Meskhètes

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Les Meskhètes (en géorgien : მესხები) constituent un groupe ethnique de religion musulmane avec une majorité sunnite et une minorité chiite. Ils seraient environ 300 000 (pas de données précises disponibles) dispersés dans des pays de l'ancienne URSS. Ils parlent un dialecte turc anatolien, et sont aussi majoritairement russophones. Quelques Meskhètes âgés parlent encore le géorgien.

Origines[modifier | modifier le code]

Le terme "Meskh" est à l'origine appliqué à l'une des sous-ethnies composant le groupe ethnique géorgien. Il est attesté dans divers écrits dès l'Antiquité. Cette ethnie a donné son nom à la région du sud de la Géorgie : la Meskhétie (actuellement : Samtskhé-Djavakhétie).

Actuellement, les historiens débattent de l'origine ethnique des Meskhètes contemporains : sont-ils des Géorgiens (théorie soutenue par la Géorgie) ou des Turcs, descendants des envahisseurs coumans sédentarisés dans la région (thèse soutenue par la majorité des Meskhètes et les historiens turcophones) ?

Selon que l'on soutienne l'une ou l'autre thèse, on parle de Meskhètes ou de Meskhs (thèse géorgienne) ou de Turcs Meskhètes ou Turcs Ahiska (thèse turque). En dépit des discussions scientifiques sur leur ethnicité, les Meskhètes se definissent eux-mêmes officiellement comme les Turcs d'Ahıska (Ahiska Türkleri)[1],[2],[3].

Ces paysans musulmans installés entre la Turquie et la Géorgie (en Meskhétie), ne sont pas entrés dans l'histoire sous ce nom : les statistiques officielles de l'Empire russe les classent sous différentes catégories selon les recensements. Ils passent de la catégorie « musulmans géorgiens » à celle d'« Azéris » ou tout simplement « musulmans ». Selon toute probabilité, il s'agissait en fait d'une étiquette simplificatrice réunissant divers groupes pratiquant la même religion : on y trouvait alors des Arméniens musulmans (ou Khemchiles, Hémichis en Turquie), des Géorgiens musulmans (Adjars ou Lazes), des Turcs, des Tarakamas, des Kurdes, etc. Sous l'Union soviétique, ils sont connus sous le terme « Turcs soviétiques ». Cet ethnonyme est contesté très tôt par des intellectuels géorgiens, pour qui il ne faisait aucun doute que ces musulmans étaient des Géorgiens.

Histoire[modifier | modifier le code]

La déportation[modifier | modifier le code]

En septembre 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale, Staline et Beria font déporter la totalité des Meskhètes (environ 100 000) en quelques jours. Il ne s'agissait ni de la première déportation massive, ni de la dernière. Les Meskhètes, comme les Tchétchènes ou les Tatars de Crimée, et tant d'autres, sont entassés dans des convois à bestiaux puis expédiés vers l'Asie centrale. Le voyage est un traumatisme pour les survivants, qui sont de plus accusés d'être des traîtres à la nation sans explication. La majorité des Meskhètes sont déportés vers l'Ouzbékistan, et vivent sous le contrôle du NKVD. Parmi les théories cherchant à expliquer la déportation des Meskhètes, il est généralement admis que Staline avait ainsi "nettoyé" la frontière turco-soviétique d'une potentielle « cinquième colonne » : les Turcs soviétiques n'étaient pas fiables à ses yeux.

La déstalinisation[modifier | modifier le code]

En 1956, au XXe congrès du Parti communiste, Khrouchtchev « libère » les peuples déportés par Staline, sauf trois : les Tatars de Crimée, les Allemands de la Volga, et les Meskhètes. Ces derniers sont assignés à résidence en Asie centrale. Pourtant, dès cette époque, les Meskhètes fondent un comité pour leur réhabilitation et pour leur rapatriement en Géorgie. Moscou consent uniquement à ce que des Meskhètes volontaires s'installent en Azerbaïdjan, ce que 43 000 d'entre eux font cette même année. La Géorgie reste résolument fermée à toute discussion, la propagande officielle vise même à faire des Meskhètes des Turcs dangereux et indésirables.

Les pogroms de Ferghana[modifier | modifier le code]

En juin 1989, en pleine perestroïka, des heurts violents dégénèrent en véritables pogroms dans la vallée de Ferghana (Ouzbékistan), visant les Meskhètes de la région. 15 000 Meskhètes de la vallée de Ferghana sont accueillis comme réfugiés en Russie, et près de 40 000 fuient l'Ouzbékistan. L'origine des pogroms demeure mal connue : s'agit-il d'un symptôme de la montée du nationalisme ouzbek, ou du résultat dramatique de heurts interethniques ? Finalement, seuls quelques milliers de Meskhètes restent en Ouzbékistan, des dizaines de milliers se sont installés en Russie, en Azerbaïdjan et en Ukraine.

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

En Russie[modifier | modifier le code]

Sur les quelque 50 000 Meskhètes présents en Russie, tous se sont bien intégrés, sauf les 15 000 Meskhètes de la région de Krasnodar (au Nord Caucase) en but à la surveillance des organisations cosaques. Ils ont finalement pu obtenir l'asile aux États-Unis.

En Ukraine[modifier | modifier le code]

Environ 5 000 Meskhètes sont citoyens ukrainiens.

En Azerbaïdjan[modifier | modifier le code]

Il y a 38 000 Meskhètes[4] qui sont citoyens azerbaïdjanais. La première vague d'immigrants est venue en 1956. La seconde vague d'immigrés après 1989 pose problème, car le pays a du mal à gérer les milliers de déplacés azerbaïdjanais fuyant le conflit du Haut-Karabagh. En conséquence, l'immigration des Meskhètes en Azerbaïdjan a été arrêtée en 1993.

En Ouzbékistan[modifier | modifier le code]

Les Meskhètes d'Ouzbékistan vivent principalement dans les villes, et jouissent de situations professionnelles bien meilleures que celles des Meskhètes paysans dispersés dans les autres pays de l'ex-URSS.

En Géorgie[modifier | modifier le code]

Il n'y plus actuellement que 800 Meskhètes en Géorgie. Le pays dit étudier la possibilité[réf. souhaitée] d'un rapatriement progressif, mais rien n'est fait et tout reste à faire dans ce pays où l'histoire officielle n'aborde toujours pas de front la période noire de la déportation. Les média et l'opinion publique sont globalement hostiles au retour des Meskhètes. L'une des causes avancées est que la Meskhétie (en fait, l'actuelle Djavakhétie) est majoritairement peuplée d'Arméniens, eux-mêmes ouvertement opposés au retour de ces "Turcs" pour des raisons historiques. La Géorgie est devenue en 1999 membre du Conseil de l'Europe, à la condition de régler la question du rapatriement des Meskhètes avant 2011. Peu de choses ont été entreprises depuis, la Géorgie se plaignant de difficultés prioritaires difficilement gérables, comme les déplacés d'Abkhazie, la crise économique ou les tensions avec les Arméniens de Djavakhétie. En juin 2007, une loi a été adoptée par le Parlement géorgien, donnant la possibilité aux candidats au rapatriement de revenir en Géorgie, sous couvert d'acceptation par les instances géorgiennes. Les conditions sont draconiennes et le délai accordé très court (un an entre janvier 2008 et décembre 2009). Cette loi n'a pas fait l'unanimité et divise la classe politique comme la population, toujours sous-informée et hostile aux Meskhètes.

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Les 15 000 Meskhètes de Krasnodar arrivent progressivement dans différents États américains, où leur statut de réfugié leur garantit un niveau de vie décent.

Organisations[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses associations de Meskhètes, dont voici les principales :

Vatan (patrie) : association mère, dont la ligne directrice est le retour inconditionnel en Géorgie. Elle prône l'origine turque des Meskhètes, ce qui déplait à la Géorgie, qui soutient la thèse opposée. Son siège est à Moscou, et possède une filiale très active à Bakou (Azerbaïdjan).

Association des Meskhs rapatriés : dirigée par les enfants du dirigeant historique de la cause meskhète L. Baratachvili, cette petite association se veut le défenseur des Meskhètes déjà présents en Géorgie et le promoteur des droits des Meskhètes au rapatriement. Elle a fait sienne la thèse de l'origine géorgienne, mais se veut ouverte à tous les Meskhètes.

Bibliographie et liens[modifier | modifier le code]

  • Mamoulia Guram. « Концепция государственной политики в отношении депортированных репатрйрованных в Грузию Месхов. История и современность. » (Le Concept de politique d’État en Géorgie concernant les Meskhs déportés et rapatriés en Géorgie. Histoire et Actualité), no 1 (2), 1999, Central Asia and Caucasus, en anglais et en russe http://www.ca-c.org
  • Baratachvili Marat, « Депортированные месхетинцы. Еще одна надежда. К итогам международных венских консультаций, состаявшихся 15-17 марта 1999 г. » (Les Meskhètes déportés. Un nouvel espoir. Résultats des consultations internationales de Vienne du 15 au 17 mars 1999.), no 3 (4) 1999.Central Asia and Caucasus, en anglais et en russe http://www.ca-c.org
  • Ziâmov Ŝaxobitdin « О межштническом конфликте 1989 г. в Узбекистане » (À propos du conflit interethnique de 1989 en Ouzbékistan), no 6 (12) 2000.Central Asia and Caucasus, en anglais et en russe http://www.ca-c.org
  • Baduraŝvili Irina, Culadze Georgij, Ančabadze Georgij, « Проблемы репатриации месхов в Грузии » (Les problèmes du rapatriement des Meskhs en Géorgie), no 7, 2000.Central Asia and Caucasus, en anglais et en russe http://www.ca-c.org
  • Baratachvili Marat : Правовое положение Месхов-Мусульм в Грузии. (La Situation juridique des rapatriés meskhs en Géorgie) Tbilissi, 1998
  • Conseil de l’Europe, « Accession-commitments and obligations. Georgia’s application for membership of the Council of Europe. Opinion no 209 (1999)» http://portal.coe.ge
  • Memorial : Нарушение прав вынужденных мигрантов и этническая дискриминация в Краснодарском крае. (Положение Месхетинских турок). (La Violation des droits des migrants forcés et la discrimination ethnique dans le krai de Krasnodar (Situation des Turcs Meskhètes)) 1995, disponible sur Internet : http://www.memo.ru/hr/discrim/meshi/
  • Sheehy A., Nahaylo B. : The Crimean Tatars, Volga Germans and Meskhetians : Soviet Treatment of Some National Minorities. Minority Right Group, Report no 6. 3e édition. London
  • Pentikäinen Oskari, Trier Tom, Between Integration and Resettlement : the Meskhetian Turks, Européen Center for Minority Issue (ECMI), working paper no 21, septembre, 2004, http://www.ecmi.de
  • The Forced Migration at the Open Society Institute : Meskhetians Turks : Solutions and Human Security. 1998
  • Articles de Sophie Tournon : caucaz.com : http://www.caucaz.com/home/breve_contenu.php?id=87; CEMOTI : http://cemoti.revues.org/personne1577.html?type=auteur; Libération : http://www.liberation.fr/rebonds/270067.FR.php; Courrier des Pays de l'Est : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/revues-collections/courrier-pays-est/articles/1060-meskhetes.pdf
  • Trier T., Khanjin A. (eds), Meskhetian Turks at a crossroads.Integration, Repatriation or Resettlement? 2007. Münster: LIT Verlag, 663 pp. With a preface by Max van der Stoel

Notes[modifier | modifier le code]