Tatars

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le peuple tatar. Pour la langue tatare, voir tatar.

Tatars

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Drapeaux du Tatarstan, des Tatars de Russie, Biélorussie, Pologne et Lituanie, des Tatars de Crimée et des Tatars de Dobrogée

Populations significatives par région
Autres
Langues

Tatar

Religions

Islam sunnite (majoritairement)

Face aux nomades du Désert des Tartares, le monde des sédentaires tente de s'abriter derrière ses remparts.

Les Tatars (ou Tartares[1]) est un nom collectif donné à des peuples turcs d'Europe orientale et d'Asie du Nord. La plupart des Tatars vivent au centre et au sud de la Russie, en Ukraine, en Bulgarie, en Chine, au Kazakhstan, en Roumanie, en Turquie, et en Ouzbékistan. On en dénombrait plus de huit millions à la fin du XXe siècle. Ils forment par ailleurs l'un des cinquante-six groupes ethniques recensés par la République populaire de Chine. Il existe des distinctions entre les Tatars eux-mêmes, parmi lesquels les Nogaïs. Aujourd'hui, parmi les Tatars, on trouve des musulmans et des chrétiens orthodoxes (notamment en Russie).

Origines[modifier | modifier le code]

Le nom de Tatars désigne à l'origine un ancien peuple turc qui, au XIe siècle, nomadisait entre la partie orientale de la Mongolie et l'actuel Kazakhstan. [? il manque une phrase ici, entre les deux points ?]. Il existe une théorie selon laquelle celui-ci, ayant constaté qu'ils étaient particulièrement féroces/vaillants (selon les points de vue), les aurait envoyés à l'avant-garde de ses conquêtes. C'est ainsi que nous parvint leur nom déformé, les « Tartares », pour désigner l'ensemble des « barbares ». Ce nom de « Tartares » est une déformation savante des lettrés du Moyen Âge, par rapprochement avec le « Tartare » de la mythologie grecque antique.

L'ancien peuple tatar a disparu comme tel, les descendants se mélangeant aux populations des territoires qu'ils ont conquis. Leur nom a été transmis à ces populations qui regroupent aujourd'hui les origines diverses : ainsi, les Tatars de Kazan ou de la Volga descendent des Bulgares de la Volga et de tribus finno-ougriennes ; les Tatars de Crimée proviennent du mélange des nombreux peuples ayant habité la Crimée avant eux (dont des Goths, des Khazars, des Coumans, des Karaïm…). Les Tatars ont également assimilé des déserteurs des armées adverses, russes, polonaises ou autres, ainsi que des Roms, qui furent longtemps leurs charrons, éleveurs de chevaux, bûcherons, chaudronniers, éclaireurs ou tanneurs[2]. D'abord peuples hétéroclites désignés ainsi par leurs voisins par commodité, les Tatars acquirent peu à peu un sentiment d'appartenance à une même communauté au sein de la Russie. Contre eux, les rois de Pologne et les tzars de Russie levèrent des troupes de soldats-éleveurs libres, vivant dans la steppe en campements initialement nomades et en pillant l'ennemi, de la même façon que les Tatars : ce furent les Cosaques.

Mélangés au cours des siècles avec des Mongols et des Slaves, les Tatars se distinguent des Turcs osmanlis (anatoliens) par un phénotype plus asiatique : on y remarque souvent des yeux bridés ainsi que des pommettes saillantes. D'autres sont blonds aux yeux bleus, comme les Slaves.

Histoire[modifier | modifier le code]

Carte de répartition des Tatars

Les Tatars sont signalés en Europe à partir de 1222, lorsque les chefs mongols, Djebé et Subötai, après avoir saccagé le Chirvan, passent le Caucase par Derbent et débouchent dans les steppes situées entre la mer Caspienne et la mer Noire (pays des Coumans Kiptchak). Kotian (en), khan des Coumans, allié aux Alains et aux Circassiens, appelle les Russes à son secours. Les Mongols, après avoir réduit les Alains et les Circassiens, envoient en Russie une ambassade qui est massacrée, déclenchant les hostilités. Kotian se réfugie chez son beau-père le prince de Galitch, Mstislav qui convainc les princes russes de constituer une armée de 80 000 hommes pour arrêter les Mongols et les Tatars. La bataille de la Kalka, près de la mer d'Azov[3] marque le début des invasions mongoles et tatares en Russie et en Europe. Le 31 mai 1223 (ou 1222), elle oppose les généraux de Gengis Khan : Djebe et Subötai, à la coalition des Coumans, des princes ukrainiens de Galitch et de Kiev, des princes russes de Tchernikov et de Smolensk, aidés de troupes grecques de Crimée. Les Mongols et Tatars écrasent les coalisés. Le prince de Kiev, qui n’a pas participé aux combats, se bat encore quelques jours puis croit pouvoir déposer les armes à des conditions acceptables. Les Mongols ne les respectent pas et massacrent ses hommes jusqu’au dernier.

La dévastation de la ville de Souzdal par les troupes tatares (des annales médiévales russes).

Djebé et Subötai exploitent leurs victoires en rançonnant les villes prises et en recueillant des renseignements sur les pays situés à l’ouest pour une campagne future, puis repartent vers l'est rejoindre le gros de l'armée mongole, en faisant le tour de la Caspienne par le Nord. Ils s'allient à un autre peuple nomade, mais pacifique, de langue indo-européenne, qui met à leur service des compétences de charriers, d'éleveurs de chevaux, de chaudronniers et d'éclaireurs : les Roms[4].

De 1239 à 1243, les Tatars ravagent toute l'Europe orientale, mettant fin à l'empire couman, vainquant diverses coalitions à Kiev (décembre 1240), Chmielnik (Pologne, début 1241), Legnica (Silésie, printemps 1241) ou Ebene Mohi (Hongrie, printemps 1241) et vassalisant les Principautés russes et valaques (à part Novgorod, ils ont ruiné toutes les villes : Kiev, Vladimir, Souzdal, Riazan, Kolomna, Bârlad, Cetatea Albă)[5]. Ils s'installent dans les steppes au nord de la mer Noire et de la Caspienne où ils fondent le Khanat de la Horde d'or (dynastie mongole issue de Djötchi, le fils aîné de Gengis Khan), dont la capitale est Saraï, sur la Volga, près de l'actuelle Volgograd, où le khân Batu établit sa capitale. Horde d'Or est une expression utilisée par les Russes depuis le XVIe siècle. Les Arabes et les Persans parlent de Royaume des Tatars ou Khanat de Kiptchak. Les Tatars, au fil des décennies, se sédentarisent partiellement, se mettant à exploiter plutôt qu'à piller les populations et formations politiques soumises, qui, en échange de la paix, leur fournissent vivres, artisans et même troupes, accroissant ainsi leur autonomie grâce aux divisions entre princes d'ascendance mongole. Des mariages mixtes ont lieu. Des marchands, des artisans chrétiens, juifs et musulmans commencent à convertir les Tatars, jusque-là chamanistes. Le bouddhisme fait également des adeptes (dans sa variante tantrique). Les Roms (Chaladytika Roma, Tataritika Roma) attachés aux hordes mongoles, sont vendus ou se vendent eux-mêmes aux boyards et aux monastères chrétiens, et passent eux aussi au monothéisme. Le commerce se développe, et sur les fleuves, des nefs en bois, à rames, construites par des charpentiers navals amenés par les commerçants génois et vénitiens, remplacent les coracles ronds en cuir dont les hordes se servaient auparavant pour traverser les eaux, et qui, légers, pouvaient être transportés à travers la steppe. Enfin des palais en dur s'élèvent, grâce à des architectes grecs ou italiens, à la place des anciennes yourtes royales[6].

En 1290, Toqtaï, fils de Mengü Temür, est porté au pouvoir par Nogaï, puis se débarrasse de sa tutelle après sa victoire sur les rives du Dniepr en 1299 grâce à l'appui de troupes auxiliaires russes. Nogaï est tué dans la bataille. Les femmes, les enfants et les Roms de sa tribu sont vendus comme esclaves. En 1307, Toqtaï fait arrêter des commerçants européens séjournant à Saraï, sa capitale. Il envoie une armée à Caffa contre les Génois de Crimée responsable du rapt d’enfants tatars et roms vendus dans les pays à domination musulmane, et les chasse de la ville en 1308. À sa mort en août 1312, son neveu Özbeg lui succède et règne jusqu'en 1341. Peu avant sa mort, il autorise les commerçants génois et vénitiens à reconstruire Caffa. Son fils Djanibeğ lui succède. Suite aux désordres survenus entre chrétiens et musulmans dans les comptoirs de l’embouchure du Don, il chasse de nouveau les commerçants européens. Il assiège Caffa à trois reprises (1343, 1347 et 1355).

Les Tatars sont un des vecteurs de la peste noire de 1348. En effet, lors du siège de Caffa, en 1347, Djanibeğ sur le point de l'emporter voit ses troupes décimées par cette maladie. Obligé de se retirer, il donne l'ordre de catapulter les corps de ses soldats morts de la peste dans la cité de Caffa. Les nefs génoises en provenance de Caffa firent escale en Sicile, à Naples, à Gênes et à Marseille dont les habitants n'avaient pas d'anticorps contre cette nouvelle variante de la peste. L'épidémie qui débuta en 1348 emporta plus d'un tiers de la population de l'Europe occidentale en cent ans.

En 1355, Djanibeğ conquiert l’Azerbaïdjan qu’il rattache provisoirement à la Horde d’Or. Il est assassiné en 1357. Sous le règne de son fils Berdibeğ (1357-1359) et ses successeurs, l’empire se disloque à nouveau. La Horde change 14 fois de khan de 1360 à 1380. Un seigneur féodal, Mamaï, détient le pouvoir effectif. À partir de 1371, les princes russes refusent de payer le tribut. Mamaï lance alors une expédition contre eux qui est repoussée par le grand duc Dimitri Donskoï à la Voja (11 août 1378), puis dispersée à Koulikovo, au confluent du Don et de la Népriavda le 8 septembre 1380.

Tokhtamych devant Moscou en 1382

Tokhtamych, général de Tamerlan et khan de la Horde Blanche régnant sur les steppes du Syr-Daria, vainc Mamaï sur la Khalkha et se proclame khan de la Horde d’Or. Mamaï sera exécuté par les commerçants génois de Crimée. Tokhtamych rétablit pour un temps l’unité de la Horde d’Or. Il oblige de nouveau les princes russes à se rendre à Saraï avec des tributs, mais ceux-ci refusent. Tokhtamych entreprend alors une campagne contre les principautés russes : il incendie Souzdal, Vladimir, puis pille et brûle Moscou le 26 août 1382.

Les Tatars sont à leur tour les victimes des campagnes d'un nouveau conquérant. En 1392 et 1395, Tamerlan mène des expéditions contre la Horde d'Or. Saraï et Astrakhan sont détruites. Après avoir vaincu Tokhtamych sur le Terek le 15 avril 1295, il menace Moscou et ravage Riazan. Vassili Ier, prince de Moscou, le repousse le 26 août. Tamerlan pille la Crimée à l'automne. Il met La Tana (Azov) à sac et réduit en captivité tous les résidents chrétiens. Le riche comptoir génois de Caffa est désorganisé.

Sous les successeurs de Tokhtamych, le pouvoir appartient au chef de la horde Nogaï ou Mengit, l’Idi Qu ou Edigu (1400-1412). En 1408, il exige le tribut des Russes, incendie Nijni Novgorod et Goradetz, marche vers Moscou puis se retire contre de vagues promesses d’alliance. Minés par leurs divisions, les Tatars s'affaiblissent. En 1359, la principauté de Moldavie s'émancipe et conquiert Cetatea Albă à l’embouchure du Dniestr. La Lituanie de son côté, bientôt unie à la Pologne en 1386, atteint la mer Noire en 1412. Désormais les Tatars sont sur la défensive. En outre, le territoire de la Horde d'Or commence à se morceler en 1430, avec la création du Khanat de Crimée par Hadji Girey Ier (1430-1466) entre l’embouchure du Boug méridional et du Dniepr, du khanat de Kazan en 1438, puis du khanat d'Astrakhan entre la Volga, le Don, le Kouban et le Terek en 1466. En 1480, Ivan III, prince de Moscou, s’allie au khan de Crimée Mengli Giray et à Uzun Hasan (sultan des Ak Koyunlu) et refuse de payer le tribut à la Horde d'Or. Ahmad Khan marche contre lui et le rencontre sur les rives opposées de l’Ougra. Mais la Horde doit reculer faute de recevoir des renforts du roi de Pologne le 11 novembre. Ivan III le Grand libère Moscou du joug mongol et commence l'unification de la Russie[7].

Les Tatars de Kazan et d'Astrakhan, puis ceux du Khânat de Sibir sur l'Irtych (à l'origine du nom de Sibérie) sont tour à tour vaincus et soumis par les Russes de Moscou en 1552, 1556 et 1584, tandis que ceux de Crimée parviennent à sauvegarder leur khanat jusqu'en 1783, en devenant les alliés et les vassaux de l'Empire ottoman à partir de 1475[8]. Ils restent dangereux pour les États chrétiens voisins de l'Empire ottoman (Moldavie, Pologne, Russie), leur dernière expédition de pillage datant de 1782. Pour se prémunir contre les raids tatars, ces États élèvent des citadelles au niveau des gués (telles Soroca par exemple), mais les incursions venues de la steppe se faisant de plus en plus espacées, l'utilité de ces fortifications est remise en question (comme l'évoque le roman Le Désert des Tartares de Dino Buzzati).

Minorités et assimilation[modifier | modifier le code]

Devenus, au XIXe siècle, minoritaires au sein d'États chrétiens, les Tatars en butte, comme les Roms, à l'hostilité des paysans sédentaires dont ils avaient pillé les ancêtres, deviennent eux-mêmes cultivateurs et éleveurs, et choisissent l'assimilation. Celle-ci peut n'être qu'économique ou politique, mais non culturelle, et permet alors, comme en Sibérie, à Kazan ou en Crimée, la survie de la langue tatare. À Kazan, les Soviétiques institueront d'ailleurs une République autonome du Tatarstan, alors qu'en Crimée les Tatars locaux, accusés d'avoir fait bon accueil à la Wehrmacht allemande en 1941, seront intégralement déportés, même si ultérieurement certains eurent la permission de revenir. Dans d'autres cas, l'assimilation est totale, des familles tatares choisissant de passer au christianisme et devenant moldaves (famille Cantemir) ou russes (familles Tazi ou Fasli)[9]. On dénombre aussi une centaine de famille nommées "Tatars" en Algérie, installées à l'époque où l'Algérie était ottomane, avant 1830.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Tartares : ce nom est une déformation due à l'influence du Tartare de la mythologie grecque.
  2. Stéphane Zweguintzow, « Khaladytika Roma et Tataritika Roma, les Roms dans la CEI », Échos de Russie no 24, jan.-fév. 1995, p. 16 (ISSN 1250-8659).
  3. René Grousset, L'Empire des steppes, p. 309
  4. Henriette Asséo, L'odyssée des Tsiganes, Collections de l'Histoire no 43, avril 2009 ; Jean-Claude Clébert, Tziganes, Tchou, 1976 ; René Grousset, L'empire des steppes ; Donald Kenrick, De l'Inde à la Méditerranée, Toulouse, Collection Interface no 3, 1994 ; Lala Kouznetsova, Tsiganes, vagabonds des steppes, La Martinière, 1998 ; László Lőrincz, Histoire de la Mongolie, 1984 ; Jean-Paul Roux, Histoires des Turcs, Fayard, 1984 ; François de Vaux de Foletier, Mille ans d’histoire des tsiganes, Fayard, 1970.
  5. Hans-Erich Stier (dir.), Grosser Atlas zur Weltgeschichte, Westermann, Braunschweig 1985, ISBN 3-14-100919-8, p. 67
  6. René Grousset, L'empire des steppes ; László Lőrincz, Histoire de la Mongolie, 1984 ; Jean Paul Roux, Histoires des Turcs, Fayard, 1984 ; Hans-Erich Stier (dir.), Grosser Atlas zur Weltgeschichte, Westermann, Braunschweig 1985, ISBN 3-14-100919-8, pp.: 70, 71, 73.
  7. René Grousset, L'empire des steppes ; László Lőrincz, Histoire de la Mongolie, 1984 ; Jean Paul Roux, Histoires des Turcs, Fayard, 1984 ; Hans-Erich Stier (dir.), Grosser Atlas zur Weltgeschichte, Westermann, Braunschweig 1985, ISBN 3-14-100919-8, pp.: 71, 73, 93
  8. Hans-Erich Stier (dir.), Grosser Atlas zur Weltgeschichte, Westermann, Braunschweig, 1985, ISBN 3-14-100919-8, pp.: 98, 117, 119.
  9. Ernst Eichler (dir.), Manuel international d'onomastique, Walter de Gruyter, NY 1995, ISBN 978-3-11-020342-4 ; Romuald Romański, Les Tatars ISBN/EAN: 978-83-11-11035[9, articles de Stojan Romański et autres spécialistes sur [1] et sur http://www.ukrcensus.gov.ua/eng/results/nationality_population/nationality_1/s5/?botton=cens_db&box=5.1W&k_t=00&p=80&rz=1_1&rz_b=2_1%20%20%20%20%20%20%20%20%20%20%20%20&n_page=5]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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