Kolyma

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69° 37′ 46″ N 161° 29′ 27″ E / 69.62944, 161.49083

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La Kolyma en Russie.

La Kolyma est une région de l'Extrême-Orient russe devenue un centre majeur d'extraction minière au cours du XXe siècle.

La région tire son nom du fleuve Kolyma, long de 2 129 km et qui draine un bassin de 680 000 km2. Ce bassin est constitué de montagnes au sud et à l'est, atteignant 3 000 mètres au mont Chen, dans la chaîne Cherskii, et de la vaste plaine de la Kolyma dans le nord, où le fleuve s'écoule vers l'océan Arctique. Son débit de 4 060 mètres cubes par seconde est le sixième plus important de Russie après l'Ienisseï, la Léna, l'Ob, l'Amour et la Volga. Le fleuve Kolyma est gelé sur une profondeur de plusieurs mètres pendant environ 250 jours par an, redevenant libre de glace seulement début juin, et gelant à nouveau début octobre.

Pendant l'époque stalinienne, de nombreux condamnés étaient envoyés dans les camps du Goulag de la région. Cette période est connue grâce aux nouvelles de Varlam Chalamov.


Introduction[modifier | modifier le code]

Ce vaste territoire arctique et sub-arctique, avec ses frontières politiques et géographiques mal définies, se trouve dans les plus lointains confins nord-est de la Sibérie. L'éloignement et l'isolement, la sévérité du climat[1] et les conditions de vie très dures ont fait de cet enfer gelé un endroit à part.

Les citoyens de l'Union soviétique redoutaient la Kolyma plus qu'aucune autre région de l'archipel du Goulag : « Kolyma znatchit smert » (« Kolyma veut dire mort ») disait-on à l'époque.

La Kolyma présentait une spécificité remarquable parmi les nombreuses régions de la Sibérie du Nord : sa richesse en gisements d'or. Après la découverte de son potentiel minier, la région devint l'objet d'une exploitation intensive. Les prisonniers, ou lagerniks comme on les appelait communément, furent les outils principaux dans cette opération menée par l'État. Des millions d' « ennemis du peuple », utilisés comme main-d'œuvre servile sont morts dans les mines d'or du Nord sibérien. Le système poursuivait un double but : l'exploitation des ressources minières et simultanément la liquidation des opposants.

Bien avant que ce territoire longtemps ignoré ne soit connu comme le « four crématoire blanc » ou « le pays de la mort blanche », des explorateurs russes, chasseurs et aventuriers, avaient déjà parlé de son existence. Deux éléments avaient maintenu les pionniers russes hors de cette région : son climat sévère et son isolement géographique. Ces éléments combinés ont créé une solide barrière qui a retardé la redécouverte de la Kolyma jusqu'au début du XXe siècle.

Les premiers explorateurs de cette région trouvèrent les conditions climatiques de la Kolyma trop dures. Les prisonniers soviétiques n'eurent pas ce choix. Ils devaient supporter ces conditions aussi longtemps qu'ils le pouvaient. Une maxime, connue dans toute la Russie, disait : « Kolyma, Kolyma, ô planète enchantée / l'hiver a douze mois, tout le reste c'est l'été. »

L'inaccessibilité de la région entraîna l'abandon d'un projet de route entre Vladivostok et Magadan, la capitale de la Kolyma. La seule liaison possible se faisait par voie maritime, de Vladivostok au petit port de Magadan, Kamtchatka et le port de la mer arctique d'Ambartchik. On créa une flotte de cargos transportant les prisonniers à l'aller et l'or au retour.

En 1932, arriva le premier directeur des camps de travail de la Kolyma, Edouard Petrovitch Berzine. Sous sa direction, Kolyma devint la nouvelle frontière de l'Union soviétique. Toute l'économie y était basée sur le travail forcé des prisonniers. Peu après, la première route transversale vers le Nord passa de 13 à 1 034 km, allant de Magadan au port arctique d'Ambartchik. Des camps de travail furent construits le long de cette route et des mines, principalement des mines d'or, entrèrent en exploitation.

La capitale Magadan[modifier | modifier le code]

La clé de ce développement rapide était la capitale de la Kolyma, Magadan. Ce petit village de pêcheurs se développa rapidement en une active colonie pénitentiaire. Des centaines de milliers de prisonniers arrivaient chaque année, destinés aux camps de travail. Ils constituaient la population de Magadan et de son arrière-pays, et étaient supposés travailler jusqu'à leur mort, car aucun retour n'était prévu. En conséquence, Magadan, qui comptait seulement 165 maisons en 1935, devint en un demi-siècle une métropole de 165 000 habitants.

Des publications soviétiques, comme le livre Magadan, décrivent la ville comme un endroit agréable et moderne : vivante, en progrès et, plus que tout, libre. Il n'y a aucune indication du fait que c'est le travail forcé qui a donné naissance à cette ville, au prix de morts et de souffrances innombrables. La capitale du Nord semble n'avoir ni souvenir, ni honte, ni désir de connaître les crimes de son passé.

Pas une phrase ou un paragraphe n'est dédié à toutes les nationalités soviétiques et aux nombreux prisonniers de pays comme la Pologne, l'Allemagne, la Roumanie, la Lituanie, la Lettonie, la Mongolie, la Chine, la Corée, l'Afghanistan, l'Arménie, ou les prisonniers de guerre japonais de la Seconde Guerre mondiale, qui ont vécu, ont travaillé et sont morts ici. Avec le démantèlement des camps de travail dans les années 1950, la mémoire de ces esclaves liquidés et de ces victimes de guerre a disparu des livres d'histoire et des archives des bureaux du gouvernement. Bien que quelques rapports soient venus à la lumière à partir des vieilles archives soviétiques, le déni de ce qui s'est passé à la Kolyma continue aujourd'hui encore.

L'origine des prisonniers[modifier | modifier le code]

Les prisonniers, victimes des répressions staliniennes, commencèrent à arriver à la Kolyma au début des années 1930 pour commencer l'exploitation des ressources minérales. La flotte de cargos ad hoc, transportait sa cargaison humaine pour un aller simple dans le pays glacé du Nord. Très peu d'entre eux purent revenir dans leur pays d'origine et ceux qui revinrent étaient pour la plupart invalides, victimes de gelures sévères. La majorité d'entre eux reposent dans des fosses communes, creusées dans le pergélisol, sont enterrés sous des tas de pierres ou ont été emportés par les fontes de printemps dans l'océan Arctique.

Avec l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, et l'invasion de la Pologne orientale par l'Union soviétique, de nouvelles ressources de main-d'œuvre forcée furent trouvées pour les besoins économiques de l'empire stalinien. Environ deux millions de Polonais furent arrachés de leurs maisons par la police soviétique et déportés dans les vastes territoires de la Sibérie et du Kazakhstan. Ils furent placés dans les installations collectives de la taïga ou bien expédiés comme main-d'œuvre forcée dans les camps des régions nordiques éloignées.

Rapidement, trois autres pays, violemment annexés à l'URSS, contribuèrent à fournir de la main-d'œuvre au système concentrationnaire du Goulag. Les patriotes de Lituanie, Lettonie et Estonie suivirent le chemin tragique de la Pologne.

Le transport des prisonniers vers la Kolyma[modifier | modifier le code]

Le travail forcé aurait eu un faible impact sur l'économie soviétique sans l'infrastructure qui rendait possible le déplacement des prisonniers de leur point d'extraction à leur point d'utilisation et de destruction. Le chemin de fer Transsibérien devint le principal moyen de transport pour amener les prisonniers aux étapes le long de la ligne qui les conduisait ensuite dans des endroits variés du Nord sibérien. Son extrémité orientale, Vladivostok, était une étape pour les prisonniers à destination de la Kolyma. Cependant, la route terrestre (Moscou - Vladivostok : 9 300 km) s'arrêtait là pour ceux qui devaient aller dans l'extrême Est sibérien. Le seul moyen pour atteindre les côtes de la Kolyma était les mers du nord comme la mer du Japon et la mer d'Okhotsk. Dans ce but fut créée une flotte basée à Vladivostok qui entre 1932 et 1953 transporta environ un million de travailleurs forcés[2].

Les bateaux d'esclaves[modifier | modifier le code]

Des bateaux, comme le Djourma, le Sovlatvia, le Dalstroï, le Décabriste et bien d'autres, transportaient dans leurs soutes plusieurs milliers de prisonniers. Tous ces bateaux, à l'origine des cargos, furent réaménagés pour pouvoir transporter une cargaison humaine maximale.

Un bateau typique était le Djourma. Ses aménagements intérieurs illustrent comment la cargaison humaine était transportée dans ses soutes. Une structure en bois avait été érigée le long des murs des soutes, et comprenait quatre niveaux de couchettes en bois, le plancher servant de cinquième niveau. Chaque niveau était divisé en sections pour accueillir cinq hommes en position couchée. Pour prendre place, les prisonniers devaient se glisser les jambes en premier avec leur tête tournée vers les passages, pour éviter l'asphyxie. S'il n'y avait pas assez de place, les prisonniers devaient utiliser les passages pour un voyage maritime de six à onze jours.

Les toilettes consistaient en barils, appelés « parachas », qui étaient périodiquement vidés dans la mer. Ces barils se renversaient fréquemment, répandant les déjections dans les soutes.

Sur ces bateaux surchargés, la nourriture était toujours en quantité réduite. En ces temps, tout le pays avait faim et les esclaves étaient les derniers sur la liste quand il s'agissait de distribuer la nourriture. Sur le bateau, les rations étaient inférieures à celles fournies dans les prisons. Le repas quotidien du prisonnier pendant la traversée consistait en une maigre portion de pain, une portion de choucroute et un baquet d'eau pour chaque groupe de quinze hommes. Ce choix suivait la maxime pratiquée dans le système concentrationnaire selon lequel « les hommes qui ne travaillent pas n'ont pas besoin de nourriture ».

La ventilation de l'intérieur des soutes était un autre problème. L'air frais entrait par les trappes supérieures des soutes. Cependant, même quand elles étaient complètement ouvertes, la quantité d'air qui entrait était à peine suffisante pour éviter l'asphyxie. De plus, les trappes et la porte principale étaient toujours fermées quand le bateau passait dans les eaux territoriales japonaises.

Une partie des navires, après 1941, provient du prêt-bail américain.

Les catastrophes[modifier | modifier le code]

Le Djourma eut une large part dans ces tragédies. Leur mémoire a été préservée pour la postérité dans des livres comme celui de Robert Conquest, Kolyma. Ces incidents donnent un bon témoignage du peu de valeur que les maîtres de l'Union soviétique donnaient à la vie humaine. Voici quelques histoires présentées dans ce livre.

Pendant un de ses voyages vers le port arctique d'Ambartchik, le Djourma fut pris par la glace, à cause de l'arrivée du froid. Dans l'impossibilité de briser la glace, le bateau demeura dans les eaux glacées durant l'hiver entier, avec une cargaison de 12 000 hommes. Les Soviétiques n'avaient aucun moyen de les secourir et ils n'acceptèrent pas l'aide étrangère proposée par une station météorologique américaine de l'Arctique. Cette décision fut certainement guidée par la peur de révéler leur système d'esclavage au reste du monde. La cargaison humaine entière mourut de froid et de faim dans les cales. Finalement, le Djourma fut délivré des glaces au printemps et put continuer la mission qu'il avait reçue. David Dallin et Boris Nicolaevsky dans leur livre Travail Forcé dans la Russie Soviétique publié en 1947 racontent que cet évènement se serait déroulé durant l'hiver 1933-1934. Martin Bollinger montre dans son livre Stalin’s Slave Ships que ce n'était pas possible, le Djourma ayant été acquis par l'URSS en 1935 seulement, et qu'il ne pouvait contenir plus de 6 500 prisonniers. Martin Bollinger suggère que si ce récit est vrai il aurait pu concerner le navire Khabarovsk.

En une autre occasion, en pleine mer, des criminels de droit commun allumèrent un feu dans une soute. Le commandant du bateau prit la décision la plus simple. L'équipage ferma les portes et trappes, et la cargaison humaine entière mourut par asphyxie. Le feu fut éteint et le bateau remis en état pour accueillir une nouvelle cargaison.

Robert Conquest mentionne un autre désastre, l'explosion du Sovlatvia, qui convoyait des prisonniers lituaniens et une cargaison de dynamite, en arrivant à destination. L'explosion fut probablement causée par un sabotage des prisonniers.

Une source polonaise rapporte un autre désastre impliquant le Djourma. Au printemps 1941, le bateau, transportant 8 000 hommes – y compris un contingent de 3 000 Polonais –, subit une autre catastrophe au cours d'une violente tempête en mer. Dans la cale, les banquettes centrales s'effondrèrent, recouvrant des centaines d'hommes de débris de bois et de corps humains. Il y eut plusieurs morts et de nombreux blessés, le nombre exact ne fut jamais divulgué.

Le reste de la flotte de la route du Nord a pu avoir des mésaventures similaires, mais beaucoup de récits n'ont jamais quitté le pays de la mort blanche. Le système policier n'aurait pas laissé passer un seul de ces récits hors de la glaciale Kolyma.

Le camp de travail[modifier | modifier le code]

L'unité de base était le camp de travail. Bâti en un endroit isolé de la taïga, où des filons d'or avaient été découverts, le camp n'était ni coûteux ni compliqué. Il était censé être auto-suffisant, tout reposant sur le travail du prisonnier. C'étaient bien sûr les prisonniers qui construisaient intégralement les camps, coupant et taillant le bois, et bâtissant les baraques. Cela commençait par un lâcher de prisonniers dans la taïga au début de la courte saison d'été. La première tâche des hommes était de construire des clôtures de barbelés, des baraques en bois avec les logements des prisonniers et les services, ainsi que les baraques extérieures pour la garde et le commandant. Un autre groupe de prisonniers était immédiatement affecté à la construction d'un équipement primitif d'exploitation de l'or, ouvrant le sol et commençant le travail minier. L'extraction de l'or commençait presque aussitôt après l'arrivée des hommes. Les besoins des prisonniers était le cadet des soucis des responsables. Le slogan au-dessus de l'entrée du camp portait : « Le pays a besoin de métal ». Il fallait lire « a besoin d'or ».

Ainsi pour la mine d'or dite « Pionnier », (ou « Pryisk pionnier » en russe), située à 400-500 km au nord de Magadan dans une vallée au milieu de montagnes enneigées :

« Durant l'été 1941, le premier groupe de prisonniers polonais arriva au camp. Là, ils trouvèrent que parmi les premiers arrivés qui avaient bâti le camp deux ans auparavant, peu restaient en vie. C'étaient principalement les fonctionnaires du camp qui, assurant les services essentiels, recevaient de meilleurs rations de nourritures, de meilleurs vêtements et conditions de vie. À cette époque, deux baraques pour les hommes travaillant à la mine avaient toujours des toits provisoires en écorce d'arbre, la baraque pour la cuisine était à moitié finie et la salle médicale était une simple cabane à côté de l'entrée du camp. La clôture de barbelés et la tour de garde étaient solidement en place, et la baraque des gardes, surélevée, avait tous les aménagements permis par les circonstances. »

L'organisation de la production[modifier | modifier le code]

Une des mines d'or de la Kolyma.

Tous les efforts du système portèrent sur une production d'or plus efficace. Le manque de méthodes et d'équipements modernes conduisit les dirigeants à résoudre la mauvaise productivité en augmentant la main-d'œuvre forcée. Ils comptaient que ces moyens primitifs assureraient une production maximum pour un coût minimum pour l'État. L'idée initiale était que l'entreprise devait se suffire à elle-même et produire un retour lucratif pour l'État.

Plusieurs organisations existèrent pour superviser la production d'or. L'une d'elle, l'USWITL (pour « Administration de la force de travail corrective du Nord-Est ») eut pour directeur Garanine. La période de son règne sévère fut connue dans la tradition pénale de la Kolyma comme la « Garaninchtchina ». Aucun de ses successeurs n'essaya d'introduire des nouveautés qui amélioreraient les conditions de vie des prisonniers. Des noms comme Vichnioviecki, Gakaïev et Drabkine s'établirent dans l'histoire de la Kolyma comme ceux d'administrateurs brutaux, exigeant toujours et ne transigeant jamais.

Des camps temporaires[modifier | modifier le code]

Les camps n'étaient pas appelés à durer. Une fois les mines voisines épuisées, le camp était simplement abandonné ainsi que les prisonniers incapables de se déplacer. Les autres prisonniers étaient emmenés vers une autre zone aurifère où ils devaient construire un nouveau camp et creuser de nouvelles mines. Les ruines de certains de ces camps sont encore visibles aujourd'hui.

Les témoignages des Polonais[modifier | modifier le code]

Cette période de l'histoire de la Kolyma fut connue du monde par les Polonais qui quittèrent les côtes du pays de l'or, grâce à un arrangement politique inhabituel entre l'Union soviétique et le gouvernement polonais en exil à Londres. En effet, en 1941, après l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie, les Polonais et les Soviétiques se trouvèrent du même côté, et devinrent malgré eux alliés. Un traité fut signé à Londres, qui assurait la libération de tous les Polonais des prisons et camps de travail. Ses clauses, qui exigeaient la libération immédiate des prisonniers polonais, ne furent pas toujours appliquées rapidement par les administrateurs du système pénal soviétique. Cependant, une large proportion des survivants intégra l'armée polonaise et quitta l'Union soviétique pour le Moyen-Orient.

À cette époque, les Britanniques et les Américains n'acceptèrent pas les témoignages de ceux qui venaient des camps de concentration soviétiques. Les rapports faits par les Polonais furent ignorés par l'Ouest et souvent réfutés comme de la fausse propagande contre l'Union soviétique, diffusée intentionnellement par les Polonais anticommunistes. Quelque dix ans plus tard, les services secrets britanniques interrogèrent des Polonais en Angleterre à propos de leur expérience en Union soviétique, pour des raisons inconnues[réf. nécessaire].

La vie des prisonniers[modifier | modifier le code]

Il y a fort longtemps, quelqu'un exprima avec un certain talent poétique la tragédie des prisonniers par des chansons composées sur des accords doux, tristes et mélancoliques. Les prisonniers, à travers toute la région de la Kolyma, chantaient ces chansons avec de nombreuses variantes. Anatol Krakowiecki, auteur polonais, retint la première strophe, avec la musique et transcrivit le tout dans un livre. Voici la traduction :

« Je vis sur la côte de la mer d'Okhotsk
Où se termine l'Est lointain
Je vis dans les privations et la misère
construisant ici une nouvelle installation. »

Privations et misère, froid, maladie et faim ne quittaient jamais les travailleurs forcés de la Kolyma. Et l'installation dont il est question n'est rien d'autre que le camp lui-même avec tous les équipements miniers. D'autres strophes décrivent la misère dans laquelle vivaient les prisonniers, et la dernière parle des pics glacés et enneigés des montagnes, où les âmes des morts demeuraient pour leur repos éternel.

Le salaire pour le travail et l'existence misérable était donné sous forme de rations de nourriture, variant selon la productivité de chaque homme. En été, quand la production atteignait son maximum, la ration la plus importante atteignait 600 grammes de pain, un bol de soupe claire trois fois par jour et un quart de hareng salé. Pour les hommes les moins productifs, la ration de pain descendait à 400 ou 200 grammes par jour. En hiver, toutes les rations étaient réduites au minimum, et la soupe n'était servie que deux fois par jour. Les travaux principaux de l'hiver étaient d'enlever la neige des chemins et allées, et de creuser le sol pour atteindre le niveau de l'or.

Parmi les différents témoignages apportés par les anciens internés des camps du Goulag (notamment Soljenitsine ou Chalamov), Gueorgui Demidov a décrit assez clairement la vie de ces camps de la Kolyma, par différents récits apportant des angles d'observations variés. À ce titre, son livre « Doubar et autres récits » est exemplaire, car il fournit une sorte de « chronique de l'intérieur » qui fait vivre au lecteur les turpitudes que les prisonniers de diverses origines (prisonniers de droit commun ou supposés « contre-révolutionnaires ») ont du affronter, souvent jusqu'à leur mort.

Les responsabilités dans le camp[modifier | modifier le code]

Les ruines d'un quartier de commandement d'un goulag.

La supervision du camp était de la responsabilité du détachement de gardes et du commandant. Les prisonniers-fonctionnaires, choisis parmi les criminels de droit commun, contrôlaient les affaires internes. Les prisonniers politiques étaient exclus des fonctions intéressantes. La subordination des prisonniers aux éléments criminels avait une justification aux yeux des autorités pénales. Les criminels étaient l'extension de la terreur policière. Ces hommes choisis étaient assignés à des postes comme la supervision interne, la cuisine, l'approvisionnement ou l'entretien des baraques. Ils étaient craints des autres prisonniers du fait du gourdin qu'ils portaient et utilisaient pour punir les plus faibles de leur groupe.

C'était la responsabilité de ces fonctionnaires du camp de sortir les hommes des baraques le matin, et d'utiliser les moyens pour maintenir le taux de productivité le plus élevé possible. L'utilisation des gourdins, et les bastonnades à coups de pelles et de pioches, étaient choses courantes. Parmi les mesures punitives applicables aux prisonniers, il y avait la réduction des rations de nourriture ou les travaux supplémentaires après les 12 heures de travail habituelles. Parfois, la punition était la mort, dont les fonctionnaires ne portaient jamais la responsabilité.

L'état des hommes dans les camps[modifier | modifier le code]

Krakowiecki, décrivant un groupe d'hommes envoyés depuis la mine vers un travail plus facile de réfection de route, donne une bonne image du travail dans les mines d'or. Voici comment il décrit ce groupe d'hommes :

« […] d'ici, de la mine d'or, vient une procession de fantômes humains. Ces hommes durent assumer un travail pénible, comme des animaux, pendant toute la saison d'été. Des animaux se seraient révoltés ou seraient morts. L'homme endure plus qu'eux. Les hommes, exploités toute la saison, sont devenus des squelettes. Il est difficile de comprendre comment ces hommes sont encore en vie. Seulement la peau et les os, sans exagération. Ces êtres, autrefois des hommes, complètement détruits physiquement, ne sont plus nécessaires à la mine d'or, parce que leur productivité est nulle. Ainsi, ces hommes à moitié morts sont affectés à la maintenance des routes. »

La mortalité à la Kolyma[modifier | modifier le code]

Selon l'historien britannique Robert Conquest, le taux de mortalité parmi les prisonniers atteignait 30 % la première année et à peu près 100 % dans la deuxième. Les causes de pertes aussi élevées étaient, en premier lieu, les conditions climatiques extrêmes, entraînant la mort ou les amputations du fait des gelures. Ensuite, les rations alimentaires très insuffisantes, qui détruisaient les hommes physiquement et mentalement. Et enfin, les maladies dans des proportions, comme le scorbut et la dysenterie. Ces maladies n'entraînaient ni hospitalisation, ni traitement.

Bien qu'il soit quasiment impossible de parvenir à un chiffre définitif étant donné le manque de données précises, les dernières estimations donnent entre 130 000 (chiffre basé sur les calculs de Martin Bollinger, auteur de Stalin's Slave Ships, qui précise que le taux de mortalité annuel aurait été de 27 % et que les bateaux, compte tenu de leur nombre, de leurs trajets et de leurs tonnages respectifs, n'ont pu transporter au total vers Magadan qu'un million de détenus environ) et 500 000 victimes (selon Matthew White) dans l'ensemble des camps de la Kolyma. Les trois millions avancés par Robert Conquest sont aujourd'hui considérés comme très largement surestimés[3], y compris par l'auteur lui-même.

Kolyma fut aussi le tombeau de nombreux hauts responsables communistes tombés en disgrâce. Beaucoup d'entre eux expérimentèrent les privations du travail dans les mines d'or, avant que le froid, la faim, la maladie et la misère ne consument leur vie.

Le héros du très médiatisé procès Kirov, Ivan Zaporozec, devint un prisonnier de la Kolyma avant qu'il ne soit finalement exécuté en 1937. Le premier directeur du « pays gelé », Edouard Berzine, fut fusillé. Plus tard, l'homme qui avait institué son propre genre de terreur dans les camps sous son autorité, Garagine, disparut quelque part dans le Nord, dans une des mines d'or. Son successeur Vichnioviecki connut le même destin, ironiquement mis en procès pour la mort de prisonniers qu'il avait emmenés pour une expédition en vue de trouver de nouveaux champs d'exploitation de l'or.

La quantité d'or produite[modifier | modifier le code]

Dans cette énorme entreprise d'État, impliquant des millions de personnes, dans des conditions de privations jamais vues, il y a un autre côté qui doit être pris en compte. Cet élément est le précieux or lui-même. Selon les estimations de Robert Conquest, la production aurifère commença avec quelques tonnes la première année, et atteignit 400 à 500 tonnes chaque année au sommet des pertes humaines. Ce sont des estimations très excessives presque divisées par 10 aujourd'hui.

Confronter le tonnage total approximatif aux pertes humaines montre qu'il n'y a pas eu plus d'un kilogramme d'or produit pour chaque vie humaine perdue dans le processus de production.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le déclenchement de la guerre avec l'Allemagne nazie en 1941, et les lourdes pertes initiales sur le front, forcèrent les dirigeants soviétiques à adoucir leur politique envers la main-d'œuvre forcée. Voyant que leurs sources de travail étaient limitées, ils firent des changements drastiques au bénéfice des prisonniers. La main-d'œuvre se raréfiant du fait de la guerre, elle prit de la valeur. Les traitements très durs des années 1937-1942 furent abandonnés, ce qui permit une amélioration des conditions de vie dans les camps de travail. Le taux de mortalité baissa significativement. Pendant plusieurs années, l'Union soviétique, tout en demeurant un empire esclavagiste, fut un peu plus tolérante envers ses prisonniers.

Avec la victoire sur l'Allemagne en 1945, les pertes sur le front cessèrent. Cette situation ouvrit de nouvelles sources de main-d'œuvre dans les pays nouvellement soumis. Les nouveaux arrivants furent les prisonniers de guerre allemands et japonais, les nationalistes ukrainiens, roumains, et même des membres de la Tajna Armia Polska, l'armée polonaise de résistance, qui avaient aidé l'Union soviétique. Tous ces hommes remplirent les vides laissés par leurs prédécesseurs décédés. Cependant, ils trouvèrent à la Kolyma des conditions plus tolérables que celles endurées auparavant. Beaucoup purgèrent une peine de dix ans, et du fait des changements politiques en Union soviétique, purent rentrer dans leur pays.

La fin des camps de la Kolyma[modifier | modifier le code]

Avec la dissolution de l'organisation des camps du « Dalstroï » en 1957, les Soviétiques adoptèrent une nouvelle politique de travail à la Kolyma. Bien que la population des prisons soit toujours soumise au travail forcé, il s'agissait surtout de détenus de droit commun. La partie politique disparut. La main d'œuvre libre existait déjà dans la région, mais une nouvelle main-d'œuvre fut recrutée de toutes les parties de l'Union soviétique sur une base volontaire. Beaucoup des nouveaux pionniers s'installèrent ici, fondant des familles et bâtissant des maisons. De jeunes hommes et femmes furent attirés dans ce pays-frontière avec la promesse de hauts revenus et d'un meilleur niveau de vie. L'entrée de la technique moderne rendit le pays de l'or vivable et en a fait une région prospère de l'actuelle Russie.

Les mensonges sur la Kolyma[modifier | modifier le code]

Avec le temps, le passé de ce territoire du Nord-Est de la Sibérie tombe peu à peu dans l'oubli. L'histoire de ce pays durant la période communiste n'a jamais fait l'actualité dans le monde. Pour beaucoup de Russes, Polonais, Lituaniens et Lettons, le mot « Kolyma » serait synonyme des horreurs d'Auschwitz, Buchenwald, Dachau, Treblinka et d'autres, bien qu'il soit presque inconnu à l'Ouest. Aujourd'hui, peu de gens connaissent ce nom et le relient à son effroyable passé. Son infamie reste cachée pour le reste du monde, parce que le système de secret soviétique ne laissait pas sortir d'information hors des frontières du pays. Les victimes enterrées dans la terre gelée ne peuvent pas parler, et les pays occidentaux préféraient accepter les mensonges de Staline plutôt que la vérité qui parfois venait des rares survivants.

Le vice-président américain, Henry Wallace, visita la Kolyma en 1944. Après sa visite, il quitta le pays avec la conviction absolue que « ces camps n'ont jamais existé ». Il fut impressionné par la vie culturelle de Magadan et par les magasins bien approvisionnés.

Or, pendant les trois jours de sa visite, les chefs de la Kolyma firent tout pour lui cacher la réalité. Les miradors en bois furent abattus, les prisonniers ne furent pas autorisés à quitter leurs baraques et le visiteur américain n'eut pas idée du plus petit aspect de la vie en prison. Il fut emmené dans la seule ferme de la région, à 23 km de Magadan, et des jeunes filles bien habillées et bien nourries (des femmes policiers, déguisées en fermières) lui donnèrent une fausse impression sur l'effort agricole dans cette partie du pays. Il fut aussi emmené en avion vers le Nord, à la mine Berelakh, où il trouva que les mines d'État étaient une entreprise impressionnante.

Les mineurs, selon lui, étaient en bonne santé et bien bâtis, et plus productifs que leurs collègues de Fairbanks, en Alaska. Dégustant un délicieux poisson frais de la rivière Kolyma, il complimenta le « chef du camp des mines ». La tromperie fut un succès total. Le monde extérieur reçut ainsi un témoignage crédible et de première main à propos de la Kolyma.

[réf. nécessaire]

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 1928 - 1929 : des terrains aurifères ont été délimités aux bords de la Kolyma et mis en exploitation par l'État.
  • 13 novembre 1931 : création de la Société de Construction des Routes et de l'Industrie dans la région de la Haute Kolyma (Dalstroï) avec siège à Magadan pour exploiter les richesses minérales, construire des routes et industrialiser une partie du pays, dénommée Pays d'Extrême-Orient.
  • 4 février 1932 : arrivée d'un bateau avec, à son bord, le premier commandant du Dalstroï, haut fonctionnaire éminent du NKVD (police politique soviétique), P.E. Berzine avec les dix premiers prisonniers.
  • 1er avril 1932 : ordre de créer pour les besoins du Dalstroï le complexe de camps Sevostlag (Camps de travail correctionnels du Nord-Est).
  • 1932-1933 : sur 11 100 prisonniers des camps de Kolyma (chiffres de décembre 1932), 10 % travaillent à l'extraction de l'or et 25 % seulement ont survécu à l'hiver. Extraction de 500 kg d'or.
  • 1933 : décision de Berzine instituant pour les prisonniers des normes de travail, rationalisant l'exploitation et adoucissant le régime carcéral afin, entre autres, de diminuer la mortalité.
  • 1er janvier 1934 : à la suite de l'arrivée de nouveaux convois des prisonniers politiques et de droit commun, le nombre des détenus de Sevostlag atteint 30 000. Berzine stigmatise les mauvais traitements infligés aux prisonniers, leurs mauvaises conditions de vie, les prolongations de peines sans motif et d'autres abus qui compromettaient l'exécution des plans politico-productifs de Dalstroï.
  • 1936 : extension du terrain des activités du Dalstroï à 700 000 km2.
  • 1937 : le nombre des prisonniers est passé de 36 000 en 1935 à plus de 70 000 ; l'extraction de l'or est passé de 14 500 en 1935 à 51 500 kg.
  • mars 1937 : Berzine rapporte la grève de la faim et le complot de 200 prisonniers trotskistes, condamnés plus tard à mort et fusillés.
  • juin 1937 : Staline critique la politique des commandants des camps de Kolyma comme ramollissante et trop douce pour les prisonniers.
  • décembre 1937 : Berzine et ses assistants sont renvoyés à Moscou, arrêtés, inculpés d'espionnage et fusillés le 1er août 1938.
  • 17 janvier 1938 : dénonciations par les rédacteurs du journal du parti Sovietskaïa Kolyma du régime totalitaire imposé dans le camp par le nouveau commandant, K.A. Pavlov. Staline qualifie de démagogiques et de non fondées les exécutions massives de prisonniers décidées par S.N. Garanine, chef du NKVD à Sevostlag.
  • 4 mars 1938 : par décision du Conseil des commissaires du peuple de l'URSS, Dalstroï, qui depuis sa création dépendait du Conseil du Travail et de la Défense auprès du Conseil des commissaires, est subordonné au NKVD.
  • décembre 1938 : le poète russe Ossip Mandelstam, condamné à 5 ans de camp, meurt près de Vladivostok, en route pour Kolyma.
  • 1938-1939 : au cours de l'hiver, d'après les évaluations non vérifiées des anciens prisonniers, plus de 40 000 personnes sont mortes ; les pertes étaient remplacées par de nouveaux convois ; le nombre de prisonniers est ainsi passé de 90 700 en janvier 1938 à 138 200 en janvier 1939.
  • 11 octobre 1939 : à la suite du dépassement de la limite de mortalité chez les prisonniers et de la non-exécution des programmes d'extraction d'or et d'autres minerais, Pavlov et Garanine ont été écartés ; Garanine a été condamné à mort pour espionnage et fusillé. Arrivée à Magadan de l'écrivaine Evguénia Guinzbourg, qui passe 18 ans dans les camps.
  • 1939-1940 : Entre 7 600 à 10 000 (appréciations) citoyens polonais se retrouvent dans la Kolyma. Ils ont été séparés de vieux prisonniers soviétiques et envoyés dans les mines lointaines dans l'Est de Dalstroï où les conditions de travail étaient particulièrement dures et dangereuses. Extraction de 62 tonnes d'or en 1939 ; on estime à 45 tonnes l'extraction d'or en moyenne dans les années suivantes.
  • 10 mars 1941 : le territoire de Dalstroï a été agrandi jusqu'à 2 266 000 km2 (10 % de la surface de l'URSS à l'époque), le nombre de prisonniers a atteint 190 000 dont 3 700 d'anciens membres des professions libérales, principalement ingénieurs, géologues et techniciens.
  • 1942-1944 : à la suite de difficultés de transport, à l'insuffisance des réserves humaines et à l'envoi au front d'une partie de prisonniers, leur nombre était tombé à 84 700 en janvier 1944 ; le temps de travail a été prolongé au-delà de 12 heures par jour, ce qui sous un régime brutal, inchangé malgré le départ de Pavlov, a conduit à augmenter le taux de mortalité des détenus.
  • octobre 1945 : un camp de prisonniers de guerre japonais a été ouvert à Magadan et rattaché à Dalstroï ; au moment de la libération en septembre 1949, il y avait encore 3 479 prisonniers.
  • 28 février 1948 : un camp spécial no 5 soumis à un régime aggravé a été créé ; subordonné à Dalstroï et installé dans sa partie centrale indépendamment du secteur productif de Dalstroï.
  • 20 septembre 1949 : pour une meilleure organisation et pour renforcer l'exploitation du travail des prisonniers, le ministère des Affaires intérieures de l'URSS crée l'Administration des Camps de Travail de Dalstroï, dont les directions de 26 unités carcérales qui avaient été créées avant la guerre dans 11 branches administratives de l'industrie minière et dont les commandants devaient également diriger les camps de travail qui dépendaient d'eux. La réorganisation se mettait en place lentement en raison de la résistance des anciens du NKVD.
  • 1949-1952 : l'augmentation du nombre de prisonniers de 108 700 en janvier 1949 à presque 200 000 (199 726 disent les rapports) au 1er janvier 1952 a accompagné cette réorganisation. C'était, dans toute l'histoire de Dalstroï et de Kolyma, le nombre de prisonniers le plus élevé. Les conditions de leur vie et de leur travail, par rapport à la période de guerre, n'ont subi qu'une amélioration insignifiante.
  • mai 1952 : fin de la réorganisation des camps de Kolyma, entreprise en 1949 ; « Le Sievvostlag a été liquidé et le Dalstroï constitue l'Administration Centrale des Camps - (Goulag) » déclarait I.V. Mitrakov, qui en était commandant à l'époque.
  • 18 mars 1953 : après la mort de Staline, mise en place d'une nouvelle direction du parti et de l'État. Par un décret du Conseil des Ministres de l'URSS, le Dalstroï est rattaché au Ministère de la Métallurgie, et ses camps au Goulag, qui dépend alors du Ministère de la Justice de l'URSS.
  • septembre 1953 : début de la libération massive des prisonniers et de la liquidation progressive des camps de la Kolyma.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anne Applebaum 2005, p. 122.
  2. Martin J. Bollinger, Cargos pour le Goulag : Le transport maritime des esclaves de Staline et le rôle de l'Occident, éditions Maitres Du Vent,‎ 16 octobre 2013, 128 p. (ISBN 9782352610717, lire en ligne)
  3. (en) Matthew White, « Death Tolls for the Man-made Megadeaths of the 20th Century » (consulté le 18 septembre 2012)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]