Barabbas

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Jésus et Barabbas devant Pilate, gravure d'après Bernhard Rode (1789)

Barabbas ou Jésus Barabbas est un personnage du Nouveau Testament. Il est présenté dans les Évangiles comme un prisonnier dont la foule a réclamé la libération plutôt que celle de « Jésus roi des Juifs » (Jésus de Nazareth).

Le personnage d'après les Évangiles[modifier | modifier le code]

Le nom de Barabbas apparaît plusieurs fois dans les Évangiles. Notamment dans Matthieu (chapitre 27), Marc (chapitre 15), Luc (chapitres 23) et Jean (chapitre 18).

Accusé de sédition, il aurait été le meneur d'une révolte contre l'autorité romaine. Deux évangiles sur les quatre retenus par l'Église le présentent en ce sens, c’est-à-dire comme un résistant. Selon Marc 15, Barabbas était détenu « pour un meurtre commis dans une sédition » et selon Luc 23, Barabbas était « en prison pour une sédition qui avait eu lieu dans la ville ». Un troisième évangile le cite comme un « prisonnier fameux » (Mathieu, 27). Le quatrième évangile, celui de Jean, 18, le qualifie de « brigand » (lestai), appellation classique des romains à l'encontre des Sicaires ou des Zélotes et qui est largement utilisée par Flavius Josèphe.

Barabbas est jugé par le gouverneur romain Ponce Pilate, au milieu d'insurrections juives répétées et de répressions romaines sans merci. Pendant son gouvernorat, Ponce Pilate, comme ses prédécesseurs, a pressuré les Juifs et s'est livré à différentes exactions rapportées par les auteurs juifs Flavius Josèphe et Philon d'Alexandrie. Il a donc probablement fait crucifier de nombreux insoumis et en particulier les leaders d'un mouvement qui a conduit une foule de Samaritains à se rassembler sur le mont Garizim.

Durant le procès de Jésus Barabbas, qui connaît plusieurs étapes, Pilate doit également décider du sort du prévenu Jésus de Nazareth, sur la requête d'autorités religieuses juives qui souhaitent son exécution et l'ont arrêté pour des raisons religieuses. Ces accusations ne pouvant pas constituer, selon la loi romaine, un motif de condamnation à mort, Jésus est accusé devant le gouverneur romain de s'être proclamé, ou d'avoir été proclamé, « roi des Juifs ». À l'époque, seul l'empereur romain pouvait attribuer le titre de roi et violer cette règle était passible de mort. Pilate interroge Jésus et bien que celui-ci ne nie pas être « roi des Juifs », il affirme curieusement ne trouver en lui aucun motif de condamnation. Devant la foule, le « procurateur » rappelle qu'une coutume juive veut que l'on libère un prisonnier lors de la fête de la Pâque. Toutefois, l'existence de cette coutume qui n'est attestée nulle part est très fortement mise en doute par les historiens. C'est alors qu'il demande au public hébreu présent dans la cour du Temple de choisir celui qui échappera à l'exécution : « Qui voulez-vous que je vous relâche, Jésus Barabbas ou Jésus qu’on appelle Messie ? » La foule répond : « Libérez Barabbas ». Pilate se lave alors les mains afin d'être innocent du sang de ce Juste. Se laver les mains dans de telles circonstances était une coutume juive.

Signification du récit[modifier | modifier le code]

Libérez Barabbas, gravure de 1910

Le sens étymologique du nom de Barabbas est « fils du père » (de bar, en araméen : fils de, et abba, père). Le « s » final est une marque génitive grecque.

Pilate donne au peuple rassemblé le choix de sauver Barabbas ou Jésus, et la foule lui crie de libérer Barabbas. Ce récit du Nouveau Testament, reportant sur les Juifs la responsabilité de la crucifixion, a été utilisé à des fins antisémites en servant de base aux accusations de peuple déicide[1]. Ces accusations sont démenties par le catéchisme du concile de Trente (1566), pour lequel l'unique responsable de la crucifixion est l'ensemble des péchés de l'humanité, depuis le péché originel jusqu'à la fin des temps[2].

Interprétations diverses[modifier | modifier le code]

Les manuscrits les plus anciens donnent à Barabbas le prénom de Jésus, mais celui-ci a été ensuite écarté des manuscrits postérieurs, autant pour des raisons de rédaction par les scribes (Charles Perrot) que pour éviter qu'il y ait deux Jésus dont un voleur (Hyam Maccoby citant Origène et Etienne Trocmé). Concernant le prénom de Jésus que Barabbas portait dans l'évangile selon Matthieu en 27,16-17, Origène écrivait en effet: « il ne convient pas de donner ce nom à un personnage inique et, d'ailleurs, aucun pécheur n'est ainsi nommé dans les Écritures »[3]. Pourtant, les plus anciens fragments de cet évangile qui ont été retrouvés, datant du IIIe siècle, appellent en effet Barabbas du prénom de Jésus. La correction dans les versions ultérieures pouvant être intervenue plus tard[3].

Hyam Maccoby et d'autres soutiennent même que Bar Abba, est en réalité une construction fictive issue d'une dissociation de la personne de Jésus, et s'appuient sur l'étymologie « fils du père » (en araméen, bar = fils; Abba = père)[4]. Il s'agirait alors de faire la distinction entre les deux faces de Jésus, Jésus détesté et Jésus aimé par la foule, un Jésus condamné et un Jésus lavé de ses péchés, un Jésus politique et un Jésus spirituel. Plus globalement, la figure de Barabbas est hautement énigmatique et entraîne des interprétations littérales ou symboliques[5].

Le personnage dans l'art et la culture[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

  • Up Through The Ashes du groupe Kamelot fait référence au choix que le gouverneur romain Ponce Pilate donna au public hébreu ainsi qu'à la libération de Barabbas.
  • Barrabas est aussi le nom d'un groupe de funk soul music des années 1970
  • Un groupe de doom metal français s'appelle Barrabas

Roman[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Au Québec, l'histoire de Barabbas a donné naissance à l'expression « connu comme Barabbas dans la Passion »[7].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hyam Maccoby, L'exécuteur sacré, ed Cerf,‎ 1982, p. 184-187
  2. Première partie, chap. 5, § 3 : « Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre, s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides ».
  3. a et b Jean-Paul Michaud, Article Barabbas, 2003, sur http://www.interbible.org.
  4. Hyam Maccoby, L'exécuteur sacré, ed Cerf,‎ 1982
  5. Corpus Christi - Documentaire épisode 4 « Barabbas »
  6. a et b Interview de René Barjavel, Pierre Desgraupes, ORTF, 16 octobre 1957, archive INA
  7. [1]