Varlam Chalamov

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Varlam Chalamov
Варлам Шаламов

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Plaque sur la maison natale de Chalamov à Vologda

Nom de naissance Varlam Tikhonovitch Chalamov
Activités Écrivain, poète, essayiste
Naissance 18 juin 1907
Vologda, Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Décès 17 janvier 1982 (à 74 ans)
Moscou, Drapeau de l'URSS Union soviétique
Langue d'écriture russe

Œuvres principales

Varlam Tikhonovitch Chalamov (en russe : Варлам Тихонович Шаламов) est un écrivain soviétique, né le 18 juin 1907 à Vologda, mort le 17 janvier 1982 à Moscou.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le père de Chalamov est un prêtre orthodoxe, ce qui va lui occasionner des difficultés après la Révolution de 1917 : Varlam Chalamov ne peut poursuivre ses études universitaires à Vologda, il doit partir pour Moscou, où il réussit en 1923 le concours d'entrée à la faculté de Droit de l'université d'État de Moscou (MГУ). Pour payer ses études à l'université, Chalamov travaille dans une tannerie.

Chalamov entre dans un mouvement trotskiste, et conteste le pouvoir de Joseph Staline, en particulier en diffusant de manière clandestine les Lettres au Congrès du Parti, appelées ultérieurement le Testament de Lénine. Ces lettres de Lénine au Congrès mettent, entre autres, clairement en garde contre une éventuelle succession de Staline à la tête du Parti communiste. Arrêté le 19 février 1929, il est envoyé pour trois ans dans un camp de travail à Vichéra, dans l'Oural central.

Chalamov revient à Moscou en 1932 et y travaille comme journaliste et essayiste[1].

Les Grandes Purges le renvoient au Goulag : le 1er janvier 1937, Chalamov est arrêté pour « activité trotskiste contre-révolutionnaire », condamné à 5 ans et envoyé dans la Kolyma, région à l'extrême-est de l'URSS, au-dessus du cercle polaire arctique, connue sous le nom de « pays de la mort blanche ». Maintes fois, Chalamov souhaite la mort, mais mal nourri, abruti de travail dans les mines d'or, congelé par le climat polaire, battu par les détenus de droit commun, il survit pourtant. En 1943, toujours prisonnier, il écope d'une nouvelle condamnation, de 10 ans cette fois, et toujours à la Kolyma, pour « agitation anti-soviétique » pour avoir considéré Ivan Bounine comme un classique de la littérature russe.

« Il ne faut pas avoir honte de se souvenir qu'on a été un « crevard », un squelette, qu'on a couru dans tous les sens et qu'on a fouillé dans les fosses à ordures [...]. Les prisonniers étaient des ennemis imaginaires et inventés avec lesquels le gouvernement réglait ses comptes comme avec de véritables ennemis qu'il fusillait, tuait et faisait mourir de faim. La faux mortelle de Staline fauchait tout le monde sans distinction, en nivelant selon des répartitions, des listes et un plan à réaliser. Il y avait le même pourcentage de vauriens et de lâches parmi les hommes qui ont péri au camp qu'au sein des gens en liberté. Tous étaient des gens pris au hasard parmi les indifférents, les lâches, les bourgeois et même les bourreaux. Et ils sont devenus des victimes par hasard. »

— Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, 1978

En 1946, la chance sourit deux fois à Chalamov : au seuil de la mort, il ne peut plus travailler et est envoyé à l'hôpital au lieu d'être exécuté. De plus, le détenu-médecin Pantiouhov prend d'énormes risques pour le faire nommer aide-médecin. Chalamov reçoit un salaire (très faible, mais qui va lui permettre d'acheter des livres) et surtout améliore ses conditions d'existence : une plus grande autonomie, une vraie ration de nourriture et surtout il ne travaille plus dans une mine, mais dans un hôpital chauffé. Après une formation rapide, il gère l'accueil des malades de l'hôpital.

Varlam Chalamov est libéré en 1951, mais il doit rester à Magadan, la grande ville de la région jusqu'à novembre 1953.

La mort de Staline en mars 1953 change la donne pour les prisonniers des camps (zek ou ZK, abréviation pour zaklioutchon) : les morts sont réhabilités, beaucoup de vivants sont remis en liberté. Chalamov ne peut revenir à Moscou avant sa réhabilitation en 1956, il travaille dans une exploitation de tourbe à Kalinine à 100 kilomètres au nord-ouest de la capitale.

À Moscou, Chalamov publie des essais et de la poésie dans des revues littéraires tout en s'attelant à son œuvre majeure, les Récits de la Kolyma, dans laquelle il raconte son expérience des camps. Les épreuves sont envoyées dans les pays occidentaux en contrebande, ils sont aussi publiés en URSS par samizdat. Les Récits paraissent pour la première fois en 1966 et la première édition en langue russe (mais à l'étranger) en 1978. En 1972, Chalamov doit renier ses Récits, très probablement forcé par les pressions de l'État. Le livre paraît en URSS en 1987.

La mort de Chalamov est une métaphore de sa vie : pauvre, affaibli, malade, il s'éteint dans un hôpital psychiatrique moscovite en 1982. Il est enterré au cimetière de Kountsevo de Moscou.

Œuvres de Chalamov[modifier | modifier le code]

  • La Quatrième Vologda : récit autobiographique, traduit du russe par Catherine Fournier, Fayard/La Découverte, 1986.
  • Les Récits de la Kolyma : quai de l’enfer, traduit du russe par Catherine Fournier, LGF, « Le Livre de Poche », 1990.
  • Correspondance avec Boris Pasternak, traduit du russe par Sophie Benech et Lily Denis, Gallimard, « Arcades », 1991.
  • Cahiers de la Kolyma et autres poèmes, traduit du russe par Christian Mouze, Maurice Nadeau, 1991.
  • Mes bibliothèques, traduit du russe par Sophie Benech, Interférences, 1992.
  • Essais sur le monde du crime, traduit du russe par Sophie Benech, Gallimard, « Arcades », 1993.
  • Tout ou rien : cahier 1 : l'écriture, traduit du russe par Christiane Loré, Verdier, 1993.
  • Correspondance avec Alexandre Soljenitsyne et Nadejda Mandelstam, Verdier, 1995.
  • Les Années vingt : réflexions d'un étudiant, traduit du russe et présenté par Christiane Loré avec la collaboration de Nathalie Pighetti-Harrison, Verdier, 1997. Rééd. poche 2008.
  • Vichéra : antiroman, traduit du russe par Sophie Benech, Verdier, 2000.
  • Récits de la Kolyma, nouvelle édition, traduit du russe par Catherine Fournier, Sophie Benech et Luba Jurgenson, préf. de Luba Jurgenson, postf. de Michel Heller, Éditions Verdier, 2003.
  • La Quatrième Vologda : souvenirs, traduit du russe par Sophie Benech, Verdier, 2008, 187 p.

Adaptation théâtrale[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Varlam Chalamov a été adaptée au théâtre Confluences à Paris pour la première fois en 2005 par Ariel Cypel sous le titre C'est ainsi que nous vivions, quelques récits de la Kolyma, avec Charlie Bauer et Marie Alexandre Ferrier.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elsbeth Wolffheim, « Varlam Chalamov » in Efim Etkind, Histoire de la littérature russe, tome 6, p. 823.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hanne Aga, L'Écriture du trauma dans les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov, L'Harmattan, 1999.
  • Georges Nivat, notice sur sa vie dans Universalia 1983; pp.548-549.
  • Claude Esteban, Ce qui retourne au silence, Farrago/Leo Scheer, 2004.

Liens externes[modifier | modifier le code]