Édesse (chrétienne)

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Édesse, urḥa en syriaque, Şanlıurfa en turc, al-Ruhâ en arabe, était la capitale de l'Osroène, un petit État d'abord indépendant (132 av. J.-C. - 216 ap. J.-C.), devenu province romaine en 216, puis incorporé au diocèse d'Orient, de 244 aux Omeyyades.

Aspects historiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Osroène.

Une dynastie arabe d'origine vraisemblablement nabatéenne règne à Edesse sur le royaume d'Osroène de -92 à +216[1].

Vers 204, Abgar IX se convertit au christianisme. C'est, dans l'histoire du christianisme, le premier roi chrétien. À la suite de cette conversion, le christianisme syriaque se développa autour d'Édesse et de nombreux monastères furent construits, en particulier celui de la colline, le Torâ d-Ourhoï.

En 216, sous le règne d'Abgar X Severus Bar Abgar (IX), l'empereur romain Caracalla s'empara définitivement du petit royaume, qui devint une province romaine[2]. Cependant on a trouvé des monnaies au nom d'un Ma'Nu IX Bar Abgar(X) Severus et d'un Abgar XI Farhat Bar Ma'Nu avec sur l'autre face la tête de l'empereur romain Gordien III le Pieux, ce qui laisse supposer aux spécialistes que les Romains laissèrent encore quelque temps des souverains en place.

En 262, le roi des Perses sassanides Chahpuhr Ier occupa brièvement Édesse puis l'abandonna du fait de l'arrivée du roi de Palmyre Odenath II venu défendre la ville. Celui-ci, allié de l'empereur romain Gallien, avait en charge la défense de ses territoires en Orient.

Bassin Ayn-i Züleyha

À partir de 250, Édesse, où le christianisme avait bien progressé, accueillit les chrétiens chaldéens, chassés de Perse par les Sassanides.

Dans la ville même existaient des sources (auxquelles les Grecs donnèrent le nom de kallirroé) qui sont encore connues aujourd'hui. Les carpes sacrées toujours élevées dans le bassin (Ayn-i Züleyha), sont la manifestation de la légende du miracle d'Abraham. Selon celle-ci, ce serait à cet emplacement que le roi d'Assyrie Nimrod aurait jeté Abraham dans une fournaise qui se changea aussitôt en eau poissonneuse.

Monnaie frappée en la cité d'Edesse

En 605, Édesse devint à nouveau perse puis fut reprise par l'empereur byzantin Héraclius. Le syriaque édessénien resta la langue pour la littérature et l'Église, ainsi que celle des grands écrivains comme Jacques de Nisibe, Éphrem le Syrien et plus tard Jacques d'Édesse.

Éléments d'histoire ecclésiastique[modifier | modifier le code]

La Tradition chrétienne rapporte « que la communauté d'Édesse a été fondée par un disciple de l'apôtre Thomas appelé Addaï[3] » ou Thaddée d'Édesse, qui serait venu de Paneas (Banyas)[4] en Palestine[3],[5]. Édesse était alors « la capitale de l'Osrhoène, petit royaume hellénistique coincé entre les empires Parthe et romain[6]. Selon François Blanchetière, cette cité jouait alors « un rôle de plaque tournante dans l'expansion du nazaréisme vers l'Orient[6] » et constituait « un centre d'élaboration d'un courant d'expression araméenne, indépendant du christianisme hellénistique, concevant la foi comme une « Voie », une façon de vivre ; rien d'abstrait ou de dogmatique[6]. » François Blanchetière lui préfère le nom de nazaréisme[7]. » Au IIe siècle, ce courant chrétien sera illustré par Tatien le Syrien et Bardesane d'Édesse[6]. C'est à ce milieu qu'il faudrait rapporter l'Évangile de Thomas[6]. Bien que cela soit contesté, pour de nombreux chercheurs cet évangile date probablement de la période de rédaction des évangiles canoniques (70 - 115) et contient même des éléments pré-synoptiques[6]. Les Odes de Salomon, les Actes de Thomas et l'ensemble des écrits regroupés sous le nom de « Légende » d'Abgar relèveraient du même milieu[6]. « En Syrie, la langue ne constituait pas une barrière culturelle[8] » parce que les deux langues, syriaque et grec, « constituaient l'expression et le véhicule d'une même et unique civilisation hellénistique, une tradition remontant aux origines de l'Empire séleucide[9]. »

Selon la Tradition locale dont il existe de nombreux textes antiques et même des inscriptions lithiques à Éphèse et dans la ville de Philippe en Macédoine, Abgar V, « roi d'Édesse aurait écrit à Jésus pour l'inviter à prêcher dans son royaume[10]. » Mais cette correspondance est un faux manifeste[11]. Selon la tradition juive, Abgar V s'était converti au judaïsme, mais la tradition chrétienne ou nazôréenne indique qu'il s'est converti au christianisme à la suite de la prédication d'Addaï[4]. À l'époque, le christianisme est encore une des composantes du judaïsme diversifié du Ier siècle. Les Abgar étaient des rois d'origine arabe[1], fortement hellénisés.

Un très grand nombre de récits en grec, en syriaque puis en arménien racontent l'histoire de la conversion du roi Abgar. Ils sont regroupés sous le nom de Légende d'Abgar. La plupart ont été composés au IVe siècle à partir de sources inconnues. La Doctrine d'Addai date probablement du IVe ‑ Ve siècle[3].

Selon la tradition chrétienne, les successeurs d'Abgar V seraient revenus au paganisme après sa mort[12] et notamment Sanatruk Ier (roi d'Osroène de 91 à 109) qui aurait martyrisé Addée, le disciple de Addaïe-Thaddée[13], que celui-ci avait nommé évêque de la ville.

En 201, la Chronique d'Édesse mentionne la destruction du « temple de l'église de Dieu » lors d'une inondation[14]. Mais malgré la présence d'une communauté chrétienne et d'une église, le premier évêque d'Édesse, Qûna, ne semble pas avoir été en place avant le début du IVe siècle. À l'époque, de l'autre côté de l'Euphrate, dans l'empire romain, aucune église-bâtiment n'existe encore.

En 384, la ville est visitée par Égérie, qui y décrit ses nombreux sanctuaires.

Quand Nisibe fut cédée par les Byzantins aux Perses en 363, Éphrem le Syrien quitta sa ville natale et s'installa de l'autre côté de la nouvelle frontière, à Édesse où il fonda une école théologique fameuse. Celle-ci est concurrente, à certains égards, de l'école d'Antioche ; sous l'évêque Rabbula, par exemple, elle prit le parti de Cyrille d'Alexandrie contre Nestorius.

Mais la tendance s'inversa sous son successeur Ibas, au point que l'école d'Edesse se voit accusée de nestorianisme. C'est ce qui entraîna sa fermeture provisoire en 457, puis de manière définitive en 488, sous l'empereur Zénon. Les enseignants et leurs élèves quittèrent alors Édesse et retournèrent dans la ville de leur fondateur, à Nisibe, où ils furent au point de départ de l'Église dite "nestorienne"[15].

À contrario, à partir de cette époque et jusque bien après la conquête arabe, l'Église miaphysite se développa à Édesse, qui est comme le centre spirituel historique de l'Église syriaque.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Alfred-Louis de Premare, Les fondations de l'islam : entre écriture et histoire, Paris, Seuil,‎ 2002, 179 p. (ISBN 9782757812204)
  2. (en) François Zosso, Les empereurs romains : 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C, Paris, Éditions Errance,‎ 2002 (ISBN 2877722260), p. 74
  3. a, b et c François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 227.
  4. a et b (en) Illaria Ramelli, Possible Historical Traces in the Doctrina Addai, point no 2, p. 3.
  5. Dans la Doctrine d'Addaïe, « nous lisons qu'à son arrivée à Édesse, Addai aurait logé chez Tobias, fils de Tobias, un juif de Palestine. » cf. François Blanchetière, op. cit., p. 227.
  6. a, b, c, d, e, f et g François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 226.
  7. « Par ailleurs, nous avons dit que les disciples du Nazaréen d'expression araméenne se dénomment en syriaque nasraja/nazaréens. » cf. François Blanchetière, op. cit., p. 227.
  8. Drijvers, 1992, p. 126-127, cité par François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 226.
  9. Drijvers, 1985, p. 88-102, cité par François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 227.
  10. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, XIII, 1-22, cité par François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 227.
  11. Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie, Histoire du Levant antique, IVe siècle av. J.-C.IIIe siècle ap. J.-C., Fayard, p. 954.
  12. (en) Illaria Ramelli, Possible Historical Traces in the Doctrina Addai, point no 9.
  13. (en) Illaria Ramelli, Possible Historical Traces in the Doctrina Addai, p. 93, point no 17.
  14. Apoc. 1, 1479-1481, cité par François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 227.
  15. Labourt, Le christianisme dans l'empire perse, Paris, 1904, p. 130-141 (ISBN 978-1142719630).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]