Tatars de Crimée

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le peuple tatar de Crimée. Pour la langue tatare de Crimée, voir Tatar de Crimée.

Tatars de Crimée

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Vue de la mosquée de Théodosie

Populations significatives par région
Drapeau de la Turquie Turquie 1 000 000
Flag of Crimea.svg Crimée 248 200[1]
Drapeau de l'Ouzbékistan Ouzbékistan 150 000
Roumanie Roumanie 24 137
Drapeau de la Russie Russie 3 789
Drapeau de la Bulgarie Bulgarie 1 803
Population totale 500 000 à 2 000 000
Autres
Langues

tatar de Crimée
ukrainien, russe, turc de Turquie, ouzbek

Religions

Majoritairement sunnite

Les Tatars de Crimée forment une population d'origine turque vivant à l'origine dans la péninsule de Crimée. Les Tatars de Crimée sont également dispersés dans les républiques de l'ancienne Union soviétique, les Balkans et la Turquie. Entre les XVe et XVIIIe siècles, ils constituaient le khanat de Crimée, allié aux Ottomans, qui prospéra puis tomba sous le pouvoir de l'Empire russe.

Ethnogenèse[modifier | modifier le code]

Les Tatars de Crimée sont issus de différents peuples de la steppe, dont le plus important en nombre est celui des Coumans descendus d'Asie centrale vers la Volga aux XIe et XIIe siècles. Ils progressèrent ensuite vers la mer d'Azov et la mer Noire. Installés dans les montagnes de l'actuelle Crimée pour fuir les incursions mongoles, ils embrassent l'islam sunnite au moment de la formation du khanat de Crimée à partir de 1441 et qui survécut jusqu'en 1783. Les autres peuples installés en Crimée correspondent aux apports successifs de populations : il s'agit des descendants de peuples disparus en tant que communautés, tels que les Scythes, les Sarmates, les Grecs antiques, les Ostrogoths, les Grecs pontiques, les Alains ou les Slaves (royaume de Tmutarakan) et les Khazars. Il y eut également des apports arméniens, latins et circassiens. Ces peuples se mélangèrent durant l'Empire romain et plus tard de l'Empire byzantin, ainsi qu'au moment de la domination gênoise. En revanche, la communauté tatare dès lors qu'elle embrassa le sunnisme tout en bénéficiant d'apports turcs ottomans d'Asie Mineure, forma une nouvelle entité séparée des autres.

Histoire[modifier | modifier le code]

Drapeau des Tatars de Crimée (Qırımtatar bayrağı ou Kök bayraq).

Les Tatars de Crimée étaient craints et haïs pour leurs incursions fréquentes et dévastatrices en Ukraine, Russie et Moldavie. La dernière eut lieu en 1782. En 1571, les Tatars de Crimée prirent et brûlèrent Moscou. Ils pratiquèrent jusqu'au XVIIIe siècle le commerce d'esclaves slaves, moldaves ou circassiens avec l'Empire ottoman et le Proche-Orient. Le port de Kefe Caffa était un de leurs principaux marchés d'esclaves. Les anciennes affirmations[2] faisant état de plus de trois millions de personnes, principalement des Ukrainiens, Russes, Biélorusses et Polonais, capturées et asservies à la suite des incursions des Tatars de Crimée, sont exagérées. À l'inverse, celle de l'historien polonais Dziubinski, estimant qu'au XVIe siècle le nombre de Slaves vendus par les Tatars aux Ottomans atteignait en moyenne autour d'un millier par an, sont minorées. L'historien anglais Alan Fischer estime quant à lui qu'entre 1475 et la fin du XVIIe siècle plus d'un million d'esclaves furent pris en Ukraine et en Pologne et vendus en Crimée. À ces ventes effectives sur les marchés s'ajoutent les massacres commis pour les captures et les morts au cours du transport.

Outre le pillage et le commerce d'esclaves, les Tatars de Crimée avaient comme ressource l'élevage (notamment de chevaux, surtout pratiqué par les Roms dits Tataritika Roma qui leur servaient aussi d'éclaireurs, de charriers et de goujats)[3], l'agriculture (fréquemment pratiquée par des esclaves slaves ou moldaves) et le commerce (en particulier la vente de chevaux très réputés, de fruits secs et de fourrures, notamment vers l'Empire ottoman, leur principal débouché).

Les Tatars de Crimée furent en guerre quasi permanente contre les puissances chrétiennes voisines, notamment la Russie et la Pologne, qui armèrent contre eux des troupes irrégulières d'hommes libres vivant dans le pays : les Cosaques. Ceux-ci adoptèrent le même style de vie et se livrèrent aussi au pillage, non seulement contre les Tatars, mais parfois aussi contre les villages chrétiens. Ils vécurent dans ce que la Russie appela l’« Ukraine », littéralement sa « marche-frontière », peuplée alors de Ruthènes.

Le président russe Vladimir Poutine a signé un décret le lundi 21 avril 2014 concernant la réhabilitation des Tatars de Crimée, en tant que peuple réprimé sous Joseph Staline. Ce décret, inclut des mesures pour le développement des autonomies culturelles nationales, pour l'accès à l'apprentissage des langues des peuples opprimés, pour le développement de leur artisanat et d'entreprises locales, et pour leur développement socio-économique[4]. Néanmoins, le 17 avril 2014, l'une des figures politiques des tatars, Moustafa Djemilev, fut interdit par Vladimir Poutine d'entrer sur le territoire de la Crimée[5].

Empire russe[modifier | modifier le code]

En 1792, l'Empire ottoman perdit une guerre contre l'Empire russe et lui céda la Crimée : les Tatars se trouvèrent soumis à leurs anciennes victimes. Ils durent rendre les armes, libérer tous les esclaves chrétiens, céder leurs Roms aux monastères et seigneurs russes, et un grand nombre d'entre eux s'enfuirent dans l'Empire ottoman, notamment en Dobrogée, en Bulgarie, en Anatolie et dans le Caucase. Au cours des décennies suivantes, ils devinrent minoritaires en Crimée, car l'Empire russe y installa un grand nombre d'agriculteurs russes, ukrainiens, allemands et moldaves.

La Guerre de Crimée de 1853 et les lois de 1860-1863 et 1874 provoquèrent un nouvel exode des Tatars de Crimée vers des territoires ottomans — aujourd'hui la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie. Ceux de la côte sud, qui s'étaient relativement mélangés autrefois avec les Grecs pontiques et les Italiens descendants des Génois, étaient très connus pour leurs connaissances en jardinage, leur honnêteté et leurs habitudes laborieuses. Les Tatars de montagne ressemblent beaucoup à ceux du Caucase, alors que ceux de la steppe (les Nogaïs) sont certainement d'origine mélangée entre des Turcs et des Mongols.

URSS[modifier | modifier le code]

Le régime soviétique se traduisit, pour les Tatars de Crimée, par une nouvelle saignée démographique. Ils furent nombreux à être persécutés durant la collectivisation et les Grandes Purges des années 1930 : une génération entière d'hommes politiques et d'intellectuels — comme Veli İbraimov et Bekir Çoban-Zade — disparut sous de fausses accusations.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands tentèrent d'embrigader les Tatars, mais bien que seule une minorité eût accepté la collaboration active, toute la population tatare de Crimée fut victime de la répression stalinienne, à cause de leur soutien aux Allemands. Ils furent accusés d'être des collaborateurs du Troisième Reich et déportés en masse en Asie centrale et dans les régions lointaines de l'Union soviétique, le 18 mai 1944. Cette punition collective fut également appliquée indistinctement, quelques mois plus tard, aux Grecs, aux Allemands et aux Arméniens vivant dans la péninsule. Beaucoup moururent de maladie et de malnutrition. Elle entraîna également la suppression l'année suivante de la République socialiste soviétique autonome de Crimée fondée en 1921 et qui fut alors transformée en une simple oblast de Crimée, au sein de la République socialiste fédérative soviétique de Russie (RSFSR).

En 1967, un décret supprima les accusations portées contre les Tatars de Crimée déportés, mais le gouvernement soviétique ne prit aucune mesure concrète pour faciliter leur réinstallation en Crimée, ni pour réparer les pertes humaines et les confiscations. Les retours ne furent qu'individuels.

République d'Ukraine[modifier | modifier le code]

Proportion (%) de Tatars de Crimée parmi la population de la Crimée en 2001, selon le gouvernement

Le retour massif a commencé avec la dislocation de l'URSS à partir de 1989. Aujourd'hui, plus de 250 000 Tatars sont retournés en Crimée, luttant pour rétablir leurs vies et réclamer leur nationalité, que leur droits culturels. Cette communauté, qui représente plus de 12 % de la population (19,4 % en 1939) de la Crimée, est malgré tout confrontée à beaucoup d'obstacles sociaux et économiques, comme la ghettoïsation, car la plupart des rapatriés vivent concentrés à la périphérie des villes, ce qui ajoute à leur isolement.

Les problèmes que rencontrent les Tatars sont importants et portent d’abord sur :

  • l'emploi (taux de 60 % de chômage), l’instruction, la sécurité sociale, les soins de santé dont le coût est prohibitif ;
  • le logement (constitué généralement de logements ne répondant souvent pas aux normes) ;
  • la protection culturelle et linguistique, alors que la presque totalité des Tatars de Crimée sont russophones et qu'il faut leur faire découvrir la langue de leurs ancêtres.

Depuis 1991, la défense des intérêts des Tatars est prise en charge par une organisation, le Mejlis (assemblée) des Tatars de Crimée qui, le 30 juin de cette même année, déclara la souveraineté des Tatars de Crimée et adopta un hymne national, ainsi qu'un drapeau, le Qırımtatar bayrağı ou Kök bayraq. Depuis 1998, l'organisation envoie 14 députés au parlement ukrainien (Rada), dont son leader, Mustafa Abdülcemil Qırımoğlu. Elle est soutenue financièrement par la Turquie.

Les Tatars de Crimée ont soutenu Viktor Iouchtchenko aux élections ukrainiennes de 2004[réf. nécessaire]. Le Premier ministre de Crimée Sergueï Aksionov signe le 5 mars 2014 un accord de coopération économique avec le président de la république du Tatarstan, Roustam Minnikhanov, dont la priorité est l'aide aux Tatars de Crimée[6]. Cependant la langue d'origine et l'histoire des Tatars du Tatarstan et des Tatars de Crimée sont différentes. Seuls le sunnisme, l'appartenance aux peuples de l'ex-URSS (avec le russe comme langue véhiculaire) et une très lointaine origine ethnique les rapprochent.

La chanteuse d'origine tatare de Crimée, Djamala, est aujourd'hui fort populaire dans toute l'Ukraine et les pays environnants.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. http://www.ukrcensus.gov.ua/eng/results/general/nationality (en)
  2. Théophile Lavallée: http://www.crda-france.org/fr/6histoire/a_d/16_devchirme.htm
  3. Stéphane Zweguintzow, « Les Roms dans la C.E.I. », Échos de Russie et de l'Est, no 24, jan.-fév. 1995, p. 16, Éd. B. de Saisset, ISSN: 1250-8659. Goujat doit ici s'entendre dans son sens premier de « valet d'armée ».
  4. Poutine signe un décret sur la réhabilitation des Tatars de Crimée, 21 avril 2014, Romandie
  5. Moustafa Djemilev, chef tatar d’une Crimée deux fois mutilée, 14 juillet 2014, Libération
  6. (ru) Itar-Tass, 5 mars 2014, Signature d'un accord économique avec le Tatarstan

Liens externes[modifier | modifier le code]