Profit

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Profit (homonymie).

Le profit est une rémunération variable, incertaine mais espérée, du risque pris par le détenteur d'un capital investi. Il permet de rémunérer le risque pris par le détenteur du capital : en règle générale, plus le risque est élevé, plus le capital sera rémunéré (c’est-à-dire plus le profit sera élevé) ; la notion de risque renvoie ici à la probabilité de perdre tout ou partie de son capital.

On sépare les notions de profit et de profit économique, qui correspond à un profit comptable auquel sont soustraits les coûts d'opportunité.

Détermination et mesure du profit[modifier | modifier le code]

Profit comptable et financier[modifier | modifier le code]

Les entreprises modernes sont des organisations complexes, qu'un unique indicateur financier ne permet pas de caractériser. Il faut en effet tenir compte :

de l'amortissement du capital matériel utilisé,
des frais financiers,
de la spéculation sur la valeur future de l'entreprise,
des obligations contractuelles ou légales de l'entreprise,
des risques pris, qui se traduiront par des dépenses futures ou des manques à gagner (exemple : faillite d'un client avant paiement d'une facture) plus ou moins incertains (d'où l'engagement de provisions),
du degré de contrôle que l'entreprise exerce sur d'autres entreprises dont elle détient tout ou partie du capital, et des décisions prises à l'égard de ces entreprises (dépenses ou recettes),
des subventions,
de l'environnement économique général (si l'environnement économique est bon et que les autres entreprises améliorent leurs résultats, alors la valeur de l'entreprise qui ne croît pas va baisser ; inversement, si l'entreprise parvient à maintenir ses résultats dans un contexte généralement mauvais, alors que les autres entreprises souffrent, alors sa valeur va augmenter).

La notion de « profit » est alors insuffisante :

des éléments subjectifs entrent en ligne de compte ; les dirigeants de l'entreprise doivent faire leurs choix comptables, sous le contrôle d'organes extérieurs (notamment les experts-comptables et le fisc) ;
des éléments hors de contrôle de l'entreprise entrent aussi en ligne de compte ;
le profit s'apprécie non dans l'absolu, mais par comparaison avec les performances des autres entreprises ;
les différents acteurs de l'entreprise ont besoin d'indicateurs différents, car leurs objectifs et leurs marges de décision sont également différents.

Au sein de l'entreprise, on s'intéressera ainsi à des indicateurs comme les différentes types de marge (marge commerciale, marge brute, etc.), le résultat d'exploitation, et plus généralement les divers soldes intermédiaires de gestion.

Du point de vue des actionnaires, on regardera :

le bénéfice, qui est le résultat de l'entreprise revenant à ses propriétaires et peut être redistribué sous forme de dividendes, ou la perte ;
le profit financier, qui est le bénéfice moins le coût du capital (ce qu'aurait rapporté l'argent engagé s'il avait été placé en dehors de l'entreprise, en compte d'épargne ou obligations d'état par exemple) ; il sert notamment à rémunérer le risque entrepreneurial, avec cependant une part de rente si, par exemple, d'une entreprise en situation dominante sur un marché de concurrence imparfaite ;
la plus-value ou la moins-value, qui représente en terminologie financière un gain en capital (différence entre la mise initiale et le prix obtenu en cas de revente des parts de l'entreprise) ;
la rentabilité totale pour le propriétaire (ou Total shareholder return dans le cas de l'actionnaire), qui représente le total des revenus et gains en capital (dividendes, plus-value).

Le taux de profit[modifier | modifier le code]

Classiquement, la rémunération du capital avancé dans la production est le profit et la rentabilité du capital avancé est mesurée à travers le “taux de profit”, c'est-à-dire le rapport du profit perçu par période (en général l'année) et le capital avancé (totalité des sommes apportées en une ou plusieurs fois sur cette même période).

Les conceptions du profit[modifier | modifier le code]

Les économistes classiques[modifier | modifier le code]

Pour les économistes libéraux, le profit représente une juste rémunération d'une part du sacrifice consenti par les épargnants en s'abstenant de consommer pour investir, et d'autre part du "risque" pris par les détenteurs du capital investi en espérant être rémunérés par des revenus futurs incertains. Ces deux actions, épargne et investissement, seraient la source essentielle d'accroissement général des richesses à partir du stade de la révolution industrielle.

Dans cette optique, la plus-value réalisée lors de la cession d'un bien ou d'un service est la différence entre le prix retiré de l'échange et l'ensemble des coûts entrepris pour l'élaboration de ce bien ou de ce service. Au contraire, la moins-value est la perte retirée d'une vente insuffisante pour couvrir les frais entrepris.

Le profit, lorsqu'il est réalisé, bénéficie alors au(x) propriétaire(s) du capital qui ont porté le risque du projet,

Par exemple, dans l'hypothèse où tous les coûts qui m'ont été nécessaires à la production et la mise sur le marché d'une pomme s'élèvent à 0,5 euro,
si je trouve un acheteur me la payant 0,7 euro
mon profit (on peut dire aussi ma marge brute) sera de 0,2 euro.
si je paye 30 % d'impôt sur ce bénéfice, il tombe à 0,14 euro.
si par contre, je n'obtient que 0,4 euro sur le marché, je fais une perte de 0,1 euro.

Pour les économistes classiques, la baisse sur le long terme du taux de profit semble être la règle d'une économie se dirigeant vers la prospérité et un état qualifié de stationnaire :

Selon Adam Smith : « L'accroissement du capital qui élève les salaires, tend à diminuer les profits. Quand les capitaux de beaucoup de riches marchands sont engagés dans le même type d'activité, leur concurrence mutuelle tend naturellement à diminuer leur profit; et lorsqu'il y a une augmentation semblable dans toutes les activités qui sont menées au sein de la société , la même concurrence doit produire le même effet sur l'ensemble... Dans un pays qui aurait atteint le degré de richesse que la nature de son sol et de son climat, et sa situation par rapport aux autres pays lui permettent d'atteindre, qui ne pourrait donc pas avancer davantage et qui ne reculerait pas non plus, à la fois les salaires du travail et les profits du capital seraient très bas.(...) Ainsi la concurrence serait partout aussi grande, et par conséquent le profit ordinaire serait aussi faible que possible. Mais peut-être aucun pays n'est-il déjà parvenu à ce degré d'opulence [1]».
Selon Ricardo, Le profit est une valeur résiduelle qui s'établit après versement des salaires (aux ouvriers) et des rentes (aux propriétaires fonciers). La marche de l'économie vers l'état stationnaire résulte de l'accroissement démographique qui implique la mise en culture de terres moins productives et consécutivement une hausse du prix des subsistances et des rentes versées aux propriétaires fonciers. Ces sommes versées se retranchent de façon croissante du profit dégagé [2]

Les marxistes[modifier | modifier le code]

Selon Karl Marx, le travail est le seul facteur apportant une plus-value aux matières premières qui ont servi à produire le bien ou service vendu.

Le profit, objet de lutte[modifier | modifier le code]

En régime capitaliste, « les rapports entre capitalistes et salariés revêtent un caractère fondamentalement antagonique qu'ils n'ont pas chez les économistes classiques : L'analyse marxiste de la répartition renvoie à l'analyse de la lutte des classes telle qu'elle se déroule dans le mode de production capitaliste. (...) L'antagonisme de la classe ouvrière et de la bourgeoisie, non seulement n'a rien de naturel puisqu'il relève d'un mode de production particulier, mais encore constitue la caractéristique dominante du mode de production capitaliste. La terminologie employée témoigne du contenu politiquement explosif qu'elle entend donner à son analyse de la répartisition : le rapport entre salariés et capitalistes (pour le partage de la pus-value) est décrit comme un rapport d'exploitation [3] ».
Ainsi pour Marx, le capitaliste exploite le travailleur en empochant un profit pris sur le salaire versé. En prélevant du profit, le capitaliste s'approprie du travail mort (du capital), ce qui lui permet d'exploiter de plus en plus les fournisseurs de travail vivant (les travailleurs sur le marché libre du travail international). D'où selon Marx, une paupérisation relative du prolétariat (les travailleurs ne possédant pas les moyens de production et d'échange). Marx et ses disciples considèrent donc que tout profit est illégitime. Sa ré-appropriation par les salariés ne peut intervenir que par l'abolition du salariat, au besoin par la dictature du prolétariat et la révolution. Pour ce faire, Marx lance la mot d'ordre : « prolétaires de tous pays unissez-vous »

La baisse tendancielle du taux de profit[modifier | modifier le code]

Reformulation du taux général de profit : Selon la théorie de la valeur-travail, le taux général de profit s'écrit [4]  :

Taux de profit = PV (Plus value totale) / (ΣC, (valeur totale du capital constant avancé) + ΣV, (valeur totale du capital variable annoncé))
En divisant numérateur et dénominateur par la même grandeur ΣV (valeur totale du capital variable avancé), on obtient :
Taux de profit = (PV / ΣV) / ((ΣC/ΣV)+ (ΣV/ΣV))
Soit encore = (PV/ΣV) / ((ΣC/ΣV) + 1) , où (PV/ΣV) = E , le taux de plus-value et (ΣC/ΣV) = G , la composition organique moyenne du capital.

La tendance à la baisse du taux de profit : Selon Marx, la mécanisation qui accompagne l'accumulation du capital se traduit par une élévation de la composition organique du capital ( G = ΣC/ΣV). Ce qui entraine - pour un taux d'exploitation inchangé- une baisse du taux de profit.

En effet , dans la dynamique , on constate que ΔG >0 , et ΔE =0 , d'où un Δ du taux de profit <0.

Les causes qui contrecarrent la loi de baisse tendancielle du taux de profit :

La baisse de la valeur unitaire des machines et autres éléments du capital constant limite l'effet de la mécanisation sur la hausse de la composition organique (G).
L'élévation du taux de plus-value E , soit par allongement de la durée du travail à salaire inchangé ( effet de plus-value “absolue”) , soit par abaissement de la valeur de la force de travail due à la baisse de valeur des biens consommés par les salariés ( effet de plus-value “relative”).

Alors que Ricardo voit la baisse tendancielle du profit achemine graduellement l'économie vers un “ état stationnaire ”, pour Marx cette baisse est incompatible avec la logique du capitalisme : Cette baisse accroit l'instabilité du système, engendre des crises conjoncturelles de plus en plus violentes et fréquentes. De la sorte, ces crises se superposent aux phénomènes de concentration du capital et de surpopulation relative. Elles sont la preuve que le capitalisme sait de moins en moins gérer ses crises internes au fur et à mesure qu'il se développe et se trouve - par conséquent historiquement condamné.

L'École autrichienne[modifier | modifier le code]

Les économistes de la tradition autrichienne adoptent une définition plus conforme à l'usage commun: « Avantage d'ordre matériel, intellectuel ou moral qu'une personne ou une collectivité peut tirer de quelque chose » (Trésor de la Langue Française). Pour eux, toute action est nécessairement entreprise dans l'espoir d'en tirer un profit, qui n'a pas nécessairement une composante monétaire.

La perspective du développement durable[modifier | modifier le code]

Le profit est une motivation importante pour les entreprises, qui souhaitent gagner de l'argent par leurs activités.

Pour les entreprises engagées dans des démarches de responsabilité sociétale, le profit est l'une des trois composantes du triple bilan qui mesure les progrès de l'entreprise vers le développement durable : la composante économique (les deux autres étant les composantes environnementale et sociale)[5].

L'idée est que, selon Élisabeth Laville, la mission des entreprises doit se faire selon l'hypothèse que « le profit n'est pas la vraie - ou la seule - finalité de l'entreprise. De même que l'homme doit manger pour vivre et non pas vivre pour manger, l'entreprise qui se donne une mission remet le profit à sa (juste ?) place : celle d'un moyen indispensable et irremplaçable au service d'une fin plus noble, qui ne se limite pas à la seule survie de l'entreprise mais considère aussi, avant tout, ce qu'elle entend apporter autour d'elle (au monde en général et plus spécifiquement à ses clients, à ses employés, à ses fournisseurs, à la communauté locale, etc.). »[6]

La position de la doctrine sociale de l'Église[modifier | modifier le code]

Dans l'encyclique Centesimus Annus,Jean-Paul II reconnait l'existence du profit : Celui-ci n'est pas une fin en soi et doit contribuer à la promotion d'un « capitalisme démocratique » proche des idées du crédit social, qui voudrait corriger les abus fiscaux et corporatifs.

Ainsi, le compendium résume l'enseignement de par ces mots « La doctrine sociale reconnaît la juste fonction du profit, comme premier indicateur du bon fonctionnement de l'entreprise».

Par contre, l'Église a voulu que le profit soit distribué dans une perspective humaniste. C'est dans cette perspective qu'elle a encouragé la fondation de plusieurs coopératives[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A. Smith “Richesse des Nations” extrait du Chapitre IX
  2. Ricardo ,“Les principes de l'économie politique et de l'impôt” (1817
  3. Jean Boncoeur et Hervé Thouement in “Histoire des idées économiques” , Nathan , Paris 1989 Tome 1
  4. Boncoeur et Thouement op. cit.
  5. Élisabeth Laville, L'entreprise verte, Village Mondial, pages 144-149
  6. Élisabeth Laville, L'entreprise verte, Village Mondial, page 119

Voir aussi[modifier | modifier le code]