Madeleine-Sophie Barat

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Madeleine-Sophie Barat
Image illustrative de l'article Madeleine-Sophie Barat
Portrait de Madeleine-Sophie Barat, par Savinien Petit (portrait posthume)
Sainte
Naissance 12 décembre 1779
Joigny
Décès 25 mai 1865  (à 85 ans)
Paris
Nationalité Française
Vénéré à En Bourgogne et à Paris (corps exposé dane l'église Saint-François-Xavier)
Béatification 24 mai 1908 Rome
par Pie X
Canonisation 24 mai 1925 Rome
par Pie XI
Vénéré par l'Église catholique
Fête 25 mai

Madeleine-Sophie Barat (12 décembre 1779, Joigny (Yonne) - 25 mai 1865, Paris) est une religieuse française, fondatrice en 1800 de la Société du Sacré-Cœur de Jésus (Congrégation des Sœurs du Sacré-Cœur). Elle fut béatifiée par Pie X, le 24 mai 1908, puis canonisée par Pie XI, le 24 mai 1925.

Issue d'une famille d'artisan tonnelier, Sophie a reçu une solide éducation chrétienne de la part de son frère Louis. À l'initiative du père Joseph Varin (1769-1850), jésuite, auprès de qui œuvrait son frère Louis, elle fonda le 21 novembre 1800 la Société du Sacré-Cœur de Jésus dont l'objet était de développer l'enseignement pour les jeunes filles. Très attirée à la fois par une vie de prière mais aussi par le désir d’aider la société de son temps, elle fut une femme étonnamment ouverte aux besoins de son époque, très attentive à y répondre de son mieux. Elle a cherché à donner aux femmes un rôle de premier plan pour la reconstitution du tissu social. Elle a aussi révélé de remarquables qualités relationnelles, manifestant de l'aisance aussi bien avec les grands de ce monde qu'avec les enfants et leur familles. L'ouverture des lycées napoléoniens puis républicains aux filles, œuvre du ministre de l'Instruction publique Victor Duruy est, en un certain sens, un hommage rendu à l'intuition de Sophie.

Élue supérieure de la congrégation dès le 18 janvier 1806 alors qu'elle n'avait que 26 ans, elle le restera jusqu'à sa mort le 25 mai 1865. Comptant alors 3 539 religieuses réparties en 99 communautés, la congrégation s'était déjà considérablement développée à travers le monde, notamment en Amérique du Nord dès le 19 mars 1818, grâce à Philippine Duchesne, religieuse de la congrégation qui sera béatifiée par le pape Pie XII le 12 mai 1940 et canonisée le 3 juillet 1988 par le pape Jean-Paul II.

Biographie[modifier | modifier le code]

Acte de naissance de Madeleine-Sophie Barat : L'an mil sept cent soixante et dix neuf le douze décembre est née et a été baptisée par moi vicaire soussigné magdelaine sophie fille légitime de jacques barat tonellier et de magdelaine foufé, le parrain louis barat et la marraine louise sophie cédor

Enfance[modifier | modifier le code]

La maison natale de Madeleine-Sophie Barat à Joigny

Madeleine-Sophie Barat naît dans une famille relativement modeste, mais suffisamment instruite. Son père Jacques Barat est tonnelier, cultivateur et vigneron à Joigny dans l'Yonne actuelle[1]. Il a su s'élever de la condition de vigneron de son père et a fait fructifier son commerce, tout en devenant propriétaire d'une petite maison. Sa mère, née Madeleine Fouffé, est d'une naissance un peu moins modeste. Instruite pour son temps, elle donna à ses trois enfants une éducation qui fera pour deux d'entre eux des personnalités marquantes dans le monde catholique.

C'est le 12 décembre 1779[2] que Madeleine-Sophie vient au monde. Une circonstance tragique préside à sa naissance. Dans la nuit du 12 au 13, un incendie éclate dans la maison voisine de celle de Jacques Barat. Le danger est si menaçant que sa femme qui attendait son troisième enfant, donne le jour prématurément de deux mois[3], à la petite Madeleine-Sophie. Elle est si chétive qu'on la fait immédiatement baptiser, à l'église Saint-Thibault, craignant qu'elle ne vive pas, et l'on choisit son frère aîné, Louis Barat, comme parrain. Il est âgé d'une quinzaine d'années et se destine à la prêtrise.

Grâce à des soins assidus, Madeleine-Sophie se fortifie et montre très vite une intelligence peu commune : « Je n'avais que dix-sept mois quand je m'aperçus que j'existais, écrit-elle dans ses mémoires »[4]. Louis lui fait suivre le soir à la maison, les cours qu'il donne aux jeunes gens du collège de Joigny, tant dans le domaine des sciences exactes, que dans les domaines de la littérature ou de la religion.

Montée à Paris, rencontre avec le père Varin[modifier | modifier le code]

Broderie brodée par sainte Madeleine-Sophie à Paris et envoyée à sa mère à Joigny

Louis, diacre du diocèse de Sens, régent au collège de Joigny, prête dans un premier temps le serment à la Constitution civile du clergé. Il se rétracte en 1792. Il fait alors partie du clergé réfractaire fidèle au pape et à la monarchie. Emprisonné, puis libéré à la chute de Robespierre, il est ordonné prêtre en 1795 et décide d'aller exercer son ministère à Paris. Il demande à ses parents d'emmener sa sœur « pour tenir son petit ménage » et lui donner une éducation supérieure et théologique sous sa conduite rigoureuse.

La Terreur a joué un rôle important dans la vie spirituelle de Sophie Barat. C'est pour en réparer les excès et les erreurs qu'elle souhaite voir se créer une nouvelle forme de vie religieuse. Elle voit dans la Révolution française un régime qui a « atteint les droits de Dieu et outragé le Cœur du Christ » dans la mesure où il a entravé les modalités habituelles du culte, contrarié les formes traditionnelles de la transmission de la foi, brisé les cadres ecclésiastiques anciens et empêché le clergé de tenir son rôle[5].

Le 17 juillet 1794, les jeunes pères Charles de Broglie, Joseph Varin (1769-1850), Charles Leblanc et les frères Léonor et Xavier de Tournély s'étaient regroupés pour constituer la « Société du Sacré-Cœur », dans le but de préparer la restauration de la Compagnie de Jésus en France. « Saint Ignace sera glorifié de compter pour enfants les enfants du Sacré-Cœur » écrit le père de Tournély. Celui-ci a également en projet de créer une Société de femmes dévouées à assurer par le Sacré-Cœur l'éducation des jeunes filles, et en rédige les bases : « Se dévouer au Cœur de Jésus, ressusciter l'amour de Jésus dans les âmes et la lumière de sa doctrine dans les esprits ; pour cela prendre les sentiments et les dispositions intérieures de ce Cœur divin et les répandre par le moyen de l'éducation de la jeunesse ». Il meurt le 9 juillet 1797 avant d'avoir pu réaliser son projet. L'idée est alors reprise par le père Joseph Varin. Louis Barat, qui avait rallié ces prêtres et qui était devenu l'auxiliaire du père Varin, lui présente sa sœur Sophie. « J'allai voir Mademoiselle Sophie Barat, racontait le père Varin, et je trouvai une personne très délicate de tempérament, extrêmement modeste et d'une grande timidité. Quelle pierre fondamentale ! me dis-je en moi-même. En effet, c'était sur elle que Dieu voulait édifier la Société de son Cœur. » Le noviciat commença presque aussitôt. De Paris, Madeleine-Sophie, envoie à sa mère une broderie du Sacré-Cœur, qui s’appuie sur l’Écriture, la théologie, la tradition et tout son élan mystique.

Fondation de la Société du Sacré-Cœur de Jésus[modifier | modifier le code]

Le pape Grégoire XVI approuve les constitutions en 1843
Les constitutions de 1852

Le 21 novembre 1800, Madeleine-Sophie et ses compagnes prononcèrent leurs premiers vœux, c'était la fondation de la Société du Sacré-Cœur de Jésus (Congrégation des Sœurs du Sacré-Cœur). La Société prit corps avec l'ouverture de la maison d'Amiens en octobre 1801. Madeleine-Sophie fit profession religieuse le jour de la Pentecôte, le 7 juin 1802[6].

Très vite, de toute la France arrivèrent de nouvelles jeunes filles à former. Successivement, de petites communautés assemblées dans le même but que le Sacré-Cœur demandèrent à s'y rattacher. À ces maisons multipliées, il fallait une autorité centrale. La nomination d'une Supérieure générale s'imposa en très peu de temps. Le 18 janvier 1806, « Madame Barat » fut élue, elle n'avait pas encore vingt-sept ans.

Avant de s'appeler Société du Sacré-Cœur de Jésus, la congrégation s'est appelée Dilette di Gesù, puis en 1804 Dames de l'association de l'Instruction chrétienne. Le 10 mars 1807[6], l'empereur Napoléon approuve par décret la fondation de l' « Association de l'Instruction chrétienne » peu avant de disperser le 1er novembre 1807 les Pères de la Foi, suspects de royalisme[6]. En 1814, après que Pie VII a rétabli la Compagnie de Jésus, l'association prend son nom définitif.

Après quelques difficultés dans la rédaction des Constitutions, certaines mères ayant fait prendre une orientation différente des vues d'origine, Madeleine-Sophie réussit à revenir aux intentions primitives avec d'autant plus de vigueur que, parallèlement, la Compagnie de Jésus ayant été rétablie, les Pères de la Foi, dont le père Varin, y étaient entrés. C'est avec son aide qu'elle établit les premières Constitutions en novembre 1815[6].

À partir de 1815, la Société du Sacré-Cœur entre dans une phase de consolidation et d'affirmation qui apaise progressivement les conflits. Le passage à un nouveau régime politique, le rétablissement de la royauté surtout, permettent d'user de l'appellation de « Sacré-Cœur » à laquelle on ne faisait auparavant référence qu'entre soi. La Société pouvait désormais porter un nom qui exprimait son charisme et sa raison d'être[7].

Les Constitutions sont approuvées en 1816 par Pie VII et la Société du Sacré-Cœur de Jésus est reconnue par un bref de Léon XII le 22 décembre 1826.

La révolution de 1830 amène le transfert du noviciat hors de France. L'extension internationale crée de nouvelles exigences. L'adaptation des Constitutions, trop alignées sur celles de la Compagnie de Jésus, suscite de nouveau une menace de crise. L'obéissance de Madeleine-Sophie, la dignité de son attitude, la qualité de ses relations avec les papes successifs, notamment avec Grégoire XVI, permettent de franchir une nouvelle fois les obstacles.

Le pape Grégoire XVI approuve les nouvelles constitutions en 1843 et à partir de cette date, les fondations se multiplient en France, en Irlande, en Angleterre, en Belgique, en Autriche, en Suisse et en Espagne. Ces institutions donnaient ainsi dans toute l'Europe un enseignement uniquement en français (il en sera ainsi jusque dans les années 1970), pour les jeunes filles des classes élevées.

En 1850, Madeleine-Sophie Barat rencontre Pie IX à Rome, qui approuve les réformes qu'elle lui propose, concernant notamment la nomination de supérieures provinciales.

Développement de la congrégation à travers le monde[modifier | modifier le code]

Ancien emblème des Religieuses du Sacré-Cœur de Jésus

La congrégation est dédiée à l'éducation des jeunes filles. Le premier pensionnat dont Madeleine-Sophie Barat prend la direction est installé à Amiens en octobre 1801, puis vient Grenoble en 1805. Madeleine-Sophie reçoit la bénédiction de Pie VII à Lyon. L'extension se poursuit à Poitiers et Niort en 1808, Beauvais, Chambéry, Lyon, Bordeaux, Le Mans, Autun, Besançon, Turin, Metz, Lille, Perpignan, Avignon, Rome, Bruxelles en 1836, Marseille, Nantes, Tours, Algérie en 1844, Laval, Montpellier, Nancy, Galicie. Madeleine-Sophie a une vie très itinérante et mouvementée. À partir de 1806 et pendant tout le reste de sa vie, au moins jusqu'en 1852, elle va de maison en maison pour fonder, agréger des communautés qui demandent la fusion, communiquer l'« esprit » de la congrégation, dynamiser et renforcer l'unité[8].

Philippine Duchesne seconde Madeleine-Sophie. Elle avait prononcé ses vœux en 1805, peu après la création de la congrégation, et apporté une dot importante. La rencontre avec Mgr Guillaume-Valentin Dubourg, venu recevoir la consécration épiscopale en 1816 comme premier évêque de Louisiane va être déterminante. Il demande des religieuses pour l’éducation féminine dans son diocèse d’Amérique nouvellement créé. Le 19 mars 1818, pour Madame Duchesne, c'est le grand départ pour la Louisiane. De là, elle va développer considérablement la congrégation. Philippine Duchesne sera béatifiée par Pie XII le 12 mai 1940 et canonisée le 3 juillet 1988 par le pape Jean-Paul II.

Mort[modifier | modifier le code]

En mai 1865, la congrégation comprenait 3 539 religieuses réparties en 99 communautés[9] à travers le monde. Le 21 mai 1865, Madeleine-Sophie Barat annonce sa mort prochaine : « Je me suis empressée de venir aujourd'hui car Jeudi nous allons au Ciel... » Madeleine-Sophie Barat meurt à Paris, dans la maison mère du boulevard des Invalides (aujourd'hui musée Rodin), le jour de l'Ascension, le 25 mai 1865. Sa dernière pensée, consignée dans son testament, résume bien toute sa vie « L'amour du Cœur de Jésus, pour le salut des âmes, selon le but de notre vocation ».

Béatification et canonisation[modifier | modifier le code]

Statue de Madeleine-Sophie Barat dans la nef de Saint-Pierre de Rome

Madeleine Sophie Barat a laissé une Correspondance qui témoigne de son inlassable activité, plus de quatorze mille lettres ont ainsi été versées au dossier du procès de béatification.

Elle fut béatifiée par Pie X, le 24 mai 1908, puis canonisée par Pie XI, le 24 mai 1925.

Comme pour tous les fondateurs d'ordre religieux qui ont été canonisés, une statue - réalisée en 1934 par le sculpteur Enrico Quattrini - lui est dédiée dans la basilique Saint-Pierre de Rome[10].

Déplacements successifs de son corps[modifier | modifier le code]

La châsse à Bruxelles, rue de l'Abondance, où elle se trouvait jusqu'en juin 2009

À sa mort, Madeleine-Sophie Barat fut inhumée le 29 mai 1865 au cimetière de Conflans, un quartier de la ville de Charenton-le-Pont aux portes de Paris où elle avait l'habitude de se rendre à la fin de sa vie.

Durant l'instruction du dossier permettant l'introduction de sa cause de canonisation, une première exhumation de son corps pour permettre l'examen de ses restes eut lieu le 2 octobre 1893. Grande fut la surprise quand on constata la conservation inexpliquée de son corps[11]. Après avoir été installé dans la Chapelle ND-des-Sept-Douleurs de Conflans, le corps est de nouveau inhumé à Conflans dans un nouveau cercueil le 26 octobre 1893[12].

Le 30 avril 1904, les congrégations religieuses quittent la France à la suite du vote de la loi du 5 juillet leur interdisant l'enseignement et les expropriant. Le cercueil de Madeleine-Sophie est transporté dans l'établissement de la congrégation près de Bruxelles, à Jette en Belgique. Madeleine-Sophie est alors inhumée dans la crypte de la grande chapelle de cette localité.

Entre le 27 juillet 1908 et le 13 août 1908, le cercueil est ouvert à plusieurs reprises en vue de la béatification. Cette fois encore, son corps est trouvé intact. Un masque du visage est alors réalisé. Le 30 avril 1909, le corps est déposé dans la châsse en bronze doré où elle repose depuis.

Début 1934, une chapelle consacrée à sainte Madeleine-Sophie Barat est construite près de la chapelle de Jette. La châsse y est transférée le 11 septembre 1934.

Le 2 octobre 1982, la congrégation quitte Jette, seules quelques sœurs restent au « Petit château », bâtiment qui avait été acheté par Madeleine-Sophie, et assurent l'entretien de la châsse.

Fin 1993, la grande chapelle néogothique de Jette est démolie, la petite chapelle consacrée à Madeleine-Sophie n'est plus accessible. Le 17 février 1994, la châsse est alors déménagée provisoirement dans un salon du Petit château.

Le 24 mai 1998, la châsse est transportée à Bruxelles, rue de l'Abondance, dans la maison provinciale de Belgique-Pays-Bas.

La chapelle du Sacré-Cœur de l'église Saint-François-Xavier à Paris, où a été installée la châsse le 19 juin 2009
La châsse, installée le 19 juin 2009, dans la chapelle du Sacré-Cœur de l'église Saint-François-Xavier à Paris

De façon à éviter de nouveaux déplacements de la châsse, la direction de la congrégation décide d'installer la châsse dans un lieu définitif. En septembre 2007, la décision est prise de l'installer dans la chapelle du Sacré-Cœur de l'église Saint-François-Xavier à Paris. Cette église se trouve à côté des bâtiments où Madeleine-Sophie a vécu : le siège de la congrégation (aujourd'hui musée Rodin) et l'établissement d'enseignement pour les jeunes filles (aujourd'hui lycée Victor-Duruy). La date est fixée au vendredi 19 juin 2009, fête du Sacré-Cœur. C'est donc ce jour-là qu'eut lieu une très importante cérémonie, présidée par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, entouré de Mgr Georges Gilson, archevêque émérite de Sens-Auxerre, Mgr Yves Patenôtre, archevêque titulaire de Sens-Auxerre, Mgr Antoine Hérouard, secrétaire général de la Conférence des évêques de France, Mgr Patrick Chauvet, curé de Saint-François-Xavier, d'une quarantaine de prêtres, de quelques centaines de religieuses de la Société du Sacré-Cœur de Jésus, et de plus de 1 000 fidèles[13].

L'affaire du masque[modifier | modifier le code]

En 1993, le masque mortuaire et le moulage en argent des mains de la sainte sont dérobés au couvent de Jette à l'occasion de la démolition de la chapelle[14]. Deux ans plus tard, début 1995, ces objets sont retrouvés chez le baron Benoît de Bonvoisin[15]. Inculpé de recel, celui-ci est condamné en février 1996, par le tribunal correctionnel de Bruxelles, à 6 mois de prison et 1 000 FB d'amende ; Alfred Collins est reconnu coupable du vol et condammné à 2 ans de prison et 1 000 FB d'amende[16].

Son œuvre[modifier | modifier le code]

En 1806, Madeleine-Sophie Barat est élue supérieure parce que c'est elle qui réunit les qualités pour cette place : son union intime avec Dieu, sa douceur, sa prudence, son dévouement entier à la congrégation, la sagesse de son gouvernement qu'on avait déjà éprouvée, tous les talents réunis dans un âge où tant d'autres ne font que donner des promesses font croire que Dieu l'avait suscitée dans son amour pour la fondation de la congrégation[17].

Madeleine-Sophie Barat a fait preuve ensuite d'une étonnante capacité d'adaptation face aux difficultés des situations qu'elle a traversées. Au sein de sa congrégation, elle a été aux prises avec une contestation qui s'est manifestée à deux reprises entre 1809 et 1815 et entre 1839 et 1843. Dans les deux cas, les dissensions portaient sur la spiritualité du Sacré-Cœur et sur la forme de vie religieuse qu'elle avait voulu instaurer. Chaque fois, Madeleine-Sophie a fait face, avec simplicité et humilité, tenant dans les épreuves grâce à une prière profondément enracinée en Jésus-Christ, sachant à la fois pardonner et maintenir son œuvre dans l'esprit des origines.

Femme étonnamment ouverte aux besoins de son temps, elle fut attentive à y répondre de son mieux. Elle a travaillé à donner aux femmes un rôle de premier plan pour la reconstitution du tissu social. Elle a aussi révélé de remarquables qualités relationnelles, manifestant de l'aisance aussi bien avec les grands de ce monde qu'avec les enfants et leur familles. Les plus pauvres savaient trouver auprès d'elle accueil et soutien. Le principe était simple: ouvrir des pensionnats payants d'élite pour les jeunes filles de la haute bourgeoisie, afin de financer des œuvres, comme des écoles d'externes, pour les classes plus modestes.

Elle, qui dans son adolescence avait rêvé de la vie du Carmel, a su concilier, au cours de sa longue vie, action et contemplation. Elle a créé une vie apostolique nouvelle fondée sur l'intériorité et l'union au Cœur de Jésus.

Son activité apostolique fut très intense : de très nombreux voyages à travers l'Europe, tout en gouvernant au quotidien la congrégation, et pas moins de 14 000 lettres autographes. Ces lettres, réunies après sa mort, témoignent de son attention affectueuse à chacune, de sa prudence, de son zèle.

L'influence de Madeleine-Sophie s'est exercée dans deux directions : elle-même et sa société ont pris une part importante dans l'extension de la dévotion au Sacré-Cœur qui devait prendre une place de choix à partir du milieu du XIXe siècle. L'importance attachée à l'éducation solide des filles de la bourgeoisie s'est révélée une intuition fructueuse, puisqu'elle contribua à faire en grande partie échapper les familles de ce milieu à la désagrégation religieuse qui allait affecter les élites françaises gagnées par le positivisme et l'anticléricalisme. L'ouverture des lycées napoléoniens puis républicains aux filles, œuvre du ministre de l'Instruction publique Victor Duruy, pour ne pas laisser le monopole de l'éducation des filles de la bourgeoisie aux congrégations, est, en un certain sens, un hommage paradoxal rendu à l'intuition de Madeleine-Sophie[6]. L'institut, qui leur est confisqué par la IIIe République boulevard des Invalides, est du reste renommé lycée Victor-Duruy et jusqu'à la mixité des années 1970 sera un lycée de jeunes filles des plus prestigieux de la capitale.

Maison natale, aujourd'hui centre spirituel[modifier | modifier le code]

La maison natale de Madeleine-Sophie Barat, à Joigny, a été réhabilitée et, depuis 1998, transformée en centre spirituel ouvert aux pèlerins[18].

Citations[modifier | modifier le code]

Église Saint-Thibault de Joigny: détail du vitrail de sainte Madeleine-Sophie Barat.

Il faut que je ne sois rien et que Dieu soit tout.

Consacrer son cœur à Jésus, c'est le consacrer au bonheur.

Dieu est un bien qui aime à se répandre.

Tout vent conduit au port quand c'est Dieu qui le dirige.

Depuis si longtemps que Dieu frappe à la porte de notre cœur, ne Lui ouvrirons-nous pas ?

Les saints sont moins admirables par la sainteté de leur vie, que par leur fidélité à se relever après leurs fautes.

Quand on cherche Dieu, on a déjà ce que l'on cherche.

Vous êtes faibles, dites-vous ; mais avez-vous mesuré la force de Dieu ?

Les gouvernements s'effondrent, l'Église demeure.

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abbé Louis Baunard, Histoire de la vénérable Mère Madeleine-Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus, Librairie Poussièlgue Frères, 1re édition en 1877, 4e édition en 1879
  • Adèle Cahier (rscj et secrétaire de Madeleine-Sophie Barat), Vie de la Vénérable Mère Madeleine-Sophie Barat, fondatrice et première supérieure générale de la Société du Sacré-Cœur, Paris, 1884
  • Charles-Alexandre Geoffroy de Grandmaison, La Bienheureuse Mère Barat (1779-1865), 1909
  • Charles-Alexandre Geoffroy de Grandmaison, Sainte Madeleine-Sophie Barat (1779-1865), 1925
  • Alexandre Brou, Sainte Madeleine-Sophie Barat : sa vie d'oraison, ses enseignements, éditions P. Beauchesne, 1925
  • E. Vesco de Kereven, Les Saintes Patronnes de la France : sainte Madeleine-Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus, éditions Fernand Lanore, 1929
  • Jeanne de Charry (rscj), Sainte Madeleine-Sophie, service d'Église, Casterman, 1965
  • M. Th. Virnot (rscj), Le Charisme de Sainte Madeleine-Sophie, Poitiers, 1975
  • Joseph Varin: Lettres à sainte Madeleine-Sophie Barat (1801-1849) (Texte intégral avec notes et index analytique pr Jeanne de Charry RSCJ), Rome, 1982, 396pp.
  • Marie-Hélène Sigaut, Madeleine-Sophie Barat, Comme un grand Feu, bande dessinée, Univers Media Paris, 1983, (ISBN 2-859-74111-9)
  • Setsuko Miyoshi, Vie de Sainte Madeleine-Sophie Barat, Japon, 1978 (version japonaise), SSP St Paul editions, Séoul, 1989 (version coréenne)
  • Marie-France Careel, L'Acte éducatif chez Madeleine-Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus, Lyon, 1991
  • Monique Luirard (rscj), Madeleine-Sophie Barat (1779 - 1865) : une éducatrice au cœur du monde, au cœur du Christ, collection Historiques, éditions Nouvelle cité, 1999, (ISBN 2-85313-346-X)
  • Naomi Kojima, Sainte Madeleine-Sophie Barat, 1999, Kaisei-Sha Publiching - et sa traduction française de Satomi Sadayo : L'Histoire de sainte Madeleine-Sophie Barat, 2001, éditions Au Cœur du Monde, (ISBN 2-9517178-0-6)
  • Phil Kilroy (rscj), Madeleine-Sophie Barat, a life 1779 - 1865, Cork University Press, 2000 - et sa traduction française de sœur Pascale Dominique Nau, OP : Madeleine-Sophie Barat Une vie 1779 - 1865, Les éditions du Cerf, 2004, (ISBN 2-204-07468-3)
  • Marie-France Carreel (rscj), Sophie Barat. Un projet éducatif pour aujourd’hui ?, Éditions Don Bosco, Paris, 2003, (ISBN 2-914547-12-9)
  • Bernard Richard, Madeleine-Sophie Barat, sainte de Joigny (Yonne) et sa communauté dans le monde, La Gazette 89 éditions, Égriselles-le-Bocage, 2009

Iconographie[modifier | modifier le code]

Madeleine-Sophie Barat a toujours refusé qu'on la photographie ou qu'on peigne son portrait, au prétexte que : « Ce n’est pas mon visage qu’il faut reproduire. C’est mon affection pour vous qu’il faudrait photographier; vous auriez alors quelque chose ».

Les seuls portraits connus sont celui réalisé par le peintre Savinien Petit, qui avait rencontré Madeleine-Sophie Barat et qui a réalisé son portrait après sa mort, ainsi qu'une photo prise à son décès[19]. Toutes les images pieuses la représentant sont donc interprétées à partir de ces portraits ou du masque mortuaire réalisé en 1908.

Hommages[modifier | modifier le code]

Madeleine-Sophie Barat a donné son nom à plusieurs établissements scolaires, notamment :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. L'acte de mariage de ses parents précise : « le père de l'époux dit ne pas savoir signer ».
  2. De très nombreux documents (livres, sites Internet, ...) donnent la date du 13 décembre 1779. La date exacte est le 12 décembre comme en témoigne l'acte de naissance.
  3. Abbé Baunard, Histoire de la vénérable Mère Madeleine-Sophie Barat, fondatrice de la Société du Sacré-Cœur de Jésus, Librairie Poussièlgue Frères, 4e édition en 1879, p. 5
  4. Lettre à son neveu Stanislas Dusaussoy, Turin, le 9 juillet 1932
  5. Monique Luirard, Madeleine-Sophie Barat, p. 35
  6. a, b, c, d et e G. Jacquemet (dir.), Catholicisme hier aujourd’hui demain, Paris, 1948-2000 [détail des éditions], tome 8
  7. Monique Luirard, Madeleine-Sophie Barat, p. 71
  8. Monique Luirard, Madeleine-Sophie Barat, p. 61
  9. « Histoire des religieuses du Sacré-Cœur (rscj) », sur le site international de la congrégation (consulté le 7 juin 2009).
  10. « St. Madeleine Sophie Barat, Founder Statue by Enrico Quattrini, 1934 », sur le site de la basilique Saint-Pierre (consulté le 22 novembre 2008).
  11. Dr Patrick Mahéo et René Laurentin, Inventaire des saints ou réputés tels dont les corps n'ont pas été corrompus, annexe de l'ouvrage L'Amour plus fort que la souffrance, éditions F.X. de Guibert, 1993, [lire en ligne]
  12. « Histoire de Mère Barat », sur le site des RSCJ à Bruxelles (consulté le 22 novembre 2008).
  13. « Bienvenue à Paris, Sainte Madeleine-Sophie ! », sur le site international de la congrégation (consulté le 29 juin 2009).
  14. (nl) André Monteyne, « De straatnamen van Jette (21) : Heilig Hartlaan », De Zeyp,‎ novembre 2006, p. 8 (lire en ligne)
  15. Christian Du Brulle, « Benoît de Bonvoisin jugé à Bruxelles : Le « masque d'argent » devant le tribunal », sur lesoir.be,‎ 16 janvier 1996 (consulté le 4 mai 2014)
  16. « 55e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles a prononcé mardi des condamnations à des peines de prison ferme contre », sur L'Échoconsulté le=4 mai 2014,‎ 21 février 1996
  17. Monique Luirard, Madeleine-Sophie Barat, p. 60
  18. « Histoire de la maison natale », sur le site du centre Sophie-Barat à Joigny (consulté le 7 juin 2009).
  19. voir http://home.scarlet.be/madeleinesophie.barat/images/msb-morte.gif
  20. « Vie d quartier », sur l site de la ville de Montréal (consulté le 14 décembre 2010).
  21. « Page d'accueil », sur sophie-barat.net (consulté le 7 juillet 2010).
  22. « Page d'accueil », sur sophie-barat-schule.de (consulté le 14 décembre 2010).