Exercices spirituels

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Exercitia spiritualia, 1548, première édition par Antonio Bladio (Rome) (158x108 mm)

Les Exercices spirituels sont un ouvrage de méditation et de prière composé par Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus, à partir de sa propre expérience de recherche de la volonté de Dieu dans sa vie. D'abord rédigé en espagnol, puis traduit en latin[1], l'ouvrage fut approuvé par Paul III le 31 juillet 1548 (Pastoralis officii).

La « première annotation » qui ouvre le livre explique le titre :

« Par ce terme d’exercices spirituels, on entend toute manière d’examiner sa conscience, de méditer, de contempler, de prier vocalement et mentalement, et d’autres opérations spirituelles, comme il sera dit plus loin. De même, en effet, que se promener, marcher et courir sont des exercices corporels, de même appelle-t-on exercices spirituels toute manière de préparer et de disposer l’âme pour écarter de soi toutes les affections désordonnées et, après les avoir écartées, pour chercher et trouver la volonté divine dans la disposition de sa vie en vue du salut de son âme. »

Présentation[modifier | modifier le code]

Le livre contient environ 200 pages. Il est le guide de celui qui donne les exercices[2] (ou accompagnateur spirituel) lors d’une retraite de quatre semaines (environ 30 jours). Dans une démarche progressive les méditations, contemplations et répétitions faites au long des journées de la retraite (en silence) aident celui qui les fait à voir clair dans sa vie et à l’orienter vers ce que Dieu désire de lui. C’est pourquoi, les exercices décrits dans cet ouvrage doivent être « faits » plutôt que « lus ».

Les quatre semaines[modifier | modifier le code]

Les quatre semaines des Exercices spirituels ne sont pas des semaines de calendrier. Elles sont d’inégales longueurs et doivent être adaptées de manière personnelle au cheminement spirituel du retraitant.

Première semaine[modifier | modifier le code]

La première semaine aide le retraitant à prendre la mesure de la présence du mal, du mensonge et de tout ce qui porte à la mort dans le monde et en lui-même. Qu’il fasse la vérité dans sa vie, se reconnaisse pécheur pour s’en remettre à la miséricorde de Dieu. Lui seul peut renouveler le cœur de l’homme. La semaine se termine généralement par le sacrement de réconciliation. Il n’est pas rare, dans la pratique, que cette semaine dure jusqu’à 10 ou 11 jours[3].

Deuxième semaine[modifier | modifier le code]

La deuxième semaine est un cheminement avec le Christ dans sa vie itinérante en Galilée. Elle commence avec une méditation sur l'Incarnation et se termine avec le dimanche des Rameaux. Aux mystères à contempler proposés par Ignace, l’accompagnateur spirituel du retraitant est libre d’ajouter d’autres scènes d’évangiles non mentionnées dans le livret. Le guide s’adapte toujours aux besoins spirituels du retraitant qu’il rencontre quotidiennement dans un colloque particulier. Au long de ces méditations le retraitant demande qu’une connaissance intérieure de Jésus lui soit donnée pour en recevoir un fruit qui donne orientation à sa vie personnelle. La semaine se termine sur une réflexion préliminaire sur le choix à faire (où la confirmation) de son état de vie. Suivre ou ne pas suivre le Christ ?

Troisième semaine[modifier | modifier le code]

Durant la troisième semaine le retraitant vit avec le Christ le drame de sa passion : de Béthanie à sa mise au tombeau après la mort en croix. Anéantissement devant le Christ bien-aimé au Golgotha, qui de sa croix même recrée tout homme et tout l’homme.

Quatrième semaine[modifier | modifier le code]

Dans la quatrième semaine Jésus-Christ ressuscité est contemplé dans ses apparitions à sa mère et aux apôtres et disciples. Transformation des disciples qui ont eux-mêmes comme une nouvelle vie. Ils trouvent en Lui la force de proclamer la Vie et la liberté spirituelle en témoignant de la présence de Dieu.

Contemplation pour obtenir l'amour[modifier | modifier le code]

Le mois d’exercices spirituels se conclut en contemplant Dieu présent et actif (« travaillant ») au cœur du monde. Le retraitant fait son offrande : « Prends Seigneur et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j’ai et possède. Tu me l’as donné : à Toi, Seigneur, je le rends. Tout est tien ; disposes-en selon ton entière volonté. Donne-moi ton amour et ta grâce. C’est assez pour moi. »

Les influences[modifier | modifier le code]

Un livre qui influença beaucoup Ignace durant son immobilisation forcée à Loyola — et conduisit à sa conversion — est la La Vie du Christ par Ludolphe le Chartreux. Il en retint (pour ses Exercices spirituels) des scènes de la vie du Christ qui ne se trouvent dans aucun des quatre Évangiles.

Toute sa vie, L'Imitation de Jésus-Christ resta une de ses lectures préférées. Le livre de Thomas a Kempis est explicitement recommandé à celui qui fait les Exercices spirituels.

Pour la structure des méditations et l’idée même d’exercices spirituels, il est probable qu’Ignace a été influencé par L’Exercitario de la vida spiritual de Garcia Jimenez de Cisneros (1455-1510), bénédictin, abbé de l’abbaye de Montserrat, près de Barcelone.[réf. nécessaire]

Les gravures[modifier | modifier le code]

À l’initiative d’Ignace de Loyola, Jérome Nadal fit réaliser un recueil de gravures : Evangelicae Historiae Imagines.

Peu de temps avant sa mort, saint Ignace de Loyola avait pressé Nadal de concevoir un guide illustré pour enseigner la méditation aux novices jésuites. Nadal commanda les illustrations à plusieurs artistes, se réservant la rédaction des légendes. Ce recueil (153 gravures au total) a été publié à Anvers en 1594, soit près de quinze ans après la mort de Nadal. Il a été édité par Martin Nutus, successeur de l'imprimeur Christophe Plantin. C’est le recueil le plus ancien de ce type qui nous soit parvenu.

Les légendes contiennent le titre de la Cène évangélique, mais également une série d’annotations qui expliquent, par des renvois de lettres insérés dans l’image (A, B, C, etc.), telle ou telle partie de la Cène représentée, ou plus exactement du lieu où elle se déroule (ce qui s’appelle la « composition de lieu » dans les Exercices spirituels).

Le recueil suit l’ordre des contemplations données par Ignace dans les Exercices. Il en devient ainsi un complément pour aider le retraitant à se plonger entièrement dans la Cène, qu’il contemple comme s’il y participait.

En outre, ces dessins utilisent l’art de la perspective, ce qui est révolutionnaire pour l’époque, afin de rendre l’Évangile plus attirant. Le fidèle est invité à « s'immerger avec tous ses sens » dans la proximité de Dieu[4].

Dans un dessein analogue, le même usage de la perspective se fait dans les églises jésuites : tableaux et architectures incitent le croyant à entrer avec tout son être dans la contemplation de la vie du Christ. Au Gesù de Rome, à Saint-Ignace, les fresques et les trompe-l'œil contribuent, en pleine période baroque, à donner au visiteur la sensation de la réalité.

Matteo Ricci apporta avec lui les Exercices spirituels pour annoncer l’Évangile aux Chinois. Il écrivit : « Ce livre est d’une utilité aussi grande que la Bible au sens où pendant que nous parlons nous pouvons mettre sous les yeux de nos interlocuteurs des choses que les mots seuls ne pourraient expliquer. »

Édition[modifier | modifier le code]

  • Exercices spirituels, introduction par François Courel, Paris, DDB, 1963
  • Exercices spirituels, Traduction du texte autographe par Édouard Gueydan s.j. en collaboration, Collection Christus N°61, Paris, Desclée de Brouwer Bellarmin, 2004
  • Les exercices spirituels de S. Ignace de Loyola... Traduits du latin en françois, par un Père de la mesme Compagnie, Cnobbaert, Anvers, 1673. Consultable gratuitement en ligne sur gallica.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en)Spiritual Exercises of Saint Ignatius, sur la Catholic Encyclopedia.
  2. Ignace évite de parler de 'directeur' de retraite, car, dans sa perspective c’est en fait Dieu qui dirige le retraitant.
  3. Dans les annotations 18b et 19 du livre, Ignace suggère que certains retraitants ne devraient pas être conduits à aller au-delà de la première semaine s’ils ne remplissent pas des conditions d’équilibre psychologique, de maturité spirituelle et de santé physique
  4. Site des Jésuites, « Petite introduction à la spiritualié ignatienne ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]