Boris Souvarine

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Boris Souvarine (de son vrai nom Boris Lifschitz, né à Kiev en 1895 et mort à Paris le ), d'origine juive[1],[2],[3] ukrainienne, naturalisé français, a été d'abord ouvrier puis journaliste, historien et essayiste.

Militant communiste jusqu'aux années 1930, il a été un critique célèbre du stalinisme à partir des années 1920, et l'auteur en 1935 d'une biographie pionnière de Staline.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ouvrier et fils d'ouvrier, Boris Souvarine est à partir de 1920 le principal animateur du Comité de la Troisième Internationale, avec Fernand Loriot et Charles Rappoport. Il milite au sein de la SFIO sur des bases marxistes révolutionnaires, pour que le parti quitte la Deuxième Internationale, ce qui est fait au congrès de Strasbourg de février 1920, puis pour que la SFIO adhère à la Troisième Internationale, ce que vote la majorité au congrès de Tours en décembre 1920, sur la base d'une motion dont il est le principal rédacteur.

C'est alors la fondation de la Section française de l'Internationale communiste (SFIC - futur Parti communiste français). Souvarine est élu au premier comité directeur de la SFIC, et fait partie, en 1921, des délégués français au 3e congrès de l'Internationale Communiste (IC) (où il est élu à la fois au comité exécutif et au Praesidium qui compte alors 7 membres). Le 17 juillet 1921, il entre au secrétariat de l'IC. Aucun autre français n'exercera de fonctions si élevées au sein du « Komintern ». À cette époque, Souvarine vit principalement à Moscou, mais il est également engagé dans la vie du parti français où il s'oppose au « centre » (Frossard et Cachin). Il perd ainsi son siège au comité directeur au congrès de Marseille en décembre 1921, mais le retrouve en 1923, au conseil national de Boulogne, qui marque la victoire de l'aile gauche pro-bolchévique. Il entre alors au bureau politique.

En 1923 éclatent entre les dirigeants bolcheviques les conflits qui couvaient depuis la maladie de Lénine. Souvarine, qui prend le parti de l’esprit critique face à la direction, et donc relaie parfois Trotski, s'oppose en France à Albert Treint qui a les faveurs de Zinoviev et de la direction de l'Internationale. En janvier 1924, au congrès de Lyon, Souvarine sort vainqueur de la confrontation, mais Treint, avec l'appui de Manouilski et de tous les envoyés de l'IC, fera basculer le Comité directeur courant mars. Dans un texte de mars 1924, Souvarine dénonce le « centralisme mécanique, bureaucratique, et irresponsable » au sein de la SFIC. La publication par Souvarine de « Cours nouveau » de Trotski, en brochure avec l'aide de souscripteurs (dont le jeune Maurice Thorez), servira de prétexte à son éviction de l'IC et donc de la SFIC, annoncée par l'Humanité le 19 juillet 1924. Son exclusion fait en réalité suite à son opposition face à la « bolchevisation » (en fait « stalinisation ») de la SFIC.

Il refait paraître Le Bulletin Communiste à partir de 1925 jusqu'en 1933, il s'agit de l'organe du Cercle Communiste Marx et Lénine qu'il fonde avec nombre de signataires de la Lettre des 250 (octobre 1925), Cercle qui deviendra en 1930 le Cercle communiste démocratique. Parallèlement, il publie, avec l'aide de Colette Peignot La Critique sociale, « revue des idées et des livres », à partir de 1931 et qui comptera onze numéros jusqu'en 1934, qui n'est pas officiellement l'organe du Cercle communiste démocratique.

Souvarine restera toute sa vie un adversaire acharné du stalinisme. En 1935, il fait paraître sa biographie de Staline intitulée Staline. Aperçu historique du bolchevisme. Souvarine y démonte les mécanismes des mensonges développés autour de la réalité du régime russe, régime qu'il considérait comme étant une « négation du socialisme et du communisme », et comme un capitalisme d'État. En mars 1985, peu après la mort de Souvarine, le réalisateur Jean Aurel adaptera cette biographie de Staline sous la forme d'un documentaire pour le cinéma, simplement intitulé Staline. En 1936, sous le pseudonyme de Motus, Souvarine publie aux Éditions de France un livre, À travers le Pays des Soviets.

En 1935, il fonde l'Institut d'histoire sociale et rassemble une importante documentation sur le communisme, l'Union soviétique, et le mouvement ouvrier en général. Il crée Les Amis de la vérité sur l'URSS, collectif qui publie plusieurs brochures à La librairie du travail.

Il est arrêté en 1940 à Marseille par le gouvernement de Vichy. Libéré grâce à l'intervention d'un officier (son ami Henri Rollin), il fuit alors aux États-Unis. Après la guerre, il écrit dans la revue Est & Ouest, revue d'information sur le communisme mondial aussi bien soviétique que chinois ou autres. Il a créé en 1957 la revue Le Contrat social, qui a paru pendant 11 ans.

Branko Lazitch résume ainsi son parcours : « il traita au cours de sa vie d'un seul sujet, du communisme. Il l'aborda en tant que leader communiste-révolutionnaire (1917-1923), en tant que communiste opposant et dissident (1924-1934) et finalement en tant qu'anticommuniste »[4]. Par contre, Souvarine refusait pour sa part le terme anticommuniste : « Si une seule publication au monde a souligné constamment des incompatibilités essentielles entre marxisme et léninisme, entre léninisme et stalinisme, c’est bien la nôtre, donc tout le contraire de l’anticommunisme. »[5] Il dénonçait ce qu'il appelait le « pseudo-communisme », considérant que les régimes du bloc de l'est représentaient « « la plus hideuse caricature du communisme »[6].

Boris Souvarine écrivait en 1981 : « J'ai, dès 1960, voulu démontrer que « pour qui s'avère capable de discernement, le marxisme est une chose, d'ailleurs complexe et variable, le léninisme en est une autre, plus simple, et le marxisme-léninisme une troisième qui contraste avec les précédentes par des différences profondes malgré les similitudes verbales ». De nos jours, j'accentuerais fortement tous les adjectifs car, depuis, une incompatibilité absolue s'est affirmée davantage, entre ces notions troubles et captieuses. »[7]

Son pseudonyme vient du roman Germinal de l'écrivain français naturaliste Émile Zola. On ne peut pas ignorer les analogies entre le personnage fictif et le personnage historique : le Souvarine de Zola est un immigré russe nihiliste et anarchiste, travaillant dans une mine de charbon du nord de la France.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Staline, aperçu historique du bolchévisme, Paris, Plon, 1935 (rééditions Champ libre 1978 et 1985, puis éditions Ivrea 1992).
  • Sous le pseudonyme de Motus, À travers le pays des Soviets, Paris, Éd. de France, 1936.
  • Cauchemar en URSS, Paris, Revue de Paris, 1937 (réédition Agone, 2001).
  • Ouvriers et paysans en URSS, Paris, Librairie du travail, 1937 (réédition Agone, 2001).
  • Un Pot-pourri de Khrouchtchev : à propos de ses souvenirs, Paris, Spartacus, 1971.
  • Le Stalinisme, Paris, Spartacus, 1972.
  • Autour du congrès de Tours, Paris, Champ Libre, 1981.
  • L'observateur des deux mondes et autres textes, Paris, La Différence, 1982.
  • La Critique Sociale – 1931-1934, Paris, La Différence, 1983.
  • Souvenirs sur Isaac Babel, Panaït Istrati, Pierre Pascal - suivi de Lettre à Alexandre Soljenitsyne, Paris, éditions Gérard Lebovici, 1985.
  • À contre-courant (recueil de textes de 1925 à 1939), Paris, Denoël, 1985.
  • Controverse avec Soljenitsyne, Paris, Allia, 1990.
  • Chroniques du mensonge communiste, textes choisis par Branko Lazitch et Pierre Rigoulot, Plon, 1998.
  • Sur Lénine, Trotsky et Staline (1978-79), entretiens avec Branko Lazitch et Michel Heller, précédé de Boris par Michel Heller, Allia, 1990, nouvelle édition précédée de La Controverse sur Lénine, la révolution et l'histoire par Michel Heller, Paris, Allia, 2007.
  • Boris Souvarine a également écrit (anonymement) une des trois parties de Vers l'autre flamme, publié sous le seul nom de Panaït Istrati en 1929. Réédition : L'URSS en 1930, présenté par Charles Jacquier, Paris, éditions Ivrea, 1997.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Souvarine a propagé lui-même une légende, reprise par ses biographes (voir, par exemple, Jean-Louis Panné, Boris Souvarine, Robert Laffont, 1993.) selon laquelle sa famille serait d'origine karaïte. Toutefois les noms de ses parents, Kalman Lifschitz et Mina Steinberg, ne laissent aucun doute sur ses origines ashkénazes.
  2. Une vie révolutionnaire, 1883-1940: Les mémoires de Charles Rappoport, de Marc Lagana, page 370
  3. Dora Maar, d'Alicia Dujovne Ortiz
  4. Préface à Chroniques du mensonge communiste, recueil d'articles de Boris Souvarine, Commentaire/Plon, 1998.
  5. Les Vies de Boris Souvarine, Le Contrat social, volume VIII n° 1, janvier 1964, pp. 66-67.
  6. Les Vies de Boris Souvarine, Le Contrat social, volume VIII n° 1, janvier 1964, pp. 66-67
  7. Boris Souvarine, Autour du congrès de Tours, Champ Libre, 1981, p. 73 et 74.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif (sous la direction d'Anne Roche), Boris Souvarine et la critique sociale, Paris, La Découverte, 1990.
  • Jean-Louis Panné, Boris Souvarine, Paris, Robert Laffont, 1993.
  • Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, tomes I et IV, Paris, Fayard, 1984.
  • Charles Jacquier, Boris Souvarine, un intellectuel antistalinien de l'entre-deux-guerres (1924-1940), thèse de sociologie politique, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, 1994.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]