Arétas IV

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Arétas IV ou Harithath IV, de son titre Philopatris (« Ami de son peuple »), fut roi des Nabatéens d'environ 9 av. J.-C. à 40 ap. J.-C.

Arétas IV se débarrasse de Syllaios, puissant ministre de son prédécesseur Obodas III. Comme Arétas IV était monté sur le trône sans avoir sollicité l'accord de Rome, contrairement aux usages pour les États-clients, Auguste décide d'annexer temporairement son royaume de 3 à 1 av. J.-C.[1][réf. incomplète].

Hérode Antipas avait épousé Phasaelis, la fille d'Arétas IV lors de la succession d'Hérode le Grand. Mais vers 35, celle-ci s'enfuit pour rejoindre son père à Pétra, avant qu'Antipas ne la répudie pour épouser Hérodiade. Cela provoque une guerre entre lui et Hérode Antipas vers 36[réf. à confirmer][2] sur les territoires disputés de l'ancienne tétrarchie de Philippe et notamment Gamala, guerre que remporte Arétas IV selon Flavius Josèphe[3].

À la mort d'Arétas en 40, son fils Malichos II lui succède.

Témoignages numismatiques[modifier | modifier le code]

Pièce de bronze d'Arètas IV. Inscription : « Arétas roi de Nabathée . . . année . . . »

Parmi les témoignages concernant le règne d'Arétas IV, on note la présence de nombreuses monnaies d'argent et de bronze à l'effigie du roi et de ses deux épouses successives, Huldu et Shaqilat Ire. Ce monnayage s'inspire des monnaies ptolémaïques (la reine est parfois figurée avec la couronne d'Isis) et romaines (le roi porte la couronne de laurier), mais Arétas IV, coiffé d'une longue chevelure, entend avant tout ressembler à Doushara (en arabe : ذو الشّرى, grécisé en Dousarès), grand dieu nabatéen, protecteur de la dynastie[4]. Sur certaines monnaies, il est appelé Gaius Julius Aretas[5].

Éléments de biographie[modifier | modifier le code]

Accession au trône[modifier | modifier le code]

À la mort d'Obodas III, Énée s'empare du pouvoir et prend Arétas comme nom de règne. Il n'a pas sollicité l'accord de Rome, contrairement aux usages pour les États-clients, ce qui indispose grandement l'empereur Auguste à son encontre. Ayant anticipé la mort d'Obodas, Syllaios, son tout puissant ministre, se trouve alors à Rome pour tenter de se faire désigner roi. Profitant de la mauvaise humeur d'Auguste et avec force cadeaux, Syllaios obtient que la royauté d'Arétas ne soit pas reconnue par l'empereur. Syllaios continue à faire sa cour et espère être finalement désigné roi par Auguste.

Toutefois, Arétas IV et le roi Hérode le Grand de Judée vont conjuguer leurs efforts pour que Syllaios soit finalement écarté. Hérode est à ce moment dans une période de disgrâce auprès de l'empereur qui, écoutant Syllaios, lui reproche d'avoir fait une incursion militaire en Nabatée et d'avoir tué plusieurs « Arabes », dont le prince Nakeb. Pour essayer de revenir en grâce, Hérode envoie en ambassade Nicolas de Damas, puis deux de ses fils. En s'alliant avec les ambassadeurs d'Arétas, ils parviennent à retourner la situation. Ils accusent alors Syllaios d'avoir fait assassiner le roi Obodas en apportant suffisamment de preuves et de témoignages pour ébranler les bonnes relations que l'empereur avait avec Syllaios. Nicolas de Damas se vante aussi d'avoir réussi à convaincre Auguste qu'Hérode était dans son bon droit dans l'attaque contre les Nabatéens. Il s'agissait selon lui de poursuivre des brigands trachonides qui, depuis une forteresse située en territoire nabatéen, effectuaient régulièrement des razzias sur la Batanée et sur tout le plateau agricole du Hauran.

Auguste change alors d'avis sur Syllaios, ce qui permet à Arétas d'être reconnu. Écarté, Syllaios est exécuté à Rome quelques années plus tard pour sa participation à un complot.

L'alliance avec Hérode[modifier | modifier le code]

Le partage du royaume d'Hérode Ier le Grand :

Sur la base de ce succès, Arétas et Hérode le Grand passent une alliance qui règle probablement les litiges en cours, dont par exemple :

  • la mort du prince Nakeb ;
  • le territoire du roi Zénodore que les Nabatéens avaient acheté, mais qu'Auguste avait donné à Hérode ;
  • les razzias que des Trachonides effectuaient régulièrement à partir des territoires d'Arétas.

Pour sceller cette alliance, Arétas donne en mariage une de ses filles appelée Phasaelis à Hérode Antipas, l'un des fils d'Hérode. Mais vers 35, celle-ci s'enfuit pour rejoindre son père à Pétra, avant qu'Antipas ne la répudie pour épouser Hérodiade.

Guerre et prise de Gamala[modifier | modifier le code]

Ruines de la cité fortifiée de Gamala, enjeu de la guerre entre Arétas et Hérode Antipas. (On entrevoit au fond, le lac de Tibériade.)

« Arétas chercha un prétexte d'hostilités dans une contestation au sujet des frontières du territoire de Gamala. Tous deux réunirent leur armée en vue de la guerre et y envoyèrent à leur place des généraux. Une bataille eut lieu et toute l'armée d'Hérode fut taillée en pièces à cause de la trahison de transfuges qui, tout en appartenant à la tétrarchie de Philippe, étaient au service d'Hérode (Antipas)[3]. »

Vitellius préfère la négociation à la guerre[modifier | modifier le code]

« [Tibère,] irrité de l'incursion d'Arétas, écrivit à Vitellius de lui faire la guerre et de le ramener enchaîné, s'il le prenait vivant, ou d'envoyer sa tête s'il était tué. Tels furent les ordres donnés par Tibère au proconsul de Syrie.

Après avoir fait des préparatifs de guerre contre Arétas et s'être mis â la tête de deux légions, de toutes les troupes légères et de la cavalerie qui y étaient attachées, guidé par les rois soumis aux Romains, Vitellius se hâta vers Pétra et occupa Ptolémaïs. Comme il se préparait à faire traverser la Judée par son armée, les principaux citoyens vinrent le trouver et essayèrent de le détourner de passer par leur pays, car il n'était pas conforme à leur tradition de laisser transporter des images ; or, il y en avait beaucoup sur les enseignes. Déférant à leur demande, il changea les résolutions qu'il avait prises à ce sujet. Ayant ordonné à ses troupes de marcher par la grande plaine, lui-même monta avec le tétrarque Hérode et ses amis à Jérusalem, pour sacrifier à Dieu pendant la fête nationale des Juifs [Pessah] qui y avait lieu. II y assista et fut reçu avec honneur par la foule des Juifs ; il séjourna là pendant trois jours et destitua de la grande-prêtrise Jonathas pour la transmettre à son frère Théophile. Le quatrième jour il reçut une lettre qui lui apprenait la mort de Tibère[6] et il fit jurer par le peuple fidélité à Caïus. Il rappela aussi l'armée pour faire hiverner chacun dans ses foyers, parce qu'il n'avait pas le pouvoir nécessaire pour faire la guerre comme avant, maintenant que l'empire était aux mains de Caïus[3]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maurice Sartre, L'Orient romain, Seuil, 1991.
  2. C'est la date habituellement donnée par la recherche contemporaine (cf. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : Des prêtres aux rabbins, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, p. 407). Certaines hypothèses plus hautes ont été émises mais sont très débattues ; cf. (en) Rainer Riesner, Paul's Early Period : Chronology, Mission Strategy, Theology, éd. Wm. B. Eerdmans Publishing, 1998, p. 42
  3. a, b et c Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, V, 1 [lire en ligne].
  4. Voir à ce propos Christian-Georges Schwentzel, « Arétas IV, roi des Nabatéens, d'après le témoignage des monnaies », dans Numismatica et Antichità Classiche 39, 2010, p. 233-250 ; Christian-Georges Schwentzel, Juifs et Nabatéens, Les monarchies ethniques du Proche-Orient hellénistique et romain, Presses Universitaires de Rennes, 2013, p. 183-208.
  5. Jerry Vardaman, Jesus' Life : A New Chronology, in Jack Finegan, Jerry Vardaman, Edwin M. Yamauchi Chronos, Kairos, Christos, 1989, Asenbrauns, p. 69.
  6. Selon Jean-Pierre Lémonon, cette année-là (37), Pessah correspond au 20 avril 37 ; on comprend de ce que dit Flavius Josèphe que la nouvelle de la mort de Tibère est arrivée quatre jours après Pessah. Tibère étant mort le 16 mars, la nouvelle aurait donc mis 39 jours pour faire la distance Capri - Jérusalem.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]