sainte[89]. » Dutour semble surtout avoir été gêné par l'attitude de M. Pougat, le président du tribunal. C'est la personne la plus haut-placée dans la petite administration judiciaire de Lourdes, et il a commencé à donner des conseils à la famille Soubirous pour faire face aux menaces judiciaires que continuait d'agiter le procureur à leur encontre. Le procureur ne s'autorise pas à le dénoncer autrement qu'à mots couverts[89].

C'est dans ce contexte que, le 18 mars, Bernadette est convoquée pour un nouvel interrogatoire devant un aréopage qui rassemble le procureur, le commissaire, le maire et le secrétaire de Mairie. Les articles de Romain de Capdevielle servent de base à l'interrogatoire et Bernadette en confirme les affirmations : cela lui a demandé de faire bâtir une chapelle et lui a confié des secrets. La rumeur et la curiosité enflent au sujet de ces secrets et Bernadette indique : « Cela m'a défendu de les révéler à qui que ce soit, Cependant je puis dire qu'ils n'ont rien de terrible et qu'ils ne regardent que moi[89]. » On lui pose des questions sur les guérisons. Elle déclare « Je ne crois pas avoir guéri qui que ce soit, et je n'ai du reste rien fait pour cela[89]. » Viennent ensuite les habituelles questions concernant le physique de l'apparition : sa taille, son âge, son allure, sa position, avait-elle des souliers, etc. Concernant les demandes faites aux prêtres pour la procession et la chapelle, Jacomet qui a remplacé le secrétaire de Mairie à l'écritoire au cours de l'interrogatoire note une réponse incertaine : « je ne sais pas si c'est une procession ou une chapelle, je n'en suis pas sûre. Je fus trouver Monsieur le curé qui me dit qu'on ne pourrait rien faire jusqu'à ce qu'il y ait une remarque quelconque, que la Vierge, par exemple, fît fleurir le rosier qui est devant la grotte[89]. » Les interrogatoires ayant eu lieu durant la quinzaine des apparitions débouchaient sur l'injonction faite à Bernadette de ne plus se rendre à la grotte. La question n'est plus vraiment à l'ordre du jour dans la mesure où Bernadette n'y va plus. Jacomet note cette réponse prudente : « Je ne sais pas si je reviendrai davantage à la grotte[89]. »

Cet interrogatoire s'est déroulé de façon très conciliante. Le procureur Dutour semble être rassuré et se croit autorisé à écrire au procureur général : « Elle a promis de ne plus y reparaître [à la grotte] et de ne plus prêter à l'abus que la crédulité et la mauvaise foi font de ses actions et de sa personne[89]. » Cette remarque du procureur, même si elle force le trait par rapport aux déclarations de Bernadette, témoigne de ce que sa sincérité n'est plus guère remise en cause. À défaut d'être convaincu de la réalité des apparitions, les interlocuteurs de Bernadette se persuadent qu'elle croit sincèrement avoir vu et entendu quelque chose. Cette enquête établit aussi que les Soubirous ne tirent aucun profit de la ferveur populaire[89].

Apparition du 25 mars[modifier | modifier le code]

Jeudi 25 mars, c'est le jour de l'Annonciation. Le bruit circule que Bernadette se rendra à la grotte à l'occasion de cette fête mariale, ce qui se produit effectivement. Dès cinq heures du matin, alors qu'elle rejoint la grotte avec quelques membres de sa famille, une centaine de personnes et le commissaire Jacomet s'y trouvent déjà[90]. L'apparition dure plus d'une heure. Bernadette qui était venue avec le cierge de sa tante Lucile voudrait laisser quelque chose à la grotte. Elle obtient la permission de laisser ce cierge qu'elle cale parmi ceux qui s'y trouvent déjà[91]. Sur le chemin du retour, elle est pressée de questions et confie que l'apparition lui a dit : « Que soy era Immaculada Councepciou[92]». » (Je suis l'Immaculée Conception.) Bernadette court répéter ces paroles au curé, l'abbé Peyramale, qui se montre perplexe : « Une dame ne peut pas porter ce nom là. » Les mots « Immaculée Conception » font penser au dogme de Marie conçue exempte de la souillure du péché originel, dogme proclamé quatre ans plus tôt par le pape Pie IX. Mais ces mots ne sauraient désigner une personne : on appelle Marie « Mère immaculée » ou « Vierge immaculée »[93],[94]. Le curé ne sait pas quoi lui dire. Attendant sa réponse, Bernadette lui précise « Elle veut toujours sa chapelle ». Peyramale dit à Bernadette de rentrer chez elle, qu'il la verra plus tard[91].

Le soir, Bernadette va chez Jean-Baptiste Estrade, à qui elle décrit la scène : l'apparition lui sourit, elle lui demande par quatre fois : « Mademoiselle, voulez vous avoir la bonté de me dire qui vous êtes s'il vous plaît ? ». Bernadette mime ensuite l'apparition qui étend ses mains vers le sol, les lève pour les rejoindre sur la poitrine, monte son regard vers le ciel et dit « Je suis l'Immaculée conception. » Estrade est très ému, et il explique à Bernadette que ces mots s'appliquent à la Vierge Marie[91].

Les défenseurs de l’authenticité des apparitions assurent qu'une bergère illettrée ne pouvait inventer cette expression. Et, de fait, elle n’eut pas besoin de l’inventer puisque l’on avait placé entre elle et sa "vision" une belle statue de "l'Immaculée Conception"[95]. Bernadette dit même que la Vierge regardait cette statue avec plaisir[96].


Visite médicale du 27 mars[modifier | modifier le code]
Le préfet Oscar Massy.

Le baron Oscar Massy, préfet de Tarbes, est au fait de ce qui se passe à Lourdes depuis le mois de février par les nombreux rapports qu'il reçoit sur le sujet. Il craint que ce « fatras de superstitions » ne déconsidère la « vraie » religion[97]. Sa première initiative dans cette affaire est de demander à trois médecins d'examiner Bernadette en vue d'établir un certificat pour son internement comme malade mentale. Le 27 mars, les médecins examinent Bernadette, constatent son asthme et cherchent une maladie nerveuse ou psychique pour répondre à la question du préfet : « Cette enfant est-elle sous le coup d'une maladie mentale ? Y a-t-il nécessité de la faire traiter[98]? » La réponse sur laquelle les médecins mettront quatre jours à s'accorder est extrêmement embarrassée. Ils y inventent la notion de « maladie » qui « ne peut faire courir aucun risque à la santé[98]. » Et ils estiment qu'il n'est pas indispensable d'envisager de la traiter : « Il est vraisemblable, au contraire, que, lorsque Bernadette ne sera plus harcelée par la foule, qu'on ne lui demandera plus des prières, elle cessera de songer à la grotte et aux choses merveilleuses qu'elle raconte[98] ». Pour René Laurentin les embarras de la réponse des médecins relèvent de la diplomatie : il s'agit d'une part de ne pas aller contre l'hypothèse du préfet, pour qui Bernadette est indubitablement atteinte d'une maladie mentale, tout en recommandant d'ajourner un internement qui ne se justifiait pas à leurs yeux[98].

Apparition du 7 avril[modifier | modifier le code]

Début avril, après un temps où les Soubirous se sont faits aussi discrets que possible, des bruits commencent à courir selon lesquels Bernadette se rendra prochainement à la grotte. Le 2 avril, 300 personnes l'y attendent, mais Bernadette n'y vient pas. Même chose le 6 avril. Ce jour-là, Bernadette se rend avec sa famille au village d'Adé, à l’invitation de l'ancien Maire, Blaise Verger dit « Blazy », qui s'était senti soulagé de ses rhumatismes par l'eau glaciale de Massabielle. Bernadette désirait se rendre à la grotte mais elle ne pouvait pas échapper à la surveillance dont elle était l'objet à Lourdes. Le fils de Blaise Verger propose alors de l'amener à la grotte depuis Adé le lendemain matin. Le mercredi 7 avril, Bernadette est agenouillée à Massabielle où une centaine de personne sont présentes.

Blazy a fourni à Bernadette un gros cierge dont elle pose la base à terre tandis qu'elle joint les mains à son sommet pour en protéger la flamme. Ce cierge sera le centre de toutes les attentions. En cours d'apparition, le docteur Dozous constate que la flamme du cierge lèche sa main sans la brûler. Il se convertira ce jour là aux apparitions, faisant grand cas et grand bruit de cette affaire de mains et de flamme : « Miracle pour certains, hallucination pour d'autres ou encore phénomène naturel explicable, ce mince évènement devint l'un des aspects les plus contestés des visions. »[99]. Le soir une paroissienne vient trouver Bernadette, lui fait fermer les yeux, et lui place, sous le regard médusé des témoins qui sont là, un cierge entre les mains. Bernadette retire immédiatement ses mains en criant qu'elle se brûle et s'en va. D'autre tenteront la même expérience : lui mettre une flamme sous la main pour voir si ça la brûle, mais Bernadette ne se laissera plus avoir une seconde fois.

L'affaire du cierge a éclipsé toutes autres considérations sur cette dix-septième apparition. Dans ses témoignages, Bernadette évoque une conversation dont elle ne donne pas le teneur si ce n'est qu'elle répète qu'« Elle veut toujours sa chapelle. »

Épidémie de visionnaires et séjour à Cauterets[modifier | modifier le code]

Bernadette ne donne pas satisfaction à une attente de merveilleux grandissante[100]. Elle répond de façon laconique et continue de décevoir ceux qui, parmi les fervents des apparitions, voudraient des miracles et des signes, comme ceux qui attendaient de Bernadette une attitude qui, selon leurs vues, par sa piété, sa délicatesse ou son élégance, conviendrait à celle à qui la Reine des cieux daignerait se monter.

Une jeune fille en extase à Lourdes, lors de l'« épidémie de visionnaires » entre avril et juillet 1858.

Le 11 avril, quatre jours après la précédente apparition, cinq femmes prises dans l’effervescence qui saisissait nombre de personnes à Lourdes, se rendent à la grotte[100]. Cette grotte comporte trois cavités : celle du bas, la plus large, là où coule la source ; celle du haut, visible aussi de l'extérieur, dans laquelle se tient l'apparition et qui communique avec la cavité inférieure, et enfin, une troisième cavité qui s'enfonce dans le rocher depuis un boyaux étroit qui s'ouvre à trois mètre du sol, au fond de la cavité principale. Cette cavité possède une stalactite qui a approximativement les proportions d'une personne debout. Étant parvenues à se glisser dans cette cavité, les femmes y voient la lumière de leur cierge vaciller sur la stalactite et reviennent profondément bouleversées à Lourdes raconter leur apparition. Commence alors une « épidémie de visionnaires », durant laquelle des jeunes filles de Lourdes se tenaient en extase un chapelet dans les mains. Jean-Baptiste Estrade déclarait de l'extase de Joséphine Albario : « Ceux qui n'y croient pas sont de la canaille[100] ». La multiplication du nombre de visionnaires à Lourdes donne du repos à la famille Soubirous chez laquelle les visiteurs se font plus rares. Pendant ce temps Bernadette est malade et alitée. Profitant de ce calme, quelques religieux dont le frère Léobard, directeur de l'école, viennent recueillir ses propos pour établir des récits suivis et détaillés des faits et de ses déclarations[100].

Le 4 mai, le préfet se rend à Lourdes. Durant cette visite, le commissaire Jacomet fait retirer de la grotte les objets religieux[101] tandis que le préfet déclare dans son discours que : « Toute personne qui se dit visionnaire sera immédiatement arrêtée et conduite à l'hospice de Lourdes[100]. » Cette menace est la réaction officielle à l'épidémie de visionnaires, mais elle pourrait aussi atteindre Bernadette dans la mesure où il suffirait qu'on lui demande si elle a vu pour obtenir d'elle la déclaration qui permettrait de la faire interner.

Cauterets.

C'est probablement sur les conseils du président du tribunal, M. Pougat, que Bernadette est mise à l'abri en étant envoyée se reposer aux bains de Cauterets à partir du 8 mai[100]. Le préfet n'est informé de ce départ que le 15 mai. Il ordonne immédiatement à la police locale de la surveiller et de le tenir informé. Dans son rapport le commissaire de Cauterets écrit : « Plusieurs personnes l'ont questionnée sur ses prétendues visions. Elle persiste dans son premier dire. Plusieurs malades s'y sont adressés ; mais elle s'est bornée à leur répondre que, s'ils croyaient en Dieu, ils obtiendraient leur guérison ; elle a toujours refusé toute rétribution[100] ».

Lorsqu'elle revient à Lourdes, le 22 mai, Bernadette redevient le centre de l'attention et des conversations. Le commissaire Jacomet qui en informe le préfet note cependant aussi dans son rapport : « Pas de trouble. Pas de désordre à constater[100] ». Bernadette poursuit sa préparation à la première communion en essayant de mémoriser le catéchisme questions-réponses tel qu'il s'enseignait à l'époque. L'abbé Peyramale qui avait interdit à Bernadette de retourner à la grotte note avec satisfaction la réponse qu'elle fait devant lui lorsqu'une dame de la paroisse lui demande ce qu'elle ferait si le sainte Vierge lui ordonnait d'aller à la grotte : « Je viendrais demander la permission à Monsieur le curé. »

Lorsque, le 3 juin, Bernadette fait sa première communion dans la chapelle de l'hospice, elle est très observée par les fervents des apparitions[102]. Dans Le Rosier de Marie publié la semaine suivante, des admirateurs s'épanchent sur leur adulation : « Il fallait la voir, Monsieur l'abbé ! C'est un ange du ciel. Je la vois tous les jours et je n'en suis pas satisfait, car je voudrais sans cesse l'étreindre dans mes bras, elle aussi est une petite rose mystique qui nous enivre de ses parfums d'innocence et de candeur[103] ».

L'installation de barrières et la dernière apparition[modifier | modifier le code]

Lorsque le préfet Oscar Massy avait fait enlever les objets de culte de la grotte, il agissait, au motif que leur présence relevait de l'établissement illégal d'un lieu de culte. Le commissaire Jacomet se rendait depuis régulièrement à la grotte pour y ramasser les images, les cierges et les chapelets y revenant sans cesse. Le 7 juin, un ordre de la préfecture parvient à la mairie de Lourdes : il faut interdire l'accès à la grotte. Le maire exécute cet ordre en rédigeant un arrêté prescrivant la fermeture de la grotte. Le 15 juin des barrières sont installées devant la grotte. Ceux qui avaient été réquisitionnés par le commissaire pour les installer retournent de nuit à Massabielle pour jeter poutres et planches dans le Gave. Reconstruite le 28 juin, cette barrière est à nouveau démolie dans la nuit du 4 au 5 juillet puis rétablie le 10 juillet[104].

Des procès verbaux sont dressés à ceux qui s'approchent de la grotte. Des pétitions contre les autorités circulent alors dans Lourdes où, selon René Laurentin, « on s'honore d'un procès verbal comme d'un diplôme de confesseur de la foi[104] ». Dans ce contexte, Bernadette incite à ne pas braver l'autorité et à faire preuve de patience[104]. Sur les conseils de Pougat, le président du tribunal de Lourdes, celles qui avaient été condamnées à Lourdes pour s'être rendu à la grotte font appel à Pau. Elles sont acquittées le 15 juillet. Dans l'esprit des Lourdais, le préfet avait perdu son procès.

Le 16 juillet, Bernadette qui ne voulait pas avoir de permission à demander, ni enfreindre une interdiction quelle qu'elle soit, se sentait néanmoins attirée d'aller prier à la grotte. Sans en parler au reste de sa famille, elle convient avec sa tante, Lucile Castérot, d'enfiler une pèlerine sous laquelle elle se cache, puis avec deux autres congréganistes, elles vont dans le pré de Ribière, en face de la grotte, de l'autre côté du Gave. D'autres Lourdais avaient pris l'habitude de venir prier en ce lieu d'où l'on voit très bien la grotte et qui n'était soumis à aucune interdiction. Elles se mettent à genoux pour dire le chapelet. Bernadette dira qu'elle a été comme transportée vers la grotte, « sans plus de distance qu'autrefois », et qu'elle ne voyait que la sainte Vierge[105]. Celles qui l'accompagnent lui demandent : « Que t'a-t-elle dit ? » - « Rien » répond Bernadette. Cette apparition est passée totalement inaperçue à Lourdes[106]. Selon Ruth Harris, « L'éloignement de Bernadette lors de cette dernière rencontre préfigure sa marginalisation croissante. Sa mission était achevée et la direction du sanctuaire passa très vite dans des mains plus orthodoxes[107]. »

À Lourdes entre 1858 et 1866[modifier | modifier le code]

Les visiteurs de juillet 1858[modifier | modifier le code]

Paul-Armand Cardon de Garsignies, évêque de Soissons.

Durant l'été, saison à laquelle les stations thermales des Pyrénées sont fréquentées par une clientèle aisée, Lourdes reçoit la visite de nombreuses personnalités qui n'ont qu'une halte ou un petit détour à faire pour voir la grotte et Bernadette. Le 17 juillet, Charles-Thomas Thibault, évêque de Montpellier, décide de s'arrêter à Lourdes en revenant de Cauterets. Ce prélat parle occitan et n'a ainsi aucune difficulté à communiquer avec Bernadette. Elle l'appelle « Monsieur le curé », c'est la première fois qu'elle rencontre un évêque. Au terme d'un entretien au cours duquel l'évêque s'est pris de sympathie pour Bernadette, il veut lui offrir quelque chose et lui donne son chapelet, un chapelet précieux à monture d'or. Bernadette le refuse tout en trouvant les mots pour ne pas l'offenser. Deux heures à peine après être arrivé à Lourdes, Thibault décide de se rendre à Tarbes pour y rencontrer Mgr Laurence et lui parler de Bernadette. Le 20 juillet c'est au tour de Paul-Armand Cardon de Garsignies, l'évêque de Soissons de venir à Lourdes. Comme l'évêque de Montpellier, il décide, à la suite de sa rencontre avec Bernadette, de se rendre immédiatement à Tarbes pour pousser l'évêque, Mgr Laurence, à « faire quelque chose ». Les deux évêques vont ensuite ensemble consulter l'archevêque d'Auch Antoine de Salinis, qui était alors en repos à Bagnères. Sur place ils sont rejoints par la plume la plus influente de la presse catholique française : Louis Veuillot, rédacteur du quotidien ultramontain L'Univers, qui vient de passer à Lourdes pour y prendre des contacts et des renseignements. Le 22 juillet, les trois évêques et le journaliste quittent ensemble Bagnères pour aller tenir conseil à Tarbes.

Louis Veuillot

Le 28 juillet fut une journée décisive. Alors que l'évêque de Tarbes signait une « Ordonnance constitutive d'une commission d'enquête sur les apparitions », Louis Veuillot retourne à Lourdes, déjà très informé des tenants et aboutissants de l'affaire. Cette fois il veut rencontrer Bernadette. Veuillot, « publiciste » au sommet de sa célébrité (on dit aujourd'hui « écrivain-journaliste »), est suivi par de nombreux admirateurs. Il organise une réunion publique au cours de laquelle il interroge Bernadette, l'abbé Pomian faisant l'interprète. Au terme de l'entretien, lorsque Bernadette a pris congé, Veuillot déclare « C'est une ignorante. Mais elle vaut mieux que moi. Je suis un misérable. » Le 28 août suivant, Veuillot publie dans L'Univers, en première page et sur cinq colonnes, une relation détaillée des apparitions de Lourdes, assurant ainsi une célébrité internationale à ces évènements.

Le 28 juillet, Louis Veuillot s'est aussi rendu à la grotte. Devant la barrière il s'exclame : « On veut donc empêcher les gens de prier le Bon Dieu, ici ! » Il n'est pas la seule personnalité à venir y prier ce jour-là. Parmi celles présentes à Lourdes, se trouve une dame de la cour, la veuve de l'Amiral Bruat, Caroline Félicité Peytavin d'Aulx, alors gouvernante des enfants du couple impérial. Il est difficile pour un fonctionnaire de police locale de dresser un procès-verbal à de telles personnalités. Ainsi Pierre Callet le garde-champêtre se contente de relever les noms. Après avoir écrit sur son carnet : « La Mirale Bruat, Gouverneuze des enfants de France », il l'accompagne aimablement à la grotte, puis il va raconter ses aventures au maire. Le maire consulte alors le préfet pour lui demander ce qu'il faut faire en pareil cas. Le préfet répond qu'il ne faut surtout pas engager de poursuites. Le maire lui fait alors savoir qu'il a bien compris que les ordres étaient de ne pas appliquer la loi avec la même rigueur pour tous.

Réouverture de la grotte[modifier | modifier le code]

Depuis les acquittements du 15 juillet, les procès verbaux ne donnent plus lieu à aucune poursuite, mais, dans la mesure du possible, ils continuent à être établis pour leur rôle dissuasif. Le 9 septembre, le bruit court à Lourdes que l'empereur a envoyé un télégramme de Biarritz, demandant de rouvrir le sanctuaire. La visite à la grotte du comte de Tascher, un cousin de l'empereur, ne fait qu'attiser la rumeur[108]. Le 18 septembre, la grotte ouvre brièvement, puis est a nouveau fermée[108]. Le 24 septembre, Achille Fould, ministre d'État, arrive à Lourdes. Les autorités locales en déduisent que la grotte ne constitue pas une menace aux yeux de l'empereur. Le 5 octobre, elles donnent l'ordre de la rouvrir définitivement[109].

l'impératrice et le prince impérial

Il été affirmé, dans les biographies et les hagiographies de Bernadette Soubirous, que Napoléon III avait finalement ordonné au préfet Massy de faire libérer l'accès à la grotte sous la pression de son entourage : celle de l'impératrice Eugénie notamment. Des bruits ont aussi couru sur la guérison miraculeuse de l'unique fils de l'empereur grâce à une herbe cueillie par l'Amirale Bruat lors de sa visite à la grotte. Il est certain que Louis Napoléon, alors âgé de deux ans, n'est pas mort en 1858, mais rien n'atteste non plus qu'il ait été en péril de mort ou même seulement malade à ce moment-là. La présence de personnes de l'entourage de la famille impériale à Lourdes au moment où l'accès à la grotte était entravé d'une barricade est un fait, mais la raison pour laquelle Napoléon III a donné l'ordre de l'enlever semble lié à des considérations plus stratégiques et politiques. Paul-Armand Cardon de Garsignies, l'évêque de Soissons qui au mois de juillet avait poussé l'évêque de Tarbes à mettre en place la commission d'enquête, s'est rendu ensuite à Biarritz où le couple impérial passait ses vacances. Au moment où l'opinion publique française était agitée par la question romaine, Napoléon III souhaitait ménager les catholiques français, parce qu'il voulait désengager les troupes françaises qui protégeaient l'État pontifical et s'engager militairement aux côté de Cavour. L'État Pontifical était alors réduit à la seule ville de Rome et n'avait aucun moyen de résister à la poussée des partisans de l'unité italienne sans le soutien de l'armée française. Le retrait des troupes françaises signifiait donc automatiquement la fin de l'État pontifical, et peut-être celle de la papauté. En demandant à l'Empereur qu'il fasse lever l'interdiction qui pesait sur la grotte, Garsignies offrait à Napoléon III l'occasion de faire un geste favorable envers les catholiques : Lourdes contre Rome.

Au niveau des autorités locales, Mgr Laurence était brouillé avec le préfet Massy depuis que celui-ci avait permis la construction d'une écurie à Tarbes sur le site d'un sanctuaire confisqué et détruit pendant la Révolution. Il n'y a ainsi eu aucune concertation entre l'évêque et le préfet sur l'affaire de Lourdes, l'un et l'autre ayant suivi leur propre voie sans s'accorder, mais sans s'opposer non plus. En appliquant les consignes du ministère des cultes, le préfet avait été amené à s'enfermer de façon de plus en plus rigide dans une attitude de rejet, tandis que l'évêque était resté sur la réserve en établissant une procédure d'enquête qui lui permettait de différer autant que nécessaire le moment où il aurait à se prononcer. Durant le deuxième semestre de l'année 1858, des divergences de vue entre le ministre de l'Intérieur et le ministre du Culte avaient ajouté à la confusion. Nul ne savait plus quelle était la position officielle du préfet, du ministre ou de l'empereur au sujet de la grotte. Au moment où Napoléon III intervient pour faire lever l'interdiction en vigueur jusque là, le préfet est, de fait, désavoué. Dès lors, l'évêque est la seule autorité en situation de donner un avis officiel. L'affaire voit ainsi, plus de quarante ans avant la loi de séparation entre l'Église et l'État, le pouvoir civil abandonner ses prérogatives aux autorités religieuses sur une question religieuse.

Déconsidéré dans son département, Oscar Massy est remplacé par Etienne Henry Garnier, jugé plus accommodant sur les affaires religieuses, sur ordre direct de Napoléon III, Il est déplacé à Grenoble[110] où il meurt quelques mois plus tard[111]. Il emporte avec lui tous les documents qui permettraient de savoir comment il a géré cette affaire. Ces archives resteront inconnues jusqu'à ce que René Laurentin les retrouve un siècle plus tard[111]. Le commissaire Jacomet est lui aussi muté, avec une promotion. Il va en Avignon où il poursuit sa carrière et s'illustre par ses compétences. Selon Ruth Harris, l'empereur dont la politique protégeait les possédants de toute explosion sociale, a laissé des fonctionnaires tels que le préfet endosser l'impopularité, tout en prenant soin de se façonner une image de protecteur des humbles[112]). Elle estime aussi que la réouverture de la grotte est l'aboutissement d'une coïncidence d'intérêts entre les Lourdais, un nouvel électorat catholique et la politique régionale de l'empereur. Sur le plan national, l'alliance entre les Lourdais et l'élite parisienne signifie que le monde pyrénéen, riche de son histoire, imprime sa marque spirituelle et politique sur le reste du pays[113].

Commission d'enquête et reconnaissance des apparitions par l'évêque[modifier | modifier le code]

Bertrand-Sévère Laurence, évêque de Tarbes.

L'abbé Pomian déclarait « La meilleur preuve de l'apparition, c'est Bernadette elle-même. » Il exprimait ainsi un sentiment qui avait aussi été celui de Veuillot, des évêques de Soissons ou de Montpellier et d'un grand nombre de ceux qui sont allés à Lourdes et y ont rencontré Bernadette avant de se prononcer en faveur des apparitions. Bertrand-Sévère Laurence, l'évêque de Tarbes, rencontra Bernadette pour la première fois le 5 février 1860, soit environ deux ans après les apparitions, et il n'a laissé dans ses notes où il signale cette entrevue, aucune remarque ou impression sur celle qu'il avait rencontré. Dans l'ordonnance du 28 juillet 1858 qu'il avait rédigé pour établir une commission d'enquête, il distinguait trois types de personnes : celles qui estimaient a priori qu'il ne pouvait pas y avoir de faits surnaturels ou de miracle, celles qui suspendaient leur jugement et celles qui se déclaraient d'ores et déjà convaincues de la surnaturalité des faits et qui espéraient un avis favorable de l'évêque. Incitant ces derniers à s'en remettre au jugement de l'Église « quel qu'il soit » l'évêque orientait les futurs travaux de la commission sur le problème de la constatation de « faits surnaturels ». Il s'agissait selon Jacques Perrier de « vérifier la santé mentale de Bernadette, la permanence de l'impact spirituel des apparitions et la solidité des guérisons[114] ».

Les travaux de la commission d'enquête se poursuivent durant trois ans et demi, puis, le 18 janvier 1862, l'évêque de Tarbes publie un mandement : « Nous jugeons que l'Immaculée Marie, Mère de Dieu, a réellement apparu à Bernadette Soubirous, le 11 février 1858 et les jours suivants, au nombre de dix-huit fois, dans la grotte de Massabielle, près de la ville de Lourdes ; que cette apparition revêt tous les caractères de la vérité, et que les fidèles sont fondés à la croire certaine[115]. Nous soumettons humblement notre jugement au Jugement du Souverain Pontife, qui est chargé de gouverner l'Église universelle. » Dans le même texte, Mgr Laurence explique sa décision. Il estime que jamais durant l'enquête Bernadette n'a cherché à le tromper, il juge son récit cohérent : « Notre conviction s’est formée sur le témoignage de Bernadette, mais surtout d’après les faits qui se sont produits et qui ne peuvent être expliqués que par une intervention divine[115]. » Il détaille alors les « faits merveilleux » survenus à Lourdes depuis la première apparition, produits par une apparition « surnaturelle et divine[115] ». Les attendus de ce mandement entérinent l'idée selon laquelle la constatation de la probité de Bernadette était importante, mais que c'est « surtout[116] » la constatation de fait « qui ne s'explique que par une intervention divine » qui justifie la reconnaissance de ces apparitions ; Les apparitions à Bernadette ne sont pas oubliées, mais ce sont désormais les miracles et les guérisons qui sont placées au centre du pèlerinage. La décision de l'évêque permet aussi de répondre aux deux demandes formulées au cours des apparitions : la procession et la chapelle. L'abbé Peyramale est chargé de mettre en place une infrastructure pour des pèlerinages officiels, et de lancer la construction de ce qui deviendra la basilique de l'Immaculée-Conception[117].

Pensionnaire à l'hospice de Lourdes[modifier | modifier le code]

Jusque juin 1860, Bernadette vit dans sa famille. Les Soubirous ont quitté le cachot vers septembre 1858 pour vivre dans une pièce plus grande de la maison Deluc. Peu après, début 1859, l'abbé Peyramale s'étant porté caution, François Soubirous peut louer le Moulin Gras et reprendre son métier de meunier. Durant cette période, Bernadette travaille comme garde d'enfants, elle tente de combler son retard scolaire avec l'aide d'Augustine Tardhivail qui l'enseigne bénévolement, et elle joue son rôle d'aînée à la maison dans les tâches ménagères et vis-à-vis de ses frères et de sa sœurs. Enfin, elle répond aux innombrables questions sur les apparitions, rencontrant des visiteurs même lorsqu'elle est malade et alitée.

Un an après les apparitions, environ 30 000 personnes sont passées à Lourdes. Seules ou en groupe, la plupart ont voulu rencontrer ou du moins apercevoir Bernadette car ils viennent pour elle plus que pour la grotte[118]. Bernadette fait l'objet d'un culte populaire qui tourne à la « foire d'empoigne[119] ». Dans un premier temps, il n'existe aucune restriction pour rencontrer Bernadette. Si la plupart des rencontres se passent sans problème, Bernadette doit souvent faire face à d'embarrassantes effusions affectives, à des pressions pour obtenir des reliques (mèche de cheveux, chapelet, fils de ses vêtements, etc.), et parfois à de l'agressivité ou de la bizarrerie. L'abbé Peyramale et le maire cherchent un moyen de mettre fin à ce tumulte[120].

L'idée selon laquelle Bernadette pourrait vivre à l'hospice tenu par les sœurs est née dès l'automne 1858, mais Bernadette souhaitait rester chez ses parents. La proposition en reste donc là, tandis que l'on indique avec plus ou moins de succès aux pèlerins qu'ils doivent d'abord passer au presbytère pour obtenir l'autorisation d'aller voir Bernadette. Au printemps 1860, avec l'augmentation saisonnière du nombre de visiteurs, l'entrée de Bernadette en pension à l'hospice des sœurs de la Charité se décide[120]. C'est le maire Anselme Lacadé, qui trouve la solution administrative et financière. L'hospice est un lieu d'accueil des malades en même temps qu'une école. Le maire qui subventionne cette institution propose que Bernadette y soit admise gratuitement comme malade indigente en raison de sa santé fragile tandis que tous les aménagements nécessaires à la poursuite de son éducation scolaire et ménagère pourront être pris au sein de cette institution. Désormais, il n'est plus possible de voir Bernadette sans en faire préalablement la demande au presbytère, et Bernadette ne peut plus sortir de l'hospice sans l'accord du curé. Cette interdiction de sortie visant surtout à encadrer les demandes faites pour « voir la voyante », une exception permanente est prévue pour qu'elle puisse librement visiter ses parents, mais elle doit toujours être accompagnée d'une sœur. Lorsque les visites de Bernadette dans sa famille poseront des difficultés aux sœurs, Bernadette leur rappellera avec ténacité la promesse qu'elle pourrait y aller librement.

La décision de placer Bernadette à l'hospice a été l'objet de longues négociations et de désaccords entre ceux qui en furent partie prenante. Dominiquette Cavenaze, le maire et le curé y ont poussé ; les parents Soubirous y ont consenti malgré leur réticences, de même que les sœurs de Nevers ; le docteur Dozous, qui s'était autoproclamé médecin attitré et bénévole de Bernadette, s'est élevé contre cette décision : « Quoi ! Confier Bernadette à cette supérieure, une incrédule ! [...] Bernadette est en de mauvaises mains. À tout prix, il faut qu'elle en sorte ! » Néanmoins le docteur Dozous perdait peu à peu toute crédibilité, à mesure qu'il perdait son discernement de médecin lorsqu'il s'agissait de constater des guérisons et des miracles. Anne Bernet, considère que ce placement visait à soustraire Bernadette à son milieu familial, celui des Soubirous et des Castérot, qui reste très défavorablement considéré pour sa moralité et ses mœurs par les notables locaux. René Laurentin insiste pour sa part sur la nécessité qu'il y avait de protéger Bernadette des visites incessantes, tout en permettant aux nombreux pèlerins de la rencontrer. Bernadette reste en effet, selon un avis largement partagé, « la meilleure preuve des apparitions ». Le placement de Bernadette à l'hospice, loin de mettre fin aux visites, les pose dans un cadre réglé par les horaires de l'école et de l'hospice. On obtient facilement l'autorisation de la rencontrer au parloir tandis qu'il n'est plus question de venir voir Bernadette à n'importe quelle heure, ou encore de l'emmener à l'improviste pour la monter à Cauterets ou à Bagnères comme que cela s'était fait.

Bernadette n'a pour sa part pas fait de difficultés pour entrer en pension : elle a obéi. Elle le vécut cependant comme une forme de déracinement. Selon l'expression de René Laurentin : « Bernadette, plante de pleine terre, est repiquée en serre. » Ce qu'elle perd notamment à ce moment-là, c'est son rôle d'aînée. Un rôle important dans son milieu social et familial qui lui donnait autorité et responsabilités. Chez les Soubirous, la « grande sœur » avait à s'occuper des plus jeunes au quotidien, à l'hospice, elle devient celle dont on s'occupe.

Au sein de l'hospice, l'école fonctionne avec deux systèmes. La classe gratuite pour les indigents est externe. Les élèves y viennent irrégulièrement et ils ne peuvent accéder autres parties de l'hospice. Les classes payantes sont quant à elles intégrées au reste de la maison. Vivant à l'hospice, Bernadette doit rejoindre l'une des deux classes payantes : celle des « demoiselles de la bourgeoisie » ou la « seconde classe », celle filles de familles plus modeste. Bernadette qui aurait souhaité rester avec les indigents, rejoint la « seconde classe ». Peu après l'entrée de Bernadette à l'hospice, l'abbé Bernadou réalise les premiers clichés. Il le fait sans aucune intention commerciale, avec le souhait de fixer l'extase de Bernadette.

Quatre des six premiers clichés de Bernadette Soubirous pris par l'abbé P. Bernadou en 1861 ou 1862.

Bernadette a seize ans lorsqu'elle entre à l'hospice. Bien que son retard scolaire soit important, elle fait des progrès rapides en lecture et en écriture, apprenant ainsi le français. Elle est douée pour la couture et la broderie. Du point de vue des sœurs, sa piété est irréprochable bien qu'elle ne fasse pas preuve d'un zèle particulier à cet égard. Tous les quinze jours, elle participe à la réunion des Enfants de Marie, et, comme le veulent les instructions de ce mouvement, elle dit personnellement le chapelet deux ou trois fois par jours. Sur l'insistance des sœurs, elle essaie de se mettre à la médiation. Bernadette refuse de parler des apparitions quand ce n'est pas au parloir dans le cadre des fréquentes séances de témoignage prévus à cet effet. Selon les témoignages de ses amies, c'est une excellente camarade de classe. Elle fuit les conversations et les ambiances trop sérieuses, elle rit facilement et bruyamment. Petite pour son âge, elle se plaît à jouer avec les plus jeunes qu'elle. À dix-sept ans elle fait quelques coquetteries. En somme, c'est une élève ordinaire, elle a l'air heureuse, les sœurs en sont contente et tout se passe bien. En 1863, Bernadette a passé l'âge d'être en classe. Néanmoins, elle semble se trouver bien chez les sœurs et, à Mgr Forcade qui l'interroge sur son avenir, elle répond qu'elle n'envisage rien d'autre pour son avenir que de rester là, à faire des travaux ménagers ou à soigner les malades de l'hospice, ce qui est impossible si elle ne devient pas elle-même religieuse. En fait Bernadette cherche sa vocation religieuse, mais elle n'a encore rien décidé.

Vocation religieuse[modifier | modifier le code]

Le 4 avril 1864, jour de l'inauguration de la statue, est celui auquel Bernadette a annoncé à la mère Alexandrine Roques, supérieure de l'hospice de Lourdes, qu'elle voulait devenir religieuse chez les sœurs de la charité de Nevers. Cette décision de Bernadette a été longuement mûrie. Le premier témoignage d'un questionnement sur sa vocation religieuse remonte à la période des apparitions. Dans une lettre datée du 8 mars 1858, Adélaïde Monlaur raconte une conversation dont elle a été témoin entre Bernadette et le maire, Anselme Lacadé  :

« Monsieur le maire de Lourdes et plusieurs autres messieurs lui ont demandé quel état elle voudrait apprendre, si elle voulait apprendre l'état de courturière qu'on voulait payer, si elle voulait être repasseuse qu'on voulait aussi payer. Elle a répondu, après avoir réfléchi un instant qu'elle voulait être religieuse. Monsieur le maire lui a répondu : « Mais tu peux changer ? En attendant, il faut apprendre un état. » Elle dit : « Je ne changerai pas, cependant je veux faire ce que mon père et ma mère voudront. »

Elle dira plus tard à propos de son choix pour les sœurs de la charité de Nevers, « Je vais à Nevers parce qu'on ne m'y a pas attirée. » Au sujet de ceux qui ont cherché à attirer Bernadette, Sœur Alexandrine dénonce « l'amour-propre et […] la convoitise de tous les ordres religieux qui, même en notre présence, viennent souvent la solliciter[121] ». Si les sollicitations ont fait fuir Bernadette, il reste qu'elle a largement consulté son entourage : ses parents, ses tantes, l'abbé Pomian, l'abbé Peyramale, les sœurs de l'hospice et surtout ses amies qui étaient nombreuses à chercher en même temps qu'elle la communauté religieuse dans laquelle entrer. Les apparitions de Lourdes ont en effet suscité de nombreuses vocations de prêtres et de religieuses dans la jeunesse de Lourdes et des environs.

Jeanne Védère, la cousine de Bernadette, voulait elle aussi devenir religieuse, mais elle devait pour cela vaincre les réticences de ses parents. Dans sa correspondance avec Bernadette, il apparaît qu'elle était prête à entrer dans n'importe quelle communauté, envisageant d'en changer ensuite. Bernadette lui recommande de ne pas faire cela et ne prendre qu'un engagement qu'elle serait fermement résolue de tenir. Les différentes communautés envisagées par Jeanne Védère sont celles qui ont des maisons ou des couvents dans les environs. Ce sera naturellement aussi sur ces congrégations que Bernadette se posera des questions : le carmel, les filles de la charité et les cisterciennes notamment.

Bernadette a semble-t-il d'abord été attirée par l'idée d'une vie religieuse cachée. En ce sens la suggestion du Carmel lui est faite dès le printemps 1858. On l’emmène alors visiter le Carmel de Bagnères, mais plusieurs choses la rebutent. La première est qu'on lui fait comprendre qu'il sera possible de la dispenser partiellement de la règle car sa santé fragile ne lui permettrait pas de la vivre pleinement. Bernadette se fixe alors sur le sentiment qu'elle n'a pas à s'engager pour une règle qu'elle ne suivrait qu'à moitié. Les réticences de Bernadette semblent aussi dues aux encouragements pressants de Carmes et de carmélites pour qu'elle rejoigne leur ordre.

L'été 1861, une amie de Bernadette, Germaine Raval, qui était présente lors des apparitions, est revenue à Lourdes pour une dernière visite à sa famille avant son entrée définitive au couvent des filles de la Charité de Tarbes. Elle avait consulté Bernadette avant de prendre cette décision et Bernadette l'y avait encouragée. La supérieure du couvent des filles de la Charité, informée par Germaine Raval des bonnes dispositions de la voyante de Lourdes à l'égard de leur congrégations, a accompagné Germaine Raval pour ses adieux à sa famille. Elle voulait profiter de l'occasion pour faire des avances à Bernadette. À l'hospice, les filles de la charité lui font même essayer leur costume. Bernadette fait bonne figure, mais ne veut pas aller chez elles.

Au sein de l'hospice sœur Maria Géraud et Bernadette se sont profondément liées d'amitié. En 1863, la sœur s'inquiète beaucoup des sollicitations qui sont faites à Bernadette pour aller dans d'autres communautés que celle des sœurs de la Charité de Nevers. Elle en parle en pleurant et on lui fait remarquer qu'elle s'est trop attachée à Bernadette. La même année, elle est mutée à l’hôpital de Bagnères. Bernadette n'est toujours pas fixée à ce moment-là, mais elle fait au sein même de l'hospice des expériences décisives. Elle s'intéresse aux vieux et aux malades, notamment à « une femme déguenillée qui s'adonnait au vin. Elle était tombée dans un brasier, la tête la première, et s'était brûlée horriblement. Bernadette demanda à la voir et à la soigner. On le lui permit. Elle s'acquitta de sa tâche comme une infirmière très experte. Quand la femme fut sur le point de quitter l'hospice, Bernadette lui dit en riant : « Il ne faudra pas tant sifflets dorénavant. » » Bernadette soigne ainsi différentes personnes parmi les anonymes de l'hospice de Lourdes. Elle y prend goût et dit à Jeanne Vedrène qu'elle aime les pauvres, qu'elle aime soigner les malades et qu'elle restera chez les sœurs de Nevers. À ce moment, cela signifie simplement pour Bernadette qu'elle veut rester à l'hospice de Lourdes pour soigner les malades.

Théodore-Augustin Forcade, évêque de Nevers.

Théodore-Augustin Forcade était, en tant qu'évêque de Nevers, responsable de la congrégation des Sœurs de la charité de Nevers. Le 25 septembre 1863, il vient à Lourdes pour visiter l'hospice avec l'intention d'y rencontrer Bernadette. Le premier contact est fortuit. Bernadette a été chargée de sonner la cloche annonçant son arrivée. Elle y met toute son énergie si bien que l'évêque qui ne la connait pas lui dit en occitan « Pro, pro » (assez, assez). L'incident amuse beaucoup Bernadette qui rentre dans la communauté en riant : « Monseigneur parle patois. » L'évêque ignorait que c'était Bernadette, mais pour elle l'impression était bonne et l'évêque n'aura ensuite aucune difficulté à nouer un dialogue avec elle. Il vient d'abord la trouver dans la cuisine alors qu'elle épluche des légumes, puis il la retrouve au parloir où il la questionne sur les apparitions. Il lui demande ensuite ce qu'elle va devenir. « Mais rien ! » répond Bernadette qui lui explique qu'elle se trouve bien là, à l'hospice. Il lui dit que ce n'est pas possible de rester là comme une domestique tandis que Bernadette lui pose le problème de la dot si elle voulait renter chez les sœurs. L'évêque lui explique que lorsqu'une vocation est reconnue chez une fille pauvre, elle peut être reçue sans dot. Bernadette lui dit alors ce dont les sœurs lui ont rebattu les oreilles pour entretenir son humilité et dont elle s'est convaincue : « Je ne sais rien ... je ne suis bonne à rien. » L'évêque plaisante en lui disant qu'il avait remarqué qu'elle était au moins bonne à éplucher des légumes. Elle rit, il l'invite à y réfléchir, à prier et à consulter, et ils en restent là.

À partir du 4 avril 1864, jour où elle annonce pour la première fois sa décision, elle répondra invariablement qu'elle voulait entrer chez les sœurs de Nevers. Le père Sempé, chapelain du nouveau sanctuaire la trouble en lui faisant remarquer qu'elle aurait dû choisir une congrégation voué au culte de la Vierge. L'abbé Pomian la rassure en lui disant que l'on peut honorer la sainte Vierge dans toutes les congrégations. Ce même mois, elle rédige sa demande pour entrer au noviciat, dans la maison mère de la congrégation, à Nevers[122]. L'évêque de Nevers lui répond favorablement en novembre. Le délai est dû aux hésitations de la supérieure générale qui n'était pas très favorable à cette entrée et hésita longtemps. Sa demande ayant été acceptée, Bernadette aurait pu commencer le noviciat peu après novembre 1864, mais elle tombe malade à ce moment-là et doit rester alitée jusque fin janvier. Elle reste à l'hospice de Lourdes pour quelque temps encore avec le statut de postulante. Pour l'étape suivante, il faut aller au noviciat, c'est-à-dire à Nevers.

Pour René Laurentin, la vocation de Bernadette est le fruit « d'une humble délibération au niveau des réalités humaines où elle se trouvait effectivement enracinée avant tout de son expérience d'infirmière au service des pauvres les plus déshérités. » Lourdais et pèlerins exprimant une sorte de vénération pour Bernadette, son départ de Lourdes a aussi été envisagé comme une façon d'escamoter Bernadette. Zola n'était pas catégorique sur ce point : « Je veux bien qu'il n'y ait pas eu une volonté unique, persistante, qui l'ait escamotée, puis gardée, même morte. » Il se dit néanmoins troublé : « Il semble que quelqu'un a eu peur d'elle, n'a pas voulu partager, s'est inquiété du pouvoir, de la popularité immense qu'elle pouvait prendre. Il semble que, jalousement, quelqu'un l'ait escamotée[123] ». Ruth Harris estime qu'il est difficile de déterminer si sa vocation religieuse lui est venue spontanément, ou si l'on a cherché à l'éloigner de Lourdes. Si elle ne va pas jusqu'à penser qu'on ait « expédiée » Bernadette à Nevers « pour se débarrasser d'elle », elle suggère néanmoins un patient travail de Dominique Peyramale pour éviter une prétention à la sainteté, pour renforcer Bernadette dans « son humilité naturelle » — le but étant de protéger le lieu saint de la faiblesse de Bernadette ou de son charisme[124]. Bernadette qui a mal supporté d'être regardée ou montrée comme une bête curieuse à Lourdes, exprimera assez clairement l'idée qu'elle se cache à Nevers.

Quotidien de Bernadette entre les apparitions et son départ pour Nevers[modifier | modifier le code]

Bernadette est régulièrement prise de violentes crises d’asthme. Lorsque ces crises se produisent, une sœur est chargée de la veiller la nuit. Les parents de Bernadette sont plusieurs fois appelés en pleine nuit alors que l'on craint de la voir mourir. Ces crises qui s'arrêtent aussi soudainement qu'elles ne commencent justifient une grande réticence des sœurs à la laisser sortir. Même si visiblement ces crises la font souffrir, elle n'est pas plaintive, un jour elle déclare même : « j'aime encore mieux cela que de recevoir des visites. » En avril 1862, Bernadette a une crise particulièrement sévère. Le docteur Balencie est à son chevet et se montre pessimiste. L'abbé Pomian décide alors de lui donner l'extrême onction. Les rites n'en sont pas achevés que la crise a cessé.

Bernadette apprend progressivement à gérer les visiteurs et leurs comportements parfois embarrassants. Un prêtre des Carmes vient la trouver dans la cuisine de l'hospice se met à genoux devant elle et lui demander le bénir. Elle lui dit qu'elle ne sait pas bénir, et il lui demande de répéter « Sainte Vierge qui m'est apparue, bénissez ce prêtre. » L'abbé Pomian lui fournit la réponse à donner pour faire face à des demandes incongrues : « Cela m'est défendu. » On lui interdit de donner ses cheveux ou des reliques, tandis que les gens viennent la voir avec quantité de chapelets et de médailles pour qu'elle les distribue. C'est un moyen d'avoir un objet « touché par la voyante de Lourdes ». La plupart des visiteurs demandent à Bernadette de prier pour eux. Certains ont la délicatesse de se rendre compte qu'elle ne peut pas se souvenir de tout le monde. Elle dit qu'elle récite le chapelet chaque jour pour tous ceux qui se recommandent à ses prières. En 1863, les autorités fixent la règle selon laquelle elle priera « deux fois par jour, matin et soir[125] » pour les bienfaiteurs de la chapelle. Bernadette prend l'habitude de demander à ceux qui lui demandent de prier pour eux, d'en faire autant pour elle. Sur les images d'elle qu'on lui demande de signer elle écrit systématiquement : « P. P. Bernadette Soubirous » (Priez pour Bernadette Soubirous.) Elle n'est pas heureuse de ces visites qu'elle reçoit sans se plaindre, mais par obéissance. Un jour, elle est surprise à la porte du parloir en train de sécher ses larmes pour essayer de faire bonne figure devant ceux qui l'attendent. Une autre fois, elle découvre que parmi les images qu'on lui présente pour les signer, un photographe a eu l'idée de mettre son portrait dans une rose. Elle signe en disant : « Quelle bêtise. » Chaque jour, elle doit raconter les apparitions, elle répète machinalement toujours le même témoignage.

Au début, lorsqu'un visiteur faisait un cadeau à Bernadette, elle le jetait par terre. Elle trouvera des façons plus aimables de refuser ces dons, en disant par exemple, « reprenez-le, ça me brûle. » À l'hospice de Lourdes, elle prend l'habitude d'orienter les donateurs vers l'institution en leur disant : « Il y a un tronc. ». Plus tard à Nevers elle confirme cette attitude en disant « Je ne puis ni recevoir ni transmettre votre offrande. »

En 1862 les photographes commencent à se disputer le privilège de pourvoir prendre des photos de Bernadette pour les vendre. Sur ces ventes, la moitié leur revient, l'autre est destinée à la construction de la chapelle. Le premier à être autorisé par l'évêque à réaliser des photos est Dufour qui prend « Bernadette en extase » et « Bernadette devant la grotte accompagnée de ses sœurs ». Dufour perd immédiatement l'exclusivité, l'évêque ayant aussi donné l'autorisation à Billard-Perrin. Ce dernier réalise une suite de clichés assez sobres, pour la plupart desquels il a demandé à Bernadette d'avoir les yeux levés, comme si elle voyait la Vierge.

Clichés de Bernadette Soubirous pris par Billard-Perrin à l'automne 1863.

En 1863, Dufour, qui s'est plaint de la concurrence de Billard-Perrin en mettant en cause sa moralité auprès de l'évêque, obtient l'autorisation de faire venir Bernadette dans son studio de Tarbes pour réaliser une nouvelle série de clichés. Ayant fait savoir à Bernadette qu'elle devait « se faire belle », il suscite quelques propos irrités : « Si monsieur Dufour ne me trouve pas assez belle, dites lui qu'il me laisse ici. Je serai plus contente. Qu'il se contente de mon costume, je ne mettrai pas une épingle de plus. » Il en alla autrement. Ce fut la quatrième et la plus longue séance photographique de la vie de Bernadette, pour un résultat mitigé. Dufour réalise quinze clichés dans des décors différents, obtenant que Bernadette mette des jupes à carreaux qui prennent mieux la lumière que sa robe noire habituelle.

Le 19 mai 1866, jour de l'inauguration de la crypte, l'adulation de la foule a pris des proportions choquantes pour Bernadette. À Massabielle, il n'a pas suffi qu'elle soit entourée par les sœurs pour la protéger de ceux qui voulaient la toucher ou l'étreindre, il a fallu appeler en renfort un cordon de gendarmes qui se trouvait là et qui dut les raccompagner jusqu'à l'hospice. À la suite de quoi, un gendarme a profité de sa situation pour saisir la main de Bernadette et l'embrasser tandis qu'elle fut encore obligée de se montrer à deux reprises pour calmer la foule qui cherchait à pénétrer dans l'hospice[126]. Pour Ruth Harris : « Il était clair que Bernadette constituerait un « problème » aussi longtemps qu'elle resterait à Lourdes : le comportement des foules en mai 1866 montra bien que sa présence détournait l'attention du sanctuaire, de la Grotte et de la Vierge[127]. »

Le 5 mars 1866, alors qu'elle s'apprête à partir pour Nevers, elle est demandée en mariage à Mgr Laurence par un interne en médecine nantais, Raoul de Tricqueville. On ignore si l'évêque lui a transmis la proposition[122]{,}[128].

Le moulin Lacadé[modifier | modifier le code]

Nevers[modifier | modifier le code]

L'entrée au couvent Saint-Gildard[modifier | modifier le code]

Le 4 juillet 1866, Bernadette quitte les Pyrénées, qu'elle ne reverra jamais. Elle arrive le 7 à la maison mère, le couvent Saint-Gildard de Nevers[129]. Il fait déjà nuit, la présentation à la communauté aura lieu le lendemain. Cette arrivée est un évènement. Mère Marie-Thérèse Vauzous, la maîtresse des novices a préparé les sœurs en leur lisant une lettre de Bernadette et leur a déclaré avec émotion que c'est une grâce « de recevoir l'enfant privilégiée de Marie. »

Le lendemain l'ensemble des sœurs sont réunies pour entendre « une fois pour toutes » le récit des apparitions. Les novices et les postulantes de deux autres couvents voisins ont été conviées. Environ 300 religieuses sont ainsi rassemblées pour écouter la voyante de Lourdes. Celle-ci n'a pas encore revêtu l'habit de postulante, mais a gardé son capulet pour la « couleur locale ». À la fin de la séance, Joséphine Imbert, la mère générale, prend la paroles pour interdire aux sœurs de parler d'avantage des apparitions, ni entre elles, ni à Bernadette. À Nevers, la nouvelle de l'arrivée de Bernadette est connue. De nombreuses demandes sont faites pour rencontrer la voyante, mais elles sont toutes refusées.

Comme pour toutes les nouvelles, deux novices sont désignées pour aider Bernadette pendant quelques jours à découvrir la maison et ses usages. Elle témoigneront, comme le rappellera elle-même Bernadette onze ans plus tard, que ses premiers jours ne furent pas faciles. Bernadette pense à Lourdes, à la grotte, à ceux qu'elle ne reverra plus. Elle pleure et elle s'ennuie. Ces émois, très classiques chez celles qui entraient ainsi dans un couvent éloigné du pays qu'elle n'avaient jamais quitté, sont vite dépassés par Bernadette. Le 20 juillet, soit un peu plus d'une semaine après son arrivée, elle en parle comme d'un souvenir dans une lettre aux religieuses de Lourdes.

« Il faut que je vous disent que Léontine et moi, nous arrosâmes bien la journée du dimanche par nos larmes. Les bonnes sœurs nous encourageaient en nous disant que c'était la marque d'une bonne vocation. [...] Je vous assure que le sacrifice serait bien plus amer à présent s'il fallait quitter notre cher noviciat ; on sent que c'est la maison du bon Dieu, il faut l'aimer malgré soi. Tout nous y porte, et surtout les instructions de notre chère maîtresse [mère Vauzous]. Chaque parole qui sort de sa bouche va droit au cœur[130]. »

Dans ces premiers jours à Saint-Gildard, Bernadette découvre l'oratoire de Notre-Dame des Eaux, une statue de Marie est installée dans « une espèce de grotte », et c'est là que selon son expression Bernadette est venue « dégonfler son cœur », la mère Vauzous l'ayant autorisée a s'y rendre tous les jours.

Le 29 juillet, elle prend l'habit de novice et reçoit le nom de sœur Marie Bernard. La mère Vauzous s'explique ainsi de ce choix « Il était de toute justice que je lui donne le nom de la sainte Vierge dont elle est l'enfant ; d'un autre côté, j'ai voulu lui conserver le nom de son patron, dont Bernadette est un diminutif. » Les novices sont alors dispersées dans toute la France, sauf Bernadette qui est maintenue à la maison mère[131]. Elle va y rester treize ans.

Le noviciat[modifier | modifier le code]

Le 15 août, Bernadette semble fatiguée, elle entre comme aide-infirmière à l'infirmerie, puis son asthme s’aggrave et elle doit s'aliter à partir du 15 septembre. Au mois d'octobre sa santé se dégrade encore. La mère Vauzou vient la voir tous les jours, elle mobilise les prières du Noviciat pour Bernadette et quantité de cierges brûlent à son intention devant la statue de la Vierge. Le 25 octobre, Bernadette est déclarée mourante par le médecin. Tandis que Bernadette reçoit une nouvelle fois l'extrême onction, le conseil se réunit pour décider si elle peut prononcer ses vœux religieux. L'évêque de Nevers est alors appelé d'urgence pour entendre de Bernadette sa profession in articulo mortis. Il se retire ensuite, ému et persuadé qu'il ne la reverra pas vivante. Mais Bernadette ne meurt pas et se rétablit peu de temps après. Dans un tel cas, le droit canonique prévoit que les vœux prononcés ainsi perdent leur valeur : la professe redevient une novice lorsqu'elle se rétablit, mais la décision prise par le conseil reste valable : à la fin du noviciat, le conseil n'examinera pas de nouveau la question de savoir si la novice peut prononcer ses vœux, il rappellera simplement la décision qui a déjà été prise à ce sujet. Bernadette garde donc les insignes de professe tant qu'elle est malade, puis elle les rendra pour rentrer dans les rangs des novices. Cet épisode dissipe cependant une crainte de Bernadette. Elle aurait pu être renvoyée en raison de sa santé fragile comme le furent d'autres novices, mais en l'autorisant à prononcer ses vœux, le conseil s'était engagé à son égard. Pendant le temps de son rétablissement elle plaisante souvent de cette situation avec celles qui viennent la visiter. Ses sœurs lui désignent en souriant les insignes de professe restés là : « — O voleuse ! — Voleuse soit, répond Bernadette. Mais en attendant ils sont à moi ; je les garde, j'appartiens à la congrégation et on ne pourra pas me renvoyer[132]. »

Sa mère meurt le 8 décembre 1866. La nouvelle surprend Bernadette. Deux mois plus tard, elle écrit à l'abbé Pomian : « Je ne pourrais vous dire la peine que j'ai éprouvée en apprenant subitement la mort de ma mère ; j'ai appris plus tôt sa mort que sa maladie[133]. »

Le 2 février 1867, Bernadette quitte l'infirmerie pour revenir parmi les novices. La mère Vauzou, estimant qu'il fallait maintenant rattraper le temps perdu, lui dit « Et bien, sœur Marie-Bernard, nous allons entrer dans la période des épreuves. » Les rapports qu'entretiendront Mère Vauzou et Bernadette seront complexes, la maîtresse des novices étant soucieuse de ne pas lui donner d'orgueil. Cette maîtresse de novices s'est ainsi montrée d'une extrême prévenance à l'égard de Bernadette, notamment dans les premier temps et lorsqu'elle était malade, tandis qu'au noviciat elle la reprenait plus souvent et plus sévèrement qu'une autre, lui imposant de nombreuses humiliations, notamment, comme cela se faisait à l'époque, l'exercice qui consiste à embrasser le sol. Plus tard Bernadette dira « Je cherche le carreau que je n'ai pas encore embrassé. » Ces « épreuves » sont le lot normale de la vie de novice. Bernadette se trouve cependant dans la situation particulière d'être la célèbre voyante de Lourdes. Les regards convergent sur elle tandis que la supérieure est attentive à ne pas la laisser paraître privilégiée. À l'une de ses sœurs qui avait remarqué la plus grande sévérité de la supérieure à son égard et qui lui demandait si cela lui faisait de la peine, Bernadette répondait « Oh, non, la maîtresse des novices a bien raison ; car j'ai beaucoup d'orgueil ; mais maintenant que je suis ici, je travaillerai à me corriger, ce n'est pas comme à Lourdes où j'étais entourée de trop de monde[134]. » Ruth Harris estime que Bernadette a été « persécutée » par mère Marie Thérèse Vauzou, la maîtresse des novices[135]. Soulignant que de nombreux témoins en ont fait part lors des deux procès de béatification, René Laurentin reconnaît la sévérité des supérieures à l'égard de Bernadette, mais il estime que cette épreuve a été « exploitée à outrance et romancée à plaisir » par la littérature et le cinéma[136]. Selon René Laurentin : « Si les duretés de mère Vauzou blessaient tant, c'est en partie à cause de la vive affection dont elle était l'objet. » En effet, Bernadette n'a laissé que des propos extrêmement affectueux envers la mère Vauzou, qui lui a au contraire parfois vertement reproché certaines démonstrations trop sentimentales. Cependant, la mère Vauzou a aussi, dans les faits, témoigné de son estime pour Bernadette, en lui attribuant des charges de confiances. C'est notamment Bernadette qui, pour sa voix forte et claire mais aussi son rayonnement, avait charge de « bénir l'heure », et Bernadette se verra souvent confier l'accueil des nouvelles.

La profession religieuse[modifier | modifier le code]

Le 30 octobre 1867, Bernadette a fait sa profession religieuse. Pour les quarante-quatre novices qui prononçaient leurs vœux ce jour-là, c'était aussi le moment de l'annonce de leur affectation, et donc le dernier moment vécu ensemble avant d'être dispersées dans toute la France. Normalement aucune sœur ne recevait la maison mère pour première affectation, ces emplois étant considérés comme les premiers ou les plus méritoires de la congrégation. Cependant il paraissait impossible de nommer Bernadette dans une petite maison ouverte à tous vents, car elle y serait fatalement redevenue la voyante de Lourdes après de laquelle chacun vient demander témoignage, prière, reliques ou guérison. Monseigneur Forcade et la supérieur ont donc convenu de donner les dehors d'une humiliation à sa nomination dans la maison mère.

La cérémonie a eu lieu dans la salle du noviciat. Une fois que les quarante-trois compagnes de Bernadette ont été appelées et ont reçu leur affectation, l'évêque demande « Et sœur Marie-Bernard ? ». La supérieure générale répond en souriant et à mi-voix  : « Monseigneur, elle n'est bonne à rien. » Puis l'évêque annonce à haute voix  : « Sœur Marie-Bernard, nulle part. » Bernadette s'avance, et se met à genoux devant l'évêque selon le rituel. S'ensuit une brève conversation  :

« — Est-ce vrai, sœur Marie-Bernard que vous n'êtes bonne à rien ?
— C'est vrai.
— Mais alors, ma pauvre enfant, qu'allons nous faire de vous ?
— Je vous l'avais bien dit à Lourdes quand vous avez voulu me faire entrer dans la communauté ; et vous m'avez répondu que cela ne ferait rien. »

L'évêque ne s'attendait pas à ce que Bernadette lui rappelle leur conversation de 1864 à l'hospice de Lourdes. La supérieure générale intervient alors selon ce qui avait été prévu en disant : « Si vous le voulez, Monseigneur, nous pouvons la garder par charité à la maison-mère et l'employer de quelque manière à l'infirmerie, ne serait-ce que pour le nettoyage ou les tisanes. Comme elle est presque toujours malade, ce sera précisément son affaire. » L'évêque acquiesce et Bernadette lui répond qu'elle essayera. Bernadette reçoit ensuite les insignes de professe, puis l'évêque la bénit et donne enfin un peu de la dignité qui manquait jusque-là à sa façon de présider cet office en lui disant : « Je vous donne l'emploi de la prière. »

Si dans l'ensemble les sœurs n'étaient pas dupes de la comédie à laquelle elles venaient d'assister, elles n'en étaient cependant pas moins stupéfaites et guettaient les réactions de Bernadette. À la récréation suivante Bernadette reste d'humeur aimable. Elle reconnait avec regret mais sans amertume l'incapacité qu'on lui attribue, tandis qu'elle témoigne de son affection et encourage celles qui ont reçu leur nouvelle affectation. Quelques propos ultérieurs de Bernadette laissent néanmoins penser qu'elle en a ressenti une blessure, la comprenant comme une souffrance qu'il faut savoir endurer pour le bon Dieu. Pour l'évêque et la mère supérieure, cette mise en scène visait à protéger Bernadette. À cette époque, l'attitude de Mélanie, une des voyantes de la Salette qui elle aussi était entrée en religion mais qui en décevait beaucoup par sa désobéissance et sa prétention à en imposer au nom de son statut de voyante, était dans tous les esprits. Ainsi, selon René Laurentin, les excès de l'évêque de Nevers et des supérieures de Bernadette pour l'inciter à l'humilité sont dans une certaine mesure le revers de l'attitude de Mélanie.

Infirmière[modifier | modifier le code]

D'octobre 1867 à juin 1873, elle est aide-infirmière, puis responsable de l'infirmerie[137]. Son père meurt le 4 mars 1871. Elle ne se rend pas aux funérailles[138]. En 1873, elle redevient aide-infirmière. L'année suivante, elle se partage entre les fonctions d'aide-infirmière et d'aide-sacristine[139].

Bernadette et ses biographes[modifier | modifier le code]

En 1862, au moment où la commission d'enquête avait rendu son avis sur les apparitions, l'un des membres de cette commission, le chanoine Fourcade, a publié Les apparitions de Notre-Dame. Ce livre comprend une présentation sobre du déroulement des apparitions établie à partir du témoignage de Bernadette devant la commission d'enquête, publiée entre deux textes de l'évêque de Tarbes : le mandement de 1858 par lequel il instituait la commission d'enquête et l'avis de 1862 par lequel il reconnait à la fois les apparitions et sept guérisons miraculeuses. En 1864, Henri Lasserre a été chargé par l'évêque de Tarbes d'écrire un livre sur les apparitions. Ce dernier était attaché à ce projet car il estimait avoir été guéri par l'eau de la grotte d'une infection à l'œil en 1862. Cependant, occupé par d'autres tâches, il tarde à rendre son manuscrit et une certaine impatience commence à se faire sentir à Lourdes. Les chapelains du nouveau sanctuaire de Lourdes, les abbés Sempé et Duboé commencent à travailler sur leur propre projet de publication en rassemblant archives et surtout des témoignages qu'ils récoltent auprès des habitants de Lourdes et des familiers de Bernadette. En 1867, Henri Lasserre publie enfin les premiers chapitres de son livre dans la Revue du monde catholique, puis il demande à l'évêque l'exclusivité sur ce récit, ce que l'évêque refuse. En août 1868 les pères Sempé et Dubois commencent la publication de leur récit des apparitions dans les Annales de Notre-Dame de Lourdes. Un an plus tard, en juillet 1869, Henri Lasserre termine enfin son livre Notre-Dame de Lourdes. L'évêque de Tarbes refuse l’imprimatur parce que l'auteur y attaque vigoureusement certains notables de Lourdes. Le livre connaît néanmoins un succès foudroyant, tandis que l'auteur, qui avait des relations à Rome, obtient le 4 septembre un bref élogieux du pape Pie IX. Cette caution double l'absence d'imprimatur. La lettre du pape est alors insérée en tête des éditions successives et des traductions du livre, ce qui en accroît encore le succès. Ce livre devient, avec un million d'exemplaire vendu, le best-seller du XIXe siècle dans le domaine religieux. Fort de son succès, Henri Lasserre est en position d'intimider ceux qui lui refusaient l'exclusivité qu'il exige sur le récit des apparitions. Pour ce faire, il a l'idée d'obtenir de Bernadette qu'elle signe une protestation contre le récit établit par les chapelains de Lourdes.

Protestation de Lasserre[modifier | modifier le code]

Le seul écrit que Bernadette avait lu sur les apparitions était celui de Forcade dans lequel elle trouvait la mise au clair de son propre témoignage. Elle avait par ailleurs rencontré une fois Henri Lasserre à Lourdes, mais ce dernier ne semble pas avoir pris de note lors de cette entrevue, et s'est presque uniquement basé sur des documents officiels pour établir son récit. Henri Lasserre obtient de pouvoir rencontrer Bernadette. Il arrive à Saint-Gildard le 13 octobre 1869 avec les textes des abbés Sempé et Duboé dont il entreprend la lecture à Bernadette. Ce récit commence par quelques impressions sur la vie familiale des Soubirous, les disputes entre frères et sœurs, la façon dont ils priaient en famille, puis enchaîne sur le déroulement des apparitions dont les chapelains de Lourdes ont construit un récit très détaillé à partir de témoignages inédits. Bernadette réagit contre certaines façons de présenter les choses, elle exprime des divergences dans sa perception du déroulement des choses, proteste parfois en disant « ce n'est pas vrai », et répond aussi souvent à Lasserre « Je ne me rappelle pas de cela ». Au terme d'un entretien qui s'est déroulé de façon cordiale et détendue, Henri Lasserre rédige la « protestation » de Bernadette en donnant à ses propos une forme accablante pour les chapelains de Lourdes :

« Je soussignée Bernadette Soubirous, en religion sœur Marie-Bernard, ayant reçu connaissance par M. Henri Lasserre de la Petite histoire de Notre-Dame de Lourdes, contenue dans les Annales publiées par les missionnaires de Lourdes, je dois à la vérité de protester contre ce récit dont un grand nombre de détails sont controuvés et imaginaires, tant en ce qui me concerne, qu'en ce qui concerne le fait même des apparitions. Je déclare notamment contraire à la vérité, les passages contenus aux pages : 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 86, 88, 89, 90, 93, 103, 114, 132, 148. De divers autres détails, je n'ai aucun souvenir, mais toutes ces choses suffisent pour que je proteste contre l'ensemble et la physionomie du récit. »

Les sœurs sont dès lors embarrassées que l'écrivain veuille engager Bernadette dans son conflit avec les chapelains de Lourdes. Certaines qu'il la refusera, elles déclarent qu'il lui est impossible de signer cette déclaration sans l'autorisation de l'évêque. Mais, l'écrivain était invité le soir même à l'évêché pour une réception en son honneur. Il attend la fin du repas pour présenter sa demande à l'évêque. L'évêque la lui refuse d'abord, puis estime que cela peut attendre le lendemain. Enfin, Lasserre lui fait valoir que sa femme était en train d’accoucher et qu'il lui fallait rentrer au plus vite. L'évêque consent alors à autoriser Bernadette à signer, sans même avoir pris le temps de lire la déclaration. Il impose toutefois deux conditions à Lasserre : celle de communiquer le document à l'évêque de Tarbes et de ne jamais le publier. Devant les sœurs, l'autorisation de l'évêque devient une approbation puis un ordre. Bernadette signe et, le soir même, Lasserre quitte Nevers pour retrouver sa femme qui accouchera plus de deux semaines plus tard.

Conséquences de la protestation[modifier | modifier le code]

Lorsque la protestation parvient à Tarbes, c'est le choc. L'évêque de Tarbes fait part de son mécontentement aux sœurs de Nevers, leur demandant de recevoir l'abbé Sempé. Le problème est que si, comme l'affirme la protestation que Lasserre a fait signer à Bernadette, l'ensemble de la physionomie du récit des pères Sempé et Duboé est en cause, alors plus personne ne sait ce qui est vrai, Lasserre s'étant en fait laisser aller jusqu'à faire contester à Bernadette des détails qui se trouvaient aussi dans son propre récit. Le père Sempé arrive à Nevers le 16 novembre. Bernadette, contrainte par l'obéissance de le rencontrer se présente devant lui en larmes, ayant compris que ses propos avaient été utilisés par Lasserre pour faire du tort à ceux dont il s'était fait les adversaires. Sempé, soucieux de comprendre la nature des problèmes soulevés par Lasserre, mais aussi de rassurer Bernadette, se contente de lui poser des questions sur les faits et ne lui demande aucun engagement ni signature. Mère Joséphine Imbert, qui a assisté aux deux entretiens écrira ensuite à Lasserre « Sœur Marie-Bernard n'a pas eu l'intention de protester contre l'ensemble et la physionomie du récit général de l’Histoire de Notre-Dame de Lourdes [...] mais seulement contre l'ensemble des faits que vous lui avez cité. Elle n'a point lu les Annales de Lourdes, pas plus que votre livre, vous le savez Monsieur ! Elle ne peut donc pas protester contre ce qu'elle ne connaît pas. »

Pour René Laurentin, les témoignages de Bernadette devant Lasserre et devant le père Sempé sont concordants. Ce sur quoi Lasserre s'est obstiné à obtenir un démenti de Bernadette sont des faits qu'elle-même n'a pas perçu et dont elle déclare n'avoir aucun souvenir. Les divergences entre les récits tiennent surtout à ce que les chapelains de Lourdes ont travaillé sur la base des témoignages « populaires » de ceux qui avaient assistés aux évènements tandis que Lasserre a travaillé avec les rapports plus sobres qu'avait faits la commissions d'enquête à partir du témoignage de Bernadette elle-même. Or il est clair que Bernadette n'a pas eu la même perception des choses que ceux qui avaient assisté à ses extases. De plus, le conflit porte sur des détails comme la température de l'eau du Gave lorsque les enfants voulaient le traverser, le fait de savoir si l'un où l'autre avait des chaussettes ou non, si Jean-Marie avait un jour mis ou non une claque à sa grande sœur qui ne s'en souvient pas, ou si Bernadette avait vu de la lumière avant ou en même temps qu'elle perçut Aquéro. Étant donné ce sur quoi porte la controverse, René Laurentin estime que ce conflit est une tempête dans un verre d'eau. Mais cette polémique, dont les tenants et aboutissants restent alors inconnus du public, aura un impact important sur les publications ultérieures. Lasserre ne démord pas. Malgré la promesse qu'il avait faite de ne pas publier cette protestation, il l'insère dans l'édition de 1870 en retranchant néanmoins l'affirmation nettement exagérée selon laquelle Bernadette proteste contre l'ensemble de la physionomie du récit des chapelains de Lourdes. Ces derniers poursuivront la publication de leur Petite histoire mais en veillant à prévenir toutes possibilités de contestation en regard du livre de Lasserre. Les débats, la critique et le renouvellement des écrits sur Lourdes sont ainsi stoppés, le livre de Lasserre étant le seul à paraître crédible. Celui-ci a cependant remporté une victoire à la Pyrrhus : s'il reste aux yeux du public l'historiographe le plus autorisé des apparitions de Lourdes, son attitude lui a fait perdre la confiance des sœurs de la charité, des évêques de Nevers et de Tarbes ainsi que celle de prélats romains. Le Saint-Office le lui signifiera clairement en mettant à l'index deux des livres qu'il publiera par la suite.

Les dernières années et la mort[modifier | modifier le code]

À partir de 1875, elle est constamment malade. Elle est atteinte de tuberculose et souffre de son asthme chronique[140]. Elle prononce ses vœux perpétuels le 22 septembre 1878[141]. Après avoir fait ôter toutes les images pieuses de sa chambre pour ne conserver qu'un crucifix, elle meurt à l'infirmerie Sainte-Croix le 16 avril 1879, à 15 h 30, à l'âge de 35 ans[142].

Personnalité de Bernadette[modifier | modifier le code]

Selon un témoignage unique de sa mère, Bernadette a depuis l'enfance « une tendance prononcée à la piété[143] ». Toutefois, parmi ses amis d'enfance, nul ne se souvient l'avoir vue faire preuve d'un zèle spécial pour la prière. Justine Laguës, la fille de son ancienne nourrice, déclare : « Pieuse ? Eh ! comme une autre. Pour moi, j'étais alors enfant comme elle, et je ne remarquais pas tout cela[143]. » Bernadette ignore à peu près tout du catéchisme[144] et la mère de Justine, qui lui fait répéter les questions-réponses du livre, s'exaspère de son manque de mémoire : « Va, tu ne seras jamais qu'une sotte et une ignorante[145] ! » Plus tard, Bernadette dira : « C'est parce que j'étais la plus pauvre et la plus ignorante que la Sainte Vierge m'a choisie[146] ».

À l'époque de l'hospice de Lourdes (de 16 à 22 ans), sa piété est « ordinaire, mais irréprochable[147] ».

L'abbé Bertrand-Marie Pomian (1822-1893), vicaire à Lourdes, chapelain de l'hospice, est le catéchiste et le confesseur de Bernadette à son retour de Bartrès. C'est à lui qu'elle fournit en confession le récit de la première apparition, deux jours après celle-ci[148]. Interrogé plus tard par Zola, il donne Bernadette « comme une simple d'esprit, apprenant difficilement, quoique ayant de l'esprit naturel […] Très ordinaire[149]. »

Bernadette se montre gaie, enjouée[150], espiègle et plutôt autoritaire avec ses compagnes, qui l'apprécient néanmoins beaucoup.

Pour Ruth Harris, « Bernadette donne une image de force tranquille rare chez les saintes qui l'ont précédée[151]. » En dépit « des nombreuses contraintes et de la charge émotionnelle et spirituelle » que ses visiteurs projettent sur elle, Bernadette sait rester elle-même. Elle résiste avec calme et fermeté, « révélant un charisme tranquille, un regard sûr, une conviction de la vérité de son histoire, un refus digne et résolu des cadeaux et une générosité simple qui ahurissaient ceux qui connaissaient sa pauvreté[152] ». Bernadette a beaucoup de charisme, de la simplicité, de l'assurance[153]. Elle parle peu mais à un don de la repartie : elle séduit bien souvent ceux qui l'approchent.

La sincérité de Bernardette semble « incontestable » à l'évêque de Tarbes : « Qui n'admire, en l'approchant, la simplicité, la candeur, la modestie de cette enfant ? Elle ne parle que quand on l'interroge ; alors elle raconte tout sans affectation, avec une ingénuité touchante, et, aux nombreuses questions qu'on lui adresse, elle fait, sans hésiter, des réponses nettes, précises, pleines d'à-propos, empreintes d'une forte conviction. »

L'écrivain et journaliste catholique Henri Lasserre rencontre Bernadette à l'hospice de Lourdes quand elle a 19 ans. Il la revoit à Nevers, le 13 octobre 1869[154]. Selon Zola, il l'aime beaucoup, il lui trouve un charme divin : « Pas jolie, mais vous prenant. » Lasserre la donne encore comme « souffreteuse, sérieuse, peu communicative, très droite, très raisonnable, et charmante[155]. »

Canonisation[modifier | modifier le code]

La châsse de verre et de bronze de Sainte Bernadette de Lourdes, à Nevers.

Pour les besoins de l'instruction du procès de béatification, son corps doit être exhumé : le cercueil est ouvert trois fois, en 1909, 1919 et 1925. Le corps est retrouvé dans un état de « conservation extraordinaire[156] ». Il est « intact », dit Mgr Laurentin qui voit là « un véritable mystère[157] ». Le docteur Thérèse Valot, tenant compte de la présence de charbon et de sels, estime pour sa part que « le corps de Bernadette a été embaumé[158] ». On souhaite l'exposer, mais « la face noirâtre avec les yeux et le nez excavés auraient produit sans doute sur le public une impression pénible[159]. » Aussi charge-t-on un artiste d'exécuter un masque de cire qui, depuis, recouvre le visage de Bernadette. Pour une même raison, les mains subissent un traitement analogue[159].

Bernadette est béatifiée le 14 juin 1925[160]. Le 3 août, son corps, placé dans une châsse de verre et de bronze, est transféré dans la chapelle Saint-Gildard de son couvent[157], où les pèlerins affluent aussitôt pour le voir[161].

Elle est canonisée le 8 décembre 1933 par le pape Pie XI[146], non en raison des apparitions dont elle dit avoir été le témoin, mais eu égard à sa foi et à sa vie religieuse[162].

Le contexte politique, religieux et social des apparitions de Lourdes[modifier | modifier le code]

Dévotion mariale et apparitions[modifier | modifier le code]

Les Pyrénées sont traversées depuis le Moyen Âge par d'importants chemins de pèlerinage. Aussi, depuis cinq siècles, le culte marial y revient-il de façon sporadique. Les miracles de la Vierge font bon ménage dans l'imaginaire local avec des traditions plus anciennes, mais qui restent très vivaces : grottes à maléfices, sorcières, diables, fées de sources curatives ou miraculeuses[163].

Depuis cinq siècles, la Vierge est apparue très souvent dans les Pyrénées. Son pouvoir est lié à la grotte et à la source[164], et ses miracles donnent naissance à des sanctuaires que le clergé ne voit pas toujours d'un très bon œil[165].

Les deux lieux de pèlerinage les plus proches de Lourdes sont Bétharram et Garaison[164]. En 1515, à Bétharram, la Vierge sauve une jeune fille de la noyade en lui tendant un rameau. Depuis, les miracles y sont nombreux. Bernadette s'est rendue là, plusieurs fois. C'est là qu'elle aurait acheté son chapelet[164]. Vers 1520, à Garaison, Anglèze de Sagasan, bergère de douze ans, affirme avoir entendu la Vierge lui demander la construction d'une chapelle près de la source. La chapelle est construite et Garaison reste un lieu de dévotion et de tourisme religieux[166] jusqu'à la Révolution. En 1797, bâtiments et terres sont vendus comme biens nationaux. Et c'est Mgr Laurence qui, 43 ans plus tard, s'emploie à les racheter[167].

À Lourdes, la croyance dans les interventions surnaturelles est donc forte — même dans les classes aisées — et revendiquée. Si Bernadette a reçu, comme tous les enfants de Lourdes, une éducation religieuse traditionnelle, elle a certainement été bercée de tous les récits merveilleux de sa région[164] et, dans son expérience visionnaire, les Lourdais reconnaîtront sans peine leurs vieilles traditions[168].

Contrairement à ce qui s'est passé à Morzine, le clergé finit par se ranger du côté du peuple. Le curé-doyen de Lourdes, l'abbé Peyramale, joue ici un rôle déterminant : après avoir longtemps manifesté son scepticisme, il protège Bernadette, il s'oppose à ce qu'on l'interne comme démente, il fournit à Mgr Laurence un rapport enthousiaste qui bouscule le prudent attentisme de l'évêque.

Au XVIIIe siècle, le clergé n'a que mépris pour les traditions de piété régionales, souvent qualifiées de « superstitions ». Après la Révolution, apparaît une génération de prêtres d'origines plus modestes, à la sensibilité plus proche de celle de leurs ouailles. Mgr Laurence est de ceux-là. D'extraction paysanne, il favorise les sanctuaires chers au cœur des Pyrénéens (comme il l'a fait à Garaison). Sous le Second Empire, le catholicisme accepte donc d'intégrer les formes de dévotion régionales en même temps qu'il redevient institutionnel. Et Mgr Laurence tire profit de cette double évolution : il peut continuer à jouer la carte d'un catholicisme populaire, tout en recevant l'appui de la bourgeoisie bonapartiste de Tarbes[169].

Dans le cadre de l'enquête, il interroge lui-même Bernadette. La forte personnalité de cette dernière (elle ne varie jamais dans ses déclarations) et les mots « Immaculée Conception » achèvent de le déterminer à reconnaître l'authenticité des visions[168].

En effet, ce qui distingue les visions de Bernadette des autres apparitions de la Vierge dans la région, c'est l'allusion au dogme promulgué par le pape quatre ans plus tôt. Les mots « Immaculée Conception », renvoyés en écho d'une grotte du fond des Pyrénées, symbolisent le lien entre le saint-père et ses fidèles. La Vierge de la petite Bernadette va donner force à l'expansion internationale du catholicisme[168]. Et les visions de la jeune fille vont puissamment contribuer à ancrer le culte de la Vierge dans le catholicisme moderne[168].

Pour Ruth Harris, une raison du phénoménal succès de Lourdes serait peut-être la fusion réussie du merveilleux pyrénéen traditionnel et d'une spiritualité catholique en plein renouveau[170].

L'Église laisse chaque chrétien libre de croire ou non aux apparitions. Elles ne sont pas un objet de foi divine[171]. En 1907, dans l'encyclique Pascendi Dominici Gregis, saint Pie X rappelle que l'Église revendique une grande prudence pour tout ce qui touche aux « pieuses traditions » telles que les apparitions. L'Église ne permet pas de les relater dans des écrits publics — ou alors en s'entourant des plus grandes précautions (comme l'a fait Mgr Laurence). Mais, même dans ce dernier cas, l'Église ne se porte pas garante de la vérité du fait. « Simplement elle n'empêche pas de croire des choses auxquelles les motifs de foi humaine ne font pas défaut. » En 1877, la Sacrée Congrégation des Rites en avait décidé ainsi, par décret, au sujet d'apparitions, lesquelles n'avaient été « ni approuvées ni condamnées par le Saint-Siège[172] ».

Pie IX et Bernadette[modifier | modifier le code]

Les miracles à l'heure de la médecine scientifique[modifier | modifier le code]

Bernadette est étrangère aux guérisons miraculeuses comme elle est écartée de l'incroyable processus qu'elle vient d'enclencher, mais c'est bien elle qui est à l'origine de tout cela.

La population de Lourdes est en grande partie composée de petites gens qui prennent de plein fouet l'effondrement de l'économie pyrénéenne : des restrictions de nourriture sont imposées tous les cinq ans, puis survient la crise de 1853-1857 qui fait s'envoler le cours des céréales. La malnutrition provoque alors ses ravages habituels : les pauvres sont frappés de multiples maladies[173]. Indigents et infirmes qui se pressent à la grotte de Massabielle vivent dans un XIXe siècle où triomphe la rationalité scientifique. Ils en éprouvent semble-t-il les limites, puisqu'ils restent fidèles à leur monde spirituel et fondent tous leurs espoirs dans le miracle[174]. Ce sont eux qui spontanément transforment la grotte en un lieu de culte. Ce sont eux qui, à partir de la fermeture de la grotte, livrent contre les autorités une véritable fronde pour qu'on les laisse à nouveau y exposer leurs souffrances.

Les miracles de Lourdes n'ont cessé de faire polémique depuis qu'il en est question. Ces polémiques ont connu différentes phases. Il y a d'abord eu les premières discussion au moment même des apparitions. Ensuite c'est autour de la reconnaissance de guérisons par l'évêque de Tarbes et de la création d'un « bureau des constatations » dans le sanctuaire de Lourdes que se sont focalisées les discussions. À la fin du XIXe siècle et jusqu'à la loi de séparation de l'Église et de l'État, alors que le gouvernement fermait les congrégations et expulsait les religieux en grand nombre, la question était celle de savoir s'il fallait « fermer Lourdes pour des raisons d'hygiène ». Cette polémique a pris fin avec la loi de séparation de l'Église et de l'État. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, la polémique s'est poursuivie entre médecins et théologiens sur la question du surnaturel[175]. Enfin, de nombreux livres et essais sur Lourdes furent publiés au moment du centenaire des apparitions dans les années en particulier la thèse de médecine de Thérèse Valot intitulée Lourdes et l'illusion en thérapeutique et soutenu le 27 juin 1955 devant le jury de la faculté de médecine de Paris[176]. Dans cet thèse l'auteur tente de démonter méthodiquement tous les cas de miracles reconnus à Lourdes. Selon le docteur Thérèse Valot, qu'elle ait été « gratifiée de visions extatiques, c'est là un fait bien connu et bien banal en psychiatrie. L'hérédité et le milieu familial d'un côté, les influences religieuses et la simplicité d'esprit de l'enfant de l'autre éclairent ce fait pathologique. L'hérédité alcoolique ne fait aucun doute[177]. »

Bernadette et les écrivains[modifier | modifier le code]

Émile Zola n'a jamais rencontré Bernadette. Il envisageait de lui consacrer un livre — non une œuvre de fiction, mais une biographie. Il dit à un journaliste, en 1894 : « Cette jeune fille est vraiment très intéressante. Je dirai plus : elle est passionnante[178]. » Dans son roman Lourdes, il décrit ainsi Bernadette enfant : « Ce qui ravissait, chez cette Bernadette chétive et pauvre, c'étaient les yeux d'extase, les beaux yeux de visionnaire, où, comme des oiseaux dans un ciel pur, passait le vol des rêves[179]. »

Émile Zola ne croit ni aux apparitions ni aux miracles : « Je ne suis pas croyant, je ne crois pas aux miracles, mais je crois au besoin du miracle pour l'homme[180] ». Il est bouleversé, à Lourdes, par la souffrance des malades : « Les malades de Lourdes, c'est l'humanité, la pauvre, la souffrante humanité. » Cependant il ne veut pas voir dans leur terrible alignement une dénonciation de l'échec d'une science arrogante : « La science, dit-on, a fait faillite, elle a promis aux hommes le bonheur et ne l'a pas donné. C'est faux, la science n'a pas promis le bonheur, mais la vérité […] Le mysticisme est une réaction où se jettent les esprits indécis, assoiffés d'au-delà, à qui ne suffit pas la vérité[181]. »

Pour Zola, « ce n'était pas une imposteuse, mais une hallucinée, chez qui la vision avait été suggérée », l'auteur fait ici allusion à sa propre hypothèse d'une influence de l'abbé Ader, à Bartrès[182] — et les guérisons miraculeuses seraient une illusion.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ruth Harris, op. cit., p. 22. Dans les entretiens en occitan gascon que l'on a conservés, Bernadette ne désigne pas autrement ce qu'elle a vu, et ce, jusqu'au 25 mars, c'est-à-dire jusqu'au jour où l'apparition décline son identité. Mgr Laurentin assure qu'il ne faut rien voir de désobligeant dans cette expression. Le terme qu'emploie Bernadette « traduit son respect de l'ineffable ». René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 78.
  2. Interrogatoire du dimanche 21 février 1858 par commissaire de police Jacomet. Cf. Jean-Paul Lefebvre-Filleau, L'affaire Bernadette Soubirou 1858. Paris, Cerf, 2008, pp. 52-53 (ISBN 078-2-204-05598-7[à vérifier : isbn invalide]) ; voir aussi René Laurentin, Bernadette vous parle, Paris, Letheilleux, 2011, p. 58. (ISBN 978-2-283-60067-2)
  3. René Laurentin, Bernadette vous parle, Paris, Letheilleux, 2011, p. 134. (ISBN 978-2-283-60067-2)
  4. René Laurentin, Berndadette vous parle, p. 213
  5. Louis Veuillot, « La grotte de Lourde », dans L'Univers du samedi 28 août 1858, lecture sur Gallica
  6. Henri de Monzie de Lasserre, Notre Dame de Lourdes, 1re éd. 1868, rééd. Adamant Media Corporation, 2001. (ISBN 978-0543934574)
  7. Pie IX, Lettre du 4 septembre 1869 à Henri Lasserre.
  8. Société Académique du Nivernais, Bernadette et les écrivains, éd. Bibliothèque Municipale de Nevers, 2008. Disponible sur le site de la Médiathèque Jean Jaurès de Nevers
  9. Paul Claudel, « Sainte Bernadette » et « Litanies de Bernadette » (1937), dans Supplément aux œuvres complètes, Lausanne, L’Âge d’homme, 1990, p. 179-181 (ISBN 978-2825100998).
  10. Fêtes catholiques pour Bernadette Soubirous
  11. a, b et c Laetitia Ogorzelec, « De la foule à la procession. La mise en place d’une stratégie de contrôle social à Lourdes ». Ethnographiques.org, Numéro 21 - novembre 2010. Lecture sur ethnographiques.org
  12. René Laurentin, Lourdes. Documents authentiques, 7 tomes, Paris, Letheilleux, 1957-1966.
  13. Voir par exemple, J. B. F***, Guide du voyageur aux bains de Bagnères, Barèges, Saint-Sauveur et Cauteretz, 1819. Lecture sur Gallica
  14. Louis Veuillot, « La grotte de Lourdes » dans L’univers du 28 août 1858. Lecture sur Gallica
  15. Les enfants Soubirous morts en bas âge ont eu des prénoms qui furent redonnés aux enfants nés ensuite : Jean (13 février 1845 - 10 avril 1845) ; Jean-Marie (10 décembre 1848 - 4 janvier 1851) ; Jean (4 février 1864 - 11 septembre 1864) et une petite fille mort-née en janvier 1866.
  16. René Laurentin, Vie de Bernadette, Desclée de Brouwer, 1978, p. 25.
  17. Ruth Harris, op. cit., p. 75.
  18. Henri Vignes, « Premier séjour à Bartrès », sur bartres.com.
  19. Rapport du procureur, 1er mars 1858. Cité par René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 115.
  20. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 36 et 37.
  21. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 16 et 17.
  22. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 38, 39 et 329.
  23. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 21.
  24. Régis-Marie de La Teyssonnière, « L'abbé Ader », sur lourdes-actu.fr, 25 mai 2011.
  25. Selon Jean Barbet, l'instituteur de Bartrès, elle gardait les agneaux. Les moutons étaient menés sur la montagne. Rapporté par Émile Zola, Mon voyage à Lourdes, in Œuvres complètes, Nouveau Monde, 2007, t. XVI, p. 794 et 801.
  26. Henri Vignes, « Deuxième séjour à Bartrès », sur bartres.com.
  27. a et b « Bernadette et les Sœurs de la Charité de Nevers », sur sainte-bernadette-nevers.com.
  28. « Hospice Sainte-Bernadette », sur voyage.viamichelin.fr.
  29. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 151.
  30. Ruth Harris, op. cit., p. 19 et 20.
  31. Bernadette Soubirous, interrogée par le commissaire Jacomet le 21 février 1858. Cité par René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 80.
  32. a et b René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 60.
  33. Bernadette parlait d'une fillette d'environ douze ans, d'une petite damisèle (demoiselle), d'une « jeune fille » ne mesurant pas plus que sa propre taille, (1,40 mètre). Elle subit une forte pression pour consentir à abandonner l'expression « jeune fille » et à fournir une description correspondant mieux à l'iconographie mariale traditionnelle. Elle jugea la statue érigée dans la grotte trop grande et trop vieille. Toute sa vie elle fut irritée par les représentations que l'on donnait de sa vision. Ruth Harris, op. cit., p. 108-121. L'expression « petite damisèle » est citée par René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 79.
  34. Ruth Harris, op. cit., p. 20.
  35. a et b Ruth Harris, op. cit., p. 21.
  36. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 69.
  37. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 42.
  38. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 60.
  39. Autographes de Bernadette Soubirous et de Léonard Cros, datés du 24 octobre 1865, in René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 270 et 284.
  40. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 64 et Bernadette vous parle, p. 49. Il ne cite pas cette phrase dans Vie de Bernadette, p. 74. Ruth Harris ne la cite pas non plus dans Lourdes, p. 22. René Laurentin reproduit deux autographes de Bernadette transcrivant sept ans plus tard les paroles de l'apparition, et notamment cette phrase.
  41. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 64.
  42. René Laurentin, Lourdes, p. 118.
  43. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 69.
  44. Ruth Harris, op. cit., p. 89.
  45. a et b René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 71.
  46. Ruth Harris, op. cit., p. 22.
  47. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 76.
  48. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 80 et 81.
  49. Cf. René Laurentin, Bernadette vous parle, pp. 54-69. Dominique Jacomet est un fonctionnaire soucieux de son devoir. S'il n'est pas particulièrement dévot, il n'avait rien d'un anticlérical et s'entendait très bien avec le clergé local. Il avait toutefois été échaudé du sort que des bigotes de Lourdes avait fait subir l'année précédente à son ami, l'abbé Clouchet, un missionnaire d'Amérique revenu à Lourdes et qu'il avait logé chez lui. Oubliant ce que c'était vendredi, ce dernier s'était laisser surprendre à chasser la palombe et à grignoter un bout de saucisse en ce jour de jeûne. Des femmes de Lourdes s'en sont scandalisées à ce point que l'abbé Clouchet fut contraint de quitter Lourdes.
  50. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 86 et 87.
  51. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 95-97.
  52. Ruth Harris, op. cit., p. 24.
  53. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 91 : Berndatte vous parle p. 70.
  54. op. cit., p. 23.
  55. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 72
  56. Témoignage de Jacquette Pène, H 4, p. 309, Bernadette vous parle, p. 73
  57. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 116.
  58. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 92.
  59. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 94.
  60. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 95.
  61. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 95 et 96.
  62. a et b Ruth Harris, op. cit., p. 25.
  63. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 80.
  64. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 94 et 95
  65. Thérèse Valot, in Thérèse et Guy Valot, Lourdes et l'illusion, Paris, Maloine, 1956, p. 17. Auguste Vallet, La Vérité sur Lourdes, Flammarion, 1944, p. 6.
  66. a, b, c et d René Lautrentin, Bernadette vous parle, pp. 81-90
  67. Déclaré atteint d'une amaurose incurable par le docteur Dozous, « l'aveugle » Louis Bouriette se serait frotté l'œil de l'eau bourbeuse de la source et aurait recouvré la vue. En 1955, le docteur Thérèse Valot fragilise les conclusions du docteur Dozous en contrôlant les trois références médicales appuyant son argumentation : le docteur Valot affirme que les trois auteurs invoqués n'ont jamais rien dit de ce qui leur était attribué. Remarquant que la guérison de Bouriette survient le lendemain du comportement déroutant de Bernadette, le docteur Valot va jusqu'à dire, en parlant du docteur Dozous : « C'est lui qui, en inventant le premier miracle, au moment même où Bernadette sombrait dans le ridicule, sauva la situation et amorça la réaction en chaîne des guérisons spectaculaires. » Thérèse et Guy Valot, op. cit., p. 18-21 et 99.
  68. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 101.
  69. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 102 et 103
  70. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 152 et 153.
  71. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 157.
  72. a et b René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 158.
  73. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 148.
  74. a, b, c et d René Laurentin, Benradette vous parle, p. 95-100.
  75. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 108.
  76. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 109.
  77. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 178-182.
  78. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 187.
  79. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 112 et 113.
  80. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 199-203.
  81. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 193, 194, 198, 201, 204 et 205.
  82. Cité par René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 117.
  83. Ruth Harris, op. cit., p. 26.
  84. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 117-118.
  85. a et b René Laurentin, Bernadette vous parle, pp. 118-126.
  86. René Laurentin, Bernadette vous parle, p. 126.
  87. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 221.
  88. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 118.
  89. a, b, c, d, e, f, g et h René Laurentin, Bernadette vous parle, t. I « Lourdes », pp. 128-131.
  90. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 224.
  91. a, b et c René Laurentin, Bernadette vous parle, t. I, p. 136.
  92. En graphie classique occitane : « Que soi era Immaculada Concepcion.
  93. Ruth Harris, op. cit., p. 26 et 27.
  94. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 227.
  95. L.-J.-M. Cros, S. J., Histoire de Notre-Dame de Lourdes d’après les documents et les témoins, 3e édition - 1925, pp. 429 et 456.
  96. L.-J.-M. Cros, Histoire de Notre-Dame de Lourdes, op. cit., p. 456.
  97. Ruth Harris, op. cit., p. 160 et 187.
  98. a, b, c et d René Laurentin, Bernadette vous parle, t. I « Lourdes », pp. 138-139.
  99. Ruth Harris, op. cit., p. 27.
  100. a, b, c, d, e, f, g et h René Laurentin, Bernadette vous parle, pp. 148-154
  101. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 128.
  102. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 139.
  103. René Laurentin, Bernadette vous parle, t. I, p. 157.
  104. a, b et c René Laurentin, Bernadette vous parle, t. I, Lourdes, p. 159-160.
  105. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 135.
  106. Bernadette Soubirous ne mentionne pas la dernière apparition dans le récit qu'elle écrit plus tard à Nevers.[réf. souhaitée]
  107. Ruth Harris, op. cit., p. 27. L'historienne paraphrase ici la formule de l'abbé Peyramale, en mai 1860 : « Sa mission est finie. » Id., p. 194.
  108. a et b Ruth Harris, op. cit., p. 188.
  109. Ruth Harris, op. cit., p. 189.
  110. Ruth Harris, op. cit., p. 159 et 160.
  111. a et b Anne Bernet, p. 236.
  112. Ruth Harris, op. cit., p. 163-165.
  113. Ruth Harris, op. cit., p. 160 et 161.
  114. Jacques Perrier, cité par Laurence Desjoyaux, « Lourdes fête les 150 ans de la reconnaissance des apparitions », sur la-croix.com, 17 janvier 2012.
  115. a, b et c Cité par Laurence Desjoyaux, art. cit.
  116. Dans le mandement de l'évêque de Tarbes, le terme « surtout » revient deux fois pour marquer l'importance de la constatation de « faits surnaturels » par rapport au témoignage de Bernadette. Voir Abbé Fourcade, L'apparition à la grotte de Lourdes en 1858. Paris, 1862, pp. 115 et 125. Lecture sur Google Books.
  117. J. M. J. Bouillat, « Mgr Peyramale, curé de Lourdes », sur hospitalite-rouen.cef.fr.
  118. Ruth Harris, op. cit., p. 203-205.
  119. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 154.
  120. a et b René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 153.
  121. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 188 et 189.
  122. a et b René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 188.
  123. Émile Zola, Mon voyage à Lourdes, éd. cit., p. 794.
  124. Ruth Harris, op. cit., p. 27 et 195.
  125. René Laurentin, Bernadette Soubirous, tome 1, p. 254.
  126. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 189.
  127. Ruth Harris, op. cit., p. 195.
  128. François Vayne, (en) 15 Days of Prayer with Saint Bernadette of Lourdes, New City Press, 2009, p. 108.
  129. « Les Sœurs de la Charité de Nevers », sur sainte-bernadette-nevers.com.
  130. Bernadette Soubirous, Lettre du 20 juillet 1866 aux religieuses de Lourdes, cité par René Laurentin Bernadette vous parle, tome 2, Nevers, pp. 19-20.
  131. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 208 et 209.
  132. Cité par René Laurentin, Bernadette vous parle, tome 2, Nevers, p. 41.
  133. Bernadette Soubirous, Lettre du 12 février 1867 à l'abbé Pomian, cité par René Laurentin, Bernadette vous parle, t.2 Nevers, p. 42?
  134. Témoignage d'une sœur de Nevers, cité par René Laurentin Bernadette nous parle, tome 2, p26.
  135. Ruth Harris, Modèle:Op.cit, p. 229
  136. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 283-292.
  137. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 227.
  138. Selon Henri Lasserre. Rapporté par Émile Zola, Mon voyage à Lourdes, éd. cit., p. 794.
  139. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 247.
  140. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 247, 259, 305-307.
  141. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 305.
  142. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 314 et 338.
  143. a et b René Laurentin, Bernadette vous parle, Paris, Lethielleux, 1972, p. 19-20.
  144. René Laurentin, Lourdes, op. cit., p. 24 et 25.
  145. Jean-Paul Lefebvre-Filleau, op. cit., p. 25.
  146. a et b « Qui es-tu Bernadette ? » sur sainte-bernadette-nevers.com.
  147. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 161.
  148. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 68.
  149. Recueilli par Émile Zola, Mon voyage à Lourdes, éd. cit., p. 803.
  150. Selon sa cousine Jeanne Védère, in René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 185.
  151. Ruth Harris, op. cit., p. 228.
  152. Ruth Harris, op. cit., p. 198.
  153. Ruth Harris, op. cit., p. 219.
  154. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 334.
  155. Recueilli par Émile Zola, Mon voyage à Lourdes, éd. cit., p. 794.
  156. Les docteurs Jourdan et David, chargés des exhumations, parlent de « la conservation extraordinaire du corps de la religieuse ». Le rapport du docteur Comte dit : « Le corps ne paraît pas avoir subi de putréfaction, ni la décomposition cadavérique habituelle et normale après un aussi long séjour dans un caveau creusé sous la terre. » Dans son rapport concernant la deuxième exhumation, celle du 3 avril 1919, le docteur Comte précise : « La peau reste sur la plus grande partie du corps… les ongles des mains sont à peu près tous conservés mais sont très mobiles, le crâne est recouvert de quelques cheveux courts… les parties molles du nez sont en partie détruites. » Citations extraites du Bulletin de l'Association Médicale de N.-D. de Lourdes, première année, n° 2, mai 1928. Cité par Thérèse Valot, in Thérèse et Guy Valot, op. cit., p. 23 et 24.
  157. a et b René Laurentin, « Le corps intact de Bernadette, à Nevers », sur fr.lourdes-france.org.
  158. Thérèse Valot se base sur le certificat des docteurs Jourdan et David, qui parlent de « charbon que l'on a retrouvé en assez grande quantité dans le cercueil ». Dans son rapport, le docteur Comte parle en outre d'un corps recouvert « d'une couche assez notable de sels ». Bulletin de l'Association Médicale de N.-D. de Lourdes, mai 1928, déjà cité. « Quel charbon, demande le docteur Valot, sinon un charbon antiseptique ! Pourquoi cette couche « notable » de sels recouvrant le corps ? […] La momification du corps de Bernadette a été aidée par des agents chimiques (charbon et sels). » Thérèse Valot, in Thérèse et Guy Valot, op. cit., p. 23, 24, 98 et 99.
  159. a et b Bulletin de l'Association Médicale de N.-D. de Lourdes, mai 1928, déjà cité.
  160. René Laurentin, Vie de Bernadette, op. cit., p. 339.
  161. Jean-Pierre Bousquel, Guide France des pèlerinages et des lieux d'accueil spirituel, Fayard, 1996, p. 418.
  162. « Si l'Église n'a pas canonisé la voyante de Lourdes en tant que telle, on peut dire cependant que c'est la grâce de Massabielle qui a fait la sainteté de Bernadette. » Magnificat, n° 219, Tardy, février 2011, p. 266-267. Cité par « Fête de sainte Bernadette », sur stebernadette-jeumont.fr.
  163. Ruth Harris, op. cit., p. 33, 34, 58-72.
  164. a, b, c et d Ruth Harris, op. cit., p. 67.
  165. Ruth Harris, op. cit., p. 66.
  166. Sur le site du diocèse Tarbes-Lourdes Bigorre, vieille terre mariale
  167. Ruth Harris, op. cit., p. 185.
  168. a, b, c et d Ruth Harris, op. cit., p. 34.
  169. Ruth Harris, op. cit., p. 185 et 186.
  170. Ruth Harris, op. cit., p. 11.
  171. René Laurentin, « Faut-il croire à Lourdes ? », sur /blog.renelaurentin.com.
  172. Pie X, Pascendi Dominici Gregis, sur vatican.va, 1907. Le décret de la Sacrée Congrégation des Rites est celui du 2 mai 1877.
  173. Ruth Harris, op. cit., p. 53 et 54.
  174. Ruth Harris, op. cit., p. 10.
  175. Par exemple : Georges Bertrin, Ce que répondent les adversaires de Lourdes : réplique à un médecin allemand, sur gallica.bnf.fr, Metz, Le Lorrain, Paris, Gabalda, 1911, p. 7.
  176. Thérèse et Guy Valot, op. cit., p. 103.
  177. Thérèse Valot, in Thérèse et Guy Valot, op. cit., p. 16.
  178. Recueilli par H. L., Le Gaulois, 12 avril 1894. Cité dans Émile Zola, Mon voyage à Lourdes, éd. cit., p. 908.
  179. Émile Zola, Lourdes, éd. cit., p. 101.
  180. Émile Zola, Mon voyage à Lourdes, éd. cit., p. 793
  181. Le Gaulois, 12 mai 1893. Cité par Henri Mitterand, in Émile Zola, Lourdes, Stock, 1998, p. 11.
  182. Émile Zola, Mon voyage à Lourdes, éd. cit., p. 793 (et, pour l'abbé Ader, p. 793-795 et 801).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Biographies

(Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.)

  • Anne Bernet, Bernadette Soubirous, Paris, Perrin, 1994, réed. 2001 et 2007. (ISBN 978-2-262-02780-3) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ruth Harris, Lourdes : la grande histoire des apparitions, des pèlerinages et des guérisons, Lattès, 2001.Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • René Laurentin, Vie de Bernadette, Paris, Desclée de Brouwer, 1978, réed. 1979, 1986, 1990, 1991 et 2007. 256 p. (ISBN 978-2-22005-809-2)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • René Laurentin, Bernadette vous parle, t.1 Lourdes, t.2 Nevers, Desclée de Brouwer, 1978. Réédité en un volume, Paris, Lethielleux, 2008. (ISBN 978-2-283-60067-2) Version plus complète de la biographie Vie de Bernadette du même auteur, contenu similaire.Document utilisé pour la rédaction de l’article

Études, sources et documents

  • Edmond Marbot, Nos Évêques. Vie de Mgr Forcade, archevêque d’Aix, Arles et Embrun, Aix en Prevence, A. Makaire, 1889.
  • René Laurentin et alli, Lourdes : documents authentiques, 7 vol., Paris, Lethielleux, 1957-1966. Les tomes I et II sont de Laurentin, les tomes III à VII ont été réalisés avec Bernard Billet et Paul Galland pour le tome V.
  • René Laurentin, Lourdes : histoire authentique des apparitions, 6 vol., Lethielleux, 1961-1964, réed. 2005. (ISBN 2-283-60201-7). Témoignages et documents d'archives précédemment publiés dans les sept volumes de Lourdes : documents authentiques, ici présentés dans l'ordre chronologique avec mise en évidence et commentaires des problèmes de critique historique posés par les variantes entre les sources.
  • Marie-Thérèse Bourgeade et René Laurentin, Logia de Bernadette, Lethielleux, 1971, rééd. 2010, 3 volumes, (ISBN 978-2-249-62120-8), (ISBN 978-2-249-62121-5) et (ISBN 978-2-249-62122-2). Étude critique des paroles de Bernadette, de 1866 à 1879.
  • René Laurentin, Visage de Bernadette 2 tomes, Paris, Lethielleux, 1978. (ISBN 2-249-60127-5) et (ISBN 2-249-60127-5). Recensement et présentation des 74 photographies authentiques de Bernadette.
  • Bernadette Soubirous, Carnet de notes intimes, Nevers, Couvent Saint-Gildard, 1991, réed. 2002. Carnet manuscrit de Bernadette, 1873-1874.
  • Sœurs de la Charité de Nevers, Les écrits de sainte Bernadette et sa voie spirituelle, présenté par André Ravier S.J., Paris, P. Lethielleux, 1980, réed. 2003. (ISBN 2-283-60147-9)
  • Guy Thuillier, Bernadette Soubirous et les écrivains, Bibliothèque municipale de Nevers, Société académique du Nivernais, 2008. Lecture sur le site de la Bibliothèque municipale de Nevers.
  • Régis-Marie de la Teyssonnière, Lourdes:la spiritualité de Bernadette, Ed. Artège, 2013. ISBN 978-2360402038

Publications d'intérêt historiographique (par ordre chronologique de parution)

  • Abbé Fourcade, L'apparition à la grotte de Lourdes en 1858. Paris, 1862. Compte rendu des travaux de la commission, mandement de l'évêque de Tarbes et rapport d'analyse chimique de l'eau de la grotte. Lecture sur Google Books.
  • Henri Lasserre, Notre-Dame de Lourdes, Paris, Palmé, 1869. Première biographie de Bernadette, traduite en 80 langues.
  • R. Sempé et J.-M. Duboe, Notre-Dame de Lourdes, Annales de Notre-Dame de Lourdes, 1868-1869, réed. Paris, Letouzey, 1931. Publication des chapelains du sanctuaire de Lourdes, sur la base de témoignage et de document d'époque, et qui a suscitée la « protestation de Lassere ».
  • Augustin Fourcade, Notice sur la vie de sœur Marie-Bernard dans l'Institut des sœurs de la charité et de l'instruction chrétienne de Nevers, Nevers, 28 août 1879. Témoignage de l'évêque de Nevers sur son rôle dans l'entrée de Bernadette au couvent de Nevers et son attitude dans l'affaire de la « protestation de Lassere ».
  • Henri Lasserre, Bernadette, sœur Marie-Bernard, Paris, Sanard et Derangeon, 1893.
  • Louis Copéré, Cause de béatification et de canonisation de sœur Marie Bernard Soubirous de l'Institut des Sœurs de la Charité, Rome, Imprimerie Pontificale, 1908.
  • Marie-Thérèse Bordenave, La Confidente de l'Immaculée : Bernadette Soubirous, en religion sœur Marie-Bernard, des Sœurs de la charité et de l'instruction chrétienne de Nevers, Nevers, Saint-Gildard, 1912. réed. 1933. Sur la base des témoignages des sœurs de la Charité de Nevers ayant vécu avec Bernadette.
  • Zoé Reumont de poligny, "L'Histoire complète de Notre-Dame de Lourdes et de la petite Bernadette suivie de pièces justificatives notes te récits de miracles", Paris, A. Teillon, Éditeur, 1924.
  • Léonard Cros, Histoire de Notre-Dame de Lourdes d'après les documents et les témoins ; Toulouse, Douladoure ; Paris, Beauchesne, 1925-1927.
  • E. Guynot, Sainte Bernadette, souvenirs inédits, Paris, Spes, 1936, réed. G. Victor, 1956.
  • Émile Zola, Mes voyages. Lourdes, Rome. Journaux édités par René Ternois, Paris. Fasquelle, 1958. Inédit jusque 1958, ce journal de voyage comprend des témoignages recueillis par Zola à Lourdes en 1894.

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