Mithridate VI

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Mithridate VI
Tête de Mithridate VI au musée du Louvre
Tête de Mithridate VI au musée du Louvre
Titre
Roi du Pont
12063 av. J.-C.
Prédécesseur Mithridate V
Successeur Pharnace II
Roi du Bosphore
10863 av. J.-C.
Successeur Pharnace II
Biographie
Dynastie Mithridate
Date de naissance ca. 132 av. J.-C. ou 135 av. J.-C.
Lieu de naissance Sinope
Date de décès 63 av. J.-C.
Père Mithridate V
Mère Laodicé VI
Conjoint e. a. Monime de Milet et Bérénice de Chios
Enfant(s) Pharnace II, Macharès, Ariarathe IX, Mithridate de Pergame, Mithridate, Athenaïs Philostorgos, Cléopâtre du Pont, Cléopâtre, Artapherne, Cyrus, Oxathres, Darius, Xerxès, Orsabaris, Eupatra, Mithridatis, Nysa

Mithridate VI Eupator, plus connu sous le nom de Mithridate le Grand, en grec Μιθριδάτης Εὐπάτωρ, doit ce surnom d’Eupatôr (« de noble naissance », « bien-né ») probablement à son parent, Antiochos V de Syrie. Né vers 132 av. J.-C., et mort en 63 av. J.-C., il est le fils aîné du roi du Pont Mithridate V Évergète qui avait été l'allié de Rome lors de la Troisième Guerre punique.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Mithridate VI est né aux alentours de 132 av. J.-C.[1] ou 135 av. J.-C.[2] à Sinope, ville toute grecque ; on lui connaît un frère cadet et cinq sœurs. Il est éduqué dans un milieu où se mêlent traditions perses et influences helléniques, excellant à la chasse, à l'équitation, au tir à l'arc et au javelot. Il se distingue par le don des langues, une éloquence persuasive, le goût des sciences naturelles et médicales. Mais son adolescence est assombrie par un évènement tragique : son père est assassiné vers 120 av. J.-C., probablement à l'instigation de sa mère, Laodicé VI, régente ambitieuse qui veut exercer seule le pouvoir suprême. Cette mort est suivie d'une compétition féroce autour du jeune roi qui craint pour sa vie : les meurtriers de son père multiplient les pièges contre lui, en tentant de provoquer un accident de cheval et en mélangeant des poisons à ses aliments. C'est dans ce contexte que s'inscrit le désir de Mithridate d'acquérir une connaissance parfaite des poisons et antidotes et de s'immuniser totalement contre leurs effets, d'où le verbe « mithridatiser ». D'après la légende, il réussit à s'immuniser en absorbant de petites doses de poisons. Appien rapporte qu'à sa mort, il ne réussit pas à se suicider au poison et demanda qu'on l'aide à mourir[3]. Pour échapper à ses ennemis, le jeune homme se retire alors dans les montagnes du Paryadrès, pratiquant la chasse[4] et l'étude.

Le roi conquérant[modifier | modifier le code]

Il a vingt ans quand, sans doute au cours d'un soulèvement du peuple et de l'armée, Mithridate s'empare totalement du pouvoir en 111 av. J.-C. : il jette sa mère en prison et écarte son frère Mithridate Chrestos (« le Bon »[5]) du trône. Selon la coutume perse, adoptée par les cours d’Antioche et d’Alexandrie, la même année, il épouse sa sœur Laodice.
Reprenant les hommes de son père, il s'entoure de conseillers hellènes, Lagétas et Stratarque[6], tandis que Dorylaos le Jeune, son camarade d'enfance, devient son confident et son ministre de la guerre. Assisté d'instructeurs grecs, Mithridate réorganise l'armée, dont le cœur est constitué d'une phalange de 6 000 hoplites armés à la macédonienne. L'occasion d'affermir son pouvoir se présente avec une première guerre : les Grecs de Chersonèse et de Panticapée en proie aux pires difficultés devant leurs ennemis Scythes, sollicitent le protectorat de Mithridate[7]. Un des conseillers de Mithridate, le Grec Diophante, propose de conduire l'expédition ; vers 110 av. J.-C., le roi le charge d'établir le protectorat pontique sur la Chersonèse Taurique. Diophante construit un fort sur le cap Constantin qui domine la rade face à la ville de Chersonèse, et les Scythes, taillés en pièces, sont contraints de se retirer à l'intérieur de la péninsule.
Conquérant, il s'empare en 107 av. J.-C. du Bosphore Cimmérien, chasse le roi Ariobarzane Ier de Cappadoce en 94 av. J.-C. avec l'aide de Tigrane II d'Arménie, puis partage la Paphlagonie avec Nicomède IV Philopator, le roi de Bithynie, en 94 av. J.-C. avant de chasser ce dernier et de s'emparer de son royaume en 88 av. J.-C.

Le royaume du Pont avant le règne de Mithridate (violet foncé), avec ses conquêtes avant (violet) et pendant la première guerre mithridatique (rose).

Les guerres contre les Romains[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres de Mithridate.

Le conflit avec les Romains est inévitable (première guerre de Mithridate). Ceux-ci en effet ont rétabli en 92 av. J.-C. Ariobarzane Ier de Cappadoce sur son trône. En 88 av. J.-C., après la conquête de la Bithynie, Mithridate fait une entrée triomphale à Éphèse et soulève les Grecs d'Asie. Il ordonne le massacre des Romains établis en Asie Mineure, massacre qui fait environ 80 000 victimes, puis passe en Grèce où son lieutenant Archélaos est accueilli en libérateur.

La réaction des Romains est ralentie par la féroce lutte politique entre Marius et Sylla. Finalement, ce dernier est envoyé contre Mithridate et s'empare, après un long siège, d'Athènes en 86 av. J.-C., puis est vainqueur d'Archélaos à Chéronée (86 av. J.-C.) et à Orchomène (85 av. J.-C.). Mithridate conclut alors la paix de Dardanos (85 av. J.-C.) qui l'oblige à abandonner ses conquêtes et sa flotte mais le reconnaît à la tête de son royaume et lui laisse toute liberté d'action sur la mer Noire. Il n'hésite pas d'ailleurs à repousser les Romains si ceux-ci se montrent trop entreprenants (deuxième guerre de Mithridate) vis-à-vis des territoires restés sous son contrôle, comme Murena, un lieutenant de Sylla en 82 av. J.-C. Cependant, à l'exception de cet incident, les relations restent pacifiques de 85 à 74 av. J.-C.

En 74 av. J.-C., le roi de Bithynie Nicomède IV meurt et lègue son royaume aux Romains. Mithridate considère que la présence des Romains à ses frontières est une menace et rouvre les hostilités avec l'aide de Tigrane II d'Arménie (troisième guerre de Mithridate). Il est vainqueur du consul Cotta à Chalcédoine (en) et assiège Cyzique quand il est rapidement chassé de Bithynie puis du Pont par une campagne victorieuse de Lucullus (72-71 av. J.-C.). Battu au Granique, à Cyzique et à Lemnos, Mithridate s'enfuit en Arménie. Le conflit s'enlise mais Lucullus est de nouveau vainqueur en 69 av. J.-C. et s'empare de Tigranocerte. Profitant de la révolte des légions romaines contre leur chef, Mithridate s'empare à nouveau du Pont. Il est vaincu définitivement par Pompée en 66 av. J.-C. sur l'Euphrate et se réfugie en Crimée dans sa ville de Panticapée.

La fin du roi Mithridate[modifier | modifier le code]

Pompée renonce à le poursuivre jusque là. Il se borne à organiser un blocus maritime du royaume du Bosphore. Mithridate échafaude un projet quelque peu chimérique d'envahir l'Italie en passant par le nord de la mer noire et le Danube. La population, éprouvée par le blocus romain et un tremblement de terre, est de plus en plus réticente à le suivre. Partie de la ville de Phanagoria, une insurrection gagne tout le royaume. Le roi, entouré d'eunuques et coupé de la réalité, écrase la révolte dans le sang. En 63 av. J.-C., son fils aîné, Pharnace, fomente un complot. Mithridate, qui n'a pourtant jamais fait preuve d'indulgence à l'égard de ses enfants, pardonne cette fois à son fils favori sur les instances du général Métrophane. Pharnace, qui ne se fie pas au pardon de son père, organise une nouvelle insurrection et parvient à convaincre l'armée de le suivre. Abandonné de tous, Mithridate assiste du haut de son palais au couronnement de son fils. Selon Appien[8], craignant d'être livré aux romains, il tente alors de se suicider en absorbant du poison. Soit que la quantité ait été trop faible parce qu'il avait partagé le poison avec deux de ses filles, soit que le roi ait été immunisé par l'absorption prolongée de petites quantités de poison, il échoue. Ayant vainement tenté d'en finir en se jetant sur son épée, il sollicite alors l'aide d'un garde du corps gaulois, qui l'achève. Selon Dion Cassius[9], il est tué par les hommes de Pharnace. Il est enterré à Sinope, sa ville natale.

Personnage complexe, courageux, intrépide, inflexible aussi, amateur d'art (il possède de nombreuses collections), il est souvent comparé à Hannibal pour sa haine de Rome. Il échoue cependant dans sa tentative de renverser la domination romaine en Asie et en Grèce, confronté à la supériorité militaire de celle-ci et à la qualité de généraux comme Sylla, Lucullus ou Pompée.

Famille[modifier | modifier le code]

Pièce de monnaie en argent à l'effigie de Mithridate VI.

Appien accuse Mithridate d'avoir fait tuer sa mère, son frère Mithridate Chrestos, trois de ses fils et trois de ses filles. D'un nombre indéterminé d'épouses, dont une Laodicé, sœur-épouse, Monime de Milet, Bérénice de Chios, qui se suicident sur son ordre[10], Hypsicrateia dont le courage viril est évoqué par Plutarque[11] et dont le monument funéraire a été retrouvé à Phanagoria[12] et de concubines, Mithridate VI eut de nombreux enfants dont :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Si l'on en croit Appien, pour qui Mithridate mourut à l'âge de 68 ou 69 ans
  2. Si l'on en croit Eutrope, pour qui Mithridate vécut 72 ans
  3. « Mithridate sortit alors le poison qu'il portait toujours à côté de son épée et le mélangea. Alors deux de ses filles [...] lui demandèrent de leur laisser une partie du poison d'abord, insistèrent avec énergie et l'empêchèrent de le boire jusqu'au moment où elles en eurent et l'avalèrent. Le poison agit immédiatement sur elles, mais pas sur Mithridate bien qu'il marchât rapidement pour en accélérer les effets parce qu'il s'était accoutumé à d'autres drogues, les essayant sans arrêt comme moyen de protection contre les empoisonnements. On appelle toujours ces poisons les poisons de Mithridate. Voyant un certain Bituitos, un chef gaulois, il lui dit : « J'ai souvent profité de ton bras droit contre mes ennemis. J'en profiterai encore plus si tu me tues et si tu me soustrais au danger d'être emmené dans un triomphe romain, moi qui fus un autocrate durant tant d'années, et le roi d'un si grand royaume, mais qui ne peux pas mourir maintenant par le poison parce que, comme un imbécile, je me suis immunisé contre d'autres poisons. Bien que j'aie prévu de m'immuniser contre tous les poisons qu'on mélange dans la nourriture, je ne me suis pas immunisé contre ce poison domestique, toujours le plus dangereux pour les rois, à savoir la trahison de son armée, de ses enfants et de ses amis. Bituitus, pris de pitié, rendit au roi le service qu'il demandait. » ; Appien, Mithridatique, Traduction française de Philippe Remacle, sur remacle.org
  4. Justin, XXXVII, 2.
  5. (en) Adrienne Mayor, The Poison King : the life and legend of Mithradates, Rome’s deadliest enemy, Princeton University Press, 2010, p. xvii.
  6. Strabon, Géographie, X, 4, 10.
  7. Strabon, Géographie, VII, 4, 3.
  8. Appien, Mithridatique, 111
  9. Dion Cassius, Histoire romaine, XXXVII, 13
  10. Plutarque, Vie de Lucullus, chapitre XXXII, p. 1133
  11. Plutarque Vie de Pompée chapitre XXXII.
  12. Bongard-Levine Gregori, Kochelenko Gennadi, Kouznestov Vladimir. « Les fouilles de Phanagorie : nouveaux documents archéologiques et épigraphiques du Bosphore ». dans: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 150e année, N. 1, 2006. p. 255-292.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]